L'enseignement dans le supérieur au quotidien

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Marcel Khrouchtchev le Mar 24 Nov 2015 - 19:54

J'ai craqué, j'ai libéré les étudiants à 19h45 au lieu de 20h...
8h45 de cours quoi... M'en vais dormir (retour à la maison à 21h...)

Marcel Khrouchtchev
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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par DesolationRow le Mar 24 Nov 2015 - 19:56

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:J'ai craqué, j'ai libéré les étudiants à 19h45 au lieu de 20h...
8h45 de cours quoi... M'en vais dormir (retour à la maison à 21h...)

Petit joueur.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Niht le Mar 24 Nov 2015 - 20:02

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:J'ai craqué, j'ai libéré les étudiants à 19h45 au lieu de 20h...
8h45 de cours quoi... M'en vais dormir (retour à la maison à 21h...)

Rassurez-moi, pas de boulot demain ?

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Marcel Khrouchtchev le Mar 24 Nov 2015 - 22:18

Si, mais seulement 1h, à 10h, et sur un campus cette fois juste à côté de chez moi (le mercredi, c'est ma récré, c'est le seul jour où j'ai cours là).

DesolationRow

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Fires of Pompeii le Mer 25 Nov 2015 - 6:33

Bravo quand même MK, beau marathon Smile
Dites, dans quelle mesure donnez-vous des "devoirs" à vos étudiants ?

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Niht le Mer 25 Nov 2015 - 9:07

Pas de devoirs autres que l'apprentissage régulier du cours, les étudiants sont "débordés" par leurs 25h de cours par semaine. Je fournis des feuilles d'exercices supplémentaires (avec une correction succincte). S'entraîne qui veut.

Spoiler:
Enfin, plutôt débordés par les soirées étudiantes, les clubs, les sorties. Mais d'après le chef, cela fait partie de leur cursus. Il faut "s'ouvrir au monde". D'ailleurs, dans la prochaine maquette, on va évaluer leur implication dans la vie étudiante.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Finrod le Mer 25 Nov 2015 - 9:14

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Pas de devoirs autres que l'apprentissage régulier du cours, les étudiants sont "débordés" par leurs 25h de cours par semaine. Je fournis des feuilles d'exercices supplémentaires (avec une correction succincte). S'entraîne qui veut.

Enfin, plutôt débordés par les soirées étudiantes, les clubs, les sorties. Mais d'après le chef, cela fait partie de leur cursus. Il faut "s'ouvrir au monde". D'ailleurs, dans la prochaine maquette, on va évaluer leur implication dans la vie étudiante.

Spoiler:
On évalue comment, on compte les préservatifs usagés ?

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Ergo le Mer 25 Nov 2015 - 9:53

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Bravo quand même MK, beau marathon Smile
Dites, dans quelle mesure donnez-vous des "devoirs" à vos étudiants ?
Pour mes cours, en TD de civi, je ne donne rien à faire pour la fois suivante, en CM, apprendre / faire une synthèse mais je vérifie/corrige qui veut uniquement.
En trad par contre, un texte à traduire par semaine.
(Mais rassure-toi, beaucoup ne le font pas. Là encore, je personnalise la correction pour ceux qui veulent me rendre leur brouillon. C'est rare qu'ils veuillent. Razz)

_________________
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No matter. Try again. Fail again. Fail better.---Beckett
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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Philomèle le Mer 25 Nov 2015 - 10:47

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Pas de devoirs autres que l'apprentissage régulier du cours, les étudiants sont "débordés" par leurs 25h de cours par semaine. Je fournis des feuilles d'exercices supplémentaires (avec une correction succincte). S'entraîne qui veut.

Spoiler:
Enfin, plutôt débordés par les soirées étudiantes, les clubs, les sorties. Mais d'après le chef, cela fait partie de leur cursus. Il faut "s'ouvrir au monde". D'ailleurs, dans la prochaine maquette, on va évaluer leur implication dans la vie étudiante.

