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Les parents doivent-ils pouvoir refuser le redoublement de leurs enfants ?

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Total des votes: 428
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John
Médiateur

Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par John le Mer 1 Oct 2014 - 15:36
Faut-il rendre l'accord des parents indispensable pour qu'un élève redouble ?
Un sondage ci-dessus.

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Marie Laetitia
Bon génie

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Marie Laetitia le Mer 1 Oct 2014 - 15:42
En théorie, non, dans la pratique, oui. Et même plus, il faut que l'élève comprenne et accepte l'enjeu, au moins au niveau du collège. En primaire, je ne me prononcerai pas.
Faire redoubler des élèves qui ne changent rien à leur attitude, à quoi bon?

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Si tu crois encore qu'il nous faut descendre dans le creux des rues pour monter au pouvoir, si tu crois encore au rêve du grand soir, et que nos ennemis, il faut aller les pendre... Aucun rêve, jamais, ne mérite une guerre. L'avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés. L'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre. Ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner (J. Brel, La Bastille)

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Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. (...) Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout...
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egomet
Grand sage

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par egomet le Mer 1 Oct 2014 - 19:08
Le passage dans la classe supérieure devrait être décidé selon un et un seul critère.  L'élève a-t-il les connaissances nécessaires pour comprendre ce qui est au programme de l'année suivante?

Toute autre considération embrouille la décision,  crée des injustices et nuit à l'efficacité du redoublement,  quel que soit l'objectif envisagé. 
Les passe-droit découragent tous les élèves de travailler, ceux qui sont susceptibles de redoubler, mais aussi les autres. 

Alors, à la rigueur,  je veux bien que la famille puisse demander à un autre établissement de prendre son enfant, à l'essai,  dans la classe supérieure.  Mais chaque établissement devrait pouvoir dire: "Si vous voulez continuer chez nous, voici les conditions." Il faut mettre les familles devant leurs responsabilités et les enfants devant leurs responsabilités d'enfants. 

On doit pouvoir parler un langage de vérité.  La situation actuelle est peut-être ce qu'on peut faire de pire. C'est un scandale de garder pendant trois ou quatre ans, au collège, des enfants pour lesquels nous n'avons aucune solution, en les faisant passer à l'ancienneté. Les petits calculs sordides sur les passages, l'âge du gamin et la fin de la scolarité obligatoire doivent disparaître de toute urgence.
L'hypocrisie politique de "la réussite de tous les élèves" inflige à toute la communauté éducative des souffrances intolérables. 

Il faut abroger le collège unique et articuler intelligemment les redoublements, l'orientation et les remédiations, de façon à proposer de vraies solutions. Pour cela, aucun dispositif national ne sera efficace. Il faut faire confiance aux acteurs de terrain.

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Sapientia vero ubi invenitur et quis est locus intellegentiae? Non est in me, non est mecum.


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Jane
Guide spirituel

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Jane le Mer 1 Oct 2014 - 19:21
D'accord avec Egomet.
Je ne vois pas comment un élève qui n'a pas acquis les indispensables d'un cycle / niveau peut s'en sortir dans le cycle / niveau qui suit. Une de mes collègues se plaignait hier que certains de ses élèves de 6ème ne sachent pas lire, ou un peu mieux, déchiffrent laborieusement des mots simples (élèves lambda, je ne parle pas de gamins ayant des difficultés d'apprentissage ciblées, ayant un PAI ou un PAP, ni un parcours de primo-arrivant, puisqu'elle m'a confirmé que non). Comment se fait-il que ces enfants arrivent dans cet état au collège ? Qu'allons-nous en faire ? Leur apprendre à lire ? J'en doute. Et cela est valable pour tous les niveaux ! J'ai rabroué vertement ce matin un petit de 3ème (que j'avais l'an passé et qui a passé son année à zapper), pour lui faire enfin avouer qu'il ne comprenait rien. Ah oui mais non, les parents avaient refusé le redoublement. J'ai donc voté 2... J'en ai assez de devoir faire disputer un slalom super G à des gamins qui n'ont presque jamais chaussé de skis. Ce n'est bon ni pour eux, ni pour les autres. Qu'on nous écoute, c'est notre métier, et qu'on nous laisse enfin le faire de façon convenable.
marie.antoinette
Niveau 1

