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Saraswati
Neoprof expérimenté

Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Saraswati le Lun 6 Avr 2009 - 0:44
hello,

qui aurait par hasard, l'extrait du Château de Kafka critiquant l'absurdité de la bureaucratie ?
Ou un autre (je crois que Céline en parle dans Voyage...).

Merci, ça serait chouette de me le filer assez vite ! veneration
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John
Médiateur

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par John le Lun 6 Avr 2009 - 0:50
Y en a dans les âmes mortes de Gogol, aussi, et si c'est pour des petits, la video de la maison des fous dans les 12 travaux d'Asterix est sur Youtube.

Sinon, c'est dans le Procès de Kafka, aussi, l'absurde par excellence. Et dans Belle du Seigneur, la bureaucratie en prend aussi pour son grade.

Il n'y a pas un extrait de l'une de ces oeuvres dispo sur internet ?

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Saraswati
Neoprof expérimenté

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Saraswati le Lun 6 Avr 2009 - 0:53
ah, je cherche je cherche ! mais comme je n'ai pas de phrase extraite d'un de ces textes, je n'arrive pas à trouver en tapant juste "kafka critique bureaucratie" !! 😢

Merci pour ton aide, j'avais pensé à Astérix mais c'est pour des 1ères en doc complémentaire (par rapport à la recherche d'un travail par Colin dans L'Ecume des Jours) alors je ne sais pas trop si Astérix est une référence sérieuse ! Laughing
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John
Médiateur

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par John le Lun 6 Avr 2009 - 0:55
J'ai trouvé un avocat dans Les âmes mortes...

