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Ergo
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Devin

Mort de Toni Morrison Empty Mort de Toni Morrison

par Ergo le Mar 6 Aoû 2019 - 16:00
C’est donc en 1970 que tout commence, avec le premier de ses onze romans, L’Œil le plus bleu, qui n’a aucun succès et est diversement apprécié par la communauté noire. Une gamine de 11 ans, Pecola Breedlove, rêve d’avoir des yeux bleus et finit aveugle, folle et persuadée d’avoir un regard couleur cobalt, grâce à l’opération d’un charlatan noir.
https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2019/08/06/l-ecrivaine-americaine-toni-morrison-prix-nobel-de-litterature-est-morte_5497118_3382.html

Born in an Ohio steel town in the depths of the Great Depression, Morrison carved out a literary home for the voices of African Americans, first as an acclaimed editor and then with novels such as The Bluest Eye, The Song of Solomon and Beloved. Over the course of a career that garnered honours including the Pulitzer prize, the Nobel prize, the Légion d’Honneur and a Presidential Medal of Freedom presented to her in 2012 by her friend Barack Obama, her work became part of the fabric of American life as it was woven into high school syllabuses up and down the country.
https://www.theguardian.com/books/2019/aug/06/toni-morrison-author-and-pulitzer-winner-dies-aged-88


_________________
Stay afraid, but do it anyway. What's important is the action. You don't have to wait to be confident. Just do it and eventually the confidence will follow. ---Carrie Fisher
Guermantes729
Guermantes729
Fidèle du forum

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par Guermantes729 le Mar 6 Aoû 2019 - 16:05
Quelle tristesse! J'adore cet écrivain :'(
Delia
Delia
Expert

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par Delia le Mar 6 Aoû 2019 - 16:20
Une très grande dame...

_________________
Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.
Amadou Hampaté Ba
Jenny
Jenny
Modérateur

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par Jenny le Mar 6 Aoû 2019 - 16:29
Oh, mais non... Sad
J’aime beaucoup ses livres. Une triste nouvelle.
piesco
piesco
Doyen

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par piesco le Mar 6 Aoû 2019 - 17:27
Très triste...
Olympe01
Olympe01
Niveau 5

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par Olympe01 le Mer 7 Aoû 2019 - 10:54
Bonjour,

Quels sont selon vous les romans accessibles à une ado de 14-15 ans?

_________________
"Et puis nos coutumes divergent, et divergent c'est énorme!"
Jenny
Jenny
Modérateur

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par Jenny le Sam 10 Aoû 2019 - 8:13
Publié sur la page Facebook de la Grande Librairie.

