Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

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Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

Message par Hestia le Mer 12 Nov 2014 - 18:11

Bonjour à tous,

J'enseigne dans un établissement pour l'instant favorable aux langues anciennes. Le chef avait promis que le latin et l'ang euro seraient compatibles jusqu'au bac. Or, à la rentrée, voilà qu'on m'annonce qu'on a fait un effort cette année mais que l'année prochaine, les élèves devront choisir, à cause de l'emploi du temps. Tous mes élèves de 2de font les deux. J'ai bien peu d'espoir concernant donc les effectifs de l'an prochain.

J'aimerais savoir si certains d'entre vous sont dans des établissements où il est possible de cumuler les deux options et s'il serait possible de me fournir un exemple d'emploi du temps par niveau pour que je puisse voir comment ça s'organise.
Sinon, avez-vous d'autres idées pour contrer ce que l'on m'annonce?

Merci de votre aide.

Hestia
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Re: Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

Message par Kilmeny le Mer 12 Nov 2014 - 18:14

Un petit voyage en Italie ?

_________________
Un petit clic pour les animaux : http://www.clicanimaux.com/catalog/accueil.php?sites_id=1

Kilmeny
Monarque


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Re: Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

Message par Hestia le Mer 12 Nov 2014 - 18:28

Je fais déjà un voyage tous les 2 ans : Grèce, Sicile, Italie, ...
Les élèves aiment le latin mais ils iront au plus "utile" si on leur impose de choisir. Là est le problème : convaincre mon chef!

Hestia
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Re: Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

Message par Sphinx le Mer 12 Nov 2014 - 18:29

Je ne suis pas en lycée mais en collège. Les élèves qui font les deux terminent plus tard que les autres (en troisième seulement, ils ont latin en dernière heure une fois par semaine, et euro une fois par semaine aussi, ce qui les fait finir à 17h35, ce n'est pas la mort). On m'a fait le coup l'an dernier d'annoncer que les deux options ne seraient plus compatibles. J'ai pété un scandale, rameuté les collègues, rédigé une lettre que j'ai affichée en salle des profs et fait lire par une collègue en CA pour convaincre les parents délégués, j'ai fait le siège du bureau du CDE. A la fin, j'ai eu gain de cause. Il n'est pas garanti que ça ne revienne pas sur le tapis à la fin de cette année.

La lettre en question:
Lettre ouverte concernant la mise en concurrence de l'anglais euro et du latin au collège


M. le Principal, vous avez annoncé privilégier la solution consistant à imposer, d'ici deux ans, l'abandon du latin aux élèves souhaitant s'inscrire en option anglais européen, afin de faciliter l'organisation d'un emploi du temps à deux services de cantine et à trente-deux plages horaires de cours hebdomadaires. Ce choix ne nous paraît ni souhaitable, ni raisonnable, et voici pourquoi.

Pour commencer, deux questions pratiques :
L'horaire total d'un élève de 4e cumulant les deux options est de 32 heures par semaine. Pourquoi imposer le choix dès l'issue de la cinquième ?
Vous avez trouvé une solution qui fonctionne pour l'an prochain. Pourquoi l'abandonner dès l'année suivante ? (nota : c'est le fait de les faire terminer à 17h30 au lieu de 16h30 deux fois par semaine).

L'importance du latin, parent pauvre des DHG et mal-aimé des livrets de compétences, n'est plus à démontrer.  Dans un contexte d'économies où l'on ferme de plus en plus de filières, d'options, de diversité, c'est à nous, à notre niveau, de continuer à offrir aux élèves qui pourraient le souhaiter la possibilité de poursuivre des filières d'excellence littéraire : il faut une langue ancienne pour entrer à l'ENS, deux pour entrer aux Chartes. Ce sont les seules grandes écoles accessibles aux littéraires. Le latin donne non seulement une formation culturelle et linguistique à ceux qui veulent poursuivre des études littéraires, mais aussi une formation en matière de réflexion logique pour ceux qui se destinent au droit, à la médecine... Raison pour laquelle, dans notre collège, parents et élèves choisissent encore le latin pour un cinquième de nos effectifs ! Rappelons qu'en Italie, le latin est obligatoire pendant toute la durée de la scolarité, de l'entrée en sixième jusqu'au bac, y compris dans les filières scientifiques.

