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M*** et néo-colonialisme : la Mission laïque française condamnée au Liban

par 7asan le Sam 10 Oct 2015 - 19:38
Un conflit a opposé les parents d'élèves du Grand-Lycée Franco-Libanais (GLFL) de Beyrouth à la Mission laïque française (MLF) depuis le début de l'année 2015. Il n'a pu être résolu que grâce à la forte mobilisation des parents d'élèves et à l'implication de la presse libanaise, qui ont pu contraindre la Mission laïque française à respecter la loi et les décisions de justice libanaises qui condamnaient ses pratiques illégales. Voici une synthèse de cette affaire, dont la chronologie peut être suivie sur le blog des parents d'élèves du GLFL.

Ces procédés de la Mission laïque française (*** [mots supprimés par décision du Tribunal des Référés du 8 décembre 2015, qui m'a condamné à 2500 euros d'amende au total pour diffamation – sans parler des frais engagés pour ma défense qui s’élèvent à un peu plus ; la MLF demandait une censure totale des articles incriminés et 12 500 euros], mépris pour la loi et la souveraineté libanaises, etc.) ne sont pas sans évoquer ce que j'ai vécu en Egypte.

Voir également le récit de mon affaire au Caire : Clientélisme et enfants-rois : les marchands de soupe de la M*** laïque française




Mission laïque française : propagande et réalité


Salah Lamrani




L'indignation des parents d’élèves du Grand Lycée Franco-Libanais (GLFL) de Beyrouth


Depuis le début de l’année 2015, un conflit nous oppose à la Mission Laïque Française (MLF) et à la direction du GLFL. Au cours d’un long processus conflictuel, certains agissements de la MLF ont dépassé les limites du débat démocratique pour finalement atteindre un niveau indigne d’une institution française en charge de l’éducation de milliers d’élèves dans le monde. Maintenant que le conflit s’est apaisé, nous pensons qu’il est nécessaire de vous signaler ces agissements pour en garder une traçabilité et en tirer les conclusions qui conviennent.

Début Janvier, le Comité des Parents du GLFL (CDP-GLFL) a refusé d’approuver le budget du GLFL et cela sur la base des prérogatives que lui fournit la loi libanaise (loi 515). Cette décision est parfaitement justifiée et réfléchie. En effet, saviez-vous, par exemple, que :

 

  • la scolarité moyenne au GLFL a doublé en 6 ans. Elle est passée de 4.5 millions de LL (3000 dollars) à 9 millions (6000 dollars), alors que l’indice des prix à la consommation n’a augmenté que de 21% sur la même période. La scolarité actuelle représente 14 fois le smic au Liban !


  • le budget du GLFL présenté au Ministère de l’Education au Liban ne représente pas le budget réel tel que consolidé par la MLF, et que le GLFL génère des revenus externes au budget, non déclarés au Ministère, estimés à environ 400.000 dollars annuellement !


  • le poste de dépenses budgétaires intitulé « Indemnités au Propriétaire », autrement dit les montants transférés à la MLF et qui par conséquent ne sont pas alloués au fonctionnement du GLFL, est passé de 300.000 dollars en 2010/2011 à 1.5 million de dollars en 2014/2015, soit une augmentation de 500% sur cinq ans !


  • malgré une inflation proche de 0% et une augmentation négligeable du nombre d’élevés, le budget de l’année 2014-2015 a prévu une augmentation des coûts opérationnels de 30% par rapport aux coûts opérationnels de 2013-2014 !


  • la MLF a refusé de nous fournir le bilan comptable de l’année 2014/15 (les dépenses effectives), contrairement à ce que stipule la loi libanaise.


  • la MLF a entrepris un gigantesque chantier de construction. Cet investissement, avoisinant les 20 millions de dollars, se répercute directement sur les scolarités payées par les parents. Or les parents subissent ce lourd fardeau sans même avoir été consultés.


