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par MUTIS le Mer 13 Mai 2020 - 16:06
Bon, qui pourrait me donner une opinion claire sur l'attitude de ce pape à l'égard des Nazis et des Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale ?
Ou des références bibliographiques sérieuses et indiscutables. Merci d'avance pour vos réponses.

_________________
"Heureux soient les fêlés car ils laissent passer la lumière" (Audiard)
"Ce n'est pas l'excès d'autorité qui est dangereux, c'est l'excès d'obéissance" (Primo Levi)
"La littérature, quelque passion que nous mettions à le nier, permet de sauver de l'oubli tout ce sur quoi le regard contemporain, de plus en plus immoral, prétend glisser dans l'indifférence absolue" (Enrique Vila-Matas)
" Que les dissemblables soient réunis et de leurs différences jaillira la plus belle harmonie ; rien ne se fait sans lutte." Héraclite
Marie Laetitia
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par Marie Laetitia le Mer 13 Mai 2020 - 17:16
Je connaissais le biographie écrite par Pierre Blet (jésuite). Pierre Milza en a fait une également, que je ne connais pas particulièrement.

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Si tu crois encore qu'il nous faut descendre dans le creux des rues pour monter au pouvoir, si tu crois encore au rêve du grand soir, et que nos ennemis, il faut aller les pendre... Aucun rêve, jamais, ne mérite une guerre. L'avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés. L'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre. Ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner (J. Brel, La Bastille)


Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. [...] Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout...


Et on ne dit pas "voir(e) même" mais "voire" ou "même".
Elaïna
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par Elaïna le Mer 13 Mai 2020 - 17:26
En gros, l'idée générale est : pie xii n'a aucune affection pour les nazis, il condamne le nazisme dans une encyclique célèbre. Mais il craint qu'une action musclée contre Hitler ne débouche sur une aggravation générale de la situation pour les catholiques allemands. Il encourage aussi la protection des juifs, d'où la reconnaissance comme juste parmi les nations.

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It took me forty years to realize this. But for guys like us... our lives aren't really our own. There's always someone new to help. Someone we need to protect. These past few years, I fought that fate with all I had. But I'm done fighting. It's time I accept the hand I was dealt. Too many people depend on us. Their dreams depend on us.

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Volo'
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par Volo' le Mer 13 Mai 2020 - 17:36
De tête Pierre Blet a publié un ouvrage sur la question. Je pense qu’il va falloir attendre un peu pour revoir les copies dans la mesure où les archives ont été ouvertes récemment. Le problème de l’opinion « claire » c’est qu’on est dans de l’histoire où les archives arrivent progressivement. Et pour les références indiscutables, j’aurais tendance à dire que tout est discutable, c’est ainsi que se construit l’histoire.

Concrètement de ce que j’en retiens c’est que Pie XII condamnait personnellement les exactions commises mais il restait sur un fil politique assez ténu. Après il a essayé de tenir une position d’apaisement au début de la guerre avec les cardinaux allemands et a aussi demandé l’entremise des États Unis pour éviter que Mussolini engage l’Italie dans la guerre. De plus, Pie XII a plus délégué aux cardinaux allemands la condamnation ou non, en l’occurrence, des exactions contre les Juifs parce que les cardinaux étaient sur place. Or il apparaît que les cardinaux n’ont pas condamné de peur de voir des représailles. Par ailleurs les cardinaux allemands étaient plutôt satisfaits d’un aspect du nazisme : la réunification nationale. Enfin il ne faut pas oublier que le christianisme n’est à priori pas compatible avec le communisme d’où l’importance politique de garder les cadres nazis assez proches notamment lorsque l’Italie signe avec les Alliés.

Les idées sont un peu pêle-mêle, je m’en excuse.
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par MUTIS le Mer 13 Mai 2020 - 19:03
Merci à tous pour vos réponses,

@Elaïna a écrit:En gros, l'idée générale est : pie xii n'a aucune affection pour les nazis, il condamne le nazisme dans une encyclique célèbre. Mais il craint qu'une action musclée contre Hitler ne débouche sur une aggravation générale de la situation pour les catholiques allemands. Il encourage aussi la protection des juifs, d'où la reconnaissance comme juste parmi les nations.

J'ai fait des recherches mais je ne crois pas que Pie XII soit reconnu comme Juste parmi les Nations.
Ce que vous écrivez correspond à ce que je pensais jusque là à peu près. À la réserve près que la "protection des juifs" n'a pas été, selon ce que je pensais, sa priorité. Plutôt l'anti-communisme.
Mais je suis en train de lire Hitler et le Vatican de Peter Godman qui est présenté comme un des grands spécialistes de l'histoire du Vatican, professeur à Tübingen puis à l'université de Rome  et membre du Comité des archives du Saint Siège.
Je dois dire que le portrait dressé est beaucoup plus sombre que je pensais jusque là... Et Godman a eu accès à des archives qui n'étaient pas exploitées avant lui, visiblement, notamment sur la fameuse encyclique qui est beaucoup plus tiède et timorée que je pensais.

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par EdithW le Mer 13 Mai 2020 - 19:12
L’anti-communisme (qui rejoint parfois l’antisémitisme) des catholiques est un paramètre indispensable pour comprendre le rôle de Pie XII et d’autres. J’ai beaucoup étudié la question à titre personnel (ancêtre collabo par anticommunisme mais s’étant bien accommodé de l’antisémitisme de son entourage), et c’est impossible de dissocier les deux. La peste ou le choléra... Je laisse les collègues d’histoire nous éclairer davantage, n’étant « que » sympathisante et non pratiquante en histoire !
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par saramea le Mer 13 Mai 2020 - 19:20
@MUTIS a écrit:Bon, qui pourrait me donner une opinion claire sur l'attitude de ce pape à l'égard des Nazis et des Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale ?
Ou des références bibliographiques sérieuses et indiscutables. Merci d'avance pour vos réponses.

