Nouvelle de G. Pompidou : "Girondas" (1971)

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Nouvelle de G. Pompidou : "Girondas" (1971)

Message par Ulrich le Mar 19 Mai 2015 - 14:29

En 1971, lors de ses vacances à Cajarc, Georges Pompidou, président de la République, avait écrit une nouvelle où il évoquait, sur le mode satirique, les évènements de 1968. Ce texte fut publié, pour la première fois, dans le n°602 du Point, le 2 avril 1984.

Tout commença le 25 février à 15h55 dans la classe de seconde B du lycée de Romorantin. M. Plumesec, professeur de français s'efforçait d'intéresser ses 32 élèves aux problèmes sentimentaux et moraux des personnages de Phèdre de Racine. Dans un intervalle de silence, la voix de l'élève Girondas se fit entendre, claire et nette : «Ils nous emmerdent! Ils n'ont qu'à coucher tous ensemble et nous foutre la paix.»

M. Plumesec, professeur de la vieille école, à peu d'années de la retraite, était connu du Tout-Romorantin pour son urbanité et sa dignité. Il se dressa, fixa Girondas d'un regard glacé et articula fermement : «Girondas. Vous serez consigné dimanche.» Une vague de stupeur déferla sur la classe. De mémoire d'homme, Plumesec n'avait jamais dispensé de punition. Au surplus, on n'avait pas le souvenir qu'une consigne eut été distribuée au lycée de Romorantin depuis mai 1968. Il faut ajouter que le jeune Girondas avait été désigné par ses camarades, par 11 voix sur 13 votants et 2 243 inscrits, comme leur représentant au conseil d'administration du lycée. Le port de la barbe, des chemises de cow-boy et des blue-jeans particulièrement usagés l'avaient de toute évidence destiné à cette fonction. Au surplus peu d'élèves possédaient autant d'expérience pédagogique puisqu'il avait redoublé trois classes et se trouvait à 19 ans et demi en seconde avec l'espoir peut-être d'avoir son bachot au moment de sa majorité légale. Son père était huissier au tribunal d'instance. Longtemps ferme partisan des gouvernements en place, il donnait depuis peu des signes de morosité. Le projet de loi sur les professions judiciaires en était la cause, mais il trouvait dans la lecture de L'Express et de Minute des raisons supplémentaires de mécontentement. Pour tous ces motifs, la réaction de M. Plumesec frappait les élèves de stupeur. Comment ce bon vieux prof pouvait-il s'attaquer à une personnalité aussi importante que le fils Girondas et mesurait-il les répercussions possibles dans la vie de société à Romorantin?

La fin du cours annoncée par une sonnerie électrique, ne permit pas le développement immédiat de l'incident. Plumesec ramassa ses livres et ses papiers, sortir d'un air grave et se dirigea vers le bureau du proviseur, tandis que les potaches s'agitaient autour de Girondas, partagés en deux clans : ceux qui applaudissaient et ceux qui tremblaient. Un troisième clan, le plus nombreux, se dispersait dans la plus complète indifférence, conformément à la tradition des majorités.

Le proviseur, M. Ponse, était à son bureau en train d'essayer de comprendre la circulaire n° 1227 G 7 bis, du ministère de l'Éducation national, Direction générale de la pédagogie, et relative à l'introduction des méthodes audiovisuelles pour le recyclage permanent des maîtres auxiliaires possesseurs d'une licence de sociologie et candidats à titularisation (...)

http://www.georges-pompidou.org/Documentation/Discours/girondas.html

Ulrich
Niveau 6


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