Nous avons choisi d’inscrire nos enfants au GLFL afin qu’ils bénéficient d’une éducation qui met en avant l’esprit critique et scientifique ; une éducation qui apprend à nos enfants comment argumenter pour convaincre et comment démontrer pour conclure. Une éducation qui favorise la raison et le raisonnement. Or, sur la base de ces principes et dans ces conditions de non transparence et de non accès aux données réelles des dépenses effectuées, comment voudriez-vous que le CDP-GLFL approuve le budget ? Devait-il l’approuver aveuglément, sans explication convaincante, comme la MLF l’a demandé à plusieurs reprises ?

Les demandes du CDP-GLFL ne se limitent pas uniquement à l’aspect financier. Bien au contraire, nous avons présenté à la MLF une série de propositions, basiques, couvrant le volet pédagogique et éducatif (ex : mise en place d’un système de remplacement des enseignants absents : des classes sont restées sans enseignants pendant des semaines, etc…).

Malheureusement, la révision à la baisse du taux d’augmentation de la scolarité et l’engagement de la MLF envers l’application d’une partie de nos demandes pédagogiques, n’ont pu être acquis qu’après un long et fastidieux processus juridique et l’implication du juge des référés.

Maintenant qu’un accord a été atteint auprès du juge des référés, il nous paraît essentiel d’évaluer la gestion de ce conflit qu’a menée Mr. Deberre, Directeur General de la MLF.

 

  • Il faut tout d’abord noter, qu’à deux reprises, la MLF a refusé d’appliquer la décision du ministre libanais de l’éducation, malgré des rappels répétés de la part des autorités libanaises. Les journaux au Liban ont pointé du doigt ces comportements qui rappellent le temps du colonialisme, où une association fait fi des décisions du pouvoir exécutif. La MLF ne s’est soumise à cette décision qu’après un jugement du juge des référés.


  • La MLF ainsi que la direction du GLFL a eu recours à une multitude de moyens de pression pour faire face à la position du CDP : pressions sur les parents d’élèves (refus de délivrer les attestations d’inscription et de fin d’année), sur les élèves eux-mêmes (des enfants du primaire sont rentrés à la maison en pleurs accusant leurs parents de vouloir fermer l’école : une circulaire scandaleuse avait été distribuée aux élèves sans enveloppe), sur les enseignants et le personnel (insinuations que les actions du CDP allaient aboutir à l’annulation de leurs acquis sociaux), pressions politiques (des délégations de la MLF ont rendu visite au premier ministre libanais ainsi qu’à d’autres dirigeant politiques et hauts magistrats). Ces agissements nuisent gravement à l’image de la France : les conflits sociaux sont-ils résolus de cette manière en France ?


  • Il faut également retenir le contenu des communiqués de la MLF diffusés aux enfants et aux parents du GLFL, depuis Juin 2015. Voici des extraits :


- Dès la signature de l’accord, la MLF et la direction de la GLFL ont harcelé les parents à travers des messages et des communiqués les appelant à venir payer le reste de la scolarité, selon l’accord, dans des délais extrêmement courts à la caisse de l’établissement seulement et en espèces, sous peine de voir leur enfants mis à la porte, au lieu d’attendre la publication des souches du premier trimestre (un mois plus tard). « A partir du lundi 14 septembre et dans le cas où les parents n’auraient pas payé la totalité de la créance, leurs enfants ne pourront pas être admis en cours » !
      - « Ne compromettez pas l’éducation et l’avenir de ce que vous avez de plus cher au monde : vos enfants » !
      - « (inscrivez vos enfants) dans un établissement en adéquation avec (vos) moyens financiers »


Mis à part le fait que ces communiqués rejettent clairement le principe historique du GLFL de « mixité sociale », ils ont été perçus comme des menaces directes envers nos enfants. Ne nous trouvons-nous pas dans une situation d’abus de pouvoir sur personnes fragiles ? Menacer nos enfants d’exclusion du cours, si les parents ne paient pas dans un délai de quelques jours, cela peut-il émaner d’éducateurs ou de pédagogues? Les conséquences d’un tel acte affecteront nos enfants à vie. Cette attitude discriminatoire nous étonne, surtout que les retards de paiements sont d’habitude traités d’une manière discrète, respectueuse et dans des délais acceptables. Il est de notre devoir de dénoncer cette demande de paiement en urgence accompagnée de menaces en totale opposition avec la convention des droits de l’enfant, la déclaration universelle des droits de l’homme et les principes républicains auxquels la MLF doit se soumettre.