Tchitchikof fit aussitôt avancer sa calèche et se rendit chez un
avocat consultant, dont il faut que nous fassions la connaissance.
C’était un jurisconsulte de très grande expérience. Il s’appelait
Vacili Vaciliévitch Oldekrock, mais on l’appelait plus communément
Vassvass ou le Chat-Tigre. Il était, comme avocat, depuis quinze ans en
interdit et sous la menace d’une décision pénale ; mais on ne
parvenait, par aucune mesure, à l’empêcher d’avoir la main dans toutes
les affaires graves de la justice locale. On savait que ses exploits
auraient dû lui attirer dix fois un exil dans l’Est ; on disait tout
haut que l’air ambiant de cet homme ne pouvait être qu’une atmosphère
de défiance et d’inquiétude : mais on n’était point parvenu à réunir
contre lui un corps de preuves assez solide pour servir de base à un
arrêt de condamnation. Il semblait y avoir là quelque prestige
inexplicable, et nous serions tenus de considérer cet homme comme
sorcier, si aussi bien les aventures dont nous retraçons la très fidèle
histoire se rapportaient aux époques de la barbarie.
Ce jurisconsulte fit impression sur Tchitchikof, d’abord par
l’excessive froideur de son accueil, puis par le contraste du
personnage et de ce qui faisait cadre autour de lui. Il était assis sur
un siège en loques, dans une robe de chambre déguenillée et graisseuse,
au milieu d’un riche mobilier d’acajou, devant une belle pendule d’art
qui était placée sous une cloche de pur cristal, pendant qu’au plafond
un lustre resplendissait à travers une fine housse de gaze, et qu’en
général, tout ce qu’on apercevait dans l’appartement portait
l’irrécusable témoignage de la civilisation européenne.
Tchitchikof, incapable de s’arrêter beaucoup à ces contradictions de
l’extérieur d’un homme, entra en matière et exposa l’affaire qui
l’amenait, en ayant soin de bien faire ressortir les points où les
opposants pouvaient avoir de la prise ; puis il fit entrevoir, dans une
séduisante perspective, la reconnaissance qui suivrait les bons
conseils et les bons offices.
Le jurisconsulte, qui évidemment était philosophe, parla sagement de
l’incertitude de toutes les choses de la terre, et en particulier des
volontés et de la vie même des hommes. Sans employer précisément le
proverbe pittoresque de la mésange dans la main préférable à la grue
planant sous le nuage, il termina de manière à en évoquer adroitement
le souvenir dans l’esprit fin et attentif du client.
Il n’y avait pas à balancer, et le client se hâta de mettre une fort
gentille mésange dans la main du philosophe, dont aussitôt tout le
scepticisme disparut comme par magie. Celui-ci se trouva être l’homme
le plus bienveillant, le plus communicatif et le plus aimable ; son
entretien, sous le rapport de la facilité et de la grâce du tour, ne le
cédait nullement à celui de Tchitchikof lui-même.
« Vous allez vous trouver lancé dans une bien longue et bien
difficile affaire, dit l’avocat ; mais permettez-moi de vous faire
observer que certainement vous n’avez pas bien examiné le testament, le
dernier testament, celui qui doit être le bon ; nul doute que le
précédent n’y ait été expressément annulé ; il y a là une ou deux
lignes d’écriture, un renvoi, Dieu sait ! que vous n’aurez pas aperçu.
Prenez cet acte, l’orignal même, chez vous, et voyez. Il est défendu,
sans doute, de jamais laisser sortir du greffe des pièces de cette
importance ; mais en priant de la bonne manière certains employés
connus pour leur obligeance… de mon côté, je m’intéresserai activement
à ce que cette communication ne vous soit pas refusée durement.
– Je comprends, » pensa Tchitchikof, et il dit : « En effet, il ne
me souvient pas bien s’il y a, oui ou non, la mention, et même je ne
saurais dire… vous savez, dans la confusion ces moments-là… je ne
saurais dire si c’est moi qui ai tenu la plume ou si un autre a écrit
l’instrument…
– Eh bien, c’est cela ; le mieux est que vous voyiez la pièce, et à
loisir… Au reste, ajouta-t-il avec une parfaite bonhomie, soyez, quoi
qu’il arrive, toujours ferme, toujours calme et serein, même si les
choses prenaient la pire tournure, il n’y a pas d’imbroglio qui ne se
débrouille, pas de faute qu’on ne répare, si l’on est calme et ferme.
Faites comme moi, je ne cesse jamais d’être calme. On a beau multiplier
contre moi les attaques et les accusations, je suis, je reste calme. »
La face du jurisconsulte philosophe était en effet si admirablement
tranquille et placide, que Tchitchikof s’en trouva lui-même tout apaisé.
« Sans doute le calme est un point très important, dit Tchitchikof ;
mais convenez cependant qu’il y a de telles circonstances, de telles
piqûres, de telles positions critiques, que tout ce beau calme saute en
l’air comme chassé par un ressort.
– Alors il y a poltronnerie, dit bonnement le philosophe juriste. En
tout cas, parlez très peu, efforcez-vous de ne point parler du tout,
faites en sorte que toute la procédure se fasse par écrit, pas
autrement que par écrit ; du noir sur du blanc, c’est du gris. Et dès
que vous reconnaîtrez que l’action marche rapidement, et qu’il n’y a
presque plus qu’à formuler et prononcer le jugement, ayez soin, non pas
de vous justifier et de vous défendre, car ce n’est plus le temps de
plaider son innocence, mais de jeter dans l’affaire une grêle
d’incidents, d’insinuations, de demi-mots, de réticences, de petites
inventions perfides à grand effet, pour embarrasser, embrouiller,
confondre. Vous entendez, il faut brouiller tout ; il faut jeter des
pannetées, des bottées de toutes sortes d’histoires connexes ou non,
mais paraissant concerner des personnes innomées jusqu’ici ; il faut
compliquer, compliquer, compliquer, amasser des nuages, et se reposer.
Eh bien ! là-dessus, qu’il arrive de Pétersbourg un employé réviseur,
contrôleur, inspecteur, comme ils voudront l’appeler ; que ce
fonctionnaire révise donc, qu’il révise, qu’il lise, qu’il analyse,
qu’il y voie clair, s’il peut ! »
En achevant cette tirade, il prenait un grand plaisir à regarder la
physionomie de Tchitchikof, comme un maître se plaît à regarder la
figure de l’écolier à qui il explique une appétissante page de la
syntaxe russe.
« Bien, si on est assez heureux pour assembler des circonstances
propres à enfermer de toutes parts ses juges dans la plus épaisse
obscurité, repartit Tchitchikof qui, de son côté, regardait le
philosophe avec la même joie que l’écolier regarde son maître, quand il
a compris la page expliquée par ce dernier.
– On saura en assembler et de très compliquées, soyez-en sûr.
L’effet d’un fréquent exercice sur un sujet exclusif rend l’esprit
ingénieux ; et, d’abord, n’oubliez pas que vous serez aidé ; on
compliquera, on brouillera à l’envi de vous. La complication dans les
chiffres est avantageuse à une foule de gens, cela amène du monde à un
plus grand nombre de gens de greffe. Dans ce monde, il arrivera de
toutes parts bien des gens qui ne comprendront pas un mot des choses
sur lesquelles on les sommera de s’expliquer ; appelés, accusés ou
questionnés en vain, les uns auront à se justifier d’une insinuation
inouïe, inconcevable ; les autres à attester qu’ils ne peuvent
témoigner de choses dont ils n’ont même aucune idée : mais tout cela
devra se faire sur papier timbré, dans les formes et le style voulus…
Voilà une moisson pour les bureaux. Je vous répète que l’on peut
tellement grossir et brouiller l’écheveau, que le juge le plus zélé s’y
usera les yeux, les dents et les ongles, et ajoutera lui-même aux
difficultés par son impatience inévitable. Pourquoi suis-je tranquille,
moi ? parce que je me suis dit une bonne fois : « Que mes affaires
deviennent plus mauvaises, qu’elles deviennent critiques et
abominables, c’est bien, je les attends là ; aussitôt je les y fais
entrer tous, tous : et le gouverneur, et le vice-gouverneur et le
maître de police, et le trésorier ; j’accroche à chacun son mouflon. »
Je connais à fond leur histoire, je sais leurs colères, leurs haines,
leurs brigues, leurs délations mutuelles, leurs traits d’envie, de
bassesse et de perfidie. Quand j’aurai fait sortir de tout cela un
épais brouillard, qu’ils s’agitent là-dedans, se heurtent, se
culbutent : avant qu’ils aient eu le temps de se reconnaître, il en
sera venu d’autres, et que ne sera-t-il pas survenu ? C’est dans l’eau
trouble que les écrevisses se font prendre. Là elles n’attaquent pas et
ne savent pas comment se défendre. »
Ici encore, le juriste philosophe regarda Tchitchikof de tous ses
yeux et de nouveau avec cette même jouissance du maître, expliquant à
son élève le passage le plus piquant de la grammaire russe. Car il
n’est rien de savoureux, de provoquant comme la science grammaticale en
Russie.
« Cet homme est un génie, » pensa Tchitchikof, et il quitta le juriste dans la plus agréable disposition d’esprit.