Est-ce que ton message a un rapport avec le documentaire qui est passé lundi sur LCP? Wink Cette face sombre y apparaît clairement et l'anticommunisme est bien expliqué. Ce documentaire m'a marquée et m'a donné envie, comme toi, d'en savoir plus.
Volo'
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par Volo' le Mer 13 Mai 2020 - 19:37
Pour Pie XII, Benoit XVI a reconnu ses vertus heroiques. C’est une des conditions pour ensuite être béatifié. Sauf qu’il y a eu une polémique par rapport à cela et depuis c’est en pause.

En fait, pour le Vatican il est important de le prendre comme un rôle politique plus que religieux en temps de crise.
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par MUTIS le Mer 13 Mai 2020 - 20:02
@saramea a écrit:
@MUTIS a écrit:Bon, qui pourrait me donner une opinion claire sur l'attitude de ce pape à l'égard des Nazis et des Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale ?
Ou des références bibliographiques sérieuses et indiscutables. Merci d'avance pour vos réponses.

Est-ce que ton message a un rapport avec le documentaire qui est passé lundi sur LCP? Wink  Cette face sombre y apparaît clairement et l'anticommunisme est bien expliqué. Ce documentaire m'a marquée et m'a donné envie, comme toi, d'en savoir plus.

Non, je ne l'ai pas vu. Je vais regarder si je peux l'avoir en replay. C'était quoi le sujet exact ?

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par MUTIS le Jeu 14 Mai 2020 - 7:21
http://www.lcp.fr/emissions/296083-39-45-la-face-cachee-du-vatican

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par Delia le Jeu 14 Mai 2020 - 13:38
Certains disent : il fut diplomate là où il aurait fallu un prophète.

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Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.
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Elaïna
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par Elaïna le Jeu 14 Mai 2020 - 14:46
Tout le souci c'est que bien des historiens concluent en disant "oui mais il aurait pu", ce qui n'est guère pertinent (et puis on les y aurait vu, tiens)...

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par MUTIS le Jeu 14 Mai 2020 - 16:26
@Elaïna a écrit:Tout le souci c'est que bien des historiens concluent en disant "oui mais il aurait pu", ce qui n'est guère pertinent (et puis on les y aurait vu, tiens)...

Elaïna, vous pouvez m'expliquer "ce qui n'est guère pertinent" ? Parce que, si vous regardez le reportage vraiment intéressant mis en ligne et si vous lisez un historien spécialiste comme Peter Godman, vous avez au contraire le sentiment que son intervention aurait été fort pertinente et qu'il est fort pertinent d'interroger son silence sur l'extermination des Juifs, de même qu'il serait pertinent d'interroger sa condamnation en 1954 des prêtres-ouvriers accusés de se rapprocher un peu trop des communistes. Je viens de lire le témoignage remarquable d'un Jésuite particulièrement brillant, Jacques Sommet, résistant et déporté à Dachau qui regrette amèrement ces décisions de Pie XII.
Comme disait Edith Stein en Avril 1933 :« la responsabilité incombe aussi à ceux qui se taisent à ce propos (les persécutions des juifs à cette époque) Nous craignons le pire pour l’Église si jamais son silence durait encore."
J'ajoute que Pie XII, contrairement à ce que vous disiez, n'est pas "Juste parmi les Nations"...

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par Volo' le Jeu 14 Mai 2020 - 16:30
Ce que dit Elaïna, il me semble, c’est que l’histoire ne se construit pas avec des « si ». Donc dire « il aurait pu/du » questionne la construction même du discours historique.
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par MUTIS le Jeu 14 Mai 2020 - 16:49
@Volo' a écrit:Ce que dit Elaïna, il me semble, c’est que l’histoire ne se construit pas avec des « si ». Donc dire « il aurait pu/du » questionne la construction même du discours historique.
Qui a dit "Il aurait pu"; "il aurait du" ???
Il ne s'agit pas de dire mais d'interroger le silence effroyable...Répondre : il ne pouvait pas faire autrement le pauvre, j'aurais bien aimé vous y voir me semble pour le moins léger...
Et d'où viennent les interrogations si ce n'est d'éminents historiens, de gens comme Mauriac ou de jésuites comme J. Sommet et bien d'autres ?

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par Volo' le Jeu 14 Mai 2020 - 17:21
Elle répondait à Delia. Mais je laisserai Elaïna répondre...
Czar
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par Czar le Ven 15 Mai 2020 - 14:06
Quelques petits éléments que je me permets d’apporter. Si je suis professeur d'Histoire, je ne suis par contre en rien un spécialiste de la période, et je n'ai pas lu Godman.

@MUTIS a écrit:

J'ai fait des recherches mais je ne crois pas que Pie XII soit reconnu comme Juste parmi les Nations.

En effet, il n'est pas reconnu Juste parmi les nations.


@MUTIS a écrit:Ce que vous écrivez correspond à ce que je pensais jusque là à peu près. À la réserve près que la "protection des juifs" n'a pas été, selon ce que je pensais, sa priorité. Plutôt l'anti-communisme.
La question est donc surtout de savoir si au nom de l'anticommunisme du pape, ce dernier est prêt à sacrifier les juifs. Est-ce donc "Le pape qui garda le silence face à Hitler" comme Marianne le proclama en une de son numéro 663?