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par marie.antoinette le Mer 22 Oct 2014 - 10:35
Je suis absolument contre le redoublement, non pas en raison de mes observations personnelles (je n'ai que deux ans d'expérience, et même si j'en avais dix ça ne changerait rien), mais en raison de toutes les études qui, si elles ne montrent pas que le redoublement est foncièrement nocif à l'élève, montrent qu'il n'est pas efficace.
Un étude faite au Canada a montré que plus de 65 % des enseignants ignoraient complètement les recherches en matière de redoublement, et ce sondage est assez révélateur, car 60 % des sondés pensent que c'est l'établissement qui devrait imposer son choix, et qui plus est sur n'importe quelle année.
Je ne comprends donc pas pourquoi on s'évertue en France à maintenir un système inefficace, coûteux et stigmatisant pour l'élève quand des gens dont c'est également le métier de faire des études à plus grande échelle que nos classes nous montrent par A + B que ce n'est pas la solution.
Certains élèves ont effectivement de très grandes difficultés, des lacunes en termes de connaissances qui semblent insurmontables, mais il doit pouvoir y avoir d'autres solutions que celles du redoublement.
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Hélips
Modérateur

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Hélips le Mer 22 Oct 2014 - 10:40
@marie.antoinette a écrit:Je suis absolument contre le redoublement, non pas en raison de mes observations personnelles (je n'ai que deux ans d'expérience, et même si j'en avais dix ça ne changerait rien), mais en raison de toutes les études qui, si elles ne montrent pas que le redoublement est foncièrement nocif à l'élève, montrent qu'il n'est pas efficace.
Un étude faite au Canada a montré que plus de 65 % des enseignants ignoraient complètement les recherches en matière de redoublement, et ce sondage est assez révélateur, car 60 % des sondés pensent que c'est l'établissement qui devrait imposer son choix, et qui plus est sur n'importe quelle année.
Je ne comprends donc pas pourquoi on s'évertue en France à maintenir un système inefficace, coûteux et stigmatisant pour l'élève quand des gens dont c'est également le métier de faire des études à plus grande échelle que nos classes nous montrent par A + B que ce n'est pas la solution.
Certains élèves ont effectivement de très grandes difficultés, des lacunes en termes de connaissances qui semblent insurmontables, mais il doit pouvoir y avoir d'autres solutions que celles du redoublement.

Ah mais oui, sauf que ça coute cher et qu'elles ne sont donc pas mises en place. Je pense que tout le monde ici est d'accord pour dire que le redoublement ce n'est pas la panacée. Mais nous sommes également une tripotée à penser que entre "redoublement" et "marche ou crève/évacuation vers haut" , la première solution est la moins pire, on en sauve quelques uns.

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Cleroli
Fidèle du forum

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Cleroli le Mer 22 Oct 2014 - 10:49
Je crains que les solutions alternatives au redoublement soient si coûteuses qu'elles ne seront jamais mises en place. En revanche, supprimer le redoublement, c'est laisser des enfants en souffrance, leur mentir et au final les mettre en échec à un moment donné.
Mon lycée a testé en juin dernier la formule suivante : "vous passez en 1ère en contrepartie de votre présence à un stage de remise à niveau pendant l'été" (stage proposé par mon établissement). Bilan que j'en tire pour l'élève que j'ai cette année et qui a participé à ce dispositif : présence à contre cœur au stage (avec un refus de travailler manifeste) et moyennes qui tournent actuellement entre 1,5/20 (math) à 8/20 (français). Cette élève n'a pas sa place en 1ère mais au moins, elle n'a pas redoublé sa 2de mais est-ce satisfaisant ?
marie.antoinette
Niveau 1

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par marie.antoinette le Mer 22 Oct 2014 - 10:56
Ah mais oui, sauf que ça coute cher et qu'elles ne sont donc pas mises en place. Je pense que tout le monde ici est d'accord pour dire que le redoublement ce n'est pas la panacée. Mais nous sommes également une tripotée à penser que entre "redoublement" et "marche ou crève/évacuation vers haut" , la première solution est la moins pire, on en sauve quelques uns.

oui je sais bien, après je ne sais pas combien coûte ce fameux redoublement. Ne serait-il pas possible d'investir cet argent pour d'autres méthodes de soutien aux élèves en grande difficulté? C'est vrai qu'il s'agit d'une épineuse question, mais à mon avis on ne la règlera pas tant qu'on ne décidera pas d'abroger le redoublement, et qu'on aura toujours la solution de la bouée de sauvetage. Ça nous donne certes l'impression qu'on fait quelque chose, qu'on aide ces élèves, mais les aide-t-on vraiment au final? Quel est le bénéfice sur l'ensemble de la scolarité?

