Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

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Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Aevin le Sam 4 Jan 2014 - 18:27

Dans son livre "Misère et décadence des grandes écoles", Loriane Lafont, se déclare "atterrée" que l’on propose à des littéraires de s’intéresser à des carrières en entreprise. Et dresse un portrait glaçant de la khâgne du lycée Henri-IV.

Le génie français de la distillation fractionnée a encore frappé. Loriane Lafont, qui a récemment intégré Normale Sup, est extrêmement irritée car on a décidé, via un nouveau concours, de mélanger des littéraires avec des futurs managers. C’est-à-dire d’ouvrir les écoles de commerce à des élèves issus de la section Lettres. "Ils seront comme des poissons d’eau douce égarés dans une eau saumâtre" se désespère-t-elle, dans un livre*.

L’affaire débute avec une réforme mise en place voici cinq ans par Valérie Pécresse. L’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur, constatant que moins de 5 % des élèves de Khâgne (classe de préparation aux concours des Ecoles normales supérieures) parvenaient à se caser dans des grandes écoles littéraires, proposa qu’ils puissent également postuler l’entrée dans les Sciences-Po et les grandes écoles de management.
Au-delà de cette réforme du concours d’Ulm, ce qui bouleverse Loriane Lafont, c’est qu’on ait créé une « BEL », qui veut dire « Banque d’épreuves littéraires », un concours permettant aux élèves de Khâgne de postuler les Instituts de sciences politiques et toute une série de grandes écoles de commerce. Précisons que 95,5 % des préparationnaires présentant les concours des Ecoles normales supérieures sont recalés. Il n’est pas indifférent de leur proposer des choix alternatifs à la reconversion à l’université.

Mais pour Loriane Lafont, "l’idée est que les littéraires doivent servir à quelque chose. Or les services qu’ils peuvent rendre ne sont pas d’ordre économique". Voici donc bien pourquoi il faut faire de la distillation fractionnée : les littéraires ne peuvent pas être utiles à l’économie. On frémit devant une telle vision, typique de la mentalité de pré carré qui découle des séparations disciplinaires du système français.

Mais ce qui énerve encore plus la Normalienne, c’est de constater que les élèves qui filent en écoles de commerce ne sont pas mauvais : "Non seulement les écoles de commerce se sont incrustées, mais encore ne recrutent-elles pas les moins bons ou les mauvais, bien au contraire." Et de traiter les écoles de commerce de parasites : "N’est-ce pas ce qui s’appellerait être un parasite, le fait de venir puiser dans le fleuve voisin pour irriguer ses propres terres (…). C’est corrompre l’intégrité de la khâgne que de la faire servir à intégrer des écoles avec lesquelles son enseignement n’a strictement rien à voir."

http://tempsreel.nouvelobs.com/livres-education/20131206.OBS8683/des-litteraires-en-entreprise-une-heresie.html

bonne lecture

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Cath le Sam 4 Jan 2014 - 18:37

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Ingeborg B. le Sam 4 Jan 2014 - 18:40

Cette demoiselle devrait consulter, ses chevilles gonflent  Shocked Elle devrait pendant son année sabbatique aller faire un tour au-delà du périph, cela lui ferait le plus grand bien.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par PauvreYorick le Sam 4 Jan 2014 - 19:24

C'est une interrogation très française pour plein de raisons, bon. L'une de ces raisons, c'est que le recrutement semble s'orienter beaucoup sur les classifications scolaires du type littéraire/scientifique (qui en soi ne veulent pas dire grand'chose et qui, si elles ont pu empiriquement prendre un peu de réalité dans les dernières décennies, sont en train de la perdre à grande vitesse). Au Japon, pour prendre un exemple, les études littéraires ne constituent pas un aussi grand obstacle au recrutement dans quantité de secteurs, me semble-t-il.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par barèges le Sam 4 Jan 2014 - 19:29

J'ai entendu dire que les normaliens passaient de moins en moins l'agrégation et se destinaient de moins en moins à l'enseignement. Je me demande si IEP et écoles de commerce ou de management ne vont pas connaître un franc succès -tel que, peut-être, l'ENS deviendrait moins sélective, puisque des candidats potentiels s'en détourneraient ?