Et là clairement la réponse est non. Rien que l'encyclique Mit brennender Sorge est éclairante. Rédiger une encyclique exprès en allemand (normalement c'est en Latin ) devant être lue dans toutes les églises d'Allemagne le dimanche des rameaux, (une des fêtes les plus suivies par les catholiques allant rarement à la messe ) avec le texte suivant


@MUTIS a écrit:Mais je suis en train de lire Hitler et le Vatican de Peter Godman qui est présenté comme un des grands spécialistes de l'histoire du Vatican, professeur à Tübingen puis à l'université de Rome  et membre du Comité des archives du Saint Siège.
Je dois dire que le portrait dressé est beaucoup plus sombre que je pensais jusque là... Et Godman a eu accès à des archives qui n'étaient pas exploitées avant lui, visiblement, notamment sur la fameuse encyclique qui est beaucoup plus tiède et timorée que je pensais.

Je ne peux me prononcer sur les arguments de Godman que je n'ai pas lu et qui à eu en effet accès aux sources. En as-tu quelques uns à nous partager?

L'encyclique est ici j'ai un peu de mal de voir ce qu'il y a de tiède et de timoré en la lisant (du coup merci pour le sujet je n'avais jamais eu la curiosité la consulter). Le texte est long (9600 mots), le pape en plus de sa responsabilité religieuse reste aussi le chef d'Etat du Vatican, avec une tradition plusieurs fois centenaire de diplomatie. Rappelons que lors de la nuits des longs couteux des responsables catholiques ont aussi été tués. Mais même sans trop savoir lire entre les lignes, et sans voir toutes les références à la Bible pour appuyer le discours, de nombreux passages me semblent plutôt clairs pour montrer l'hostilité du pape au régime nazi et à sa politique:

"Les expériences des dernières années mettent les responsabilités en pleine lumière : elles révèlent des intrigues qui, dès le début, ne visaient qu’à une guerre d’extermination." (ici contre l'Eglise catholique)

" à l’heure où votre liberté religieuse est victime d’un investissement organisé sous mille formes, à l’heure où pèse lourdement sur vous le manque d’un enseignement fidèle à la vérité et de normales possibilités de défense"

"Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l’État, ou la forme de l’État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine – toutes choses qui tiennent dans l’ordre terrestre une place nécessaire et honorable, – quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d’une conception de la vie répondant à cette foi."

(Vu plusieurs passages, j'ai l'impression qu'Hitler ou des nazis devait manier une ambiguïté dans ses discours en invoquant Dieu, ou en se réclamant de lui, pour attirer les croyants car c'est un démontage en règle sur ce sujet là dans l'encyclique...)

"Dans vos contrées, Vénérables Frères, retentissent des voix, dont le chœur va sans cesse se renforçant, qui invitent à sortir de l’Église. Parmi les meneurs, il en est plus d’un qui, par leur position officielle, cherchent à faire naître l’impression que cette sortie de l’Église et l’infidélité qu’elle comporte envers le Christ-Roi constituent une preuve particulièrement convaincante et méritoire de la fidélité envers l’État d’aujourd’hui. "

"Seuls des esprits superficiels peuvent tomber dans l’erreur qui consiste à parler d’un Dieu national, d’une religion nationale ; seuls ils peuvent entreprendre la vaine tentative d’emprisonner Dieu, le Créateur de l’univers, le Roi et le Législateur de tous les peuples, devant la grandeur duquel les nations sont « comme une goutte d’eau suspendue à un seau »18 dans les frontières d’un seul peuple, dans l’étroitesse de la communauté de sang d’une seule race."


Et de manière plus générale j'ai plus l'impression (mais c'est une impression personnelle) que le pape est au milieu d'une Europe entièrement dominée par les nazis et leurs alliés. Une parole trop explicite de sa part et la répression s’abattrait sur les catholiques. Et un peu comme nous face au COVID où malgré toute notre science nous tâtonnons pour bien identifier les contours de la maladie et les réponses à apporter dans l'urgence le pape comme tous les responsables de l'époque tâtonne pour faire de son mieux avec les informations et les leviers dont il dispose. Ce qui me conforte dans une opinion de "P XII pro-juifs" reste les témoignages des différents responsables religieux juifs qui dans l'immédiate après guerre remercient le pape pour son action.



géohistoire
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par géohistoire le Ven 15 Mai 2020 - 14:23
Deux petites informations que j'ai entendues dans un documentaire il y a déjà un certain nombre d'années et qui demanderaient à être confirmées:
-avant que ne débutent les massacres systématiques des juifs en Pologne l'Eglise polonaise avait lancé à plusieurs reprises des condamnations des mauvais traitements infligés aux juifs par les nazis et à chaque fois les nazis avaient répondu en aggravant la situation des juifs dans le pays au point que des membres de la plus haute instance juive de Pologne étaient allés voir des évêques pour les remercier de leur soutien moral et en même temps pour leur demander de ne plus rien dire car leurs paroles étaient contre-productives;
-aux Pays-Bas la plus grande rafle de juifs en 1942 a été menée juste après une condamnation par les évêques du traitement que les nazis faisaient subir aux juifs;

Si ces informations sont bien exactes on peut comprendre que le pape ait choisi de se taire ou du moins de ne parler qu'à demi-mots dans la mesure où toute autre parole aurait eu des effets contraires à ceux attendus.
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par MUTIS le Ven 15 Mai 2020 - 15:16
Merci Czar et géo histoire pour vos deux contributions très intéressantes.

