Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Sam 21 Mai 2016 - 15:12

Sur certains points, on retrouve en Italie plus ou moins les mêmes rivalités intersyndicales qu'ici. Il y a clairement des formations plus complaisantes que d'autres envers les réformes de la majorité. Mais le problème est plus vaste, et il faut tenir compte des spécificités du système scolaire italien. Comme je l'ai écrit plus haut, jusqu'ici, l'évaluation des enseignants était à peu près inexistante, et c'est surtout la perspective de la voir confiée uniquement à un chef d'établissement tout-puissant qui a hérissé les syndicats les plus intransigeants.

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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Olympias le Sam 21 Mai 2016 - 15:16

@Lefteris et Beniamino Massimo, tout ce qui me répugne dans ce que certains syndicats veulent faire de l'école.
Les projets c'est bien quand c'est nous qui décidons.
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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Sam 21 Mai 2016 - 17:56

Et je vous ai épargné les commentaires des internautes sur les sites des journaux, qui ne sont pas toujours d'une lecture très réjouissante. Le premier article cité tout à l'heure a donné lieu à quelques réactions prévisibles mais au fond intéressantes. Pour synthétiser, à partir du commentaire de « igor58 », cela donne à peu près :

- Il n'y a plus vraiment de sélection à l'école, on ne peut plus vraiment évaluer le niveau des élèves, et pourtant on leur demande d'évaluer les enseignants.
- L'élève est consommateur de la prestation de l'enseignant et, en tant que tel, il a tout à fait le droit de l'évaluer.
- « Consommateur »... Avec ce genre de réaction, on comprend que l'école soit tombée si bas.
- L'élève n'a pas les compétences nécessaires pour juger de la qualité d'un enseignant. Il est là pour apprendre. Il peut bien entendu donner son opinion, mais sans qu'elle ait d'incidence sur la rétribution du professeur.


Je fusionne plusieurs commentaires pour donner une idée de la teneur des échanges. Nos collègues d'outre-Alpes sont à l'œuvre pour rappeler quelques évidences aux chantres du « feedback » à tout va. Certains enseignants disent clairement qu'ils ne sont pas contre l'évaluation en elle-même, qui est une nécessité, mais contre le cadre fourni par la réforme. Émerge ainsi l'idée qu'une évaluation par les seuls supérieurs hiérarchiques n'est pas une mauvaise chose. Certains syndicats semblent avoir du mal à accepter cela.
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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Dim 22 Mai 2016 - 11:52

Une petite synthèse à lire ici sur le « Far West » des primes au mérite.
Pour résumer, certaines écoles profitent de l’autonomie qu’on vient de leur octroyer pour mettre en place des évaluations délirantes, mais il aurait été préférable que le ministère lui-même proposât des critères précis après consultation des enseignants. Le paragraphe 129 de la loi « Buona Scuola » laisse une trop grande marge de manœuvre aux comités d’évaluation, qui accouchent donc de monstres sans queue ni tête.

Sans compter que les critères d’évaluation des enseignants doivent s’appliquer à l’année scolaire en cours : comme ils ont été établis tardivement, maintenant que les jeux sont faits, ils risquent d’avantager certains professeurs par rapport à d’autres alors que les règles n’étaient pas encore clairement établies au début de l’année. C’est ce qu’affirme cet article.

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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Lun 23 Mai 2016 - 19:10

Petit retour en arrière avec cet article de la publication en ligne Tecnica della scuola.

Le Président du Conseil Matteo Renzi rappelait en 2015 que son gouvernement s'apprêtait à débloquer plus de fonds pour l'école que ses prédécesseurs et à recruter près de 100 000 nouveaux personnels (un peu moins, disent maintenant les syndicats). Mais ces créations de poste ne valaient, d'après lui, que si l'on acceptait la réforme « Buona Scuola » dans son ensemble.