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Ingeborg B. le Sam 4 Jan 2014 - 19:38

@PauvreYorick a écrit:C'est une interrogation très française pour plein de raisons, bon. L'une de ces raisons, c'est que le recrutement semble s'orienter beaucoup sur les classifications scolaires du type littéraire/scientifique (qui en soi ne veulent pas dire grand'chose et qui, si elles ont pu empiriquement prendre un peu de réalité dans les dernières décennies, sont en train de la perdre à grande vitesse). Au Japon, pour prendre un exemple, les études littéraires ne constituent pas un aussi grand obstacle au recrutement dans quantité de secteurs, me semble-t-il.
C'est le cas aussi en Angleterre et en Allemagne.

Ingeborg B.
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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Presse-purée le Sam 4 Jan 2014 - 20:07


ça fait longtemps qu'on sait que les filières littéraires peuvent mener à autre chose que l'enseignement ou la recherche en littérature. Je ne vois pas bien où est la surprise là-dedans.

Après, si on transforme les filières littéraires dans l'unique but de les faire coller à un futur de RH, ce qui semble être le rêve de certains, même parmi les "progressistes", ça pose un autre genre de problèmes.

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"Confondre la culture et son appropriation inégalitaire du fait des conditions sociales : quelle erreur !" H. Pena-Ruiz
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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Olympias le Sam 4 Jan 2014 - 20:12

@Ingeborg B. a écrit:Cette demoiselle devrait consulter, ses chevilles gonflent  Shocked Elle devrait pendant son année sabbatique aller faire un tour au-delà du périph, cela lui ferait le plus grand bien.
Effectivement, elle a la grosse tête !! Vivement qu'on l'aide à dégonfler son parachute !

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Presse-purée le Sam 4 Jan 2014 - 20:39

à mettre en lien avec cette jolie itw, malheureusement passée inaperçue alors qu'elle est très intéressante:

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/interview/0203170722672-genevieve-fioraso-le-medef-et-le-gouvernement-prets-au-copilotage-des-formations-635594.php

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par John le Sam 4 Jan 2014 - 20:41

Au-delà de cette réforme du concours d’Ulm, ce qui bouleverse Loriane Lafont, c’est qu’on ait créé une « BEL », qui veut dire « Banque d’épreuves littéraires », un concours permettant aux élèves de Khâgne de postuler les Instituts de sciences politiques et toute une série de grandes écoles de commerce. Précisons que 95,5 % des préparationnaires présentant les concours des Ecoles normales supérieures sont recalés. Il n’est pas indifférent de leur proposer des choix alternatifs à la reconversion à l’université.
Voilà : tout est dit.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Presse-purée le Sam 4 Jan 2014 - 20:47

Allez, pour le plaisir, un florilège de P.G.:

P.G. a écrit:Aujourd'hui, l'Education nationale et l'enseignement supérieur poussent très souvent des formations qui ne correspondent pas aux besoins des entreprises et aux métiers futurs. Il faut inverser cette tendance et concevoir les formations à partir de nos besoins, dans les filières du futur.
Où l'on parle de l'intérêt de l'enfant.

G.F., ministre en exercice a écrit:Mais je constate que, sur le terrain, un certain nombre de barrières sont tombées. Beaucoup d'universités ont des partenariats avec les entreprises. Il faut maintenant faire tomber les derniers bastions.
Ces salauds de littéraires?

P.G. a écrit:On a progressé, c'est vrai, que ce soit avec la loi Pécresse [la loi sur l'autonomie des universités, NDLR] ou avec ce que vous avez pu apporter.
Où l'on est tout à fait d'accord pour dire que gauche et droite marchent sur les mêmes pas.