Première remarque qui va dans un sens plus critique : la présence de Hudal, évêque à Rome et recteur du Collège Teutonique de Santa Maria Dell'anima, ouvertement pro-nazi qui sera certes désavoué par Pie XII mais restera en place, publiera un texte clairement anti-sémite (Il parle de « la lie religieuse et morale d’une juiverie qui, depuis Moscou, entretient aujourd’hui une perpétuelle agitation chez les peuples chrétiens d’Europe afin d’ouvrir la voie d’une domination mondiale à une race (…) qui se sent appelée à supplanter toutes les autres cultures. ») et s'occupera de faire fuir à partir de 1946 des hauts dignitaires nazis comme Eichmann, Mengele, Barbie ou Stangl, en leur fournissant des faux papiers. Il a continué à travailler au Vatican et n'a pas été exclu. Il a démissionné en 1952 quand les informations sur son réseau ont été publiées.
Rappelons aussi que Pie XI avait soutenu Mussolini, un « homme providentiel » qui a rendu « Dieu à l’Italie » et « l’Italie à Dieu ».

Deuxième remarque : le livre de Godman laisse penser que le choix a été celui d'un silence diplomatique taisant les persécutions des juifs volontairement pour ne pas froisser trop Hitler qui n'a jamais été excommunié (alors que c'était possible). Même après guerre il n'y a pas eu de condamnation catégorique de l'extermination des juifs par Pie XII. En fait la stratégie de Pie XII est de préserver à tout prix le Concordat de 1933 alors qu'il est caduc dans les faits et qu'il a surtout servi à donner un vernis de respectabilité aux nazis. Le nazisme est compatible avec le catholicisme, telle est la leçon de ce concordat alors que les évêques allemands s'étaient d'abord prononcés sur l'incompatibilité. Grâce au concordat, Hitler peut se targuer d'être respectueux de la religion (ce qui ne sera pas le cas) et les évêques allemands appuient au départ plutôt Hitler (avant de déchanter...). Les catholiques doivent être libres d’adhérer au parti nazi !

Trois : sur la fameuse encyclique on apprend  beaucoup de choses dans le livre de Godman. Pendant plus d'un an plusieurs commissions avaient préparé un texte relevant toutes les erreurs et condamnations de la doctrine nazie. Même après les lois de Nuremberg en 1935, le Vatican ne proteste pas. Dans le journal du Vatican les commentaires restent très discrets sur l’Allemagne en 1933-1934. Jamais on ne critiqua Hitler qui d’après l’Osservatore Romano était animé de bonnes intentions contrairement aux nazis radicaux. Un Führer conservateur et bienveillant qui contraste avec les ennemis « gauchistes » ou extrémistes de l’Église ! Mein Kampf n’est pas condamné par le Saint Office, mais Le Mythe du 20ème siècle de Rosenberg ! Pour le Vatican, la doctrine de Rosenberg n’était pas celle du parti ; Hitler avait affirmé qu’il souhaitait fonder le 3ème Reich sur des bases chrétiennes et le vice chancelier von Papen soutenait que Hitler ne partageait pas les idées de ses partisans. Le Vatican veut s’accommoder avec Hitler parce qu'il est considéré comme modéré et qu'il est un rempart contre le bolchévisme. Alors que les persécutions et exclusions des juifs ont commencé depuis le début et que de nombreuses autorités morales ou intellectuelles protestent.
Sur l'encyclique voici quelques commentaires de Godman : "La commission en 1936 évoque le « devoir de justice et d’amour envers toutes les races qui n’exclut en rien la race sémite ». Mais Pie XI va évacuer cette référence de son encyclique !"
"Pie XI, contrairement à l’idée reçue, s’oppose à la publication du « catalogue des erreurs du nazisme » qui est prêt. On soutient que Pie XI a condamné les nazis sans détour dans son encyclique Mit Brennender Sorge de mars 1937. Cette opinion doit être révisée."  
"Le concordat doit être sauvé, quitte à sacrifier les listes de propositions condamnables dressées par le Saint-Office. Loin de rejeter le nazisme en bloc, cette encyclique est un compromis boiteux… il faut s’abstenir de désigner nommément le national-socialisme et le parti. Le document devait évoquer la situation en Allemagne mais se cantonner de réaffirmer le dogme sur un ton pacifique. Point de vue qui l’emporta. Pour défendre le concordat ! Tous craignaient le communisme et aucun ne voulait une rupture avec le nazisme. C’est le cardinal de Faulhaber qui rédige en grande partie l’encyclique. Une recherche de consensus approuvée par Pacelli et Pie XI. Ils n’introduisent pas les éléments critiques dont ils disposent !"
"C’est un fait que le pape renonça à s’exprimer sur le racisme, les droits de l’homme. On a « jugé préférable la suppression des propositions sur le racisme ». Pour éviter les « possibles embarras avec les gouvernements » car on savait que les lois raciales occupaient le premier rang des préoccupations d’Hitler.  Pie XI sacrifia sur l’autel du concordat l’offensive ouverte contre les nazis que Rome aurait pu lancer en 1937. L’encyclique fut lue en chaire par les évêques allemands lors du dimanche des Rameaux 1937. "
"En juin 1938, Pie XI reçoit en audience des jésuites John La Farge (jésuite américain très intéressant entre autres) et lui demande de préparer une encyclique sur le racisme en accordant une attention particulière à l’antisémitisme. Il travaille à Paris, et le texte préparatoire est transmis à Rome le 10 février 1939. Il ne sera publié que des décennies plus tard.
Le Vatican est resté muet sur les violences antisémites de la Nuit de Cristal.
La stratégie des deux papes : celle des autruches la tête dans le sable ! "
Et dans le reportage de LCP :15 au 16 octobre 1943, dans le ghetto juif de Rome, à l’ouest de la ville 1250 personnes arrêtées dont 200 enfants : aucune réaction de Pie XII ! 3 mois avant, il était intervenu après un bombardement, pour réconforter les catholiques romains.
+ de 4000 juifs cachés à Rome dans des couvents ou institutions catholiques pourtant. Pie XII n’a pas pris la parole pour encourager publiquement ces gestes. Du coup, beaucoup de catholiques ont choisi… le mauvais côté !

