36e colloque national de l'AFAE les 04, 05 et 06 avril (Versailles et Marly-le-Roi) : "Peut-on réformer l'école ?"

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36e colloque national de l'AFAE les 04, 05 et 06 avril (Versailles et Marly-le-Roi) : "Peut-on réformer l'école ?"

Message par John le Dim 30 Mar 2014 - 20:39

Le XXXVIème colloque national de l’AFAE se tiendra les 04, 05 et 06 avril 2014 à Versailles et à Marly-le-Roi sur le thème : "Peut-on réformer l’Ecole ?"

Les raisons du choix de ce thème :

"Alors qu’aucun système ne s’est davantage transformé en cinquante ans (massification, augmentation spectaculaire d’une classe d’âge arrivant au baccalauréat, décentralisation, déconcentration, systèmes d’information révolutionnant la gestion…), les résultats obtenus par les élèves aux évaluations internationales qui ne s’améliorent pas , le nombre de jeunes sortant du système éducatif sans qualification, la difficulté de faire évoluer les statuts des personnels, la faculté d’absorber les réformes successives sans en évaluer les résultats, peuvent donner l’impression que notre école reste immobile face aux défis qu’elle doit relever."

Texte de problématique générale, rédigé par M. le Recteur Christian Philip

Peut-on réformer l’école ? Pourquoi cette question puisque l’école ne cesse d’être réformée depuis un demi-siècle, de la loi Edgar Faure à celle de Vincent Peillon ? La question est cependant pertinente car, chacun en a conscience, toutes ces réformes n’ont pas permis d’atteindre les objectifs visés par leurs concepteurs. . Le ‘‘mammouth’’ cher à Claude Allègre a su résister . La réforme de l’école reste à faire.

Une question préalable doit être posée. Est-il nécessaire de réformer l’école ? L’interrogation « peut-on la réformer ? » n’a d’intérêt que si une réforme est vraiment souhaitable. Cette interrogation ne cède-t-elle pas à une attitude bien française de toujours réformer. … sans d’ailleurs vraiment réformer !

Oui, il faut réformer notre école parce qu’elle ne remplit plus les missions qui ont été celles de l’Ecole de la République. Elle n’a pas su digérer son principal succès à savoir sa démocratisation, l’accès au baccalauréat d’une grande majorité d’une classe d’âge. Les évaluations internationales le montrent : les résultats de nos élèves sont globalement médiocres et nous régressons par rapport aux pays comparables au nôtre. Qui plus est, malgré la démocratisation, notre école est de plus en plus inégalitaire alors que jusqu’aux années 50 elle était un véritable ascenseur social.

Oui, il faut réformer notre école parce qu’il y a là une condition de la réussite de la France. Dans le contexte de mondialisation qui caractérise le XXI ème siècle, c’est le niveau de formation de notre jeunesse qui va nous permettre ou non de conserver une croissance à même d’assurer un emploi au plus grand nombre et un niveau de vie élevé. L’école doit aussi transmettre les valeurs qui fondent notre société, notre République. Elle ne sait plus le faire, et ceci explique le mal être sociétal que nous constatons aujourd’hui, l’échec de l’intégration de jeunes pourtant nés en France.

Oui, il faut réformer notre école, et c’est même le défi le plus important pour la France des années 2010. Notre avenir collectif en dépend. Comment accepter plus longtemps que tant de jeunes français sortent de leur scolarité obligatoire sans maîtriser réellement notre langue, sans avoir acquis ce socle commun de connaissances constitué des compétences indispensables à une intégration dans la société, sans véritable qualification reconnue ?

Comment accepter plus longtemps ces écoles et surtout ces collèges ghettos de nos quartiers dits difficiles alors même qu’on les qualifie d’ « éducation prioritaire » ? Comment accepter, alors que tout s’est transformé autour de nous, que les obligations de service de nos enseignants, leur évaluation ou les règles régulant leurs promotions ou leur mobilité soient régies par des textes datant pour la plupart de la IVéme République ?

Il faut réformer l’école. Le constat est partagé par tous : nos gouvernants successifs, les chefs d’entreprises, les parents … et même nos professeurs et nos élèves. Et pourtant nous allons de fausses réformes en fausses réformes, nous cumulons les réformes en demi-teinte et les échecs, celles proclamées mais jamais réellement mises en œuvre. Alors, réformer l’école en France est-elle un vœu pieux, une mission impossible ? Je ne peux pas le croire car démissionner serait entériner notre déclin, surtout cela nous entraînerait vers une crise sociale et politique inévitable et d’une extrême gravité.

On doit réformer l’école mais cela suffit-il à dire qu’on le peut ? Certainement pas. Le scénario pessimiste n’est nullement à écarter et nous sommes pour l’heure inscrits dans une telle perspective. Aussi convient-il de définir comment rendre possible cette réforme nécessaire de l’école.

D’abord, il faut se convaincre que cette réforme de l’école ne se fera pas par une loi miracle, une réforme globale définie au plan national et imposée. Les lois successives ont montré l’échec d’une telle démarche. Prenons par exemple la réforme des rythmes scolaires : sur le principe, il y a consensus et pourtant cela ne fonctionne pas parce qu’on a voulu définir un modèle au plan national trop contraignant et imposé sans véritable concertation. L’on pourrait aussi évoquer la question des programmes : à quoi riment ces changements permanents ? Fixons aux professeurs des objectifs de compétences à atteindre pour chaque classe et laissons les choisir ensuite les termes qu’ils abordent ! Je sais combien dire cela peut heurter tous ceux qui croient à une « éducation nationale » condition à leurs yeux pour garantir l’égalité des chances. Cependant tant que l’on voudra procéder d’en haut, on échouera. Il ne suffit pas de dénommer une loi « loi de refondation de l’école » pour que l’école française se reconstruise.