Nous espérons avoir clarifié notre position. Nous sommes d’ailleurs en mesure d’apporter tous les justificatifs pour prouver ce que nous avançons.

Veuillez agréer l’expression de notre haute considération.

Parents d’élèves du GLFL.



Signez la pétition : http://www.ipetitions.com/petition/ParentsGLFL

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« Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Jean Jaurès
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Le blog de 7asan

par 7asan le Jeu 29 Oct 2015 - 22:22
Emission « Chroniques Syndicales », Radio Libertaire, 26 décembre 2015

Interview de Salah Lamrani, Professeur de Lettres




Transcription de l'interview :


[Chanson de François Béranger, Blues parlé du syndicat]

Présentateur 1 : Chers auditeurs, chères auditrices de Radio Libertaire, [bienvenue à] l'émission Chroniques Syndicales du samedi 26 décembre, et évidemment on est pendant les vacances scolaires mais la lutte des classes n'est pas en vacances. Nous allons étudier trois cas symptomatiques de défaillance du service public, d'effondrement du service public même, pourrait-on dire dans certains cas, avec trois piliers du service public : on va étudier successivement l'Education, les Transports et La Poste.

On commence par l'Education Nationale, et on reçoit Salah Lamrani. Bonjour.

Salah Lamrani : Bonjour, merci de me recevoir.

Présentateur 1 : Salah, vous allez nous parler d'une institution finalement assez méconnue, même si elle est importante, elle a un certain pouvoir, c'est la Mission laïque française, une institution fondée en 1902 dont le but était de développer l'éducation dans les colonies, prétendument en opposition avec l'éducation religieuse, on va voir à quel point ce principe [antireligieux] a été appliqué depuis 1902, avec cette effroyable histoire que vous allez nous raconter dans un Lycée du Caire.

Pour dire encore deux mots et présenter brièvement cette association avant de vous laisser la parole, c'est donc une « association à but non lucratif ». Quand on regarde sur le site de la Mission laïque française, on s'aperçoit quand même que ses partenaires sont des institutions aussi peu lucratives qu'Areva, Bouygues, Total, PSA-Citroën, Renault, Michelin, j'en passe et des meilleures. Il y a aussi, évidemment, des partenaires plus institutionnels comme le Ministère de l'Education Nationale, de la Défense, des Affaires Etrangères...

Présentateur 2 : De la Défense ?

Présentateur 1 : De la Défense également, oui, c'est inquiétant, le CNED, l'UPEC (Université de Créteil), l'ESPE de Lille, quelques Académies (Paris, Reims), la Solidarité laïque, bref, on est vraiment dans l'institutionnel d'Etat mais allié avec les multinationales du capitalisme français, et tout ça serait, évidemment, à but non lucratif. Alors « à but non lucratif », il faut le dire assez vite, parce que les droits d'inscription pour les élèves, en tout cas ceux de ce Lycée du Caire dont vous allez nous parler sont des droits d'inscription faramineux donc il y a des intérêts économiques importants, et puis il y a surtout une vision de l'Education qui est tout à fait singulière par rapport à celle qu'on pourrait imaginer quand on voit ça de loin. En tout cas, on est loin du rayonnement de la Francophonie et de la culture française.

Alors, qu'est-ce qui se passe dans cet établissement, dans ces établissements on peut dire, c'est assez général, en tout cas pour l'Egypte, dans ces établissements au Caire, Salah ?