La mise en concurrence artificielle de l'anglais européen et du latin ne peut aboutir qu'à l'abandon du second en faveur du premier, et c'est le cas dans 100% des collèges où cette "solution" est mise en pratique. On peut comprendre que des élèves de douze ans, mis devant le choix obligatoire entre une option qui sera plus immédiatement utile pour poursuivre une carrière, et une matière perçue comme plus "inutile", malgré la culture et les méthodes de travail qu'elle donne, choisissent le premier, surtout dans un contexte de crise économique et de difficultés sur le marché de l'emploi. Mais il est dans nos possibilités de ne pas les contraindre à faire ce choix ! Ce n'est pas à douze ans que l'on doit se fermer des portes.

Les élèves actuellement concernés par le cumul des options sont :
- en 4e : *je supprime les noms des élèves concernés, mais certains avaient leurs parents au CA...*
- en 3e : *idem*.
Il s'agit là d'élèves, tous leurs professeurs pourront en témoigner, nullement assommés par la charge de travail : au contraire, il font partie des élèves les plus demandeurs, les plus désireux d'apprendre, les plus épanouis. Cette année, au deuxième trimestre, la moyenne de groupe des latinistes cumulant les deux options est
- pour les troisièmes, de 17,01, contre 14,44 pour l'ensemble des autres élèves latinistes ;
- pour les quatrièmes, de 18,40, contre 13,75 pour l'ensemble des autres latinistes.
Ces moyennes indiquent bien à quel point les élèves cumulant deux options sont en situation de réussite, ce qui ne peut que favoriser leur scolarité future, au lycée ou dans des filières post-bac exigeantes.

Notre collège avait jusqu'à présent été relativement épargné par la déliquescence officiellement programmée des langues et cultures de l'Antiquité. Pourquoi ne pas continuer à lutter ?

J'avais également affiché en salle des profs quelques témoignages recueillis ici sur Neo, sur un autre fil :

Témoignages de collègues, recueillis sur Internet

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Il existe une classe bilangue chez moi, et les bilangues ne peuvent pas choisir le latin en 5e. L'année dernière, j'ai ainsi "perdu" une dizaine de candidats, et c'est comme ça tous les ans. Si cette interdiction de cumul (illégale par ailleurs) n'existait pas, j'aurais moins de peine à avoir des groupes fournis.

Après un congé parental, où j'ai été remplacée par une collègue qui avait fait du latin jusqu'en terminale, ce qui est bien suffisant, et où les élèves ont été autorisés à abandonner l'option sur demande écrite des parents, puis où on leur a demandé de choisir entre euro et latin, contrairement à ce qui était initialement promis, je me retrouve avec un effectif extrêmement réduit (5 élèves en 5e, 6 en 4e, 3 en 3e). Évidemment il y a un regroupement en 4e-3e, et la chef maintient le groupe de 5e. Les horaires sont donc de 2h en 5e + 3 heures en 4e-3e (et une heure en commun, une heure pour les 4e, une heure pour les 3e,situation très confortable...)

Mon collège a 400 élèves. J'ai 15 élèves en 5e, 8 en 4e et 20 en 3e. Ceux qui font euro (4e et 3e) n'ont que 2h de latin. Une fois par semaine je n'ai donc que cinq 4e et dix 3e. Pas facile de faire le programme comme ça puisqu'il ne faut pas avancer avec eux, sinon les euros n'ont pas la leçon. J'approfondis, je fais plus d'exercices...