Cela dit, j'ai pu constater l'effet d'un changement de maquette. Sous Pécresse (ou Chatel, ou Wauquiez, je ne sais plus), il avait fallu porter la maquette de Licence à 500 h par an (au lieu de 300 environ, précédemment). Comme cela devait être fait à moyens constants, cela n'a été appliqué qu'en L1. Dès la mise en oeuvre de la nouvelle maquette, j'ai vu l'épuisement des étudiants à partir des vacances de Toussaint.

Nous savons aussi par les évaluations annuelles de notre UFR que 75 % des L1 ont un travail salarié régulier ou ponctuel. Dans la région où je suis, d'autres ont également d'assez longs temps de transport : au-delà de deux heures par jour, c'est d'ailleurs une cause de décrochage en L1. Le car avec NRJ à fond, j'en ai fait l'expérience, difficile de travailler. Les choses s'améliorent en L2 et L3, après sélection naturelle : ne restent que les boursiers et les étudiants soutenus par leur famille, qui n'habitent pas trop loin de Grandeville-lès-Université. Les enseignants ne peuvent pas ignorer cette réalité. Demander de surcroît aux étudiants de travailler pour obtenir un diplôme dévalué, beau défi.

Je trouve nos modalités de contrôle des connaissances assez chargées en exercices notés : en général un en temps libre (ou plusieurs facultatifs) et deux en temps limité par TD. En dehors des travaux entrant dans l'évaluation, je me borne à donner des lectures, oeuvres ou critiques, en général avec des questionnaires plus ou moins développés. Soyons réaliste, notre travail se limite à occuper les étudiants, essayons de faire en sorte que ce soit le plus intelligemment possible.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par RogerMartin le Dim 29 Nov 2015 - 21:45

Pour le TD de litté 1ère année, pour chaque TD ils doivent préparer une liste de questions portant sur l'extrait à étudier. J'ai obtenu l'arrêt du délire du DM noté, qui donnait lieu à des tricheries invraisemblables. Seul 1/3 des étudiants prépare.

Pour les TD de version 3e année, ils peuvent se faire corriger la préparation chaque semaine (rendue au TD précédant la correction -- seulement une partie du texte). Au début du semestre la moitié des étudiants rendait une préparation, j'y passais un temps fou, là on est tombé à environ 15% de l'effectif.

Pour les options en études médiévales, je demande 1 exposé dans le semestre, très guidé. Ce semestre dans le groupe de L3, absences à répétition et décalages en tout genre. C'est la première fois que c'est le bazar à ce point.

Sinon énorme coup de blues: un des mes amis très chers, MCF en latin, me demande si j'ai entendu parler de postes en FLE à Paris, parce que d'après lui les postes en latin ne sont plus jamais attribués à la mutation, et qu'il ne supporte plus les trajets vers son poste en province... où on lui fait de toute façon enseigner de la grammaire française et du latin sans latin.
J'en suis malade pour lui.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Fires of Pompeii le Dim 29 Nov 2015 - 22:00

Merci de vos réponses Smile

Sinon RM, je plains ton collègue...la situation en LC est dramatique, dans le secondaire comme dans le supérieur, et j'en suis dégoûtée...

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Ascagne le Dim 29 Nov 2015 - 22:10

J'ai obtenu l'arrêt du délire du DM noté, qui donnait lieu à des tricheries invraisemblables
J'ai pu voir l'an dernier que ce n'était plus la peine de penser à certains DM, en effet... Je vais devoir corriger des copies de dissertations faites par des L2 en devoir surveillé (4 h), mais il y a des devoirs extrêmement courts (pourtant - j'ai pris l'habitude de noter l'heure à laquelle les étudiants partent - certains qui rendent à peine une copie double sont parfois restés presque toute l'épreuve).
la situation en LC est dramatique, dans le secondaire comme dans le supérieur, et j'en suis dégoûtée...
Je me dis que je n'ai pas eu tort (étant agrégé de lettres classiques) de faire ma thèse en littérature médiévale, mais j'aurais bien aimé pouvoir assurer, comme l'an dernier, au moins un TD en latin (mais ce n'est plus possible). Pour l'instant, j'ai l'esprit fixé sur ma thèse, mais le contexte est globalement déprimant, que je considère le secondaire ou le supérieur (même si la situation était moins sombre, de toute façon les postes universitaires sont rares et je ne suis pas normalien).