P.G. a écrit:Il faut absolument que les entreprises ou les branches s'intègrent davantage dans les universités pour définir les métiers de demain. Or on sait que les régions - pour ce qui relève du champ de Vincent Peillon [ministre de l'Education, NDLR] - sont encore très réservées sur notre intervention pour définir des qualifications, des diplômes et des calendriers adéquats.
Miam miam, une fac à la botte des boîtes.
Miam miam, les diplômes, donc les parcours pour les obtenir, définis par le MEDEF. J'en rêve.

a côté de cela, il y a deux trois choses intéressantes, mais bon. Je me demande quelle a été la lecture de cette itw faite par les syndicats enseignants...

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Anaxagore le Sam 4 Jan 2014 - 20:51

Pour mémoire:

http://michel.delord.free.fr/guns/guns-fasc.pdf

(Je pensais à la préface pour Presse-Purée.)


Dernière édition par Anaxagore le Sam 4 Jan 2014 - 21:02, édité 1 fois

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Anaxagore le Sam 4 Jan 2014 - 20:55

Ce n'est pas aux USA que l'on avait réalisé récemment que des personnes ayant étudié les lettres classiques avaient des capacités générales bien plus intéressantes que des gens étroitement formés et difficilement convertibles d'un poste à un autre?

J'ai oublié la référence.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Presse-purée le Sam 4 Jan 2014 - 21:06

Lettres classiques, pas forcément. Une formation générale, assurément. Mais il nous faudrait retrouver la ou les références pour appuyer cela. Je me mets en quête.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Anaxagore le Sam 4 Jan 2014 - 21:10

Sur le forum c'est déjà venu dans la discussion il me semble.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Luigi_B le Sam 4 Jan 2014 - 23:35

Des éléments de réponse :

- « Les langues anciennes ne servent à rien en particulier, mais elles peuvent être utiles à tout », Le Nouvel Économiste" du 15/03/13.
- « Le latin et le grec, une force pour l’entreprise ! » dans "Les Échos" du 22/03/13.
- "Les « humanités », au cœur de l’excellence scolaire et professionnelle", une publication du Centre d’Analyse stratégique, N°2013-02, 02/13 par Jean-François Pradeau.

A lire aussi - mais moins attrayant... - dans "Le Monde" du 27/12/13 : "Le numérique, une nouvelle chance pour les littéraires".

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Luigi_B le Sam 4 Jan 2014 - 23:59

@John a écrit:
Au-delà de cette réforme du concours d’Ulm, ce qui bouleverse Loriane Lafont, c’est qu’on ait créé une « BEL », qui veut dire « Banque d’épreuves littéraires », un concours permettant aux élèves de Khâgne de postuler les Instituts de sciences politiques et toute une série de grandes écoles de commerce. Précisons que 95,5 % des préparationnaires présentant les concours des Ecoles normales supérieures sont recalés. Il n’est pas indifférent de leur proposer des choix alternatifs à la reconversion à l’université.
Voilà : tout est dit.
A vrai dire ce n'est pas une "reconversion" : le passage à l'université est la voie normale pour 95% des khâgneux, avec le système des équivalences. C'est simplement que la crise de recrutement aux concours de l'enseignement abolit en quelque sorte ce cursus classique. Même les normaliens sont de moins en moins nombreux à passer l'agrégation (les deux tiers seulement en 2010, si je me souviens bien). C'est là - à mon sens - le cœur du problème.

De ce point de vue il y a effectivement des inquiétudes à avoir au sujet de cette "banque d'épreuves littéraires" mais qui n'ouvre pas à des études littéraires et des questions à se poser si on veut que continuent d'exister des cursus littéraires à l'université (voir la disparition du Capes de lettres classiques) et que cesse la pénurie aux concours d'enseignement.

Je conseille la lecture de cet article récent du NYT : "As Interest Fades in the Humanities, Colleges Worry" (4/11/13).