Pour mémoire, Matteo Renzi, c'est le chef de gouvernement qui est venu expliquer sa réforme de l'enseignement au tableau noir et en bras de chemise devant une caméra :



C'était il y a un peu plus d'un an.
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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Mar 24 Mai 2016 - 19:12

Un point que je n'avais pas relevé dans l'article de La Repubblica du 19 mai cité plus haut.

Aux lycées Copernic et Righi de Bologne, on donne aussi un questionnaire anonyme aux grands élèves. Parmi les points qu'ils évaluent, il y a « l'enseignant corrige bien et rapidement ». À la limite, on pourrait se dire que le délai de correction est un critère objectif et facilement mesurable, si on oublie l'espace d'un instant les dangers de l'évaluation des professeurs par les élèves ; mais demander à une classe si ses enseignants corrigent « bien », il fallait oser. Le monde à l'envers.

Par ailleurs, à propos des critères de valorisation du mérite enseignant à Salerne, j'attends toujours de savoir comment vont être pris en compte les « résultats des anciens élèves » de l'enseignant dans la suite de leur scolarité, « y compris après obtention du diplôme ». Concrètement, va-t-on tenir compte des résultats de terminale du petit Marco devenu grand pour évaluer le mérite de son ancienne prof d'EPS de 4e ? Tout cela laisse rêveur.
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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par archeboc le Ven 27 Mai 2016 - 0:23

@Beniamino Massimo a écrit:Par ailleurs, à propos des critères de valorisation du mérite enseignant à Salerne, j'attends toujours de savoir comment vont être pris en compte les « résultats des anciens élèves » de l'enseignant dans la suite de leur scolarité, « y compris après obtention du diplôme ». Concrètement, va-t-on tenir compte des résultats de terminale du petit Marco devenu grand pour évaluer le mérite de son ancienne prof d'EPS de 4e ? Tout cela laisse rêveur.

Notons que c'est techniquement faisable. Avec des tests standardisés en fin d'année, on pourrait suivre le devenir des élèves sur plusieurs années, et identifier les bonnes pratiques et les influences de chaque enseignant y compris sur le long terme.

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Pour des raisons de commodité nous utilisons dans nos analyses un classement des élèves en « bons », « moyens » et « faibles » qui n'est valable qu'à l'intérieur de chaque classe ou dans des classes de même type. En fait, les élèves que nous appelons « bons » sont plutôt des élèves moyens, les « moyens » des élèves plutôt faibles et les « faibles » des élèves en grande difficulté.
van Zanten Agnès. Le quartier ou l'école ? Déviance et sociabilité adolescente dans un collège de banlieue . In: Déviance et société. 2000 - Vol. 24 - N°4. Les désordres urbains : regards sociologiques. pp. 377-401. note 3

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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par XIII le Ven 27 Mai 2016 - 7:48

Je rêve du même système de notation pour nos chers politiques!

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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Sam 18 Juin 2016 - 11:48

@archeboc a écrit:
@Beniamino Massimo a écrit:Par ailleurs, à propos des critères de valorisation du mérite enseignant à Salerne, j'attends toujours de savoir comment vont être pris en compte les « résultats des anciens élèves » de l'enseignant dans la suite de leur scolarité, « y compris après obtention du diplôme ». Concrètement, va-t-on tenir compte des résultats de terminale du petit Marco devenu grand pour évaluer le mérite de son ancienne prof d'EPS de 4e ? Tout cela laisse rêveur.

Notons que c'est techniquement faisable. Avec des tests standardisés en fin d'année, on pourrait suivre le devenir des élèves sur plusieurs années, et identifier les bonnes pratiques et les influences de chaque enseignant y compris sur le long terme.
Oui, enfin, si c'est la faisabilité technique qui sert de repère...

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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Dim 10 Juil 2016 - 18:31

Une brève mise à jour avant de partir.

