Dépasser la laïcité

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Re: Dépasser la laïcité

Message par flip-flap le Ven 23 Jan 2015, 15:28

J'ai, pour ma part, l'impression croissante que le désamorçage de ce noeud, de l'articulation de cette tension entre athéisme et croyance ne résiderait  pas tant en une explication, la plus poussée et claire fût-elle, de la mort, que de la distinction de ce qui ne cesse de nous mouvoir dans notre rapport à la réalité, à savoir notre désir d'exister en tant que distinct, et non pas de simplement être. Affirmer son existence individuelle revient à développer des stratégies diverses contre le danger du Non-Moi, qui menace sans cesse, par ses agressions répétées, humiliantes et négatrices ce Moi dont on voudrait la toute puissance. On escalade ensuite sa propre montagne, celle de la foi, celle de la science, celle qui, nous donne l'illusion, pour un temps, du pouvoir sur la réalité. Il me semble que tant que l'homme n'aura pas réalisé, intimement, ne saura pas, entièrement - et je parle bien ici de savoir, c'est-à-dire de connaissance - qu'il n'est pas un individu séparé des autres mais une partie d'un tout, d'une énergie en mouvement qui le dépasse, qui le conditionne, et bien il continuera à croire que sa parcelle de vérité, son chemin - qui, en soit n'est pas faux mais parcellaire - est celui qu'il convient de suivre. Et boum ! (Tout ce qui s'ensuit toujours)

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Maieu le Ven 23 Jan 2015, 15:37

@flip-flap a écrit:J'ai, pour ma part, l'impression croissante que le désamorçage de ce noeud, de l'articulation de cette tension entre athéisme et croyance ne résiderait  pas tant en une explication, la plus poussée et claire fût-elle, de la mort, que de la distinction de ce qui ne cesse de nous mouvoir dans notre rapport à la réalité, à savoir notre désir d'exister en tant que distinct, et non pas de simplement être. Affirmer son existence individuelle revient à développer des stratégies diverses contre le danger du Non-Moi, qui menace sans cesse, par ses agressions répétées, humiliantes et négatrices ce Moi dont on voudrait la toute puissance. On escalade ensuite sa propre montagne, celle de la foi, celle de la science, celle qui, nous donne l'illusion, pour un temps, du pouvoir sur la réalité. Il me semble que tant que l'homme n'aura pas réalisé, intimement, ne saura pas, entièrement - et je parle bien ici de savoir, c'est-à-dire de connaissance - qu'il n'est pas un individu séparé des autres mais une partie d'un tout, d'une énergie en mouvement qui le dépasse, (souligné par moi) qui le conditionne, et bien il continuera à croire que sa parcelle de vérité, son chemin - qui, en soit n'est pas faux mais parcellaire - est celui qu'il convient de suivre. Et boum ! (Tout ce qui s'ensuit toujours)

Il me semble bien que c'est dans l'esprit de ce qui sous-tend mon analyse...

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Re: Dépasser la laïcité

Message par flip-flap le Ven 23 Jan 2015, 15:51

Mais je ne puis pas concevoir que ce travail de "déradicalisation" dont tu parles puisse être opéré de l'extérieur, par une instance, une institution ; cela tendrait à faire au contraire émerger, voire se durcir des réactions opposées. Si nous voulons sortir de ce sempiternel et ô combien épuisant schéma réactionnel - que nous reproduisons à chaque seconde de notre vie, même dans les actes les plus triviaux, les plus quotidiens  - cette prise de conscience, cette révolution doit être intérieure, ce qui, je le conçois bien est quelque peu utopique.