Salah Lamrani :
Alors, pour commencer, j'étais à Paris et j'ai postulé directement auprès de la Mission laïque française pour un poste à l'étranger, et assez rapidement, j'ai été contacté par un établissement du Caire qui s'appelle MISR Language Schools, et qui je le précise tout de suite est l'établissement le plus réputé du Caire au niveau de la qualité de l'enseignement, etc., et donc les places s'y arrachent.

Présentateur 3 : En français, en langue française.

Salah Lamrani : C'est ça, enseignement en Français, cours en Français. Il y a également des enseignements en arabe bien sûr, pour le cursus égyptien, mais en tout cas, j'ai été recruté par la section française de cet établissement, donc directement par le Proviseur M. [Frédéric] TUMPICH, je me trouvais à Paris.

Ensuite, j'ai pris mes fonctions dans cet établissement et effectivement, j'ai été confronté à des conditions assez chaotiques. Je précise que c'était au mois de novembre [2012], donc c'était après la rentrée. Ce qui s'était passé, c'est que la titulaire du poste, qui avait une dizaine d'années d'expérience, notamment dans le 93, avait tout simplement quitté son poste, "déserté" ses fonctions parce qu'elle n'arrivait tout simplement pas à gérer la situation. Et donc j'ai très rapidement découvert que ce qui m'était présenté comme une fragilité de la part de cette enseignante était en fait quelque chose de symptomatique, de structurel dans cet établissement où il y avait vraiment un chaos inconcevable.

Je vais donner quelques éléments : effectivement, on parlait des droits d'inscription, ils sont assez faramineux. Me semble-t-il, c'est de l'ordre de 4000 à 5000 euros pour cet établissement. Maintenant, on est en Egypte, un pays du Tiers Monde. En France, je sais pas s'il y a beaucoup de personnes qui seraient capables de payer cette somme-là. En Egypte, en tout cas, c'est seulement les gens de la classe très aisée qui peuvent se permettre cela.

Présentateur 3 : Intéressant.

Salah Lamrani :
Donc c'est vraiment du clientélisme, ce sont des clients. Et là-bas, comme on dit, le client est roi. Les enfants, ce sont des VIP entre guillemets, donc ce sont eux qui ont toujours prépondérance, qui priment sur les enseignants. Pourquoi ? Parce que si on perd un élève, on perd une somme d'argent assez conséquente, une rentrée d'argent conséquente. Par contre, si on perd un enseignant, eh bien il suffit de le remplacer, et vu qu'ils ne sont pas du tout regardants sur les compétences des enseignants, c'est assez [facile].

Les enseignants étaient accablés, et j'ai découvert après une semaine... Déjà, ma première journée a été effroyable, je me suis littéralement fait dévorer par les élèves, qui venaient de "chasser" une enseignante et donc qui voulaient faire un peu la même chose avec moi. Et ce que j'ai découvert assez rapidement, c'est que ces enfants-là étaient intouchables. Par exemple, ce qui se passait avec ma collègue précédente, c'est qu'elle faisait son travail, elle essayait de les tenir, de les sanctionner, etc. Mais qu'est-ce qui se passe ? Un élève qui est sanctionné, tout de suite en sortant de cours, il va voir le Proviseur, M. [Frédéric] TUMPICH, et M. TUMPICH annule les punitions, et donc comment un Professeur peut faire face à ses élèves s'il leur a mis une punition mais qu'elle est supprimée par la hiérarchie, donc c'est absolument ingérable.

Présentateur 3 : C’est la débâcle assurée. Disons aussi que…

Présentateur 4 : Alors c’était quel genre de punitions, justement, est-ce que c’était seulement faire des lignes ou c’était des exposés à faire ?

Salah Lamrani : C’est ça, c’est toutes les punitions classiques que peut donner un enseignant, recopier des passages, faire des exercices supplémentaires, voire être collé, etc. Mais il suffit que les élèves se plaignent, que les parents se plaignent, pour que cette punition soit immédiatement annulée.

Présentateur 4 : Et c’était courant ce genre de punitions ?