ps: désolée je ne maîtrise pas encore bien la citation heu


Dernière édition par Ergo le Mer 22 Oct 2014 - 11:00, édité 1 fois (Raison : Balises de citation)
Cath
Esprit sacré

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Cath le Mer 22 Oct 2014 - 10:58
C'est le contraire: trouvons d'abord le moyen d'aider autrement les élèves (et sérieusement, hein pas avec de l'AP) et supprimons ensuite le redoublement.
Sinon, on supprimera le redoublement et point. C'est ce qui est en train de se passer.
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Ergo
Enchanteur

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Ergo le Mer 22 Oct 2014 - 11:01

Et comme pour tout, si les parents ne sont pas d'accord, il y a peu de chances qu'effectivement un redoublement se passe bien.

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Marie Laetitia
Bon génie

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Marie Laetitia le Mer 22 Oct 2014 - 11:14
Idée saugrenue du matin. Je l'ai dit plus haut, et comme un certain nombre de collègues, si les parents ne sont pas d'accord un redoublement a peu de chances de bien se passer. Mais en même temps, laisser passer des élèves qui n'ont pas les bases, c'est les envoyer à l'échec assuré. Mon idée saugrenue serait la suivante: faire signer un document aux parents qui refusent le redoublement, où ils déclarent avoir été informés des conséquences risquées pour leur enfant mais en déchargent l'institution. Ce n'est pas que l'institution ait besoin de ce papier, mais cela en ferait peut-être réfléchir plus d'un parent obstiné sur les risques qu'il fait courir à leur fils/fille...
Spoiler:
j'avais dit que c'était saugrenu, hein...

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Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. (...) Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout...
marie.antoinette
Niveau 1

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par marie.antoinette le Mer 22 Oct 2014 - 11:20
Cléroli a écrit:Je crains que les solutions alternatives au redoublement soient si coûteuses qu'elles ne seront jamais mises en place. En revanche, supprimer le redoublement, c'est laisser des enfants en souffrance,  leur mentir et au final les mettre en échec à un moment donné.
Mon lycée a testé en juin dernier la formule suivante : "vous passez en 1ère en contrepartie de votre présence à un stage de remise à niveau pendant l'été" (stage proposé par mon établissement). Bilan que j'en tire pour l'élève que j'ai cette année et qui a participé à ce dispositif : présence à contre cœur au stage (avec un refus de travailler manifeste) et moyennes qui tournent actuellement  entre 1,5/20 (math) à 8/20 (français). Cette élève n'a pas sa place en 1ère mais au moins, elle n'a pas redoublé sa 2de mais est-ce satisfaisant ?

Je dois dire que je ne suis pas du tout étonnée par ce résultat. Le fait que l'élève soit allée à contre-coeur au stage est déjà assez manifeste... Que faire avec les élèves qui sont en difficulté, mais qui n'ont pas vraiment la volonté de s'en sortir? (souvent au motif que de toute façon ils sont nuls et n'y arriveront jamais)
Comme l'a dit quelqu'un précédemment, il est peut-être important que l'élève accepte et s'implique dans les solutions qui lui sont proposées.

Est-ce satisfaisant? Non, c'est sûr, ça ne l'est pas... Que faire? Je ne sais pas, il faut que je me renseigne moi aussi dans la littérature à ce sujet, car je n'ai pas de pistes. J'imagine qu'il y a en France des établissements qui ont dû tester d'autres choses ??

Et pour le fait que les enfants soient en souffrance, à mon avis ils le sont aussi quand ils redoublent. Le redoublement est lui aussi un mensonge, c'est dire à l'enfant "redouble, c'est bon pour toi", alors qu'on sait très bien qu'un élève en difficulté reste souvent un élève en difficulté, ou qu'un élève qui ne veut pas travailler reste un élève qui ne veut pas travailler. Malheureusement, les élèves en échec scolaire n'ont pas beaucoup de moyens de s'en sortir.