En souvenir de Toni Morrison, François Busnel s'est prêté à l'exercice du "Je me souviens". Un hommage lui sera également rendu dans La Grande Librairie, lors de l'émission du 4 septembre.
Je me souviens de Chloe Ardelia Wofford aka Toni Morrison.
Je me souviens du jour où je suis devenu Noir : je venais de finir Beloved, son chef-d’œuvre.
Je me souviens que lorsque je lui ai dit cela, elle a haussé les épaules.
Je me souviens que des années plus tard, elle m’a dit : « Au fait, j’ai repensé à ce que vous m’avez dit un jour. C’est la preuve que le langage est le plus grand pouvoir du monde. Merci. »
Je me souviens que j’ai failli pleurer quand elle a pris mes mains dans les siennes, martyrisées par l’âge, pour me dire cela.
Je me souviens de l’immeuble de Chinatown où elle a longtemps vécu, qui était un ancien commissariat de police filmé par Martin Scorsese dans « After Hours ».
Je me souviens que nous devions faire passer le matériel de tournage et les techniciens par l’escalier de service et que le portier aimait nous effrayer en racontant que les murs de l’ascenseur portaient encore les traces des types cognés par les flics lorsqu’il fermait les portes.
Je me souviens qu’elle a quitté Chinatown pour TriBeCa, sous la Jigsaw Tower, et qu’elle était heureuse d’y passer ses moments new-yorkais.
Je me souviens de sa vaste et splendide maison de capitaine de pêcheur sur les bords de l’Hudson River.
Je me souviens que dans sa grande maison Upstate New York, elle avait accroché son diplôme du Prix Nobel de Littérature… dans les toilettes !
Je me souviens que je lui apportais toujours des chocolats, son éditrice, Dominique Bourgois, m’ayant informé de son unique mais fatal point faible.
Je me souviens qu’une fois, bêtement pressé, j’ai oublié la boîte de chocolat et qu’au moment où je suis parti elle a lancé d’une petite voix de petite fille : « No chocolates ? »
Je me souviens de Jackie, sa fidèle et super maquilleuse, fan des tote-bag d’AMERICA.
Je me souviens des emails envoyés par son assistante de Princeton, Renee.
Je me souviens de notre première rencontre au Barychnikov Art Center et de la foule qui patientait dehors, sous la pluie, derrière des rambardes de sécurité faisant le tour du block !
Je me souviens qu’elle était adulée par des jeunes gens dont la peau n’était pas de la même couleur.
Je me souviens de son duo sur scène avec le danseur William Forsythe.
Je me souviens de notre duo sur scène au Festival America de Vincennes, mais je ne dansais pas.
Je me souviens que son père a vu deux Noirs se faire lyncher en Géorgie il y a cent ans et ne s’en est jamais remis.
Je me souviens qu’elle n’aimait pas raconter son enfance dans une famille extrêmement pauvre de l’Ohio.
Je me souviens que son grand-père relisait sans cesse la Bible parce que c’était le seul livre dont il disposait chez lui et que la petite Chloe a été profondément marqué par cela.
Je me souviens qu’elle fut femme de ménage chez des Blancs en arrivant à Washington.
Je me souviens qu’elle aimait beaucoup raconter son passage comme éditrice chez Random House et ses folies avec Angela Davis ou Mohammed Ali.
Je me souviens qu’elle a publié son premier roman à l’âge de 40 ans.
Je me souviens que la communauté noire a détesté son premier roman, L’œil le plus bleu.
Je me souviens qu’elle écrivait contre la tribu et non pour une communauté dont elle redoutait la tentation du repli.
Je me souviens que c’est en lisant ses livres que j’ai compris ce que veut dire le fait que les Noirs américains, il y a encore 50 ans, n’avaient pas droit à la parole et vivaient dans la peur perpétuelle du viol et du lynchage.
Je me souviens qu’elle tremblait de peur pour son fils lorsque celui-ci sortait dans la voiture de sport qu’elle lui avait offert car elle savait ce que veut dire, en Amérique, un Noir dans une voiture de sport…
Je me souviens de l’endroit où j’étais quand j’ai lu Jazz, que j’ai adoré.
Je me souviens que pour elle les plus grands écrivains sont Faulkner, Virginia Woolf et Baldwin.
Je me souviens qu’elle m’a parlé pendant une heure de sa découverte de Primo Levi.
Je me souviens de mes 10 entretiens avec elle, pour L’Express, Lire, La Grande Librairie.
Je me souviens que lors de mon premier rendez-vous avec elle j’avais l’air stupide et profondément idiot.
Je me souviens que je n’aurais jamais créé la revue AMERICA si, au mail que je lui ai envoyé, elle n’avait pas répondu en 48 heures: « Venez. Je vous attends. »
Je me souviens que lorsque je lui ai présenté le projet du journal, elle m’a répondu : « Formidable ! Je serai votre marraine américaine ! »
Je me souviens que lors de notre dernière rencontre je lui ai fait promettre de ne pas mourir et qu’elle m’a répondu dans un gigantesque éclat de rire : « Il est hors de question que je meure alors que Donald Trump est encore au pouvoir. Je vais lui survivre. »
Je me souviens qu’elle a connu 14 présidents des Etats-Unis.
Je me souviens que nous avions plein de projets ensemble, et notamment de faire prochainement un entretien croisé pour AMERICA entre elle et Barack Obama.
Je me souviens que nous avions le projet de la faire dialoguer avec ses turbulents cadets : Ta-Nehisi Coates, Chimamanda Ngozi Adichie et Colson Whitehead.
Je me souviens de ses yeux, pétillants de malice quand on la regardait pour ce qu’elle était : pas seulement la Grande Dame des Lettres Américaines mais une belle dame.
Je me souviens qu’elle a tenu à ce que je la filme sous assistance respiratoire, tuyaux dans le nez, en 2018 parce qu’il lui semblait important de ne rien cacher de son état.
Je me souviens que nous avons parlé d’elle et de Beloved une bonne partie de la nuit avec Gabriel Tallent, l’auteur de My Absolute Darling, dans un bar déglingué à la sortie du parc de Joshua Tree, et qu’il m’a dit tout ce que son roman devait au chef-d’œuvre de Toni Morrison.
Je me souviens que ses livres ont changé ma façon de voir l’Histoire.

La déforestation ce n’est pas un chêne qui tombe, c’est une forêt. Il y a des jeunes pousses, mais c’est comme pour toute forêt dévastée : faudra attendre.

I love you
piesco
piesco
Doyen

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par piesco le Sam 10 Aoû 2019 - 9:43
Merci pour le partage, Jenny.
Quel beau texte, si émouvant...

I love you
zigmag17
zigmag17
Neoprof expérimenté

Mort de Toni Morrison Empty Re: Mort de Toni Morrison

par zigmag17 le Sam 10 Aoû 2019 - 14:43
Merci Jenny Neutral
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