Salah Lamrani : Les professeurs qui essayaient de les mettre en place, en tout cas, avaient beaucoup de difficultés, et en fait, plus les professeurs essayaient de faire leur travail, plus ils avait des difficultés.

Présentateur 4 : Mais peut être que la répression n’était pas le bon message, c’était peut-être ce que le directeur voulait faire passer comme message ? La répression, n’est peut-être  pas le meilleur message à faire passer à des élèves ? Votre autorité devrait être admise d’elle même, mais ne devait pas s’imposer à coups de répression ?...

Présentateur 3 : [Rires] Il se fait l’avocat du diable…

Salah Lamrani :
J’ai assisté, une semaine après ma prise de fonctions, à une réunion parents-profs. Il y avait les parents, les professeurs et la direction. Les professeurs se sont fait, littéralement, lyncher. Tous les problèmes de l’établissement étaient [considérés comme] de la responsabilité des professeurs. Il y a  un parent d’élève qui a utilisé le mot de Gestapo, pour dire que, vraiment, nous les professeurs (je faisais déjà partie de l’équipe), nous étions trop sévères avec les élèves, etc. Tout ce qui se passait dans l’établissement (le départ de ma collègue, etc.), on prenait acte du fait que c’était grave. Mais la seule responsabilité, c’est pas l’administration, c’est pas les parents, c’est pas les élèves, ce sont les enseignants, et les enseignants se font accabler, se font lyncher, il n’y en a pas un qui a pris la parole.

Présentateur 3 : Une séance d’humiliation collective.

Salah Lamrani : C’est ça.

Présentateur 4 :
J’imagine aussi, quel était le profil sociologique des élèves au lycée du Caire ?

Salah Lamrani : Ce sont des VIP, ce sont des élèves riches, de la haute société.

Présentateur 4 :
Ils ont l’habitude d’avoir des gens à leur service et pas l’inverse.

Salah Lamrani : C’est vraiment des gens qui ont une culture  – c’est une collègue qui avait utilisé ce terme – la culture « dominants/dominés ». Ce sont [pour beaucoup] des gens qui font partie des dominants, qui ont des bonnes, qui ont des chauffeurs, qui ont beaucoup de services à leur disposition, leur parents sont des gens très occupés, ce sont des VIP, ils les voient pas souvent, donc ils ont vraiment l’habitude d’avoir des gens à leurs ordres, à leur service, et les professeurs sont considérés comme…

Présentateur 1 :
…domestiques, hein, c’est une culture de la domesticité. C’est important de bien l’expliquer parce qu’on a souvent cette idée reçue, en France, que les problèmes les plus graves se situent dans les établissements dits « sensibles », un néologisme crée par le jargon administratif. En réalité, les pauvres peuvent effectivement créer des désordres dans les établissements, mais on s’aperçoit que les super riches aussi, il suffit que l’établissement soit privé et qu’il ne respecte qu’une seule règle, finalement, c’est la loi du client, la loi du fric.

Salah Lamrani : Oui, tout à fait, le clientélisme, c’est le maitre-mot de cette établissement, et en aucun cas l’éducation, la pédagogie [ne comptent], tout ça ça passe vraiment à la trappe, ce qu’il faut c’est leur donner des bonne notes, parce que s’ils ont des mauvaises notes, bien entendu, c’est la faute du professeur. Ce qu’il faut, donc, c’est leur donner des exercices qui peuvent leur permettre d’avoir des bonnes notes, peu importent les programmes, et puis en fait – j’avais donné aussi cet exemple – cela donne des notes et des moyennes exceptionnelles, par exemple, pour des élèves qui ont vraiment de très gros problèmes en Français, c’est un niveau très très moyen, très très faible…

Présentateur 3 :
Vous êtes enseignant en Lettres, hein, Salah.