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Saraswati
Neoprof expérimenté

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Saraswati le Lun 6 Avr 2009 - 1:13
merci d'avoir cherché pour moi !
je le lirai demain avec plus d'attention, là je sature, je vais me coucher...
bonne nuit John ! Sleep
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Pseudo
Demi-dieu

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Pseudo le Lun 6 Avr 2009 - 6:52
Il y a bien sur Courteline (si des extraits de théâtre t'intéresse).
Dans Thérèse Raquin, il y a quelques descriptions de la vie de bureau.
Chez Maupassant, là, comme ça, je me souviens de L'héritage.
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Abraxas
Doyen

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Abraxas le Lun 6 Avr 2009 - 7:57
La ligne de force, de Pierre Herbart. Splendide comparaison entre le système bureaucratique soviétique et les lèche-culs (au sens propre) de la cour de Louis XIV, dans les Mémoires de Saint-Simon.
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Carabas
Vénérable

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Carabas le Lun 6 Avr 2009 - 15:50
La fin de Ferragus, où il faut tout un tas de paperasses pour demander l'autorisation de faire incinérer sa femme.
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Saraswati
Neoprof expérimenté

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Saraswati le Lun 6 Avr 2009 - 18:48
@Carabas a écrit:La fin de Ferragus, où il faut tout un tas de paperasses pour demander l'autorisation de faire incinérer sa femme.
ah, pas mal ! enfin au moins c'est un livre que j'ai chez moi ! (je n'arrive pas à retrouver Le Procès).
Je vais le relire pour voir si ça colle, je préfère prendre un extrait d'une œuvre que je connais, surtout que je vais faire ça en formule concentrée !

Merci à tous (mais si quelqu'un a quand même l'extrait de Kafka : fleurs2 )
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EGny
Niveau 5

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par EGny le Mer 8 Avr 2009 - 14:29
Sinon, je suis en train de relire Rhinocéros et j'ai pensé à toi dans le deuxième acte, le travail sur les didascalie et l'absurdité de la vie de bureau avec le rhino qui vient et qui détruit tout...
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Saraswati
Neoprof expérimenté

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Saraswati le Mer 8 Avr 2009 - 14:31
merci Egny ! Wink
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Saraswati
Neoprof expérimenté

Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

par Saraswati le Ven 10 Avr 2009 - 0:35
Résultats de ma cogitation : merci Carabas, j'ai finalement utilisé "Ferragus" qui collait bien à ma séquence et à mon texte. (les autres ne boudez pas, j'ai apprécié aussi vos propositions Wink )

Pour le texte du "Pocès" : l'intégralité est là :
http://books.google.fr/books?id=BNb-gy61vb8C&pg=PA11&lpg=PA11&dq=kafka+cette+loi+la+je+ne+la+connais+pas&source=bl&ots=IMRCDKHQph&sig=EgRV-YUygbwgQZdBoSr4svm7jOY&hl=fr&ei=qjveSaKQJMaZjAf5sZEM&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=6#PPA2,M1
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Re: Cherche textes sur la critique de la bureaucratie !

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