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Cathy Linton le Ven 23 Jan 2015, 16:20

@Maieu a écrit:Je ne vois rien là de contradictoire avec ce que je dis... Peut-être un "jeu", chez vous, avec les mots Dieu et religion qui n'ont pas dans la pensée de Spinoza le même contenu que celui qu'on leur donne aujourd'hui de manière habituelle ? Franchement, par rapport au fond de ce que je propose - qui n'est ni plus ni moins que le refus d'une résignation au malheur et la tentative de trouver une utopie possible - j'ai l'impression d'un débat d'exégèse.
Oh, que si, c'est complètement contradictoire ! Il y a incompatibilité complète entre un Spinoza qui a "tâché de tout coeur, non de ridiculiser, ni de déplorer, ni de détester les actions humaines, mais de les comprendre"(Spinoza, Traité Politique, I, 4) et vous qui prétendez (je vous cite) que "quelle que soit la valeur des enseignants, le savoir dispensé dans une salle de classe sur le mur de laquelle est fixé un crucifix (matériel ou métaphorique), n’a pas le même sens que dans une salle aux murs lisses. L’élève qui apprend que « deux et deux sont quatre » (ce qui est de l’ordre du savoir) avec le crucifix sous les yeux enregistre en même temps (de manière plus ou moins subliminale) la réponse (résurrection) à la question ultime, ce qui est de l’ordre du croire. Notre société laïque vit encore avec ce crucifix « sous les yeux ». Dépasser la laïcité, dans le sens que j’ai expliqué, ce n’est pas le faire disparaître, c’est seulement l’enlever de la salle de classe pour ouvrir l’espace du savoir". Pour Spinoza, le problème ne vient pas du crucifix (en quoi les petits Américains, Allemands, Italiens, Alsaciens-Mosellans, élèves des écoles confessionnelles, etc. sont-ils plus idiots que les petits Français éduqués dans une école "sans Dieu" ?!), mais du clergé et de son pouvoir théologico-politique. Le problème n'est pas dans les symboles mais dans les relations de dépendance réelles.

Par ailleurs, vous avez une conception étroitement cognitive de la croyance (plus on croit, moins on sait, et inversement). Je vous cite à nouveau "Je pense que le besoin de « croire » vient du type de conscience que nous avons de notre mort et qui contient la nécessité impérative de comprendre le monde ; les hommes ont « expliqué » les phénomènes atmosphériques par la croyance en des divinités que le savoir a fait disparaître. De ce point de vue, savoir et croire s’excluent l’un l’autre". Or, comme l'explique (entre autres) Wittgenstein, "quand on parle de religion, on emploie des expressions telles que "je crois que telle ou telle chose va arriver", mais cet emploi est différent de celui que nous en faisons dans les sciences"(Wittgenstein, Leçons sur la Croyance Religieuse, i)" : "je crois en l'existence du boson de Higgs" est une "croyance" scientifique, c'est-à-dire une hypothèse cognitive expérimentalement réfutable ; en revanche, "je crois en l'existence Dieu" est une "croyance" religieuse, une profession de foi inattaquable par quelque forme de connaissance que ce soit parce que sa nature n'est justement pas cognitive mais conative : "il me semble qu'une foi religieuse pourrait n'être qu'une sorte de décision passionnée en faveur d'un système de référence. Que, par conséquent, bien que ce soit une foi, c'est cependant une manière de vivre"(Wittgenstein, Remarques Mêlées, 64) : il s'agit de vivre mieux. Pour Spinoza, comme pour Wittgenstein, il ne s'agit nullement, par là, d'exorciser sa peur de la mort : croire que la croyance en un dieu va résoudre le problème de la mort, c'est de la superstition (de la "passion triste" dirait Spinoza). Or "la foi religieuse et la superstition sont tout à fait différentes. L’une d’entre elles provient de la peur et est une sorte de fausse science. L’autre est une confiance"(Wittgenstein, Remarques Mêlées, 22).

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Maieu le Ven 23 Jan 2015, 17:33

"Pour Spinoza, le problème ne vient pas du crucifix (en quoi les petits Américains, Allemands, Italiens, Alsaciens-Mosellans, élèves des écoles confessionnelles, etc. sont-ils plus idiots que les petits Français éduqués dans une école "sans Dieu" ?!)(souligné par moi) mais du clergé et de son pouvoir théologico-politique. Le problème n'est pas dans les symboles mais dans les relations de dépendance réelles.

