Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

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Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par Celadon le Lun 28 Sep 2015 - 16:50

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/brighelli-petit-cours-de-rhetorique-a-l-usage-des-politiques-28-09-2015-1968567_1886.php
Extrait :
Le débat surréaliste entre le roquet de service Yann Moix et Michel Onfray, un homme de gauche lucide et qui donc ne votera pas pour la gauche actuellement aux manettes, était sur ce point significatif. Tout comme l'est, dans le même numéro du Monde qui ne pouvait pas ne pas faire une place au degré zéro de la pensée, la tribune signée par Édouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie – deux hommes qui ont insulté l'année dernière un vrai intellectuel, Marcel Gauchet, qui a plus de talent dans son petit doigt que ces deux grandes inintelligences dans toute leur personne. « Intellectuels de gauche, réengagez-vous », pleurnichent-ils. Mais il n'y a plus d'intellectuels à gauche – en tout cas, pas la vôtre ! Il n'y a plus d'intellectuels dans le « Camp du Bien », comme disait Philippe Muray. La gauche est nue.

La question du peuple
Dans Le Figaro paru le même jour, Natacha Polony analysait fort bien le nœud du débat Onfray-Moix : l'un parle du peuple, l'autre – de son propre aveu – ignore ce que c'est, tant il se croit d'une essence supérieure. Voici revenu le temps des petits marquis aboyeurs ! 1788, nous voilà !

Et d'expliquer – j'ai moi-même enfoncé le clou à l'occasion, Internet permettant un ton et un vocabulaire qui ne sont pas dans les habitudes du Figaro – que derrière ce mot « peuple » (qu'Onfray définit selon Machiavel comme celui « sur lequel s'exerce le pouvoir »), dénigré par la gauche qui le déforme en « populisme », et par la droite classique qui ne l'entend pas du tout, il y a ce non-dit du « peuple souverain », capable quand on l'excède de frotter durement les oreilles des gouvernants et de leurs laquais. Le point de contact entre Onfray, Finkielkraut, Michéa et les autres, c'est le souverainisme – entendons par là l'amour de l'État-nation, contre toutes les démissions mondialistes, les fuites européanistes, les tentations du marché global et autres fariboles.

Contre l'éradication de la culture à l'école aussi. On a cru limiter à jamais les rébellions populaires en renonçant à l'instruire. Mais le peuple, même illettré, peut, à un certain niveau d'exaspération, tout ce qu'il croit pouvoir – ça, c'est le cardinal de Retz qui le dit. Mais François Hollande ou Édouard Louis ont-ils lu Retz ?

« Parle au peuple ! » aurait conseillé Pierre Mauroy, en 2002, à un Lionel Jospin déjà convaincu que la bataille se gagnerait avec les voix des arrondissements centraux de Paris. Ma foi, on sait ce qu'il en est advenu, et Jospin entra triomphalement dans les poubelles de l'Histoire. Le premier qui, dans les mois à venir, saura parler au peuple balaiera les pantins.

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Re: Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par e-Wanderer le Mar 29 Sep 2015 - 9:13

Intéressant, mais il faut quand même corriger. Beaucoup d'électeurs votent par habitude pour les gros partis – ce qui rend difficile l'émergence d'un homme seul s'il n'émane pas des rangs de l'UMP ou du PS. Je pense que si les gens votaient davantage pour des programmes et en fonction de leurs convictions, Chevènement, Dupont-Aignan, Bayrou ou Mélenchon auraient fait / feraient de bien meilleurs scores.

D'autre part, il ne suffit pas d'être encarté dans le bon parti, il faut encore l'avoir à sa botte. En matière de rhétorique politique, il y a peu de politiques qui viennent aujourd'hui à la cheville de Dominique de Villepin, qui est un orateur hors pair. Mais ce sera Sarkozy ou Juppé, parce que le parti les soutient.