Voilà quelques citations qui vous permettront de mieux comprendre, je l'espère, la thèse de Godman, qui n'est apparemment pas un anticlérical forcené ! Voir sa présentation plus haut.

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Question sur Pie XII Empty Re: Question sur Pie XII

par Oudemia le Ven 15 Mai 2020 - 15:33
Le résumé d'Elaina est fort bien développé par Czar et par Geohistoire.

On sait assez peu le grand rabbin de Rome est devenu catholique après la guerre, et a choisi le prénom d'Eugène, celui du pape ; et la légende de "Juste parmi les Nations" vient d'une remarque de Golda Meir, qui disait qu'il avait été un grand serviteur de la paix...

L'atteinte à sa mémoire vient de la pièce de Rolf Hochhuth, qui est mort hier, dont on prétend qu'elle avait été écrite avec l'aide du KGB  Suspect

Je mets directement ci- dessous  la copie d'un long article, avec bibliographie, où la mise en page (gras et italique) est perdue, mais vous la retrouverez sur la source :
https://fr.aleteia.org/2015/01/27/pie-xii-a-t-il-abandonne-les-juifs-pendant-la-seconde-guerre-mondiale/
Spoiler:

Le Pape a fait tout ce qu’il a pu, et ce de bien des manières, pour les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une pièce de théâtre, des articles de presse, des histoires, des légendes… Pie XII est souvent accusé d’avoir abandonné les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale car il n’aurait pas condamné la shoah de façon explicite. Certains disent que Pie XII était le Pape d’Hitler… antisémite. Qu’en est-il en réalité ?
Pie XII s’est rendu compte rapidement que les protestations contre le nazisme entraînaient de très lourdes répercussions pour les populations et pouvaient se révéler des dénonciations contre-productives pour les juifs.
En Hollande, par exemple, lorsque l’évêque d’Utrecht a protesté contre le nazisme, la répression a été immédiate et terrible. Après la lettre des évêques des Pays-Bas condamnant « le traitement injuste et sans merci réservé aux juifs », lue dans les églises en juillet 1942, les nazis ont déporté des multitudes de juifs et de chrétiens, dont Édith Stein. La Hollande détient, à cause de ces protestations, le triste record de l’extermination de la communauté juive (85%).
En Pologne, l’archevêque Sapiéha de Cracovie et deux autres évêques polonais ont demandé au Pape de ne pas publier de lettre sur ce qui se passait en Pologne, vu la férocité des représailles. De même, les évêques allemands ont dissuadé  Pie XII de parler trop fort. Il faut dire qu’Hitler surveillait l’Église de très près. Le Pape lui-même confia à ses émissaires la charge de parcourir l’Europe pour recueillir des informations sur les persécutions : « Dites-leur que le Pape souffre avec eux, il souffre avec les persécutés (…). Si par moments il n’élève pas davantage la voix, c’est pour ne pas causer de pires maux » (cf. Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale : 20 volumes rassemblés pendant 15 ans par trois jésuites.)
Robert Kempner, magistrat juif d’origine allemande, procureur adjoint au procès de Nuremberg, écrit à ce sujet en 1964 : « Toute prise de position à caractère propagandiste de l’Eglise contre le gouvernement de Hitler aurait non seulement été un suicide prémédité, mais elle aurait accéléré l’assassinat d’un nombre bien plus grand de juifs et de prêtres ». Survivant de l’Holocauste, le grand rabbin du Danemark explique quant à lui que « si le Pape avait été plus explicite, Hitler aurait sans doute massacré beaucoup plus que six millions de juifs, et peut-être dix millions de catholiques ». De fait, une proportion très élevée du clergé européen a elle aussi été tuée dans des camps.
Le Pape a alors mis en place une politique d’actions secrètes, contribuant à sauver en Italie et dans le monde entier des centaines de milliers de juifs. Cette politique efficace d’actions secrètes s’inscrivait dans la continuité de son action personnelle dès ses débuts comme prêtre, puis comme nonce, et enfin comme Pape.
Dans sa jeunesse, un des grands amis du jeune Pacelli, Guido Mendez, était juif. Ils ont célébré le shabbat ensemble et Mendez a enseigné l’hébreu au futur Pape. Pie XII l’a ensuite aidé à se sauver en Palestine au début de la guerre. Il a agi en tant que nonce apostolique en Allemagne de 1917 à 1929, d’abord à Munich puis à Berlin. Sur 44 discours prononcés pendant ces 12 ans, 40 dénoncent un aspect ou un autre de l’idéologie nazie. En 1917, il intervient pour protéger les juifs de Palestine contre les Turcs ottomans. En 1926, il aide le chef de l’Organisation sioniste mondiale à rencontrer les autorités du Vatican pour promouvoir un foyer juif en Palestine.
En juillet 1933, il est l’acteur principal d’un concordat avec le Reich d’Hitler, pour sauvegarder un minimum d’institutions et de libertés en faveur des catholiques allemands, et pour donner une base juridique à d’éventuelles protestations. Il le signe malgré son dégoût pour le comportement inique du gouvernement allemand qui fait pression en jetant en prison plus de 90 prêtres et en fermant neuf journaux catholiques. En mars 1935, dans une lettre ouverte à l’évêque de Cologne, il traite les nazis de « faux prophètes, orgueilleux tel Lucifer ». Toujours en 1935, devant des milliers de pèlerins à Lourdes, il accable les idéologies « possédées par la superstition de la race et du sang ». Des centaines de documents attestant de l’opposition de Mgr Pacelli au nazisme peuvent être vus sur le site de la fondation Pave the way.
Il est ensuite secrétaire d’État et travaille activement (on détient des brouillons de sa main) à l’écriture de la grande encyclique de condamnation du nazisme de Pie XI, Mit brennender Sorge, qui est diffusée, cachée et lue par surprise, en allemand, le 14 mars 1937, dans toutes les églises d’Allemagne, car il n’existe déjà plus de liberté de la presse. Durant son mandat, le secrétaire d’État proteste dans pas moins de 55 lettres officielles au gouvernement allemand. Ribbentrop et Steengracht, ministre et sous-secrétaire aux Affaires étrangères du IIIe Reich, déclarent à Nuremberg : « Nous avions des tiroirs pleins des protestations du Vatican ».