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par RogerMartin le Dim 29 Nov 2015 - 22:26

Oui, mon ami est agrégé de grammaire (il fait sa recherche en latin médiéval). Il regrette amèrement d'avoir pris ce poste en province, au début il n'a pas essayé de muter, et maintenant il semble que personne ne veuille de lui, tout le monde lui explique que s'il quitte son poste celui-ci risque d'être "perdu" pour le latin -- mais il n'enseigne déjà plus le latin. C'est à pleurer.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par DesolationRow le Dim 29 Nov 2015 - 23:00

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Oui, mon ami est agrégé de grammaire (il fait sa recherche en latin médiéval). Il regrette amèrement d'avoir pris ce poste en province, au début il n'a pas essayé de muter, et maintenant il semble que personne ne veuille de lui, tout le monde lui explique que s'il quitte son poste celui-ci risque d'être "perdu" pour le latin -- mais il n'enseigne déjà plus le latin. C'est à pleurer.

Non non non, pas encore un poste de MCF de latin perdu Sad
Quelle tristesse…

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Invité El le Dim 29 Nov 2015 - 23:17

pale

Pfff... Je suis un peu largué sur l'état des LC dans les facs (je vieillis doucement...). Quelqu'un pourrait me faire un rapide status quaestionis? (je frémis déjà de ce que je vais lire, je dois être maso).

Je sais seulement qu'à l'université de Reims, par exemple, celle de feu Néraudau je crois, il n'y a plus que trois étudiants...

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par DesolationRow le Dim 29 Nov 2015 - 23:24

elpenor08 a écrit:pale

Pfff... Je suis un peu largué sur l'état des LC dans les facs (je vieillis doucement...). Quelqu'un pourrait me faire un rapide status quaestionis? (je frémis déjà de ce que je vais lire, je dois être maso).

Je sais seulement qu'à l'université de Reims, par exemple, celle de feu Néraudau je crois, il n'y a plus que trois étudiants...

Imagine une catastrophe. Une vraie, solide, velue catastrophe.
Tu y es ?
C'est pire.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Invité El le Dim 29 Nov 2015 - 23:28

Je me pose sérieusement la question de la continuation même des études sur l'Antiquité. Bon sang, il n'y a pas deux générations, il y avait Grimal, Néraudau, Jouanna ou Romilly. Mon professeur de linguistique nous parlait encore des derniers cours de Mazon. Bayet me semble tout proche... Il y a encore tant de gens brillants. Ils n'enseignent plus à personne. On ne publiera plus? C'est fini?

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Invité El le Dim 29 Nov 2015 - 23:32

Une de mes terminales est en lettres classiques cette année. Je m'en mords presque les doigts de ne pas l'en avoir dissuader.
J'ai deux élèves qui y pensent sérieusement cette année car ils trouvent tout cela exaltant. Je trouve malhonnête de les encourager...

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Invité El le Dim 29 Nov 2015 - 23:35

Allez, tout ça me déprime vraiment. Je laisse le poète parler mieux que moi, et vais me coucher cafe :



Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays,
Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)
Remis des vieilles fanfares d'héroïsme - qui nous attaquent encore le cœur et la tête - loin des anciens assassins -
Oh ! Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)
Douceurs !
Les brasiers, pleuvant aux rafales de givre, - Douceurs ! - les feux à la pluie du vent de diamants jetée par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous.
- O monde ! -
(Loin des vieilles retraites et des vieilles flammes, qu'on entend, qu'on sent,)
Les brasiers et les écumes. La musique, virement des gouffres et choc des glaçons aux astres.
O Douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, - ô douceurs ! - et la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques.
Le pavillon...

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par barèges le Lun 30 Nov 2015 - 6:20

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Oui, mon ami est agrégé de grammaire (il fait sa recherche en latin médiéval). Il regrette amèrement d'avoir pris ce poste en province, au début il n'a pas essayé de muter, et maintenant il semble que personne ne veuille de lui, tout le monde lui explique que s'il quitte son poste celui-ci risque d'être "perdu" pour le latin -- mais il n'enseigne déjà plus le latin. C'est à pleurer.