J'enseigne dans un très gros collège proposant de multiples options et autres "classes à projet" - on en ouvre une nouvelle tous les deux ou trois ans. Peu à peu, ces options sont devenues incompatibles avec le latin (hormis la bilangue). Garder des effectifs corrects est chaque année une véritable gageure, puisque le vivier qui se répartit entre les différentes options, lui, reste le même. Par ailleurs, le latin est choisi après des options plus attractives comme l'euro et le théâtre, nouveau refuge pour les familles socialement favorisées et les bons élèves.

Collège de 900 élèves. Je viens d'arriver et ils ont eu stagiaires sur stagiaires, tzr lm, vacataire. J'ai 32 élèves en un seul groupe en 5e puis 13 en 4ème et 9 en 3ème. Les élèves arrêtent quand ils veulent, je suis en train de batailler pour changer ça. Ils arrêtent pour faire euro en 4ème car nous avons des classes de niveau. Donc latin en 5e pour être dans la bonne classe puis euro parce que c'est plus tendance.

Enseignement du latin très compromis ces dernières années, en cause, la prof titulaire qui était en congé longue durée, ce qui a donné lieu à une valse des contractuels durant un très long moment, et du coup, pas de personne "désignée" pour défendre l'enseignement du latin.
On a réussi à tenir bon avec les collègues de lettres et une partie des autres collègues pour maintenir le latin (la CDE aurait clairement préféré que ça dégage pour que les heures de la DHG partent à autre chose, le latin est une épine dans son pied, on l'a bien senti). Elle nous a imposé un minimum de douze élèves inscrits pour maintenir l'option en 5e. Autant dire qu'on les a travaillés au corps les élèves... 
Elle met en concurrence le latin avec la section euro et la DP3 (pas réservée aux élèves les plus tangents dans ce collège, il y a une sélection), et elle incite les élèves les plus "prometteurs" à se diriger vers la section euro, en faisant en sorte que le latin et l'euro soient incompatibles dans les EDT (et elle soutient qu'elle ne peut faire autrement alors que dans d'autres bahuts du coin, les deux coexistent pacifiquement, et les élèves peuvent faire les deux.)

Concrètement, l'année prochaine, pour 3 classes de 6e, 3 profils différents : humanité + arts ; langues vivantes ; sciences.
Dans le "parcours humanité", la classe aura 1h hebdomadaire d'initiation aux langues anciennes (les deux), latin obligatoire en 5e +4e, et choix entre latin et grec en 3e.

_________________
An education was a bit like a communicable sexual disease. It made you unsuitable for a lot of jobs and then you had the urge to pass it on. - Terry Pratchett, Hogfather

             

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Re: Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

Message par Hestia le Mer 12 Nov 2014 - 18:52

Ta lettre est très bien faite. Merci de la montrer. J'ai pris rdv avec le CDE mais je doute que ça suffise. On est quand même bien d'accord que c'est possible à certains endroits, c'est une question de choix d'établissement!
Des collègues de lycée ont-ils eu ce problème?

Hestia
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Re: Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

Message par nlm76 le Mer 12 Nov 2014 - 19:56

Ouais. Je ne sais pas quoi répondre techniquement. En tout cas ces classes euro en lycée me gonflent. Dans le genre élitiste, il n'y a pas pire: le contenu est ridicule (faire un cours de physique ou d'histoire en anglais quand on n'est pas locuteur natif... pfff... déjà un cours d'anglais en anglais, c'est souvent limite, mais là... de l'anglais de version, directement traduit du français, avec un horrible accent froggie : n'importe quoi. On n'y transmet ni l'anglais ni la "DNL"), et ça ne sert qu'à créer un filtre sélectif supplémentaire en faveur de ceux qui apprennent l'anglais par d'autres biais.

nlm76
Expert spécialisé


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Re: Concurrence latin/anglais euro : comment lutter?

Message par henriette le Mer 12 Nov 2014 - 19:59

Rappelle aussi à tes élèves, si c'est le plus utile qui les attire, que le latin, c'est points bonus compte triple, et que les notes y sont facilement très bonnes à excellentes, d'où plus de chance de mentions B/TB : est-ce le cas de l'anglais euro, au bac ?

henriette
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