Devenu Pape le 2 mars 1939, il est dans les tous premiers à parler, dans son radio message de Noël 1942, de « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ». Sa première encyclique en tant que pape, Summi pontificatus de 1939, était si clairement anti-raciste que les avions alliés en lâchèrent des milliers de copies sur l’Allemagne. Lorsque, le 20 septembre 1943, les Allemands qui avaient investi Rome 10 jours plus tôt exigent des juifs de la ville 50 kg d’or sous peine d’être déportés, la communauté juive ne pouvant en réunir que 35 kg, le grand rabbin de Rome, Zolli, fait appel à Pie XII qui sans hésiter fait fondre les vases sacrés des paroisses de Rome et apporte les 15 kg manquants.
Des bateaux étaient spécialement affrétés par le Vatican pour évacuer des juifs deux fois par an, de 1939 à 1945, vers la République dominicaine, le Canada, le Mexique et Cuba. Comme de nombreux pays n’acceptaient pas les juifs, Rome leur fournissait de faux certificats de baptême. Le Pape arrêta personnellement la déportation de dizaine de milliers de Hongrois quand il en appela au Régent de Hongrie. Il arrêta également personnellement la déportation de juifs romains le 16 octobre 1943. En un jour, le Vatican parvint à cacher, nourrir et soutenir plus de 7 000 juifs, malgré les fusils allemands sous ses fenêtres. La quasi-totalité des basiliques, églises, séminaires et couvents ont hébergé et aidé des juifs. Sœur Pascalina Reynart, la secrétaire de Pie XII, amenait de la nourriture aux couvents qui cachaient les juifs de Rome, parfois dans des monastères de clôture, ce qui suppose forcément une dispense papale. En 1943, 3 500 juifs sont logés à Castel Gandolfo et 400 sont enrôlés dans la Garde pontificale, soit près de la moitié de la communauté juive de Rome. Plus de 7 000 juifs de Rome environ ont été sauvés par l’Église. Pendant le procès Eichmann de 1961, le Pape a fait l’objet d’un jugement qu’il vaut la peine de relire, par Gideon Hausner, procureur général d’État à Jérusalem : « À Rome, le 16 octobre 1943, une grande rafle a été organisée dans le vieux quartier juif. Le clergé italien a participé à l’opération de sauvetage, les monastères ont ouvert leurs portes aux juifs, le Pape est intervenu personnellement en faveur des juifs arrêtés à Rome ».
Lorsqu’on a remis au cardinal Palazzani la médaille des « justes » pour avoir sauvé des juifs au séminaire romain, il affirma : « Le mérite en revient entièrement à Pie XII qui a ordonné de faire tout ce qui était possible pour sauver des juifs de la persécution ».
On sait aussi que Pie XII était régulièrement informé des tentatives d’assassinat contre Hitler entre 1939 et 1940. Sir d’Arcy Osborne, le chargé d’affaire britannique qui était en contact à ce sujet avec Pie XII note dans son carnet : « Jamais, dans l’histoire, un Pape n’a été engagé d’une façon si délicate dans une conspiration tendant à renverser un tyran par la force ». Et après la guerre, c’est encore le pape Pie XII qui décida l’abstention du Vatican qui permit la création de l’État d’Israël à l’ONU en 1948. Il est reconnu que l’action de l’Église a sauvé plus d’un demi million de juifs et Pie XII a toujours encouragé cela. Il a, à lui seul, sauvé plus de juifs que tous les autres responsables religieux du monde réunis.
Entre 1943 et 1945, à Rome, le Général Karl Wolff menaça à plusieurs reprises d’enlever et de tuer le Pape, d’exterminer toute la Curie, ou d’occuper le Vatican, tout en prétendant parallèlement à Hitler que le Pape coopérait.
Le général en chef nazi à Rome a confirmé ces choses de nombreuses fois avant sa mort et une interview de lui est disponible sur le site de la fondation Pave the way. La déportation du Pape devait se faire au Lichtenstein mais le général, pensant que ce serait un désastre pour l’Allemagne qui aurait risqué la désertion des soldats catholiques de l’armée, assurait sans cesse Hitler de la coopération du Pape. Ces rapports, qui font croire que le Pape penche parfois pour les positions allemandes, sont les seuls documents qui auraient pu faire penser à une certaine compromission, mais il faut bien analyser le contexte de leur rédaction.
Pie XII, de son côté, était en permanence tourmenté par l’alternative dramatique dans laquelle il se trouvait : agir le plus vite possible mais seulement en secret pour préserver les populations, au risque de sembler ne pas en faire assez, ou faire des déclarations publiques et passer pour un héros mais en déclenchant une répression terrible contre des multitudes d’innocents. Le Pape forma un gouvernement en exil pour se prémunir contre les menaces nazies et il fixa les dispositions du conclave qui devait élire le nouveau Pape, dans un pays libre, s’il venait à être arrêté.
Après la guerre, tous les juifs qui avaient vécu de près les événements célébraient avec admiration la politique d’action secrète du Pape en faveur des juifs. Mais en 1963 la pièce de théâtre Le Vicaire, écrite par deux communistes avec l’aide et des documents du KGB pour nuire à l’Église, fait naître une légende sur Pie XII, dépeint comme indifférent voire hostile à la cause des juifs. Cette action du KGB était due au fait que Pie XII était aussi un Pape anticommuniste. À compter de cette date, les pseudo-scandales se succèdent : l’ouvrage de John Cornwell, le film Amen de Costa-Gavras, la plaque contre Pie XII à Yad Vashem, etc. Les manipulations ont beau être dénoncées par des historiens sérieux, elles restent malheureusement inconnues du grand public…
Mais avant 1963, tous les responsables d’Israël ont sans cesse remercié le Pape et célébré ses efforts. Après la guerre, par exemple, l’ancien consul d’Israël à Milan, Pinhas Lapide, déclara : « L’Église catholique sous le pontificat de Pie XII fut l’instrument qui sauva 700 000, mais probablement jusqu’à 860 000 juifs d’une mort certaine de la main des nazis. Ces chiffres dépassent de très loin ceux de toutes les autres Églises, institutions religieuses et organisations de secours réunis » (Three Popes and the Jews, 1967). À la mort de Pie XII, Golda Meir, Premier ministre d’Israël, déclara à l’ONU en 1958 : « Pendant les 10 années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyr effroyable, la voix du Pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes. Nous perdons un grand Serviteur de la Paix »…
Albert Einstein lui-même, le 23 décembre 1940, dira au Time Magazine: « Seule l’Église s’est mise pleinement en travers de la campagne d’Hitler de supprimer la vérité. Je n’ai jamais eu d’intérêt particulier pour l’Église avant, mais maintenant je ressens une grande affection et admiration pour elle, car l’Église seule a eu le courage et la ténacité de se battre pour la vérité intellectuelle et la liberté morale. Je suis forcé de constater que ce que j’ai dédaigné un temps, je le loue aujourd’hui sans réserves ». Car, effectivement, tous les autres ont été silencieux ou hostiles : le grand mufti de Jérusalem se déplaça à Berlin pour faire allégeance à Hitler et une légion musulmane combattra au service des nazis en Bosnie, aux côtés de l’armée allemande. Roosevelt, Churchill, de Gaulle et Staline ne firent jamais aucune déclaration en faveur des juifs. Les résistants qui faisaient sauter des trains à travers l’Europe n’entreprirent jamais d’arrêter ou de saboter les convois de déportés. Les États-Unis ne sauvèrent en les accueillant que 22 000 juifs au total alors qu’ils auraient pu faire bien plus. À la fin de la guerre, les autorités britanniques refoulèrent les juifs sortis des camps qui voulaient entrer en Palestine.
Le rabbin David Dalin, de New York, a effectué en 2001 une précieuse étude historique qu’il conclut ainsi : « Pie XII ne fut pas le Pape de Hitler, loin de là. Il fut l’un des soutiens les plus fermes de la cause juive, à un moment où elle en avait le plus besoin…On peut lire dans le Talmud que "celui qui sauve une seule vie sauve l’humanité". Pie XII, plus qu’aucun autre homme d’État du XXe siècle, a accompli cela à l’heure où le destin des juifs européens était menacé. Aucun autre Pape n’avait été autant loué par les juifs avant lui, et ils ne se sont pas trompés. Leur gratitude ainsi que celle de tous les survivants de l’Holocauste prouve que Pie XII fut véritablement et profondément un Juste parmi les Nations ».