Chez nous le département LC survit, pas trop mal même en termes d'effectifs, mais parce qu'il a pris un virage "LCA" assumé : cours de littérature en traduction, civi, culture, ouverts à beaucoup de filières différentes (mutualisation avec histoire de l'art, métiers du livre, métiers de la culture). Il y a encore quelques cours de langue et littérature en V.O. tout de même, et un cours d'agreg à distance qui fonctionne très bien.
Chaque fois que je vois un de ces collègues, oui, je vois quelqu'un d'épuisé (mais ça vaut pour d'autres matières) : trajets, grand écart cours/recherche, pessimisme assez justifié...

Le supérieur ne peut faire du latin/grec à un niveau correct que si la matière ne disparaît pas totalement du secondaire (débouché du concours, et à l'autre bout de la chaîne pré-requis des étudiants - même pas en termes de connaissance du latin ou du grec mais en maîtrise un peu fine de la langue française). A ce titre, le problème est le même en ancien français, littérature d'Ancien Régime, etc.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par e-Wanderer le Lun 30 Nov 2015 - 6:47

C'est délicat en ce moment de prendre des collègues à la mutation, effectivement : quand il y a deux ou trois postes sur toute la France, c'est un signal terrible pour les thésards qui se présentent au recrutement. On hésite déjà à le faire pour un poste de PU (sauf à Paris), alors pour un poste de MCF, c'est vraiment une décision lourde ! De plus, on court toujours le risque qu'un MCF, logiquement plus avancé dans ses recherches, passe une HDR et cherche rapidement à partir : avec les contraintes budgétaires actuelles, il y a souvent un risque que le poste saute (surtout dans les disciplines menacées), donc on préfère aussi pour cette raison recruter un petit jeune pour sécuriser le poste et essayer de faire vivre un peu plus longtemps la discipline concernée.

De façon générale, il ne faut se présenter que sur des postes où on s'imagine vivre sur le long terme. Un parisien qui prend un poste à Brest ou à Pau doit être prêt à déménager sur place, sinon c'est rapidement la galère. La limite acceptable, en général, c'est 2 ou 3 heures de TGV (mais c'est aussi un sacré budget, auquel il faut rajoute l'hôtel). Au-delà, les gens souffrent vraiment.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Invité El le Lun 30 Nov 2015 - 6:57

Merci pour ces infos. Je suis un peu obnubilé par les postures idéologiques, et j'en ai un peu oublié les gabegies économiques et administratives.

Je suis d'accord avec le fait que le secondaire est un vivier, et que la maîtrise de la langue française est plus que déterminante. De mon côté au lycée, j'assume aussi des "démissions" relatives (j'espère): je travaille toujours sur textes traduits, on traduit beaucoup ensemble, mais je donne peu voire pas du tout de versions (DM ou DS) car je veux garder du temps pour multiplier les lectures complémentaires, bétonner la méthode du commentaire, la culture générale, et nourrir l'intérêt (je choisirais par exemple de faire deux textes philosophiques de plus en terminale, plutôt qu'une énième séance sur la concordance des temps).

En revanche, même s'il ne s'agit pratiquement que de restitution de connaissances, je les empoisonne beaucoup avec des questions de grammaire dans les DS: ils doivent au moins pouvoir justifier les constructions des textes, ou les détails linguistiques (pour mieux asseoir les commentaires), à défaut de pouvoir être autonomes en traduction.

J'ai l'impression que vous me donnez un peu raison, mais je suis demandeur de remarques ou de critiques.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par Philomèle le Lun 30 Nov 2015 - 12:52

elpenor08 a écrit:Une de mes terminales est en lettres classiques cette année. Je m'en mords presque les doigts de ne pas l'en avoir dissuader.
J'ai deux élèves qui y pensent sérieusement cette année car ils trouvent tout cela exaltant. Je trouve malhonnête de les encourager...

