AUTOBIOGRAPHIE - 1964 : Charles Chaplin, Histoire de ma vie

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AUTOBIOGRAPHIE - 1964 : Charles Chaplin, Histoire de ma vie

Message par Invité le Ven 17 Avr 2009 - 17:59

Où est-ce que je préfère choisir mes amis ? Sans doute dans ma profession. Douglas Fairbanks était pourtant le seul acteur dont je me fis jamais un ami. A force de rencontrer les vedettes dans les diverses soirée de Hollywood, je suis devenu sceptique… peut-être étions nous trop nombreux. L’atmosphère était plus compétitive qu’amicale, et on avait bien des gants à relever en allant jusqu’au buffet ou en en revenant. Non, les étoiles parmi les étoiles ne donnent que peu de lumière… et pas davantage de chaleur.

Les écrivains sont des gens charmants, mais pas très donnants ; tout ce qu’ils savent, il en font rarement profiter les autres ; la plupart d’entre eux le gardent dans les pages de leurs livres.Les savants pourraient être d’agréables compagnons, mais leur simple présence dans un salon paralyse l’esprit de tout le monde. Les peintres sont assommants parce que la plupart d’entre eux voudraient vous faire croire qu’ils sont philosophes plus que peintres. Les poètes appartiennent à n’en pas douter à la classe supérieure et, sur le plan individuel, ce sont des gens plaisants, tolérants et fort agréables. Mais je crois que ce sont les musiciens dans l’ensemble qui sont les plus faciles à vivre. Il n’y a rien d’aussi chaud et d’aussi émouvant que le spectacle d’un orchestre symphonique. Les petites lumières romantiques sur les pupitres, les instruments qui s’accordent, puis le brusque silence lorsque le chef d’orchestre fait son entrée, tout cela donne une impression d’harmonie, de coopération. Je me souviens que le pianiste Horowitz dînait chez moi et que mes invités discutaient de la situation mondiale, en disant que la crise et le chômage allaient provoquer une renaissance spirituelle. Il se leva tout d’un coup en disant : « Cette conversation me donne envie de jouer du piano. » Personne, bien sûr, ne protesta, et il joua la sonate n°2 de Schumann. Je me demandai si jamais on la rejouerait aussi bien.

Juste avant la guerre, je dînai chez lui avec sa femme, la fille de Toscanini. Il y avait là Rachmaninov et Barbirolli. Rachmaninov était un homme à l’air étrange, avec quelque chose de l’esthète et du moine. C’était un dîner intime, nous n’étions que tous les cinq.

Il semble que chaque fois que l’on discute art, j’ai une explication différente à proposer. Et pourquoi pas ? Je déclarai ce soir-là que l’art était une émotion supplémentaire qui venait s’ajouter à une technique habile. Quelqu’un se mit à parler de religion, et j’avouai que je n’étais pas croyant.

« Mais comment pouvez-vous pratiquer l’art sans religion ? » dit soudain Rachmaninov.

Je fus un instant déconcerté.

« Je ne crois pas que nous parlons de la même chose, répondis-je. Ma conception de la religion, c’est la croyance en un dogme… et l’art est un sentiment plus qu’une croyance.

- La religion aussi », répondit-il.

Après cela, je préférai me taire.


Dernière édition par Camélionne le Sam 18 Avr 2009 - 10:04, édité 1 fois

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Re: AUTOBIOGRAPHIE - 1964 : Charles Chaplin, Histoire de ma vie

Message par Invité le Ven 17 Avr 2009 - 18:04

Vraiment, je vous conseille cette autobiographie : elle est passionnante. La vie de Chaplin est absolument passionnante, et à travers elle, nous découvrons une foule de choses sur le milieu artistique et l'histoire du cinéma.

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