Tous les enquêteurs, y compris juifs, ont depuis lors confirmé la vérité historique connue dès la fin de la guerre, confortée par d’innombrables témoignages en faveur de Pie XII et des centaines de documents. Les accusateurs de Pie XII n’ont pu identifier aucun document probant contre lui.
La diffamation de Pie XII n’est pas juste et elle risque paradoxalement de renforcer les tentations négationnistes parce que les gens découvriront tôt ou tard la vérité, et le sentiment naturel de colère, d’autant plus fort que l’erreur aura été propagée plus fortement et plus longtemps, provoquera inévitablement des remises en cause qui pourraient viser injustement d’autres questions historiques beaucoup plus graves.
C’est d’ailleurs pour cela que parmi les plus actifs défenseurs de l’héroïcité des vertus de Pie XII se trouvent de nombreux juifs (cf. par exemple le site de la fondation Pave the Way de Gary Krupp.) Les archives du Vatican ont été ouvertes jusqu’en 1939 et certaines sections jusqu’en 1947, comme le demandaient les détracteurs de Pie XII. Mais il semblerait qu’aucun d’entre eux ne soit venu les consulter ces deux dernières années. Continuer à diffuser la légende née en 1963, contre la vérité historique, constitue un mensonge et une diffamation. Ce n’est un service à rendre ni aux juifs, ni à la vérité, ni à l’histoire.
Concluons sur un passage du livre de Benoît XVI dans Lumière du Monde qui offre une analyse synthétique : « Pie XII a fait tout son possible pour sauver des juifs. On peut toujours naturellement se demander : "Pourquoi il n’a pas protesté de manière plus explicite ?". Je crois qu’il a compris quelles auraient été les conséquences d’une protestation publique. Nous savons qu’il a personnellement beaucoup souffert de cette situation. Il savait qu’il aurait dû parler, mais que la situation le lui interdisait. Maintenant, les personnes raisonnables admettent que Pie XII a sauvé beaucoup de vies mais elles soutiennent qu’il avait des idées dépassées sur les juifs et qu’il n’était pas à la hauteur du Concile Vatican II. Le problème cependant n’est pas celui-ci. L’important est ce qu’il a fait et ce qu’il a tâché de faire, et je crois qu’il faut vraiment reconnaître qu’il a été un des grands justes et que, comme personne d’autre, il a sauvé de très nombreux juifs. »
POUR ALLER PLUS LOIN : Consultez le livre du P. Pierre Blet SJ.,
Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Paris, éditions Perrin.
Bibliographie :
Actu Apostolicae Sedis, XXXI-XXXVII (1939-1945), Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 1939-1945.
Documents pontificaux de Sa Sainteté Pie XII, Saint-Maurice, Saint-Augustin, 1939-1958, 20 vol.
Pierre Blet SJ, Robert A. Graham, Angelo Martini…, Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 1965-1981, 12 vol.
Pierre Blet SJ., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Paris, Perrin, 1997.
Owen Chadwick, Britain and the Vatican during the second World War, Cambridge University Press, 1986.
Jean Chélini et Joël-Benoît d’Onorio, Pie XII et la Cité, Paris-Aix-Marseille, Téqui, 1988.
Jean Chélini, L’Église sous Pie XII, Paris, Fayard, 1983-1985, 2 vol.
Paul Duclos, Le Vatican et la Seconde Guerre mondiale, Pedone, 1955.
André-François Poncet, Au Palais Farnèse. Souvenir d’une ambassade à Rome (1939-1940), Paris, 1961.
Jean-Baptiste Duroselle, La Décadence, 1932-1939, Paris, Le Seuil, 1983.
Roger Maria, De l’Accord de Munich au Pacte germano-soviétique du 23 août 39, Paris, L’Harmattan, 1995.
Jean-Marie Mayeur (dir.), « Histoire du christianisme, t. 12, Guerres mondiales et totalitarismes (1914-1958) », Paris, Desclée-Fayard, 1990.
Xavier de Montclos, Les Chrétiens face au nazisme et au stalinisme. L’épreuve totalitaire, Paris, Plon, 1983.
Jacques Nobécourt, Silence de Pie XII, dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994.
Charles Klein, Pie XII face aux nazis, Paris, S.O.S., 1975.
Saul Freidlander, Pie XII et le IIIe Reich. Documents, postface d’Alfred Grosser, Paris, Le Seuil, 1964.
Klarsfeld, M. Viot, G.Krupp, P. Chenaux, Pie XII et la Shoah. Le choix du silence ? Des juifs et des historiens témoignent, Paris, Ed. Téqui, 2011.
https://fr.aleteia.org/2015/01/27/pie-xii-a-t-il-abandonne-les-juifs-pendant-la-seconde-guerre-mondiale/

