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NLM76
Esprit éclairé

Comment mener l'entretien à l'oral du bac de français ?

par NLM76 le Jeu 26 Fév 2015 - 10:14
Il semblerait que deux conceptions de l’enseignement du français s’affrontent. Pour les uns, l’objet du cours, ce sont les textes, pour les autres, l’objet du cours, celui qui est à apprendre, c’est le discours sur les textes. Or les élèves, malheureusement, se rangent le plus souvent dans le second camp. Ce qui suit pourrait les inciter à ne pas basculer complètement du côté obscur de la force. Ils risquent en effet d’être interrogés par des professeurs qui s’intéressent davantage à la littérature des auteurs qu’à la littérature des professeurs. Voici donc comment, conformément à la lettre et à l’esprit des programmes officiels, moi et quelques autres procédons :

Je commence par, le cas échéant, faire préciser le sens de tel ou tel mot du texte. Mais cela constitue davantage la fin de l’exposé que le début de l’entretien. Je pose quelques questions sur les autres « lectures analytiques » de la « séquence ».

    — Quel est le texte qui vous a le plus intéressé ? Pourquoi ?
    — Vous avez aussi étudié tel texte : qu’est-ce qu’il dit ? Quel est son intérêt ? Quel rapport avec celui-ci ?

Il ne m’est ensuite pas difficile de faire préciser le propos de l’élève, à la fois au plan de la réflexion sur les textes qu’au plan de la connaissance des textes, qui sont évidemment indissociables. Je n’hésite donc pas à inviter à l’élève de citer (donc de réciter) des passages des dits textes, puisque sans ces citations, la réflexion tend à tourner à vide.
Je fais ensuite exactement de même pour les textes complémentaires listés pour la « séquence », si ce n’est que je remplace le verbe « étudier » par le verbe « lire attentivement ». J’interroge très rarement sur les concepts (genres et registres, mouvements, figures), qui ne m’intéressent que fort modérément, et uniquement si leur étude est explicitement mentionnée ou s’il me semble que l’élève aurait envie de placer de style de « connaissance » parce qu’il ne connaît pas ses textes — par mansuétude. Ainsi, gagne des points l’élève qui a de la culture (connaît ses textes), est capable de réfléchir à leur propos. Ainsi n’en gagne pas celui qui ne connaît pas ses textes, même s’il eût pu les analyser : on ne peut pas réfléchir sur du rien. Ainsi celui qui n’a qu’une érudition morte, qui connaît ses textes seulement superficiellement, sans les comprendre, sans être capable de réfléchir à leur propos n’en gagnera que peu.
On entend quelquefois des collègues craindre que les élèves ne soient pas capables d’apprendre les textes. Mais pourquoi diantre serait-il capable d’apprendre les concepts, le cours du professeur, et ne seraient-ils pas capables d’apprendre les mots, les textes et donc les idées des auteurs, qui sont quand même un tout petit peu plus intéressants ! C’est pourquoi j’aurai l’outrecuidance d’inviter mes collègues de pousser le plus possible leurs élèves à connaître et donc à apprendre leurs textes, et à ne pas apprendre les cours. Je sais que le propos est un peu excessif ; mais la balance penche actuellement beaucoup trop de l’autre côté. N’enseignons pas un discours sur la littérature elle-même, mais la littérature elle-même.

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