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Re: Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par WabiSabi le Mar 29 Sep 2015 - 9:20

@e-Wanderer a écrit:Intéressant, mais il faut quand même corriger. Beaucoup d'électeurs votent par habitude pour les gros partis – ce qui rend difficile l'émergence d'un homme seul s'il n'émane pas des rangs de l'UMP ou du PS. Je pense que si les gens votaient davantage pour des programmes et en fonction de leurs convictions, Chevènement, Dupont-Aignan, Bayrou ou Mélenchon auraient fait / feraient de bien meilleurs scores.

D'autre part, il ne suffit pas d'être encarté dans le bon parti, il faut encore l'avoir à sa botte. En matière de rhétorique politique, il y a peu de politiques qui viennent aujourd'hui à la cheville de Dominique de Villepin, qui est un orateur hors pair. Mais ce sera Sarkozy ou Juppé, parce que le parti les soutient.

+1

Les Français ne cessent de se plaindre de leurs représentants, de la politique politicarde des partis mais sont infoutus de sortir de ce schéma pervers de partis. Et voilà comment le FN s'engraisse, étant le seul "parti" encore vierge que puisse envisager l'électeur lambda qui n'a pas envie de chercher plus loin que le bout de son nez.
Affligeant.

_________________
"De duobus malis, minus est semper eligendum."

"Plus je travaille moins, moins je glande plus. C'est shadokien."
Lefteris


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Re: Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par e-Wanderer le Mar 29 Sep 2015 - 9:33

C'est pareil : la grande faute de Mitterrand (à la fois morale et stratégique) a été d'avoir permis au FN de progresser jusqu'à atteindre la taille critique d'un grand parti. Ce qui tue dans l'œuf les tentatives des partis souverainistes modérés, et décomplexe les électeurs qui s'orientent vers ce vote extrême ("ce n'est pas si extrême que ça, si on est 30%" / "On ne va pas voter pour des souverainistes qui font 3%, autant voter FN pour avoir des chances d'être entendu").

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Re: Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par Zagara le Mar 29 Sep 2015 - 9:34

J'ai le sentiment que c'est aussi dû à la manière dont l'actuelle Ve République est construite.

L'essentiel des pouvoirs est remis en jeu en même temps, dans une double élection (président + les deux chambres), et avec une prime écrasante à la majorité (tout l'exécutif pour 5 ans + des députés gratuits en plus). Puis on devient des spectateurs sans pouvoir pendant 5 ans.

Du coup, de manière structurelle, les gros partis sont favorisés car ils ont un maillage d'influence solide et des moyens importants. Le vote est aussi influencé par ce système : lorsqu'on sait que les petits partis n'auront pas de pouvoir (pas de partage de l'exécutif et pas ou très peu de députés pour les petits scores), on est plus tenté de soutenir les gros (c'est le fameux "vote utile").

Actuellement, la crise est celle de l'abstention, car beaucoup de gens ont compris la perversité de ces institutions qui broient toute pensée minoritaire (ce qui gèle le débat démocratique puisqu'il s'enrichit du dissemblable) et suppriment toute possibilité de dialogue et de débat intelligent pendant 5 ans (un coup c'est à l'un, l'autre lui crache dessus ; puis c'est à l'autre, l'un lui crache dessus).

Ce gel de la pensée et du débat, bouffés par la remise en jeu de tous les pouvoirs en même temps et pour 5 ans, entraîne ce qu'on a aujourd'hui : 2 partis qui font exactement la même politique et qui n'ont de différent que leur rhétorique. Evidemment que ça gave les gens (et moi la première).

Donc je ne pense pas qu'il faille accabler les Français qui s'abstiennent, car, vue les sales institutions qu'on se trimballe, et la pauvreté politique qui en découle, c'est une attitude assez logique.

Et le "schéma pervers des partis" est plutôt dû à cette nécessité d'avoir une machine de guerre pour gagner le pouvoir pendant 5 ans, plutôt qu'à un travers psychique français.

