ROMAN- 1900 : Colette, Claudine à l'école, Problème de mathématiques
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ROMAN- 1900 : Colette, Claudine à l'école, Problème de mathématiques
Je songe et je rage en copiant mes problèmes, d’une écriture échevelée ; Anaïs me guette en dessous et devine qu’il y a « quelque chose ». […] Je ne pense plus guère au problème à transcrire :
« … Un ouvrier plante des piquets pour faire une palissade. Il les enfonce à une distance telle les uns des autres que le seau de goudron dans lequel il trempe l’extrêmité inférieure jusqu’à une hauteur de 30 centimètres se trouve vide au bout de 3 heures. Etant donné que la quantité de goudron qui reste au piquet égale 10 centimètres cubes, que le seau est un cylindre de 0,15 mètre de rayon à la base et de 0,75 mètre de hauteur, plein aux trois quarts, que l’ouvrier trempe 40 piquets par heure et se repose 8 minutes environ dans le même temps, quel est le nombre de piquets et quelle est la surface de la propriété qui a la forme d’un carré parfait ? Dire également quel serait le nombre de piquets nécessaires si on les plantait distants de 10 centimètres de plus. Dire aussi le prix de revient de cette opération dans les deux cas, si les piquets valent 3 francs le cent et si l’ouvrier est payé 50 centimes de l’heure. »
Faudrait-il pas, aussi, dire si l’ouvrier est heureux en ménage ? Oh ! Quelle est l’imagination malsaine, le cerveau dépravé où germent ces problèmes révoltants dont on nous torture ? Je les exècre ! Et les ouvriers qui se coalisent pour compliquer la somme de travail dont ils sont capables, qui se divisent en deux escouades dont l’une dépense un tiers de force de plus que l’autre, tandis que l’autre, en revanche, travaille deux heures de plus ! Et le nombre d’aiguilles qu’une couturière use en vingt-cinq ans quand elle se sert d’aiguilles à cinquante centimes le paquet pendant onze ans, et d’aiguilles à soixante-quinze centimes pendant le reste du temps, mais que celles de soixante-quinze sont …et., etc. Et les locomotives qui compliquent diaboliquement leurs vitesses, leurs heures de départ et l’état de santé de leurs chauffeurs ! Odieuses suppositions, hypothèses invraisemblables, qui m’ont rendue réfractaires à l’arithmétique pour toute ma vie !
- Anaïs, passez au tableau. La grande perche se lève, et m’adresse en cachette une grimace de chat incommodé ; personne n’aime « passer au tableau » sous l’œil noir et guetteur de Mlle Sergent.
- Faites le problème.
Anaïs le « fait » et l’explique. J’en profite pour examiner l’institutrice tout à mon aise : ses yeux brillent, ses cheveux roux flamboient… Si, au moins, j’avais pu voir Aimée Lanthenay avant la classe ! Bon, le problème est fini. Anaïs respire et revient à sa place.
- Claudine, venez au tableau. Ecrivez les fractions :
3225/5712, 806/925, 14/56, 302/1052
(Mon Dieu ! préservez-moi des fractions divisibles par 7 et par 11, de même que celles par 5, par 9, et par 4 et 6, et par 1,127) et trouvez leur plus grand commun diviseur.
Voilà ce que je craignais. Je commence mélancoliquement ; je lâche quelques bêtises parce que je n’ai pas la tête à ce que je fais. Qu’elles sont vite réprimandées d’une geste sec de la main ou d’un froncement de sourcil les petites bourdes que je m’accorde ! Enfin je m’en tire et reviens à ma place, emportant un : « Pas de traits d’esprit ici, n’est-ce pas ? », parce qu’à son observation : « Vous oubliez d’abaisser les zéros », j’ai répondu : - Il faut toujours abaisser les zéros, ils le méritent.
Dernière édition par Camélionne le Sam 18 Avr 2009 - 9:04, édité 1 fois
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Re: ROMAN- 1900 : Colette, Claudine à l'école, Problème de mathématiques
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