Ce que j'ai (doublement) souligné de votre réponse marque pour moi la limite du dialogue avec vous. Je ne dis nulle part ce que vous me prêtez, je dis seulement que le sens n'est pas le même - sinon, si cela n'avait pas d'incidence sur le sens du discours global, qu'est-ce qui expliquerait le besoin de marquer ainsi la présence religieuse ?

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Re: Dépasser la laïcité

Message par e-Wanderer le Ven 23 Jan 2015, 20:45

@Cathy Linton a écrit:
Oui, à condition d'avoir une conception uniquement cognitive de la croyance : la croyance comme proposition vraie ou fausse. Mais on peut tout aussi bien, comme chez Spinoza ou Wittgenstein, par exemple, en avoir une conception conative : la croyance comme effort pour vivre bien.
Merci, je trouve cette distinction très éclairante. Il ne faut pas non plus oublier, dans les Évangiles, l'importance de la nuit au Mont des Oliviers : je trouve intéressant qu'une religion inscrive ainsi le doute le plus radical au cœur même de sa réflexion sur la foi.

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Cathy Linton le Sam 24 Jan 2015, 07:43

@Maieu a écrit:Ce que j'ai (doublement) souligné de votre réponse marque pour moi la limite du dialogue avec vous. Je ne dis nulle part ce que vous me prêtez, je dis seulement que le sens n'est pas le même - sinon, si cela n'avait pas d'incidence sur le sens du discours global, qu'est-ce qui expliquerait le besoin de marquer ainsi la présence religieuse ?
Justement : l'enjeu éthique et non pas cognitif.

@e-Wanderer a écrit:
@Cathy Linton a écrit:
Oui, à condition d'avoir une conception uniquement cognitive de la croyance : la croyance comme proposition vraie ou fausse. Mais on peut tout aussi bien, comme chez Spinoza ou Wittgenstein, par exemple, en avoir une conception conative : la croyance comme effort pour vivre bien.
Merci, je trouve cette distinction très éclairante. Il ne faut pas non plus oublier, dans les Évangiles, l'importance de la nuit au Mont des Oliviers : je trouve intéressant qu'une religion inscrive ainsi le doute le plus radical au cœur même de sa réflexion sur la foi.
C'est ce qu'ont fait, entre autres "imbéciles", Pascal ou Einstein.

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Maieu le Sam 24 Jan 2015, 10:25

A propos de l’enfermement.
Des reportages ont montré, notamment dans leur salle de classe, des adolescents français à qui l’on demande en quoi le dessin de Mahomet sur la couverture du dernier CH est insultant, blasphématoire, et qui répondent avec le ton de l’évidence têtue qu’il l’est parce qu’il l’est.
Incapables d’analyse donc de dialogue, parce qu’enfermés dans une sphère dont la réalité est plus ou moins consciemment perçue comme la seule possible. Inaccessibles dans cette sphère, une sphère, pour eux la sphère, la seule porteuse de sens, une fascination. Comme s’il fallait impérativement que l’univers soit fini, circonscrit dans un cercle apaisant, la terre au centre.
Les débats suscités par les attentats des 7 et 9 janvier nous montrent que cet enfermement n’est pas l’apanage de ces seuls adolescents.
Entre la tautologie entêtée (caractéristique d’un mode de fonctionnement circulaire sous-tendu, en dernière analyse, par une peur qui refuse violemment la construction de problématiques = imbrication des questions) et la kalachnikov (instrument du faire taire, application pratique de la tête dans le sable métaphorique), il n’y a qu’un pas, franchi par des individus adultes des plus perturbés, dans le sens où la mort a finalement perdu son ambivalence équilibrante pour devenir le dernier acte possible signifiant, la mort infligée à l’autre et, plus ou moins directement, à soi, en invoquant Dieu pour le mépris de la vie.

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Cathy Linton le Sam 24 Jan 2015, 10:57

@Maieu a écrit:Des reportages ont montré, notamment dans leur salle de classe, des adolescents français à qui l’on demande en quoi le dessin de Mahomet sur la couverture du dernier CH est insultant, blasphématoire, et qui répondent avec le ton de l’évidence têtue qu’il l’est parce qu’il l’est.
Incapables d’analyse donc de dialogue
Vous étonnez-vous que des adolescents ne disposent d'une capacité "d'analyse et de dialogue" ... digne de la vôtre ?