L'année dernière, j'ai effectué des heures d'aide aux devoirs pour des élèves en difficulté. J'en avais 7 ou 8, pour une heure de soutien. J'estime à nulle l'efficacité de ce système. Je jonglais entre les élèves, avais l'impression de ne rien leur apporter, de ne pas avoir le temps de véritablement les aider. Bref, encore un dispositif censé aider, mais qui en fait s'avère inefficace. Là aussi on ment aux élèves. On dit qu'on va les aider, mais en fait on ne les aide pas du tout.

Mon avis personnel, c'est vraiment que notre système n'est pas fait pour les mauvais élèves.
Cath
Esprit sacré

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Cath le Mer 22 Oct 2014 - 11:28
Ah mais si justement, la preuve, tout le monde va à l'école et en sort avec un diplôme, ou presque.
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egomet
Grand sage

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par egomet le Mer 22 Oct 2014 - 12:03
@marie.antoinette a écrit:
Cléroli a écrit:Je crains que les solutions alternatives au redoublement soient si coûteuses qu'elles ne seront jamais mises en place. En revanche, supprimer le redoublement, c'est laisser des enfants en souffrance,  leur mentir et au final les mettre en échec à un moment donné.
Mon lycée a testé en juin dernier la formule suivante : "vous passez en 1ère en contrepartie de votre présence à un stage de remise à niveau pendant l'été" (stage proposé par mon établissement). Bilan que j'en tire pour l'élève que j'ai cette année et qui a participé à ce dispositif : présence à contre cœur au stage (avec un refus de travailler manifeste) et moyennes qui tournent actuellement  entre 1,5/20 (math) à 8/20 (français). Cette élève n'a pas sa place en 1ère mais au moins, elle n'a pas redoublé sa 2de mais est-ce satisfaisant ?

Je dois dire que je ne suis pas du tout étonnée par ce résultat. Le fait que l'élève soit allée à contre-coeur au stage est déjà assez manifeste... Que faire avec les élèves qui sont en difficulté, mais qui n'ont pas vraiment la volonté de s'en sortir? (souvent au motif que de toute façon ils sont nuls et n'y arriveront jamais)
Comme l'a dit quelqu'un précédemment, il est peut-être important que l'élève accepte et s'implique dans les solutions qui lui sont proposées.

Est-ce satisfaisant? Non, c'est sûr, ça ne l'est pas... Que faire? Je ne sais pas, il faut que je me renseigne moi aussi dans la littérature à ce sujet, car je n'ai pas de pistes. J'imagine qu'il y a en France des établissements qui ont dû tester d'autres choses ??

Et pour le fait que les enfants soient en souffrance, à mon avis ils le sont aussi quand ils redoublent. Le redoublement est lui aussi un mensonge, c'est dire à l'enfant "redouble, c'est bon pour toi", alors qu'on sait très bien qu'un élève en difficulté reste souvent un élève en difficulté, ou qu'un élève qui ne veut pas travailler reste un élève qui ne veut pas travailler. Malheureusement, les élèves en échec scolaire n'ont pas beaucoup de moyens de s'en sortir.

L'année dernière, j'ai effectué des heures d'aide aux devoirs pour des élèves en difficulté. J'en avais 7 ou 8, pour une heure de soutien. J'estime à nulle l'efficacité de ce système. Je jonglais entre les élèves, avais l'impression de ne rien leur apporter, de ne pas avoir le temps de véritablement les aider. Bref, encore un dispositif censé aider, mais qui en fait s'avère inefficace. Là aussi on ment aux élèves. On dit qu'on va les aider, mais en fait on ne les aide pas du tout.

Mon avis personnel, c'est vraiment que notre système n'est pas fait pour les mauvais élèves.

Les faire passer dans la classe supérieure est un mensonge encore plus évident. Avec le redoublement, c'est au pire une promesse hasardeuse. Et que signifie "bon pour toi" en l'occurrence?  Si je promets au gamin qu'il rejoindra le peloton de tête,  je suis effectivement dans le mensonge. Tout le monde n'a pas les mêmes capacités.  Si je lui dis simplement qu'il sera un peu moins largué,  je suis probablement dans le vrai. On ne supprime pas les difficultés avec le redoublement ou le soutien, mais on peut faire en sorte qu'elles soient surmontables.