Salah Lamrani : Professeur de Français, oui. Par exemple en avait des notes d’un collègue… Parce que c’est soit on essaie de faire son travail et on aura des problèmes, soit on essaie de caresser les clients dans le sens du poil et donc on aura moins de problèmes, donc ce collègue-là, en l’occurrence, avec qui j’ai eu un conflit plus tard, les notes [trimestrielles d’un élève avec lui] par exemple étaient 15/20, 14/20, 9/20, [ce qui donnait une] moyenne générale de 16 ou 17. C’est vraiment l’arithmétique qui est révolutionné.

Présentateur 3 :
D’accord

Salah Lamrani : Voilà, c’est à ce niveau-là. Et les professeurs qui essaient d’être sévères, de faire leur travail, etc., de lever le niveau d’exigence, tout de suite se font vraiment accabler parce que c’est vraiment une culture de la soumission qui est imposée à l’équipe des enseignants, surtout en l’occurrence pour les enseignants qui sont Français donc qui viennent de France, qui ne maitrisent pas forcément la culture arabe de ce pays-là, dans un pays dictatorial, l’Egypte…

Présentateur 1 : Oui, le contexte politique, la révolution manquée, est-ce que ça joue sur le fonctionnement des établissements de ce type ?

Salah Lamrani : Mais certainement parce que nous sommes, nous vivons dans ce contexte-là, on sait qu’on n’est pas dans un Etat de droit, et d’ailleurs c’est un peu sur ça que joue la Mission laïque française, la Mission laïque française a une Charte des personnels dans laquelle elle spécifie, je cite à la lettre, « la Mission laïque française qui est leur employeur », qui est l’employeur des enseignants, donc on est recrutés en France pour être envoyés dans des pays où le droit n’occupe pas une place très importante, mais quand même on se sent protégés par notre statut de Français et le fait qu’on travaille dans une institution française, mais après, dès qu’on a le moindre problème, on est abandonnés complètement, et même accablés, c’est vraiment [terrible], et ce n’est pas possible de faire quoi que ce soit [pour faire valoir ses droits]. Et sachant ce qui se passe, sachant que ce n’est pas un Etat de droit, sachant que ça peut aller effectivement très loin comme ce fut le cas avec moi, vraiment on est encouragés à des comportements de soumission, de docilité, surtout ne pas faire de vagues parce que Dieu sait ce qui peut nous arriver dans un tel contexte.

Présentateur 3 :
Alors juste avant de développer ton cas personnel, rappelons que la MLF, la Mission laïque française, c’est une des deux grandes structures qui gèrent les établissements d’’enseignement français à l’étranger, avec un réseau sensiblement moins important quand même que l’AEFE…

Présentateur 4 :
C’est quoi l’AEFE ?

Présentateur 3 : L’Agence de l’enseignement français à l’étranger qui relève et qui est directement rattachée, contrairement à la MLF qui est une association, au Ministère des affaires étrangères. La MLF (ce n’est pas un point fondamental, mais je pense que c’est quand même intéressant à noter), la MLF, pour bien montrer la considération dans laquelle elle tient ses personnels, et bien elle fait payer le dossier de recrutement. Tu nous le confirmes ? Il faut postuler par internet je crois…

Salah Lamrani : C’est ça oui, j’avais envoyé un dossier…

Présentateur 3 :
Il y a des frais, simplement pour postuler, il y a des frais même si on n’est pas finalement recruté.

Salah Lamrani : Alors là j’ai pas le souvenir, j’ai fait le dossier mais en fait peut-être que ça s’est pas tout à fait passé [comme d’habitude] car j’ai été recruté en cours de année, peut être qu’il y a eu des choses différentes…

Présentateur 3 : Il me semble bien que c’est la procédure habituelle, c’est de faire payer une soixantaine d’euros pour postuler.

Salah Lamrani :
C’est tout à fait possible, mais ça remonte à 2012…

Présentateur 1 : Donc ok, on revient dans cet établissement, alors comment s’appelle cet établissement français du Caire ?