@Maieu a écrit:parce qu’enfermés dans une sphère dont la réalité est plus ou moins consciemment perçue comme la seule possible. Inaccessibles dans cette sphère, une sphère, pour eux la sphère, la seule porteuse de sens, une fascination.  Comme s’il fallait impérativement que l’univers soit fini, circonscrit dans un cercle apaisant, la terre au centre.
Il est vrai qu'asséner en boucle que la seule justification de l'existence de la religion c'est la peur de la mort, voilà qui diffère radicalement du travers que vous dénoncez !

@Maieu a écrit:Les débats suscités par les attentats des 7 et 9 janvier nous montrent que cet enfermement n’est  pas l’apanage de ces seuls adolescents.
En effet !

@Maieu a écrit:Entre la tautologie entêtée (caractéristique d’un mode de fonctionnement circulaire sous-tendu, en dernière analyse, par une peur qui refuse violemment la construction de problématiques = imbrication des questions)  et la kalachnikov (instrument du faire taire, application pratique de la tête dans le sable métaphorique), il n’y a qu’un pas, franchi par des individus adultes des plus perturbés, dans le sens où la mort a finalement perdu son ambivalence équilibrante pour devenir le dernier acte possible signifiant, la mort infligée à l’autre et, plus ou moins directement, à soi, en invoquant Dieu pour le mépris de la vie.
Dans un autre fil de discussion, je parlais d'"hystérie". Il faudrait ajouter "obsession" et "paranoïa" ... et la liste des névroses est presque close !

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Oh Lord, please don't let me be misunderstood
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Re: Dépasser la laïcité

Message par kero le Sam 24 Jan 2015, 10:59

@Cathy Linton a écrit:
@Maieu a écrit:parce qu’enfermés dans une sphère dont la réalité est plus ou moins consciemment perçue comme la seule possible. Inaccessibles dans cette sphère, une sphère, pour eux la sphère, la seule porteuse de sens, une fascination.  Comme s’il fallait impérativement que l’univers soit fini, circonscrit dans un cercle apaisant, la terre au centre.
Il est vrai qu'asséner en boucle que la seule justification de l'existence de la religion c'est la peur de la mort, voilà qui diffère radicalement du travers que vous dénoncez !

C'est exactement ce que je me suis dit.  Razz

L'hôpital, la charité, toussa...

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Re: Dépasser la laïcité

Message par User5899 le Sam 24 Jan 2015, 11:26

@kero a écrit:
Cripure a écrit:
@kero a écrit:Considérer que croyance et savoir s'opposent, voilà un raccourci totalement abusif.
Ah bon ? Comment justifiez-vous cette assertion surprenante ?

C'est-à-dire que la charge de la preuve incombe, normalement, à celui qui fait une affirmation, non à celui qui la refuse comme un donné.

J'ajoute que mon message est tronqué. Dans la version complète, il y a déjà un embryon de réponse à votre demande de justification.

Mais on pourrait également développer, donnant pléthore d'autres exemples de personnes croyantes ayant fait considérablement avancer le savoir. Pascal a été évoqué, mais repoussé sous prétexte que c'est une contradiction. Personnellement, lorsque les faits contredisent les théories, je pense qu'il faut mettre en cause la théorie, non les faits.

Cela ne conviendrait pas à maieu, qui considère qu'une individualité particulière ne permet pas d'opposer son axiome (non démontré). À quoi on pourrait répondre, par exemple, que l'université est une création de l'Église médiévale, dans ce qu'elle a de plus institutionnel. Le clergé engagé dans la transmission du savoir existant en son temps (sacré et profane, accessoirement...). Le clergé, engagé dans la récupération du savoir antique retransmis par le monde musulman. Un clergé qui prend même le temps de traduire le coran en latin pour le rendre accessible. Alors, on rétorquera Galilée. C'est oublier qu'il enseigna dans une université créée par un pape, quelques centaines d'années plus tôt. Ça la fout un peu mal, je trouve, avec cette idée de départ de maieu. Mes exemples sont tous médiévaux - c'est ma période. Je pourrais aller en chercher plein d'autres, mais bon.