Pour l'élève en stage, le résultat n'a rien de surprenant.  Avec cette idée de négociation,  les enfants qui sont inscrits par leurs parents se disent qu'ils ont été floués,  que les choses auraient pu se passer autrement, que leurs camarades n'ont pas eu le même traitement. Tout par ailleurs leur dit que le travail n'a pas d'importance et qu'on peut s'en sortir avec un peu de ruse ou de chantage affectif.
Tant qu'on sera dans la négociation et qu'on n'aura pas rétabli une règle lisible, il sera difficile d'obtenir quoi que ce soit de ces élèves.  On ne peut pas se reposer longtemps sur la bonne volonté d'un enfant de 11 ou 12 ans, surtout en difficulté.  Il tiendra peut-être une heure ou deux après la discussion avec les parents, et puis il va se fatiguer, se décourager,  surtout s'il se dit qu'il aurait pu refuser.

On ne force pas à boire un âne qui n'a pas soif, c'est entendu.
Mais on peut lui dire: "Si tu veux ceci, voici les conditions. "
Si vraiment un adolescent ne veut pas ou ne peut pas, alors il faut pouvoir le réorienter ou le faire sortir du système scolaire. Le reste n'est que bricolages.
Je suis persuadé cependant que la plupart peuvent faire une bien meilleure scolarité,  mais il faut d'abord les mettre devant leurs responsabilités d'élèves.

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marie.antoinette
Niveau 1

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par marie.antoinette le Mer 22 Oct 2014 - 12:26
@Cath a écrit:Ah mais si justement, la preuve, tout le monde va à l'école et en sort avec un diplôme, ou presque.

C'est pas faux Embarassed

En bonne germaniste que je suis, je me demande si ce "collège pour tous" nous a vraiment fait avancer... Ceci dit j'imagine qu'il ne suffit pas d'être germaniste pour le remettre en cause.

isabe
Niveau 8

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par isabe le Mer 22 Oct 2014 - 13:25
@marie.antoinette a écrit:
Le redoublement est lui aussi un mensonge, c'est dire à l'enfant "redouble, c'est bon pour toi", alors qu'on sait très bien qu'un élève en difficulté reste souvent un élève en difficulté, ou qu'un élève qui ne veut pas travailler reste un élève qui ne veut pas travailler. Malheureusement, les élèves en échec scolaire n'ont pas beaucoup de moyens de s'en sortir.
Si mon mari n'avait pas redoublé sa 3e, il n'aurait pas fini avec une thèse en chimie comme il l'a fait.
Le redoublemement n'est pas la panacée, mais laisser passer un élève largué est encore plus hypocrite et démissionnaire pour moi. Pourquoi l'élève se mettrait-il à bosser ? On ne change pas une équipe qui gagne. Il ne bossera pas plus, va développer une image de lui très négative, et au passage, faire un peu le bronx pour exister quand même.
Les cours de soutien je n'y crois pas non plus. Quand on a déjà du mal à faire ses devoirs, rajouter des heures en plus est illusoire.
On pourrait passer dans une "3e en deux ans", mais c'est une autre façon de parler de redoublement.
Le plus gros problème, c'est réellement de vouloir servir la même soupe à tout le monde en faisant fi des goûts, des aptitudes et des envies de chacun.
Cleroli
Fidèle du forum

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Cleroli le Mer 22 Oct 2014 - 13:31
@marie.antoinette a écrit:
Je dois dire que je ne suis pas du tout étonnée par ce résultat. Le fait que l'élève soit allée à contre-coeur au stage est déjà assez manifeste... Que faire avec les élèves qui sont en difficulté, mais qui n'ont pas vraiment la volonté de s'en sortir? (souvent au motif que de toute façon ils sont nuls et n'y arriveront jamais)
Comme l'a dit quelqu'un précédemment, il est peut-être important que l'élève accepte et s'implique dans les solutions qui lui sont proposées.

Cette élève s'implique dans son travail mais elle traîne des lacunes depuis tant d'années qu'il lui est objectivement très difficile de s'en sortir. Je pense que son attitude de refus pendant le stage s'explique pour la même raison (elle ne comprenait rien à ce qui se faisait et sa "solution" était l'opposition -à un dispositif pourtant accepté en juin). Elle aurait dû redoubler il y a bien longtemps de cela mais je suppose que les parents s'y opposaient, que la jeune fille devait promettre de se mettre à travailler et que l'institution préférait économiser de l'argent en la laissant passer.

