L'ANR (Agence nationale de la recherche), le ministre et les démissionnaires

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L'ANR (Agence nationale de la recherche), le ministre et les démissionnaires

Message par Thalia de G le Mer 16 Sep 2015 - 19:16

Pluie de démissions à l'Agence nationale de la recherche. Des scientifiques, parfois engagés depuis plusieurs années dans les comités spécialisés de l'Agence nationale de la recherche et qui sélectionnent les projets à financer, jettent l'éponge. Et annoncent, plus ou moins publiquement, qu'ils quittent ces comités, où ils font un tri de plus en plus vain, faute de crédits à distribuer.

L'article ici : http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/09/lanr-le-ministre-et-les-d%C3%A9missionnaires.html

Thalia de G
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Re: L'ANR (Agence nationale de la recherche), le ministre et les démissionnaires

Message par e-Wanderer le Jeu 17 Sep 2015 - 7:06

De l'aberration de cette recherche financée sur projets… On passe son temps à monter des projets, à évaluer des projets, à faire des comptes rendus de projets. RAS-LE-BOL ! Quand ça marche, on a des sous mais on est crevé et sous pression. Quand ça ne marche pas, on n'a pas de sous, on est dépité d'avoir perdu autant de temps pour rien, et on est crevé quand même.

L'an dernier, entre le CNU (évaluation des thèses, des HDR, des demandes de congés, des demandes de promotion, des demandes de PEDR), la candidature IDEX de mon université, l'évaluation HCERES de mon centre de recherche, les expertises d'articles pour des revues à comités de lecture, les comités de sélection pour recruter les futurs collègues, l'évaluation des projets de thèse des futurs contrats doctoraux, c'était infernal. Quand en plus le ministère nous demande dans le même temps de refondre totalement notre offre de formation (alors que les maquettes venaient d'être refaites) et qu'on est élu dans un conseil de l'université (en plein processus de fusion des établissements du site), ça devient complètement dingue. On fait de l'administration de la recherche, mais on ne fait plus de recherche (ou mal, dans l'urgence, ou en sacrifiant ses vacances).

C'est contre ça qu'on s'est battu au moment de la réforme Pécresse (ça et la réforme de la mastérisation des concours : les deux points noirs). On aurait bien voulu à l'époque que les collègue des facs de sciences dures réagissent un peu plus (le mouvement le plus suivi était mené par les SHS, très clairement). Aujourd'hui, il est bien temps d'atterrir…

Pour ma part, j'ai accepté d'être élu au CNU, l'instance "normale" d'évaluation. Mais je refuse catégoriquement d'être expert HCERES, expert ANR ou ce genre de choses.

e-Wanderer
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Re: L'ANR (Agence nationale de la recherche), le ministre et les démissionnaires

Message par Celadon le Jeu 17 Sep 2015 - 7:09

Tiens, ça me rappelle quelque chose...

Celadon
Oracle


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Re: L'ANR (Agence nationale de la recherche), le ministre et les démissionnaires

Message par barèges le Jeu 17 Sep 2015 - 8:45

Un des commentateurs de l'article cite un texte visionnaire de 1962 (la source est en bas) :
Comment retarder le progrès scientifique?
Le physicien Léo Szilard (qui fut un des acteurs du projet Manhattan) publia un texte prophétique pour décrire comment retarder le progrès scientifique. Ce texte de 1962 est finalement la trame de l'ANR actuelle.
- ....... mais alors pourquoi ne pas faire quelque chose pour retarder le progrès scientifique?
- Cela me plairait beaucoup, dit Mark Gable, mais comment m'y prendre?
- Eh bien, dis-je, je crois que ce ne serait pas très difficile. Ce serait même très facile en fait. Vous pourriez créer une Fondation, dotée de 30 millions de dollars par an. Les chercheurs impécunieux pourraient demander une subvention, à condition que leurs arguments soient convaincants. Organisez dix comités, composés chacun de douze savants, et donnez-leur pour tâche de transmettre ces demandes. Enlevez à leurs laboratoires les savants les plus actifs et nommez-les membres de ces comités. Prenez les plus grands savants du moment et faites-en des présidents aux honoraires de 50 mille dollars par an. Fondez vingt prix de 100 mille dollars à attribuer aux meilleures publications scientifiques de l'année. C'est à peu près tout ce que vous aurez à faire. Vos avocats pourront facilement préparer une Charte de la fondation. Tous les projets de loi pour la Fondation Scientifique Nationale présentés au 79° et au 80° Congrès pourraient parfaitement servir de modèles.
- Il me semble que vous devriez expliquer à Mr. Gable comment cette fondation retarderait le progrès de la science », fit un jeune homme portant lunettes assis à l'autre bout de la table, et dont je n'avais pas saisi le nom quand on me l'avait présenté.
« Cela me paraît évident, dis-je. D'abord les meilleurs savants seraient enlevés à leurs laboratoires, et passeraient leur temps dans les comités à transmettre les demandes de subvention. Ensuite, les travailleurs scientifiques impécunieux s'appliqueraient à résoudre des problèmes fructueux qui leur permettraient presque certainement d'arriver à des résultats publiables. Il est possible que la production scientifique s'accroisse énormément pendant quelques années. Mais en ne recherchant que l'évident, la science serait bientôt tarie. Elle deviendrait quelque chose comme un jeu de société. Certains sujets seraient considérés comme intéressants, d'autres non. Il y aurait des modes. Ceux qui suivraient la mode recevraient des subventions, les autres, non. Et ils apprendraient tous bien vite à suivre la mode.
Léo Szilard (1962). La fondation Mark Gable. In La voix des dauphins. Paris : Edition Denoël.
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/09/lanr-le-ministre-et-les-d%C3%A9missionnaires.html

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