Platon aurait bien ri si on lui avait dit que savoir et religion s'opposent. Ce n'est pas un hasard si dans tant de cultures les dépositaires du savoir profane (érudits) sont en même temps les dépositaires du savoir sacré (prêtres). Le chamane qui connaît les plantes, soigne, et effectue les rites. Religion et savoir procèdent d'un même besoin d'appréhension du monde. Ils procèdent d'une curiosité à l'égard du monde. D'un besoin de le systématiser, de lui donner sens. En prendre conscience permet d'appréhender différemment l'articulation entre savoir et croyance. Non pas comme opposés, mais complémentaires. Et même, souvent, découlant l'un de l'autre. Chimie, alchimie. Astronomie, astrologie...

On pourrait enfin souligner que la distinction même entre savoir et croyance ne fait pas sens, sinon a posteriori. Pour une société qui intègre un certain nombre de croyances, cette opposition ne fait aucun sens, en ce que ses croyances sont parties de son savoir. Parler d'une opposition, c'est donc projeter sur d'autres sociétés un conflit que seul l'observateur perçoit comme tel. L'opposition en question n'est pas opératoire dans la société observée. Notons que cette projection est également très ethnocentrique: elle se base sur l'idée que notre société laïcisée est débarrassée de toute croyance, alors que notre société laïcisée intègre nombre de croyances qui sont devenus autant de tabou: comme l'idée de l'universalisme et la supériorité des droits de l'homme. Idée que je partage mais qui est néanmoins tout autant un exemple des sacra occidentaux qui organisent notre représentation du monde.

S'il y a quelque chose à opposer, ce n'est pas croyance et savoir, mais curiosité et désintérêt.

Bref, quoi.
Pardon, mais là, je lis deux pages qui mêlent tout (croire/savoir, savoir/religion, curiosité/désintérêt)... Pour moi, déjà, croire et savoir sont deux verbes, je n'oppose pas "savoir" (le substantif) à un verbe. Bien sûr que les croyances font partie du savoir, c'est même déjà une indication qu'ils sont distincts. Déjà, "croire" s'oppose à "savoir" en tant qu'une action en cours s'oppose à un état résultant d'une action ou d'un ensemble d'actions.

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Re: Dépasser la laïcité

Message par User5899 le Sam 24 Jan 2015, 11:27

@kero a écrit:
Cripure a écrit:
@kero a écrit:Considérer que croyance et savoir s'opposent, voilà un raccourci totalement abusif.
Ah bon ? Comment justifiez-vous cette assertion surprenante ?
C'est-à-dire que la charge de la preuve incombe, normalement, à celui qui fait une affirmation, non à celui qui la refuse comme un donné.
Oui, tout à fait. D'où mon attente Laughing

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Maieu le Sam 24 Jan 2015, 14:05

Quelques extraits de la chronique de Michel Guerrin, parue dans Le Monde du 24 janvier (p.24) sous le titre « Sous l’œil du prophète ».
«  En 2004, le cinéaste Yahya Alabdallah  réalise un cour métrage titré Six minutes, à voir sur YouTube. Une caméra demande à des étudiants et des passants s’ils connaissent telle personnalité, tel pays ou tel fait historique. Ils ne savent pas. Ils ne savent pas qui est Vivaldi, Freud, l’activiste palestinien Ghassan Kanafani, Tchaïkovski, Nietzsche, Tolstoï, le poète syrien Mohammed Al-Maghout. Ils ne savent pas où se trouve la Hongrie et quand a eu lieu la  Révolution Française. Le film se clôt par cette formule : " L’enfant arabe, en dehors de l’école, lit six minutes par an. » (…)
Selon Abderrahim Youssi, professeur à l’université Mohamed-V, à Rabat (…) «  La moitié de la population arabe est analphabète (…) Combien de scientifiques, de poètes ou d’écrivains potentiels, ou simplement de citoyens se trouvent ainsi, dès les premiers jours de leur existence, mutilés à vie ? » (…)
Il n’y a pas que la religion, loin de là, qui brime la culture dans les pays arabes. La dictature, la pauvreté, la corruption, la guerre sont des agents hostiles. (…)
Selon Moulim El Aroussi «  A chaque salon du livre dans le monde arabe se pose le problème du livre islamique pas cher, bien imprimé et parfois donné gratuitement au lieu d’être vendu. (…) Il y a de moins en moins de chercheurs sérieux qui savent faire la différence entre la foi et la science ». (…)