En janvier on a parlé à l'ONU de son rôle positif pendant la guerre :
https://osvnews.com/2020/01/29/u-n-event-highlights-pope-pius-xiis-efforts-during-wwii/

Edit : le temps que je mette tout ça, il y a eu un autre message...
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Question sur Pie XII Empty Re: Question sur Pie XII

par Delia le Ven 15 Mai 2020 - 15:37
Soyons  précis : cette encyclique ( Mit brennender Sorge), ratifiée et signée par Pie XI, n'a pas eu qu'un seul rédacteur :
Wikpedia
Cette persécution de l'Église allemande amène le cardinal Pacelli6 à réunir Mgr Adolf Bertram, cardinal-archevêque de Breslau, président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Joseph Schulte, cardinal-archevêque de Cologne, et trois autres prélats, les futurs cardinaux — Michael von Faulhaber, archevêque de Munich et Clemens August von Galen, évêque de Münster, ainsi que Konrad von Preysing, évêque de Berlin — afin de préparer un texte contre le nazisme. De cette réunion sort l'encyclique Mit brennender Sorge. Faulhaber est le rédacteur de la partie dogmatique présentant l'incompatibilité du nazisme et du catholicisme, le cardinal Pacelli de la partie diplomatique développant l'attitude à adopter en face du péril nazi. Celui-ci, futur pape Pie XII, devant le peu de soutien qu'il recevra des deux grands pays catholiques d'Europe, l'Italie mussolinienne et la France républicaine, rentrera à Rome découragé. