[Article L'OBS Le Plus] "(...) Je suis prof, mes vacances d'été, c'est du congé sans solde"

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[Article L'OBS Le Plus] "(...) Je suis prof, mes vacances d'été, c'est du congé sans solde"

Message par trompettemarine le Dim 12 Avr 2015 - 11:58

Voici un article paru dans L'obs le 9 avril.
Je crois qu'il na pas été posté ailleurs.
Il propose de quoi fourbir quelques arguments à tous ceux qui nous traitent de feignasses.
(Je sais que le thème des 10 mois payés sur 12 existe déjà dans d'autres fils de discussion, mais d'autres sujets son abordés au sein de l'article).
Le lien de l'article :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1350990-je-suis-prof-en-greve-ce-jeudi-il-faut-dire-stop-a-l-image-du-prof-paye-a-ne-rien-faire.html

L'article :

Grève dans l'enseignement : je suis prof, mes vacances d'été, c'est du congé sans solde
Publié le 09-04-2015 à 10h59 - Modifié à 15h03

Avatar de Sylvain L.
Par Sylvain L.
Ce jeudi 9 avril, les enseignants sont en grève et rejoignent ainsi le mouvement des salariés des transports publics, de la santé et de l'action sociale. Sylvain est enseignant, il sera dans le cortège pour dénoncer notamment les cinq années de gel du point d'indice, qui permet de calculer les salaires de la fonction publique. Explications.
Édité par Henri Rouillier  

Pourquoi les profs se plaignent tout le temps ? Parce qu’on ne veut pas dire clairement toute la vérité sur leurs vacances.
Jeudi 9 avril, rejoints par des dizaines de milliers de manifestants contre l’austérité les profs seront (une fois de plus !) dans la rue contre deux "réformes" qui consistent à brader les collèges et diminuer les salaires de professeurs de lycées. Une baisse inadmissible après plus de 5 ans de gel du point d’indice mais qui est rendu acceptable par le flou artistique qui entoure le salaire et les vacances de cette profession.

Les profs sont-ils payés 10 mois lissés sur 12 mois ?
Cette vieille idée de 10 mois de salaire étalés sur 12 ne date pas d’hier. Pour certains, c’est le souvenir d’ordonnances prises avant que la fonction publique n’existe et c’est en souvenir de ces ordonnances que perdure à l’heure actuelle le paiement sur 10 mois de salaire de certains vacataires, contractuels ou établissement privés.
Pour tous, cela remonte au plus tard à 1986 quand, par souci d’équité entre le professeurs dont le temps de travail restait inchangé depuis 1945 et le reste des Français dont le temps de travail avait été diminué. Le député RPR Robert-André Vivien avait interpellé le Premier Ministre, René Monory, en soutenant que :
"Les commissions interministérielles du 6 janvier 1945 et du 11 avril 1946, ainsi que le décret du 10 juillet 1946[sic] portant sur le traitement des différents fonctionnaires de l'Etat, avaient fixé les traitements des enseignants aux 10/12ième de celui des fonctionnaires de grade équivalents afin de tenir compte des vacances alors plus importantes dont ils bénéficiaient".
Il lui avait été répondu que :
"En application du décret n° 48-1108 du 10 juillet 1948 modifié, le classement hiérarchique des grades et emplois des personnels civils et militaires de l'Etat affiliés au régime général des retraites est défini par les indices extrêmes bruts qui leur sont affectés dans les tableaux annexés à ce décret. Ce décret constitue le seul fondement réglementaire en la matière. Il n'existe pas de règle juridique ni de clause implicite établissant un rapport entre les rémunérations des personnels enseignants et celles des fonctionnaires appartenant à des corps classés dans les mêmes catégories".

43 heures par semaine plus 18 jours sur leurs vacances
Pourquoi est-il si important de savoir si les profs sont payés sur 10 mois ou sur 12 mois ? Parce qu’ils représentent la première dépense à laquelle nos impôts sont consacrés, qu’il est important de définir leur coût et leur valeur et qu’à ce titre il est important de savoir s’ils sont payés pendant les vacances d’été ou pour les vacances d’été – c’est-à-dire s’ils sont payés pour le travail qu’il font, ou s’ils sont payés à ne rien faire.
Les professeurs certifiés travaillent en moyenne 43 heures par semaine (on est loin des 35 heures) auxquelles on ajoute en moyenne 18 jours (donc 3.6 semaines) selon l’Éducation nationale (même pas les syndicats).
Les enseignants ayant dix semaines de vacances scolaires, si l’on prend en compte la minoration de l’indice, ils ont ainsi 6.3 semaines de congés payés (+2 mois de congés sans solde) soit à peu près la même chose que tout le monde (6,2 semaines) s’il on prend compte les RTT.
Par parenthèse, les différences entre les missions du professeur des écoles et celles des professeurs du secondaire ne sont pas mises en évidence dans cette étude. Pourtant, si les professeurs des écoles n’ont pas forcément plus de travail par semaine, ils ont encore davantage de préparation de cours sur leurs vacances et ont donc moins de vacances que le reste des Français, à temps de travail hebdomadaire supérieur.
En attendant, l'opinion publique pense que dans un pays où il est de plus en plus souvent impossible de s’acheter une maison sans avoir deux salaires, il est intolérable de voir que nos impôts servent à payer 2 mois de vacances de plus que les 6.2 semaines dont le Français moyen doit se contenter.

L'enseignant fait le travail d'un cadre
Si dans des pays comme l’Allemagne les professeurs sont comparés à des avocats ou à des notaires ou des cadres sup et ont des salaires en adéquation, les professeurs en France sont comparés à des surveillants/animateurs ou des secrétaires par les sondages France 2 ou des informaticiens de mairies par Monsieur Sarkozy.
Pourtant un professeur fait un travail de cadre, on lui confie des missions et il doit faire appel à des compétences élevées pour les mener à bien peu importe le temps nécessaire ; et s’il on comptabilise son travail du weekend il n’est pas rare que les 35 heures/semaines soient atteintes le mercredi midi.
À l’heure où j’écris ces lignes, je suis un certifié enseignant en lycée et mon salaire net est de 1870 euros. Aucun cadre ne touche 1870 euros au bout de 5 ans dans une entreprise. En revanche, 1870x12 puis ramené à 10 revient à 2244 euros, soit le salaire d’un cadre mal payé.

Le fantasme du prof glandeur
Plus encore qu’un salaire en adéquation avec le métier, c’est la question de l’image de parasite toujours en vacances qui rend impossible toute reconnaissance du métier de professeur. Quand bien même les semaines de 60 heures qui peuvent survenir dans l’année d’un professeur se généraliseraient à toute l’année scolaire, un professeur n’en resterait pas moins un profiteur privilégié payé à ne rien faire pendant deux mois et 6 semaines et les gens continueraient de le considérer comme tel.
Quoi qu’en dise ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une salle des professeurs, bien loin devant les incivilités quotidiennes ou les agressions verbales voire physiques dans les zones prévention violence, c’est le manque de considération qui est la partie la plus difficile dans le travail d’un professeur.

Le fléau du manque de considération
Le manque de considération peut avoir de fâcheuses conséquences. Les moins graves (au moins en apparence) sont le besoin de certains professeurs de raconter aux autres les défis et difficultés qu’ils rencontrent dans leur métier pour essayer de justifier ces deux mois soi-disant payés à ne rien faire.  
Comme rien ne peut peser plus que ça dans la balance, il faut essayer d’y mettre du lourd… D’où une belle réputation des profs "qui passent leur temps à se plaindre".
Conséquences plus graves : certains se lassent et démissionnent mentalement mais continuent à hanter les couloirs, ressortent les mêmes cours à la virgule près tous les ans. La flamme s’est éteinte pour eux mais ils continuent de subir et de faire subir à des générations d’élèves ce sort qui s’abat sur eux, persuadés par l’opinion publique mais parfois auto-persuadés que leur vie est enviable car ils sont "en vacances tout le temps".
Enfin, le métier ne fait plus envie, il suffit de regarder le nombre de candidats aux concours de recrutement. C’est d’autant plus problématique que comme beaucoup de services publics aujourd’hui, le bon fonctionnement de l’école repose en grande partie sur la bonne volonté des personnels.

Les questions à se poser le jeudi 9 avril
De tout ceci, il ressort au moins une chose : plus que jamais, il est nécessaire de mettre à plat la question du statut des enseignants. Il y aurait moins de fantasmes si les choses étaient claires, moins d'interprétations s'il existait un texte précis. Tant qu'un texte ne fera pas autorité, on prêtera le flanc à toutes les confusions.
En ce qui me concerne, je continue de dire que je mérite mon temps libre, que je ne suis pas payé à rien faire et quand on me demande combien j’ai de vacances (ce qui arrive vraiment souvent), je continue de répondre : "Comme toi, un peu plus de 6 semaines. Mais moi, tous les étés, j’obtiens un congé sans solde".
Dans le décret Peillon-Hamon qui prévoie un abaissement des salaires pour 1607 heures sur 36 semaines de cours et qui prendra effet en septembre 2015. Dans le projet de réforme du collège, dans le projet de réforme de l’école, pas un mot sur cette question urgente. Peut-il y avoir une réelle "refondation de l'école" sans une redéfinition précise du statut des enseignants ?

trompettemarine
Sage


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Re: [Article L'OBS Le Plus] "(...) Je suis prof, mes vacances d'été, c'est du congé sans solde"

Message par Balthazaard le Dim 12 Avr 2015 - 12:48

Je serais tenté de me dire: Dieu me garde de mes amis, mes ennemis...

Si vous voulez finir à 40 heures 5 semaines de congé avec peut-être 300 ou 400 euros de plus par mois et arriver complétement cramé à 45 ans, c'est en effet le genre d'arguments à manier.

J'ai choisi ce métier , en dépit d'un salaire faible (car quand j'y suis entré la crise de l'emploi n'était pas ce qu'elle est et faire prof avec un bac+5 de l'époque...pas un meef.. vous faisait passer pour un rêveur ) pour la relative liberté qu'il laisse et les mois de décompression où si "on ne glande pas tout le temps", on jouit cependant d'une mise à plat nécessaire et de grandes périodes sans stress.

J'ai joué le jeu et par rapport à quelques condisciples que j'ai retrouvé, à + de 40 ans, comparé à eux je n'avais RIEN, car le jeu des muts, les loyer à 800 bornes de papa maman, le fait, c'est vrai, de ne pas vivre dans le misérabilisme sans verser dans le luxe, ne m'avaient tout bonnement pas permis d’économiser quoi que ce soit. Je ne le regrettais pas , la vie selon mes critères étant bien meilleure que la leur avec leur grosse voiture et leur joli pavillon.

Mais de grâce qu'on ne me force pas à accepter leur échelle de valeur et rentrer dans le jeu de leurs comparaisons.

Et encore je suis sage par rapport à d'autres, qui dans une situation similaire ont du faire 2 ou trois fois le tour du monde, et me jugent comme un horrible bourgeois.

Le coup des deux mois sans solde est encore une fois de dernier argument à manier, notre temps de travail a été pris en compte dans la grille de progression établie après la libération , quelques traces peuvent se retrouver avec beaucoup de patience mais rien d'officiel...verba volant, comme on dit c'est à la mode!

Balthazaard
Érudit


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