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Re: Dépasser la laïcité

Message par Elaïna le Sam 24 Jan 2015, 15:44

@Maieu a écrit:Quelques extraits de la chronique de Michel Guerrin, parue dans Le Monde du 24 janvier (p.24) sous le titre « Sous l’œil du prophète ».
«  En 2004, le cinéaste Yahya Alabdallah  réalise un cour métrage titré Six minutes, à voir sur YouTube. Une caméra demande à des étudiants et des passants s’ils connaissent telle personnalité, tel pays ou tel fait historique. Ils ne savent pas. Ils ne savent pas qui est Vivaldi, Freud, l’activiste palestinien Ghassan Kanafani, Tchaïkovski, Nietzsche, Tolstoï, le poète syrien Mohammed Al-Maghout. Ils ne savent pas où se trouve la Hongrie et quand a eu lieu la  Révolution Française. Le film se clôt par cette formule : " L’enfant arabe, en dehors de l’école, lit six minutes par an. » (…)
Selon Abderrahim Youssi, professeur à l’université Mohamed-V, à Rabat (…) «  La moitié de la population arabe est analphabète (…) Combien de scientifiques, de poètes ou d’écrivains potentiels, ou simplement de citoyens se trouvent ainsi, dès les premiers jours de leur existence, mutilés à vie ? » (…)
Il n’y a pas que la religion, loin de là, qui brime la culture dans les pays arabes. La dictature, la pauvreté, la corruption, la guerre sont des agents hostiles. (…)
Selon Moulim El Aroussi «  A chaque salon du livre dans le monde arabe se pose le problème du livre islamique pas cher, bien imprimé et parfois donné gratuitement au lieu d’être vendu. (…) Il y a de moins en moins de chercheurs sérieux qui savent faire la différence entre la foi et la science ». (…)


... et ?

Venez poser la question à mes petits Français du Val d'Oise, athées pour la plupart. Ils ne connaissent pas non plus Vivaldi, ni Freud, ni Louis IX dit Saint Louis, ni les poètes syriens.

Elaïna
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Re: Dépasser la laïcité

Message par Maieu le Sam 24 Jan 2015, 17:34

@Elaïna a écrit:
@Maieu a écrit:Quelques extraits de la chronique de Michel Guerrin, parue dans Le Monde du 24 janvier (p.24) sous le titre « Sous l’œil du prophète ».
«  En 2004, le cinéaste Yahya Alabdallah  réalise un cour métrage titré Six minutes, à voir sur YouTube. Une caméra demande à des étudiants et des passants s’ils connaissent telle personnalité, tel pays ou tel fait historique. Ils ne savent pas. Ils ne savent pas qui est Vivaldi, Freud, l’activiste palestinien Ghassan Kanafani, Tchaïkovski, Nietzsche, Tolstoï, le poète syrien Mohammed Al-Maghout. Ils ne savent pas où se trouve la Hongrie et quand a eu lieu la  Révolution Française. Le film se clôt par cette formule : " L’enfant arabe, en dehors de l’école, lit six minutes par an. » (…)
Selon Abderrahim Youssi, professeur à l’université Mohamed-V, à Rabat (…) «  La moitié de la population arabe est analphabète (…) Combien de scientifiques, de poètes ou d’écrivains potentiels, ou simplement de citoyens se trouvent ainsi, dès les premiers jours de leur existence, mutilés à vie ? » (…)
Il n’y a pas que la religion, loin de là, qui brime la culture dans les pays arabes. La dictature, la pauvreté, la corruption, la guerre sont des agents hostiles. (…)
Selon Moulim El Aroussi «  A chaque salon du livre dans le monde arabe se pose le problème du livre islamique pas cher, bien imprimé et parfois donné gratuitement au lieu d’être vendu. (…) Il y a de moins en moins de chercheurs sérieux qui savent faire la différence entre la foi et la science ». (…)


... et ?