Pour reprendre le titre du fil, ce n'est pas une hérésie qu'il y ait des littéraires en entreprise (voir mon message précédent)... pourvu qu'ils aient encore une formation littéraire.  Neutral

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Iphigénie le Dim 5 Jan 2014 - 5:07

e ce point de vue il y a effectivement des inquiétudes à avoir au sujet de cette "banque d'épreuves littéraires" mais qui n'ouvre pas à des études littéraires et des questions à se poser si on veut que continuent d'exister des cursus littéraires à l'université (voir la disparition du Capes de lettres classiques) et que cesse la pénurie aux concours d'enseignement.
Voilà. Je ne connais pas l'auteur de cet article mais j'aurais eu tendance à ne pas le lire comme la majorité d'entre vous, mais plutôt comme une inquiétude à voir que les filières littéraires doivent chercher désormais des débouchés (et des justifications) autres que littéraires (qui vont de la rédaction des catalogues de La R. aux postes en entreprise. Il semble acquis désormais que la filière littéraire n'a de sens que si elle peut conduire à des emplois non littéraires. Et de ce point de vue, c'est effectivement très inquiétant (syndrome des langues anciennes qui doivent avoir une utilité autre qu'elles-mêmes : le précédent est très évocateur, non?)

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Anaxagore le Dim 5 Jan 2014 - 8:05

@iphigénie a écrit:
e ce point de vue il y a effectivement des inquiétudes à avoir au sujet de cette "banque d'épreuves littéraires" mais qui n'ouvre pas à des études littéraires et des questions à se poser si on veut que continuent d'exister des cursus littéraires à l'université (voir la disparition du Capes de lettres classiques) et que cesse la pénurie aux concours d'enseignement.
Voilà. Je ne connais pas l'auteur de cet article mais j'aurais eu tendance à ne pas le lire comme la majorité d'entre vous, mais plutôt comme une inquiétude à voir que les filières littéraires doivent chercher désormais des débouchés (et des justifications) autres que littéraires (qui vont de la rédaction des catalogues de La R. aux postes en entreprise. Il semble acquis désormais que la filière littéraire n'a de sens que si elle peut conduire à des emplois non littéraires. Et de ce point de vue, c'est effectivement très inquiétant (syndrome des langues anciennes qui doivent avoir une utilité autre qu'elles-mêmes : le précédent est très évocateur, non?)

Il faut lutter contre l'utilitarisme, mais la connaissance est tout sauf inutile ne serait-ce que pour nous rendre meilleurs.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Iphigénie le Dim 5 Jan 2014 - 8:48

@Anaxagore a écrit:
@iphigénie a écrit:
e ce point de vue il y a effectivement des inquiétudes à avoir au sujet de cette "banque d'épreuves littéraires" mais qui n'ouvre pas à des études littéraires et des questions à se poser si on veut que continuent d'exister des cursus littéraires à l'université (voir la disparition du Capes de lettres classiques) et que cesse la pénurie aux concours d'enseignement.
Voilà. Je ne connais pas l'auteur de cet article mais j'aurais eu tendance à ne pas le lire comme la majorité d'entre vous, mais plutôt comme une inquiétude à voir que les filières littéraires doivent chercher désormais des débouchés (et des justifications) autres que littéraires (qui vont de la rédaction des catalogues de La R. aux postes en entreprise. Il semble acquis désormais que la filière littéraire n'a de sens que si elle peut conduire à des emplois non littéraires. Et de ce point de vue, c'est effectivement très inquiétant (syndrome des langues anciennes qui doivent avoir une utilité autre qu'elles-mêmes : le précédent est très évocateur, non?)

Il faut lutter contre l'utilitarisme, mais la connaissance est tout sauf inutile ne serait-ce que pour nous rendre meilleurs.

Eugène Ionesco, Notes et contre-notes:
L'homme moderne, universel, c'est l'homme pressé, il n'a pas le temps, il est le prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu'une chose puisse ne pas être utile; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c'est l'utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si l'on ne comprend pas l'utilité de l'inutile, l'inutilité de l'utile, on ne comprend pas l'art; et un pays où on ne comprend pas l'art est un pays d'esclaves ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit; où il n'y a pas l'humour, où il n'y a pas le rire il y a la colère et la haine. Car ces gens affairés, anxieux, courant vers un but qui n'est pas un but humain ou qui n'est qu'un mirage, peuvent tout d'un coup, à l'appel de n'importe quel fou ou démon se laisser gagner par un fanatisme délirant, une rage collective, une hystérie populaire".