Cela dépend de leur projet professionnel. S'ils souhaitent marcher sur tes brisées et devenir professeur de Lettres classiques dans le secondaire, je pense que le contexte n'est pas favorable. En revanche, il n'y aura pas de problème pour eux s'ils souhaitent passer dans trois ans le Capes de Lettres modernes (notamment avec l'option Latin pour Lettres modernes) ou l'agreg de LM dans cinq ans. Je n'ai pas de renseignements précis sur les débouchés en dehors de l'enseignement et de la fonction publique : je suppose que cela dépendra beaucoup de leur master, de leur réseau et de leur capacité à valoriser leur formation sur le marché du travail. En gros, des opportunités locales ou régionales.

Cela dépend aussi de l'orientation du parcours Lettres classiques proposé par l'université visée. J'aurais tendance à penser que les parcours type "Lettres classiques appliqués" sont les moins risqués pour garder une certaine ouverture disciplinaire.

À moduler selon que ces deux lycéens visent ou non une prépa : pourquoi pas deux ans de prépa Lettres classiques puis une L3 Lettres classiques appliquées ou un master plus ouvert.

elpenor08 a écrit:Merci pour ces infos. Je suis un peu obnubilé par les postures idéologiques, et j'en ai un peu oublié les gabegies économiques et administratives.

Je suis d'accord avec le fait que le secondaire est un vivier, et que la maîtrise de la langue française est plus que déterminante. De mon côté au lycée, j'assume aussi des "démissions" relatives (j'espère): je travaille toujours sur textes traduits, on traduit beaucoup ensemble, mais je donne peu voire pas du tout de versions (DM ou DS) car je veux garder du temps pour multiplier les lectures complémentaires, bétonner la méthode du commentaire, la culture générale, et nourrir l'intérêt (je choisirais par exemple de faire deux textes philosophiques de plus en terminale, plutôt qu'une énième séance sur la concordance des temps).

En revanche, même s'il ne s'agit pratiquement que de restitution de connaissances, je les empoisonne beaucoup avec des questions de grammaire dans les DS: ils doivent au moins pouvoir justifier les constructions des textes, ou les détails linguistiques (pour mieux asseoir les commentaires), à défaut de pouvoir être autonomes en traduction.

J'ai l'impression que vous me donnez un peu raison, mais je suis demandeur de remarques ou de critiques.

J'assure pour moitié mon service en L1 Lettres, au départ de façon tout à fait subie et démoralisée, puis, au fil du temps, en essayant d'aller chercher les étudiants où ils en sont pour tenter de structurer un peu leur esprit et leurs connaissances.

Ce que tu sembles mettre en place au lycée me paraît judicieux : en tout cas, je te rejoins volontiers dans ces choix réalistes et pragmatiques, lâcher d'un côté en espérant tenir sur la durée.

Ce qui manque cruellement à mes étudiants de L1 Lettres, ce sont les bases minimales de l'analyse logique. D'année en année, je remarque qu'ils ont de plus en plus de difficulté à identifier le sujet du verbe pivot de la proposition (donc l'agent ou le patient de l'action), d'une façon qui a de graves conséquences pour la compréhension du sens. Cette année, j'ai aussi eu de graves déconvenues avec l'identification du verbe pivot lui-même. Je pense à un groupe de TD qui, collectivement, n'a pas réussi à identifier que la forme "interdit" (P3 ind. présent d' "interdire") était dans le contexte le verbe conjugué à un mode personnel et non le substantif "un interdit". Il y a cinq ans, c'était l'analyse de la phrase complexe qui posait problème (délimitation, articulation et identification des propositions). Désormais, c'est la proposition même dont le mécanisme logique n'est pas compris. C'est ensuite un désastre, aussi bien lorsqu'il s'agit d'élucider le sens littéral du texte que dans les travaux écrits remis par les étudiants (morphologie verbale). Il me semble que si les heures de latin peuvent consolider ces bases (sans y réduire ton enseignement, bien sûr), ces lycéens pourront avoir de la reconnaissance envers toi.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par RogerMartin le Lun 30 Nov 2015 - 15:28

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:C'est délicat en ce moment de prendre des collègues à la mutation, effectivement : quand il y a deux ou trois postes sur toute la France, c'est un signal terrible pour les thésards qui se présentent au recrutement. On hésite déjà à le faire pour un poste de PU (sauf à Paris), alors pour un poste de MCF, c'est vraiment une décision lourde ! De plus, on court toujours le risque qu'un MCF, logiquement plus avancé dans ses recherches, passe une HDR et cherche rapidement à partir : avec les contraintes budgétaires actuelles, il y a souvent un risque que le poste saute (surtout dans les disciplines menacées), donc on préfère aussi pour cette raison recruter un petit jeune pour sécuriser le poste et essayer de faire vivre un peu plus longtemps la discipline concernée.