@marie.antoinette a écrit:Est-ce satisfaisant? Non, c'est sûr, ça ne l'est pas... Que faire? Je ne sais pas, il faut que je me renseigne moi aussi dans la littérature à ce sujet, car je n'ai pas de pistes. J'imagine qu'il y a en France des établissements qui ont dû tester d'autres choses ??

On peut imaginer bien d'autres choses mais tant qu'on ne donnera pas les moyens financiers permettant d'expérimenter des dispositifs alternatifs, ils resteront lettre morte.

@marie.antoinette a écrit:Et pour le fait que les enfants soient en souffrance, à mon avis ils le sont aussi quand ils redoublent. Le redoublement est lui aussi un mensonge, c'est dire à l'enfant "redouble, c'est bon pour toi", alors qu'on sait très bien qu'un élève en difficulté reste souvent un élève en difficulté, ou qu'un élève qui ne veut pas travailler reste un élève qui ne veut pas travailler. Malheureusement, les élèves en échec scolaire n'ont pas beaucoup de moyens de s'en sortir.

Non, je ne suis pas du tout d'accord avec toi. Le redoublement a un réel intérêt mais il faut qu'il intervienne dès que les problèmes apparaissent. Après, il faut aussi revaloriser les filières technologiques et professionnelles car envoyer tout le monde dans le général est une vraie cata.

@marie.antoinette a écrit:L'année dernière, j'ai effectué des heures d'aide aux devoirs pour des élèves en difficulté. J'en avais 7 ou 8, pour une heure de soutien. J'estime à nulle l'efficacité de ce système. Je jonglais entre les élèves, avais l'impression de ne rien leur apporter, de ne pas avoir le temps de véritablement les aider. Bref, encore un dispositif censé aider, mais qui en fait s'avère inefficace. Là aussi on ment aux élèves. On dit qu'on va les aider, mais en fait on ne les aide pas du tout.

Bien sur qu'on leur ment (il n'y a qu'à voir comment l'AP a été vendu en 2010 !) mais c'est un mensonge qui arrange tout le monde : l'institution, qui donne l'impression de se soucier des plus faibles, les parents, qui ne veulent pas entendre parler des difficultés de leurs enfants (et accessoirement qui préfèrent s'en remettre à l'institution plutôt que s'interroger sur leur rôle) et les fédérations de parents d'élèves qui ont des tas d'idées sur tout (je fais partie d'une des fédérations et les discours que j'entends me semblent régulièrement surréalistes).

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Balthamos
Grand sage

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Balthamos le Mer 22 Oct 2014 - 14:14
Non au redoublement, je suis pret à l'entendre, mais il faut m'expliquer par quoi on le remplace et donner les moyens de ses ambitions. Ce n'est pas en changeant un peu ici et un peu la que le système va mieux s'en porter.

Laisser le redoublement aux parents, au moins ça soulagera les enseignants d'une très grande responsabilité. On n'entendra plus "de toute façon, vous voulez qu'il redouble", "c'est de vote faute s'il est en échec car il a redoublé / ou pas", etc.
Cleroli
Fidèle du forum

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Cleroli le Mer 22 Oct 2014 - 15:17
@balthamos a écrit: Laisser le redoublement aux parents, au moins ça soulagera les enseignants d'une très grande responsabilité. On n'entendra plus "de toute façon, vous voulez qu'il redouble", "c'est de vote faute s'il est en échec car il a redoublé / ou pas", etc.

Oui, cela mettra fin à ce type de remarques mais à la place, on entendra encore plus qu'aujourd'hui le "que faites vous pour aider mon gamin à réussir ? rien, c'est donc normal qu'il ne s'en sorte pas ".
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JPhMM
Demi-dieu

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par JPhMM le Mer 22 Oct 2014 - 15:24
Que faire si des parents demandent le redoublement mais que l'établissement n'est pas d'accord ? je pose la question pour avoir rencontré la situation plus d'une fois.

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Labyrinthe où l'admiration des ignorants et des idiots qui prennent pour savoir profond tout ce qu'ils n'entendent pas, les a retenus, bon gré malgré qu'ils en eussent. D'ailleurs, il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux , et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde. — John Locke

Je crois que je ne crois en rien. Mais j'ai des doutes. — Jacques Goimard
marie.antoinette
Niveau 1

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par marie.antoinette le Mer 22 Oct 2014 - 15:46
Mais comment fonctionnent donc les autres pays qui ne proposent pas le redoublement? Je n'ai pas l'impression qu'on s'en sorte beaucoup mieux en termes d'échec scolaire que nos voisins européens, malgré notre système du redoublement.

