3e : travailler sur la question rhétorique

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3e : travailler sur la question rhétorique

Message par marjolie.june le Dim 8 Nov - 13:56

Dans le cadre de la préparation de leur prochaine rédaction, je voudrais faire travailler mes 3e une petite demi-heure sur la question rhétorique.
Après avoir compulsé des dizaines de manuels, je suis à la recherche :
1. D'un texte qui en comporte plusieurs, histoire de repérer le procédé
2. D'un exercice qui propose d'en inventer
Quelqu'un aurait-il cela sous le coude ?

marjolie.june
Habitué du forum


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Re: 3e : travailler sur la question rhétorique

Message par miss sophie le Dim 8 Nov - 16:01

Il y en a dans le texte de Voltaire sur l'affaire Calas :

Il paraissait impossible que Jean Calas, vieillard de soixante-huit ans, qui avait depuis longtemps les jambes enflées et faibles, eût seul étranglé et pendu un fils âgé de vingt-huit ans, qui était d’une force au-dessus de l’ordinaire ; il fallait absolument qu’il eût été assisté dans cette exécution par sa femme, par son fils Pierre Calas, par Lavaisse, et par la servante. Ils ne s’étaient pas quittés un seul moment le soir de cette fatale aventure. Mais cette supposition était encore aussi absurde que l’autre : car comment une servante zélée catholique aurait-elle pu souffrir que des Huguenots assassinassent un jeune homme élevé par elle, pour le punir d’aimer la religion de cette servante ? Comment Lavaisse serait-il venu exprès de Bordeaux pour étrangler son ami dont il ignorait la conversion prétendue ? Comment une mère tendre aurait-elle mis les mains sur son fils ? Comment tous ensemble auraient-ils pu étrangler un jeune homme aussi robuste qu’eux tous, sans un combat long et violent, sans des cris affreux qui auraient appelé tout le voisinage, sans des coups réitérés, sans des meurtrissures, sans des habits déchirés ?
Il était évident que, si le parricide avait pu être commis, tous les accusés étaient également coupables, parce qu’ils ne s’étaient pas quittés d’un moment ; il était évident qu’ils ne l’étaient pas ; il était évident que le père seul ne pouvait l’être ; et cependant, l’arrêt condamna ce père à expirer sur la roue.
Le motif de l’arrêt était aussi inconcevable que tout le reste. Les juges qui étaient décidés pour le supplice de Jean Calas persuadèrent aux autres que ce vieillard faible ne pourrait résister aux tourments, et qu’il avouerait sous les coups des bourreaux son crime et celui de ses complices. Ils furent confondus, quand ce vieillard, en mourant sur la roue, prit Dieu à témoin de son innocence, et le conjura de pardonner à ses juges.


Voltaire, Traité sur la tolérance, chapitre1


Notes :
Lavaisse, ami de Marc-Antoine Calas
parricide : à l’époque, ce mot pouvait désigner le meurtre d’un membre proche de sa famille
la roue : on attachait le criminel sur une roue pour lui rompre les membres

miss sophie
Expert spécialisé


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Re: 3e : travailler sur la question rhétorique

Message par egomet le Dim 8 Nov - 16:09

La question rhétorique est aussi un bon moyen de rappeler qu'il ne faut pas abuser des procédés rhétoriques. Ils ne remplacent pas un véritable argument. 

"- Qui peut croire que... ?
- Moi."

"- Ça ne vous intéresse pas, ce que je dis?
- Non."

On peut détruire tout l'effet de la question rhétorique,  simplement en y répondant.

_________________
Primum non nocere.
Sapientia vero ubi invenitur et quis est locus intellegentiae? Non est in me, non est mecum.


Poésies, roman etc. http://egomet.sanqualis.com/

egomet
Esprit éclairé


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Re: 3e : travailler sur la question rhétorique

Message par Marie-Noire le Dim 8 Nov - 16:10

C'est justement le texte auquel je pensais, je le faisais étudier en 4e quand la critique sociale était encore au programme.

Plus tard dans la séquence, je demandais aux élèves d'utiliser la question rhétorique dans une rédaction (sur le thème de l'esclavage, après l'étude du Nègre de Surinam).
J'avais bricolé ce très court exercice.
Transformer les affirmations suivantes en questions oratoires :
1) Il n’y a rien de plus révoltant que ces pratiques. > Qu’y a-t-il de plus révoltant que ces pratiques ?
2) Les mauvais traitements infligés aux esclaves sont cruels. > Ne voyez-vous pas que les mauvais traitements infligés aux esclaves sont cruels ?
3) On ne peut pas traiter des êtres humains d’une manière plus horrible. > Peut-on traiter des êtres humains d’une manière plus horrible ?
4) Vous ne pouvez pas infliger à vos esclaves des châtiments aussi atroces. > Comment pouvez-vous / osez-vous infliger à vos esclaves des châtiments aussi atroces ?

Dans le TDL 4e, il y aussi un exercice qui demande aux élèves de transformer des phrases affirmatives en phrases interro-negatives : p. 67, ex. 2b.

Marie-Noire
Niveau 7


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Re: 3e : travailler sur la question rhétorique

Message par Invité El le Dim 8 Nov - 17:25

Le texte de Voltaire ci-dessus est meilleur car les questions s'accumulent mais on peut toujours recourir à Bossuet (une mine pour le travail sur la rhétorique classique!). Ici, à la fin de l'oraison funèbre de Yolande de Monterby, elles servent de relance:

"Parlerai-je de sa prudence si avisée dans la conduite de sa maison ? Chacun sait que sa sagesse et son économie en a beaucoup relevé le lustre. Mais je ne vois rien de plus remarquable que ce jugement si réglé avec lequel elle a gouverné les dames qui lui étaient confiées, toujours également éloignée et de cette rigueur farouche et de cette indulgence molle et relâchée, si bien que, comme elle avait pour elles une sévérité mêlée de douceur, elles lui ont toujours conservé une crainte accompagnée de tendresse jusqu’au dernier moment de sa vie et dans l’extrême caducité de son âge.
[...]
Vous dirai-je avec quel zèle elle soulageait les pauvres membres de Jésus-Christ ? Toutes les personnes qui l’ont fréquentée savent qu’on peut dire sans flatterie qu’elle était naturellement libérale, même dans son extrême vieillesse, quoique cet âge ordinairement soit souillé des ordures de l’avarice. Mais cette inclination généreuse s’était particulièrement appliquée aux pauvres. Ses charités s’étendaient bien loin sur les personnes malades et nécessiteuses : elle partageait souvent avec elles ce qu’on lui préparait pour sa nourriture et, dans ces saints empressements de la charité qui travaillait son âme innocente d’une inquiétude pieuse pour les membres affligés du Sauveur des âmes, on admirait particulièrement son humilité, non moins soigneuse de cacher le bien que sa charité de le faire. Je ne m’étonne plus, Chrétiens, qu’une vie si religieuse ait été couronnée d’une fin si sainte."

Invité El
Esprit éclairé


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