Ensuite, il importe de se convaincre qu’aucune réforme n’est possible sans que les acteurs de l’école ne s’approprient cette réforme. Cela signifie qu’aucune réforme n’est possible sans et contre les professeurs. Il faut prendre le temps de les écouter, de leur expliquer, de leur donner des formations préalablement aux changements (et pas après !). Une réforme ne sera réelle que si elle se traduit par des évolutions dans la classe, et ceci suppose l’adhésion des professeurs. Cela signifie encore que les parents doivent être partie prenante de la réforme de l’école ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Quel est le poids de deux ou trois parents dans un conseil … d’où les taux records d’abstention aux élections chaque année ? Il faut une véritable instance paritaire regroupant décideurs (autorité académique) professeurs et parents. On peut l’imaginer soit dans l’école ou l’établissement, soit – ce que je pense plus intéressant- à l’échelon d’un territoire (la commune ou la communauté de communes) ?

Il faut revoir ce que nous entendons par Education nationale. Celle-ci implique que l’Etat fixe un cadre, des obligations, des objectifs, répartisse des moyens. Ensuite il faut faire confiance à des acteurs locaux pour la mise en œuvre , en fonction des spécificités d’un territoire et des élèves. Cela signifie décentraliser davantage vers les collectivités locales, leur faire confiance. Globalement, la décentralisation des « murs » a été un succès, pourquoi ne seraient-elles pas capables de s’intéresser à la réussite de notre jeunesse ? En Allemagne ou au Québec, par exemple, il y a une très forte décentralisation. Or les résultats scolaires comme la lutte contre les inégalités sont plus positifs qu’en France, Le rôle des landers en Allemagne ne conduit pas, au contraire, à une éducation au rabais. Chaque land fait de l’éducation une priorité, s’inspire des actions menées ailleurs tout en prenant des initiatives propres. Cela signifie aussi plus de responsabilisation des écoles et établissements avec en contrepartie une évaluation conduite par l’éducation nationale (les corps d’inspection). Il ne s’agit pas de prôner une autonomie, terme utilisé pour empêcher la responsabilisation. Il s’agit de donner de réelles compétences au directeur d’école qui devrait avoir un vrai statut) et au chef d’établissement dans la conduite pédagogique ( donc intervenir dans le recrutement et l’évaluation des enseignants, accroître le rôle du projet d’école ou d’établissement .Là encore les exemples à l’étranger comme dans l’enseignement privé sous contrat montrent que c’est une condition du succès.

Comment procéder ? Je suggère le contrat d’objectifs et de moyens. Un tel contrat d’abord entre le ministère de l’éducation nationale et chaque académie (comme engagé depuis début 2012 par Luc Chatel et poursuivi par Vincent Peillon). Ensuite, un contrat entre l’académie et la collectivité locale. Enfin un contrat tripartite (ce que prévoit la loi Peillon) entre l’académie, la collectivité et l’établissement.

Ainsi devrait-on pouvoir garantir éducation nationale et responsabilité des acteurs. Surtout l’on pourrait procéder sans une nouvelle loi, source de conflits et qui ne fera jamais consensus. Le cadre législatif actuel pose des contraintes, des limites. Mais il faut faire avec dans un premier temps. Savoir aussi avancer progressivement avec ceux qui sont prêts à ces évolutions puis considérer que de bonnes pratiques conduisent à une dynamique du changement. Il sera alors temps de traduire dans la loi cette réforme déjà largement introduite dans les faits.

Suis-je utopiste ? Peut-être. Je mesure les obstacles à franchir, les réticences ! Mais sans une démarche certes volontariste mais pragmatique, évolutive, décentralisatrice, il n’y aura pas de réforme possible. Or, je l’ai dit, cette réforme est nécessaire, et elle est urgente. Puisque la méthode législative et réglementaire a échoué, pourquoi ne pas essayer de faire autrement ?

Comment organiser cette réforme de l’école ? Je ne crois pas aux assises organisées à tout bout de champ dans un délai toujours très court, où l’on entend tout et son contraire et qui servent seulement de paravent pour imposer une réforme déjà conçue ! J’en ai trop connues ! Il faut un débat national et celui-ci n’a de légitimité qu’au moment de l’élection présidentielle. Il faut qu’un futur président de la République s’engage dans cette direction et qu’ainsi il ait ensuite la légitimité nécessaire pour agir. L’école devrait être le principal thème de l’élection présidentielle de 2017 si l’on se souciait vraiment du premier défi posé aujourd’hui à notre pays. La réforme de l’école ne pourrait qu’aider à résoudre les autres défis (immigration, développement économique par exemple). Pour ce faire, le débat doit commencer dès maintenant.

Christian PHILIP ancien Recteur
http://www.afae.fr/spip.php?article370

Le programme complet :
http://www.afae.fr/spip.php?rubrique110

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Re: 36e colloque national de l'AFAE les 04, 05 et 06 avril (Versailles et Marly-le-Roi) : "Peut-on réformer l'école ?"

Message par John le Sam 5 Avr 2014 - 19:19

J'imagine que les conclusions de ce colloque inspireront l'orientation des actions de Benoît Hamon et de son cabinet...

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