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Re: Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par Ascagne le Mar 29 Sep 2015 - 11:46

Du coup, de manière structurelle, les gros partis sont favorisés car ils ont un maillage d'influence solide et des moyens importants. Le vote est aussi influencé par ce système : lorsqu'on sait que les petits partis n'auront pas de pouvoir (pas de partage de l'exécutif et pas ou très peu de députés pour les petits scores), on est plus tenté de soutenir les gros (c'est le fameux "vote utile").
Cette disproportion est à mon avis due aux modes de scrutin. Tant qu'il n'y aura pas une part de proportionnelle aux législatives, le système sera vicié : c'est à mes yeux un sujet essentiel.

Actuellement, la crise est celle de l'abstention, car beaucoup de gens ont compris la perversité de ces institutions qui broient toute pensée minoritaire (ce qui gèle le débat démocratique puisqu'il s'enrichit du dissemblable) et suppriment toute possibilité de dialogue et de débat intelligent pendant 5 ans (un coup c'est à l'un, l'autre lui crache dessus ; puis c'est à l'autre, l'un lui crache dessus).
Pour ma part, je ne peux pas écrire que ces gens ont "compris" et donc s'abstiennent : ils ont perçu une partie du problème, mais l'amplifient énormément par une abstention aux proportions massives. Quand j'ai commencé à comprendre comment fonctionnait la vie politique en France et quels problèmes générait la rencontre de certains défauts institutionnels et du duopole (à l'époque) des deux plus gros partis, j'ai adhéré au parti politique où je me trouve encore, sept ans après... C'est la seule manière d'espérer faire un peu bouger les choses.

Donc je ne pense pas qu'il faille accabler les Français qui s'abstiennent, car, vue les sales institutions qu'on se trimballe, et la pauvreté politique qui en découle, c'est une attitude assez logique.
Si c'est une logique, c'est celle de l'ouroboros et du cercle vicieux.

Et le "schéma pervers des partis" est plutôt dû à cette nécessité d'avoir une machine de guerre pour gagner le pouvoir pendant 5 ans, plutôt qu'à un travers psychique français.
Un candidat non issu des plus gros partis (mais avec une base suffisante) peut dans l'absolu remporter la présidentielle : c'est ce qui fait l'intérêt de cette élection. Pour cette élection comme pour les autres, rien n'empêche aux électeurs de réfléchir sur ce que sont et ce que cachent les machines de guerre...

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Re: Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par Celadon le Mar 29 Sep 2015 - 14:13

Il faudrait peut-être des élections à mi-mandat comme aux States, cela boosterait peut-être la majorité pendant la 1ère partie du quinquennat pour ne pas faire n'importe quoi contre l'avis des votants, et pousserait peut-être un Hollande à respecter à la lettre le programme sur lequel il s'est fait élire ? Pour ne parler que de cet aspect de nos institutions biaisées.

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Re: Petite leçon de rhétorique à l'usage des politiques par Brighelli

Message par Zagara le Mar 29 Sep 2015 - 14:32

@Celadon a écrit:Il faudrait peut-être des élections à mi-mandat comme aux States, cela boosterait peut-être la majorité pendant la 1ère partie du quinquennat pour ne pas faire n'importe quoi contre l'avis des votants, et pousserait peut-être un Hollande à respecter à la lettre le programme sur lequel il s'est fait élire ? Pour ne parler que de cet aspect de nos institutions biaisées.

C'est ce qu'on avait avant le quinquennat. Sauf que la cohabitation embêtait tellement la classe politique (holala ça force à débattre et à réfléchir ensemble BOUH) qu'ils se sont arrangés pour que tout soit voté en même temps afin de s'assurer que la cohabitation n'existerait plus jamais.

Il aurait été plus intelligent de recalibrer les 2 mandats à 4 ou 6 ans plutôt que 5 et s'arranger pour que les législatives tombent à mi-mandat, oui. Mais ça aurait demandé d'avoir la volonté politique de construire des institutions plus démocratiques, alors que nos dirigeants veulent surtout des institutions où ils seront facilement réélus... Avec le système actuel, ils n'ont besoin que de faire 1 vraie campagne tous les 5 ans, ça économise leur énergie si précieuse, les pauvres petits choux.

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