Je recherche la nouvelle "Jeu"de Roald Dahl

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Je recherche la nouvelle "Jeu"de Roald Dahl

Message par Tournesol le Mer 16 Avr 2014, 11:06

Bonjour !

Je suis à la recherche de cette nouvelle, "Jeu", extraite du livre Bizarre, bizarre !, que je n'ai pas, que mon CDI n'a pas, et que je ne trouve pas sur le net... Avant de changer de texte, je passe par ici : l'un d'entre vous l'aurait-il en réserve ?

Merci !

_________________
J'habite près de mon silence
à deux pas du puits et les mots
morts d'amour doutant que je pense
y viennent boire en gros sabots
comme fantômes de l'automne
mais toute la mèche est à vendre
il est tari le puits, tari.

(G. Perros)

Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours. (Gandhi)

Tournesol
Expert spécialisé


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Re: Je recherche la nouvelle "Jeu"de Roald Dahl

Message par Greline le Mer 23 Avr 2014, 01:08

Bonsoir, Tournesol,

Je colle la nouvelle.

Greline

Jeu

L’enfant s’aperçut qu’il palpait avec sa paume une coupure, déjà ancienne, au sommet de son genou. Il se pencha pour l’examiner de près. Une croûte, cela le fascinait toujours ; attrait irrésistible où se mêlait un peu de provocation.
« Oui, se dit-il, je vais l’arracher, même si c’est trop tôt, même si ça colle encore dans le milieu. Tant pis si j’ai très mal ! »
Tâtant d’un doigt prudent les bords de l’escarre, il y glissa le bout de l’ongle, la souleva — oh ! à peine — et soudain, sans la moindre résistance, la belle croûte brune se détacha tout entière, laissant à sa place un joli petit cercle de peau rose et lisse.
« Bien, très bien ! » Frottant la cicatrice, il n’éprouva aucune douleur. Il prit la croûte, la posa sur sa cuisse et, d’une chiquenaude, l’envoya valser sur le bord du tapis. Tiens ! Comme il était grand, ce tapis, bien plus grand que la pelouse du tennis, oh ! bien plus ! Noir, rouge et jaune, il couvrait toute l’entrée, depuis l’escalier où l’enfant était accroupi, jusqu’à la porte de la maison, là-bas, très loin. Il le regardait sans grand plaisir, d’un air sérieux, comme s’il le voyait pour la première fois. Et, soudain, phénomène étrange, les couleurs parurent s’animer et lui sautèrent à la figure en l’éblouissant. Vraiment bizarre !
« J’ai compris, pensa l’enfant, voilà : les parties rouges du tapis, ce sont des braises, des charbons ardents. Si je les touche, je brûle, oui, je brûle, et même je meurs carbonisé. Et les parties noires, voyons ?... Des serpents, c’est ça, d’horribles serpents venimeux, des tas de vipères et des cobras gros comme des troncs d’arbres. Si j’en touche un seul, ils me piquent, ils me tuent et je meurs avant l’heure du goûter. Mais si j’arrive à traverser de bout en bout ce dangereux tapis, sans être brûlé ni piqué, alors, demain, pour mon anniversaire, on me fera cadeau d'un petit chien."
Pour avoir un meilleur aperçu de cette jungle aux entrelacs de couleur et de mort, il se leva et grimpa un peu plus haut. Appuyant sur la rampe son visage grave — deux larges yeux bleus sous une frange blond-blanc, un petit menton aigu — l’enfant scruta longuement le tapis. Voyons, pouvait-il tenter l’aventure ? Il n’avait le droit de marcher que sur du jaune, mais encore fallait-il qu’il y en ait assez. Il pesa sérieusement les risques : le jaune, par endroit, paraissait bien mince, il existait même de dangereux espaces sans jaune du tout, mais, pourtant, il semblait bien continuer sans interruption jusqu'au bout du tapis. Et puis, quoi ? Hier encore, qui avait parcouru triomphalement la longue allée pavée de briques, entre les écuries et le jardin d'hiver, sans toucher du pied un seul joint ? Peuh ! Après un tel exploit, ce tapis ne devait pas présenter de difficultés insurmontables. Mais, ces serpents ! Rien que d'y penser, de petits courants de peur l'électrisaient, frissons légers comme des piqûres d'épingles qui couraient le long de ses mollets et lui chatouillaient la plante des pieds.
Il descendit lentement les marches et se plaça au bord du tapis. Là, il avança un petit pied chaussé d’une sandale et le posa délicatement sur un motif jaune, puis le second vint rejoindre le premier. Il y avait juste assez de place, sur ce jaune, pour s’y tenir les pieds joints. Voilà qui était fait ! Il était en route ! Son visage éclatant, à l'ovale très pur, se crispait, plus pâle que de coutume. Les bras étendus de chaque côté du corps pour maintenir son équilibre, il leva la jambe bien haut, au-dessus d'un menaçant trou noir, visant du bout de l'orteil une petite bordure jaune, de l'autre côté. Le second pas accompli, tendu, nerveux, il s'arrêta pour respirer.