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par JEMS le Dim 5 Jan 2014 - 8:49

Il faut trouver une utilité professionnelle à toutes les études, là est le problème.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Anaxagore le Dim 5 Jan 2014 - 8:54

Les baccalauréats Mathématiques élémentaires, Philosophie et Sciences expérimentales, ça avait quand même une belle dégaine.

Pour ce qui est de la question de la classe de khâgne et de son ouverture à d'autre concours que Normale Sup., il faut que j'y réfléchisse davantage.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Anaxagore le Dim 5 Jan 2014 - 8:55

@iphigénie a écrit:
@Anaxagore a écrit:
@iphigénie a écrit:
Voilà. Je ne connais pas l'auteur de cet article mais j'aurais eu tendance à ne pas le lire comme la majorité d'entre vous, mais plutôt comme une inquiétude à voir que les filières littéraires doivent chercher désormais des débouchés (et des justifications) autres que littéraires (qui vont de la rédaction des catalogues de La R. aux postes en entreprise. Il semble acquis désormais que la filière littéraire n'a de sens que si elle peut conduire à des emplois non littéraires. Et de ce point de vue, c'est effectivement très inquiétant (syndrome des langues anciennes qui doivent avoir une utilité autre qu'elles-mêmes : le précédent est très évocateur, non?)

Il faut lutter contre l'utilitarisme, mais la connaissance est tout sauf inutile ne serait-ce que pour nous rendre meilleurs.

Eugène Ionesco, Notes et contre-notes:
L'homme moderne, universel, c'est l'homme pressé, il n'a pas le temps, il est le prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu'une chose puisse ne pas être utile; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c'est l'utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si l'on ne comprend pas l'utilité de l'inutile, l'inutilité de l'utile, on ne comprend pas l'art; et un pays où on ne comprend pas l'art est un pays d'esclaves ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit; où il n'y a pas l'humour, où il n'y a pas le rire il y a la colère et la haine. Car ces gens affairés, anxieux, courant vers un but qui n'est pas un but humain ou qui n'est qu'un mirage, peuvent tout d'un coup, à l'appel de n'importe quel fou ou démon se laisser gagner par un fanatisme délirant, une rage collective, une hystérie populaire".

Merci.

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Blan6ine le Dim 5 Jan 2014 - 8:57

Il me semble que présenter les concours des IEP ou d"écoles de commerce relève tout de même d'un choix personnel. On ne peut pas reprocher aux khâgneux ou autres élèves de profil littéraire de tenter de s'orienter vers des carrières différentes de l'enseignement ou de la recherche, vu l'image de que l'on en donne, vu la réalité qu'ils recouvrent.
On peut espérer de la part de ces élèves qu'ils soient habités d'un esprit plein de sensibilité  -littéraire- qui les distingue de leurs collègues...

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Re: Des littéraires en entreprise, une hérésie ?

Message par Iphigénie le Dim 5 Jan 2014 - 9:02

@Blan6ine a écrit:Il me semble que présenter les concours des IEP ou d"écoles de commerce relève tout de même d'un choix personnel. On ne peut pas reprocher aux khâgneux ou autres élèves de profil littéraire de tenter de s'orienter vers des carrières différentes de l'enseignement ou de la recherche, vu l'image de que l'on en donne, vu la réalité qu'ils recouvrent.
On peut espérer de la part de ces élèves qu'ils soient habités d'un esprit plein de sensibilité  -littéraire- qui les distingue de leurs collègues...
Sans aucun doute.
Mais ce qu'on peut et à mon avis doit regretter, c'est que l'on ne conçoive plus la filière littéraire comme, d'abord, un lieu de recherche littéraire sans l'obsession de la "professionnalisation": on risque de perdre beaucoup de spécificité littéraire, justement et de créer une sous-filière économique, comme on le voit déjà pour la série L en lycée.

Iphigénie
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