Quant aux exemples au cas par cas, c'est là à mon avis que c'est problématique (je parle du cas cité plus haut, de l'élève de 3ème qui a redoublé et qui a fait une thèse en chimie). Bien-sûr qu'il y aura toujours des exemples de redoublements qui ont fonctionné, et des exemples de redoublements qui ont échoué, mais il me semble que ce n'est pas ça qui est important. Ce qui est important (ce n'est que mon avis personnel), c'est de voir les choses avec plus de recul, d'où l'intérêt des études sur le sujet.

Depuis plusieurs décennies, tous les curseurs du redoublement tel que nous le faisons sont au rouge. Pourquoi nous acharnons-nous? Pourquoi continuons-nous à croire, sur la base de notre expérience personnelle, qu'il faut continuer avec ce système? Bien-sûr que nous avons peur pour nos élèves. Bien-sûr que c'est effrayant de les voir passer à la classe supérieure alors qu'ils n'ont pas le niveau. Bien-sûr que ça nous rassure de nous dire qu'ils vont avoir une 2ème chance pour mieux s'insérer après. Mais peu importe la façon dont on tourne les choses: le redoublement est une solution qui globalement ne fonctionne pas. Et peu importe également l'expérience de terrain que l'on peut avoir, nos scientifiques qui étudient les parcours des élèves en échec scolaire à échelle plus globale nous le disent. Pourquoi continuer à ne pas les croire?

Par quoi remplacer le redoublement? Ben là évidemment c'est la question la plus difficile. Et je n'en sais rien.

Comme disait Cléroli, tout est une question de moyens, mais il y a forcément d'autres solutions, qu'il faudra bien pouvoir mettre en place un jour, car le redoublement finira par disparaître.

Quoiqu'il en soit, et pour répondre au sondage plus directement, il me semble clair, comme d'autres ont pu le dire, que l'accord des parents est indispensable. Je trouve même fou que leur aval puisse être remis en question.

Sur ce, bonne soirée à tous Smile (parce que c'est quand-même les vacances)
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JPhMM
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Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par JPhMM le Mer 22 Oct 2014 - 15:48
@marie.antoinette a écrit:Mais comment fonctionnent donc les autres pays qui ne proposent pas le redoublement?
Comme au Québec, par exemple ?

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Labyrinthe où l'admiration des ignorants et des idiots qui prennent pour savoir profond tout ce qu'ils n'entendent pas, les a retenus, bon gré malgré qu'ils en eussent. D'ailleurs, il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux , et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde. — John Locke

Je crois que je ne crois en rien. Mais j'ai des doutes. — Jacques Goimard
User5899
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Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par User5899 le Mer 22 Oct 2014 - 15:49
Réponse 2 pour moi.
Mais je précise. Je crois que le doublement ne sert à rien. Sauf que quand il existe, sa "menace" motive certains à faire quelque chose.
J'ajoute qu'en lycée, c'est bien trop tard, et qu'il vaut mieux trouver une série de 1re acceptable qu'inciter au doublement.
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Une passante
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Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par Une passante le Mer 22 Oct 2014 - 15:54
ça me fait penser un peu au débat sur les pratiques de lecture, parce que la méthode syllabique ne fonctionnait pas à 100% on l'a remplacée par une autre méthode encore moins efficace...
Quant aux parents, ils ont forcément un regard biaisé parce qu'il ne s'agit pas de leur élève mais de leur enfant, il y a une dimension affective que tous les parents ne savent pas prendre en compte. Qu'un parent remette en question une décision prise par toute une équipe pédagogique me semble hallucinant. Les parents connaissent leurs enfants dans la sphère privée et familiale, nous, les enseignants, les voyons dans un cadre scolaire, nous avons des points de comparaison par rapport au reste de la classe et sommes plus à même de savoir s'ils seront, ou non, capables de poursuivre avec succès dans la classe supérieure.
Mais je suis d'accord avec Cripure, en lycée, c'est trop tard...
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JPhMM
Demi-dieu

Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

par JPhMM le Mer 22 Oct 2014 - 15:56
Quitte à demander à quelqu'un, autant le demander à l'élève lui-même.
La réponse est rarement celle à laquelle on s'attend d'ailleurs.

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Re: Le redoublement doit-il être subordonné à l'accord des parents ?

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