L'étroite bande jaune, devant lui, avait au moins cinq mètres de long. Il prit son temps, avançant avec précaution, comme un funambule sur une corde raide. Cette bande se terminait, sur le côté, en arabesques qui l'obligèrent à enjamber un sinistre enchevêtrement de rouge et de noir. A mi-chemin, il trébucha, battant follement des bras, comme un moulin à vent, mais réussit à retrouver son équilibre et à atteindre la rive opposée. Là, il s'arrêta, essoufflé, pour prendre un repos bien mérité. Les muscles contractés par l'effort, il avait continuellement marché sur les pointes, les bras en croix et les poings serrés, sain et sauf sur cette grande île jaune. Il était tranquille, sûr de ne pas tomber dans le vide. Que ce repos était agréable ! Comme il aurait voulu rester toujours sur ce jaune rassurant, à l'abri du danger. Mais, troublé, soucieux, il voulait mériter le petit chien en allant jusqu'au bout. Quittant sa calme retraite, il se décida à reprendre le voyage.
Il avançait très lentement, s'arrêtant à chaque pas pour calculer l'endroit exact où poser le pied. A un certain moment, il eut le choix entre deux routes, l'une à droite, l'autre à gauche. Il préféra la gauche, plus difficile pourtant, parce qu'elle comportait moins de noir. C'est ce noir, surtout, qui l'effrayait .D'un rapide coup d'œil, il mesura le chemin parcouru.
Impossible de reculer maintenant, le plus difficile était fait, presque la moitié. Inutile de tenter une fuite en sautant de côté, le tapis était trop large. Non, il fallait continuer coûte que coûte. Mais devant tout ce rouge et ce noir qui lui restait à vaincre, il fut pris de panique, la même folle terreur au creux de la poitrine que l'an dernier, à Pâques, quand il s'était égaré dans le coin le plus sombre d'un bois.
Allons, encore un pas. Il posa le pied sur le seul petit morceau de jaune à sa portée. Cette fois, à peine un centimètre le séparait d'un abîme noir. Non, il ne le touchait pas, il en était sûr, il voyait bien le mince filet jaune au bout de sa semelle. Pourtant, comme s'il avait senti l'approche de l'ennemi, le serpent ondula, dressa sa tête cruelle aux petits yeux brillants, prêt à mordre au moindre frôlement.
"Je ne vous touche pas ! Il ne faut pas me mordre ! Vous voyez bien que je ne vous touche pas ! "
Silencieusement, un autre serpent se glissa près du premier, dressant lui aussi sa tête menaçante: deux têtes, deux paires d'yeux guettaient maintenant ce petit coin de chair sans défense, à nu, devant la bride et la sandale. L'enfant terrorisé, se hissa sur les pointes, et de longues minutes s'écoulèrent avant qu'il osât respirer ni bouger.
Le pas suivant était difficile, un vrai pas de géant. Il fallait franchir, en ce point le plus large, ce fleuve ondoyant et noir qui traversait le tapis de bout en bout. Essayer de sauter ? Non, il n'était pas certain d'atterrir sur l'étroite bande jaune, de l'autre côté. L'enfant prit une profonde inspiration, souleva lentement, lentement , la jambe, l'étendit le plus possible, très, très loin devant lui , l'abaissa petit à petit et posa enfin le bout du pied sur le bord d'une île jaune. Alors, il se pencha pour reporter en avant tout le poids de son corps et ramener l'autre pied, sans y parvenir. Ses jambes étaient trop ouvertes. Impossible de revenir en arrière. Il faisait le grand écart, il était coincé. Il baissa les yeux. A ses pieds, la profonde rivière noire et mouvante s'enroulait, rampait, glissait, brillant d'un sinistre éclat visqueux. Il vacilla, agitant frénétiquement les bras pour retrouver son équilibre, mais en vain. Il commençait à perdre pied.
Il inclinait vers la droite. Inexorablement, il inclinait vers la droite, lentement, puis de plus en plus vite. Au dernier moment, il étendit instinctivement la main pour amortir sa chute. Il vit alors cette main nue s'enfoncer dans la masse grouillante, d'un noir luisant. Il poussa un long cri d'épouvante.
Au-dehors, sous le soleil, loin derrière la maison, la mère était à la recherche de son enfant.

Greline
Niveau 3


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Re: Je recherche la nouvelle "Jeu"de Roald Dahl

Message par Tournesol le Dim 04 Mai 2014, 18:14

Merci beaucoup Greline !!!

Je n'avais pas vu que j'avais une réponse !...

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