La réforme de l'enseignement signée Renzi vient de fêter son premier anniversaire. Du côté du ministère, le bilan est naturellement très positif. Madame Giannini se félicite entre autres d'avoir fait tomber « le tabou de l'évaluation » (des enseignants et des personnels de direction), d'avoir embauché 90 000 nouveaux professeurs, d'avoir investi massivement dans le numérique et tenté d'améliorer l'état des bâtiments qui accueillent les enfants (on ne peut pas lui donner tort).

Pendant ce temps-là, le référendum contre quatre dispositions de cette réforme (notamment la fameuse prime au mérite) continue d'aligner les signatures : deux millions au 5 juillet d'après le Corriere della Sera.

Affaire à suivre à la rentrée.

http://www.tecnicadellascuola.it/item/22175-un-anno-di-buona-scuola-giannini-abbattuto-il-tabu-della-valutazione.html

http://www.corriere.it/scuola/medie/16_luglio_05/referendum-anti-buona-scuola-due-milioni-firme-non-bastano-intanto-docenti-rifiutano-bonus-e2ef9d8a-42b7-11e6-b736-d853470efb0e.shtml

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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Lefteris le Dim 10 Juil 2016 - 19:18

@Beniamino Massimo a écrit:Madame Giannini se félicite entre autres .....
Une émule de NVB, qui s'envoie ses propres satisfecits pur le fiasco qu'elle déclenche ?

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"La réforme [...] c'est un ensemble de décrets qui s'emboîtent les uns dans les autres, qui ne prennent leur sens que quand on les voit tous ensemble"
(F. Robine,  dans son cours sur sa réforme, expliquant comment le piège s'est progressivement mis en place depuis 2013, avec ou sans NVB).
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Re: Les Italiens aussi se débattent avec leur réforme

Message par Beniamino Massimo le Ven 26 Mai 2017 - 14:57

De l'eau a coulé sous les ponts depuis mes derniers messages. Le temps manque pour évoquer tous les rebondissements, mais les décrets d'application de la réforme Buona Scuola (loi 107) ne sont publiés que maintenant au journal officiel et entrent en vigueur mercredi.

Il est notamment question de la nouvelle procédure pour entrer dans le métier. Des concours tous les deux ans, et un parcours d'intégration en 3 ans pour les reçus : après une période de formation initiale, un stage qui conduit à la titularisation si l'évaluation est positive. Le tout est rémunéré de manière progressive, le point de départ étant fixé à 600€ au début de la formation.

D'autre part, il y a aussi ce fameux recrutement direct qui continue à faire débat. Dans chaque établissement, il était demandé à un comité d'enseignants de retenir des critères précis pour le recrutement des futurs collègues (recrutement pour 3 ans renouvelables, encore et toujours 3 ans). Une fédération syndicale a appelé ces comités d'enseignants à boycotter la procédure, pour faire en sorte que l'attribution des postes revienne finalement aux rectorats. L'initiative a un certain succès, plusieurs centaines d'établissements ayant déjà fait part de leur intention de ne pas faire remonter de critères de recrutement. Le syndicat salue en outre les chefs d'établissement qui, conscients du risque qu'il y a à embaucher de nouveaux professeurs sur des critères contestables, ont eux aussi choisi de jouer la carte de l'inertie et de renvoyer « la patate chaude » aux rectorats. La réforme Renzi prévoit ce cas de figure : en cas « d'inertie » de la part du CdE, la responsabilité du recrutement incombe aux USR (équivalents des rectorats) sur la base du classement au concours.

http://www.tecnicadellascuola.it/item/29892-pubblicati-in-gazzetta-ufficiale-i-decreti-attuativi-della-buona-scuola.html

http://www.orizzontescuola.it/cobas-chiamata-diretta-bocciata-dai-docenti-anche-tanti-presidi/

On rappellera au passage qu'Emmanuel Macron et Matteo Renzi ont beaucoup en commun sur ces sujets, et qu'il n'est pas tout à fait insensé de voir dans la réforme italienne les germes de futurs changements de l'autre côté des Alpes.

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