De façon générale, il ne faut se présenter que sur des postes où on s'imagine vivre sur le long terme. Un parisien qui prend un poste à Brest ou à Pau doit être prêt à déménager sur place, sinon c'est rapidement la galère. La limite acceptable, en général, c'est 2 ou 3 heures de TGV (mais c'est aussi un sacré budget, auquel il faut rajoute l'hôtel). Au-delà, les gens souffrent vraiment.

Il est à moins de deux heures de Paris, cela ne lui a jamais pesé et il a toujours participé activement aux tâches collectives. Il ne s'attendait simplement pas à ce qu'en quelques années on transforme son enseignement de latin en cours de culture générale/rédaction du français pour non spécialistes (et par non spécialiste, j'entends étudiant de STAPS par ex.), cours pendant lesquels on lui demande expressément de ne plus prononcer le moindre terme technique en grammaire. Je ne vois pas en quoi cette torture qui lui est infligée permet de faire vivre l'enseignement du latin, là, il faut m'expliquer.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par RogerMartin le Lun 30 Nov 2015 - 15:30

elpenor08 a écrit:pale

Pfff... Je suis un peu largué sur l'état des LC dans les facs (je vieillis doucement...). Quelqu'un pourrait me faire un rapide status quaestionis? (je frémis déjà de ce que je vais lire, je dois être maso).

Je sais seulement qu'à l'université de Reims, par exemple, celle de feu Néraudau je crois, il n'y a plus que trois étudiants...

Reims je n'y comprends rien, on leur demandait déjà de fermer leur département d'allemand dans les années 90.

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Re: L'enseignement dans le supérieur au quotidien

Message par DesolationRow le Lun 30 Nov 2015 - 15:32

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:C'est délicat en ce moment de prendre des collègues à la mutation, effectivement : quand il y a deux ou trois postes sur toute la France, c'est un signal terrible pour les thésards qui se présentent au recrutement. On hésite déjà à le faire pour un poste de PU (sauf à Paris), alors pour un poste de MCF, c'est vraiment une décision lourde ! De plus, on court toujours le risque qu'un MCF, logiquement plus avancé dans ses recherches, passe une HDR et cherche rapidement à partir : avec les contraintes budgétaires actuelles, il y a souvent un risque que le poste saute (surtout dans les disciplines menacées), donc on préfère aussi pour cette raison recruter un petit jeune pour sécuriser le poste et essayer de faire vivre un peu plus longtemps la discipline concernée.

De façon générale, il ne faut se présenter que sur des postes où on s'imagine vivre sur le long terme. Un parisien qui prend un poste à Brest ou à Pau doit être prêt à déménager sur place, sinon c'est rapidement la galère. La limite acceptable, en général, c'est 2 ou 3 heures de TGV (mais c'est aussi un sacré budget, auquel il faut rajoute l'hôtel). Au-delà, les gens souffrent vraiment.

Il est à moins de deux heures de Paris, cela ne lui a jamais pesé et il a toujours participé activement aux tâches collectives. Il ne s'attendait simplement pas à ce qu'en quelques années on transforme son enseignement de latin en cours de culture générale/rédaction du français pour non spécialistes (et par non spécialiste, j'entends étudiant de STAPS par ex.), cours pendant lesquels on lui demande expressément de ne plus prononcer le moindre terme technique en grammaire. Je ne vois pas en quoi cette torture qui lui est infligée permet de faire vivre l'enseignement du latin, là, il faut m'expliquer.

Je ne saurais mieux dire.

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