Salah Lamrani : C’est la MISR Language Schools, située aux pieds des pyramides à Gizeh, et qui est vraiment un établissement très réputé, les places s’y arrachent. Et je savais vraiment de première main, malgré le chaos auquel j’étais confronté – j’y reviendrai peut-être plus tard –, que c’était peut-être encore pire dans d’autres établissements, mais vraiment on était « les moins pires » on va dire.

Présentateur 3 :
Dont celui de l’AEFE, où les choses seraient encore plus sérieuses ?

Salah Lamrani :
L’établissement dont on m’avait parlé, c’est Balzac, par exemple, un autre établissement de la Mission laïque française au Caire, et c’était l’attaché culturel de l’Ambassade de France, quand il est venu me menacer [de rapatriement forcé si je m’avisais d’essayer de faire valoir mes droits, après mon exclusion], qui m’a dit qu’effectivement, c’était grave ce qui se passait dans mon établissement mais que c’était encore plus grave à Balzac, donc vraiment les autorités sont au courant de ce qui se passe.

Intervenante : Vous êtes beaucoup de professeurs, enfin, vous avez essayé de faire quelque chose ensemble, il y a pas moyen… Je sais pas, par rapport à ça, à cet état de fait ?

Salah Lamrani : C’est-à-dire par rapport à la situation immédiate avec les élèves ?

Intervenante : C’est ça, et la hiérarchie, du coup, d’essayer, je sais pas, de voir…

Présentateur 1 : Une force collective…

Intervenante : Une force collective, des pétitions, une lettre commune, un appel, je sais pas…

Salah Lamrani : Il y a des comportements vraiment assez individualistes qui sont encouragés par ce système parce que qui va oser s’opposer à la hiérarchie dans ces conditions de non-droit ? Il y a des petites choses qui ont pu être essayées, mais en l’occurrence, dès que l’histoire, dès que les événements prennent une tournure invraisemblable c’est vraiment sauve-qui-peut, chacun pour soi, et on essaie de sauver son poste, sa situation, ce sont des contrats qui sont renouvelés d’un an à l’autre…

Intervenant : C’est pas des fonctionnaires ?

Salah Lamrani : C’est d’une année à l’autre pour tous, et donc surtout au moment de la re-signature des contrats pour l’année suivante, c’est le sauve-qui-peut général.

Présentateur 3 : Y compris pour les titulaires de l’Education nationale ?

Salah Lamrani : Oui, pour les titulaires, il y avait huit titulaires sur dix-huit d’après mes souvenirs et il y en a six qui n’ont pas été reconduits, après c’est une histoire d’homologation [qui avait été obtenue, et donc les titulaires n’étaient plus nécessaires], peut-être qu’on pourra en reparler plus tard, pourquoi ils n’ont pas été reconduits.

Présentateur 1 :
En fait ça c’est intéressant, pour le rayonnement du français à l’étranger, l’image de la France à l’étranger, c’est-à-dire qu’en fait on s’aperçoit que la bourgeoise égyptienne utilise les enseignants fonctionnaires que l’Etat française met à sa disposition comme des larbins, finalement.

Salah Lamrani : Alors c’est exactement le mot, nous sommes des larbins, nous sommes des paillassons qui sommes censés les laisser s’essuyer leurs pieds sur nous, et puis on ne doit rien dire, et donc pour le coup je n’étais peut-être pas assez dans la culture [de la soumission] et donc je n’ai pas accepté ça, mais ce qui m’a été infligé [par la suite], vraiment, c’était extrêmement dissuasif et quiconque voyait toutes les violences que j’avais subies pour avoir essayé de m’opposer un peu à tout ça, vraiment, c’était édifiant pour le restant de ses jours.

[...]