Venez poser la question à mes petits Français du Val d'Oise, athées pour la plupart. Ils ne connaissent pas non plus Vivaldi, ni Freud, ni Louis IX dit Saint Louis, ni les poètes syriens.

Cette manière de dialoguer par interpellation est tout de même curieuse…
Enfin.
J’ai cru comprendre que l’auteur de cet article faisait état d’enquêtes concernant le monde arabe qui mettent l’accent sur une misère culturelle, le développement de la propagande religieuse et une certaine confusion dans le domaine scientifique.
Bref, une tentative pour comprendre ce qui dysfonctionne dans une période qui présente les symptômes d’une régression… Un questionnement, en quelque sorte.



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Re: Dépasser la laïcité

Message par Maieu le Dim 25 Jan 2015, 10:25

De la contradiction… suite.
Si l’on considère l’histoire des individus et des sociétés humaines, on constate essentiellement :
- d’une part, des situations permanentes de violences, d’inégalités, d’injustices, de guerres…
- d’autre part des aspirations non moins permanentes à mettre fin à ces situations pour instaurer plus de paix, de justice sociale, de liberté, d’égalité, de fraternité…
Cette contradiction entre réel et idéal a pu être comprise :
a) soit comme illusoire (pure construction de l’esprit), parce que ces situations de malheur sont inhérentes l’humanité (individus et sociétés) et que les aspirations n’ont d’autre raison que de pouvoir supporter le malheur en l’adoucissant et le relativisant par des réformes sans fin remises en cause ;
b) soit comme constituant une dialectique, donc un processus qui permettrait de déboucher sur une résolution de caractère sociopolitique.
L’histoire humaine a été et est encore une confrontation permanente de ces deux philosophies, confrontation dans laquelle la théologie soutient le a) en s’appuyant sur une transcendance.
La tentative historiquement majeure de résolution sociopolitique (-b) a été l’expérience socialiste/communiste fondée sur le matérialisme historique de Marx, qui s’est révélée être de l’ordre du mythe et qui s’est terminée par une implosion.

La contradiction initiale réapparaît donc, depuis la fin des années 80, en tant que a)… Ce qui explique, pour une grande part, les formes nouvelles (dans leur caractère mondial) de désespérance (il n’y a pas de résolution possible) et le terrorisme qui l’accompagne.
De deux choses, l’une :
- soit l’on considère qu’après l’échec de l’expérience socialiste/communisme, il n’existe plus de résolution sociopolitique possible de la contradiction qui restera toujours a),
- soit l’on considère que cette tentative socialiste/communiste n’a été qu’une fausse résolution de la dialectique, dans le sens où elle était de nature transcendante, comme les religions qu’elle prétendait éradiquer, donc que, s’il doit y avoir une « vraie » résolution possible, elle ne pourra être que de nature immanente.
Si tel est le cas, il faut donc construire un c), ce qui revient à chercher ce qui est objectivement spécifique à l’humanité (en-dehors du rapport prédateur/proie qui est facteur d’équilibre, les animaux ne construisent pas des camps de concentration, ne se font pas la guerre, ne commettent pas d’actes terroristes) qui dépasse les situations historiques et géographiques, les conditions sociales, les origines ethniques, les couleurs de peau… et qui puisse permettre de comprendre cette tension entre la violence (au sens large) contre l’autre et soi-même, et l’aspiration à y mettre fin.
Cette spécificité n’est pas la conscience (de nature biologique) de la mort (elle existe chez les animaux) mais la pensée de cette conscience… encore majoritairement considérée comme une simple affaire strictement individuelle, de l’ordre exclusif du croire, donc exclue du savoir commun, donc de l’enseignement et de l’apprentissage (avec, sous-jacente, une confusion entre mort et mourir).

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