Voir également :

Colonialisme, clientélisme et censure : l'autre visage de la Mission laïque française

Les marchands de soupe de la Mission laïque française : clientélisme et enfants-rois (1/3)

Les marchands de soupe de la Mission laïque française : violences et omerta (2/3)


Dernière édition par flo le Ven 12 Fév 2016 - 17:31, édité 8 fois (Raison : Lien édité)

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« Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Jean Jaurès
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Colonialisme, clientélisme et censure : l'autre visage de la Mission laïque française

par 7asan le Sam 23 Jan 2016 - 23:02
La Mission laïque française menace Google et un ancien employé revendicatif de saisir la « juridiction répressive » (sic)

Par Salah Lamrani, Professeur de Lettres en collège, Titulaire de l'Education Nationale


En annexe, sont jointes les mises en demeure de la MLF adressées à Google et à moi-même.


Le 19 septembre 2015, j’ai publié sur mon blog la première partie d’un article intitulé « Les marchands de soupe de la Mission laïque française », où je fais le récit détaillé d’une affaire qui m’oppose à la Mission laïque française (MLF) depuis 2013, et pour laquelle j’ai saisi les Prud’hommes. J’y dénonce notamment les procédés mafieux de cette institution sans scrupules et plus avide de lucre que de dispense d’une instruction et d’une éducation dignes de ce nom.

Soucieuse de maintenir sa réputation éthérée et mensongère, la Mission laïque française intimide aujourd’hui les hébergeurs Internet et me menace moi-même de mesures de rétorsion pour censurer toute publication de l’affaire. Une excellente raison pour rappeler les faits et surenchérir en creusant plus avant dans l’histoire, le rôle et les valeurs authentiques de la Mission laïque française, en attendant la suite du récit et des événements.

Mission laïque française : réalité et marketing

Synthèse de l’affaire Salah Lamrani / Mission laïque française

J’ai été recruté à Paris en novembre 2012 par Frédéric TUMPICH, Proviseur de la MISR Language Schools – agissant au nom de la Mission laïque – pour exercer en tant que Professeur de Français dans cet établissement du réseau MLF situé en Egypte. Dès ma prise de fonctions, j’ai été confronté à des conditions de chaos inconcevables. Les enseignants étaient traités comme du rebut par l’administration, méprisés, lésés, menacés, et même agressés par des élèves impunis, pour complaire à des parents fortunés qui paient des droits d’inscription faramineux, et sont donc choyés, ainsi que leur progéniture, par la plus vile démagogie. « Clientélisme et enfants-roi » étaient les maitres-mots, un kit de survie tenant lieu et place d’un quelconque projet pédagogique. J’ai eu le plus grand mal à prendre la main sur mes classes, et seules ma détermination, ma jeunesse et ma connaissance de la langue et de la culture arabe m’ont permis de ne pas rejoindre à toutes jambes le cortège des enseignants démissionnaires – pour ne pas dire déserteurs.

Je me suis ensuite confronté à l’administration en protestant contre des ponctions indues et de fausses déclarations sur mes salaires, en venant en aide à un collègue menacé d’agression par ses lycéens – il fut effectivement agressé quelques jours après qu’on m’ait formellement interdit de l’assister et exerça son droit de retrait durant une semaine – et en prenant directement l’attache des parents d’élèves pour me protéger face à l’hostilité de la direction. Celle-ci a considéré ces actions comme une ingérence inacceptable et un dangereux précédent qui rompait avec l’attitude docile des personnels, et elle a décidé de me neutraliser et de faire un exemple pour rappeler l’ensemble de la communauté éducative à de meilleurs sentiments. Fin mars 2013, j’ai donc été violenté par des vigiles sous les yeux de mes élèves, exclu manu militari sans notification écrite faute de motif valable, diffamé auprès des enfants et parents, et même menacé de rapatriement forcé par un représentant de l’Ambassade de France (Paul PETIT, Attaché Culturel) si je menais une quelconque action visant à faire valoir mes droits, au prétexte qu’elle pourrait « nuire à l’image de la France ».


Voir la suite de l'article ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-lamrani/291015/colonialisme-clientelisme-et-censure-lautre-visage-de-la-mission-laique-francaise


Dernière édition par 7asan le Dim 24 Jan 2016 - 0:35, édité 5 fois (Raison : Coquilles)

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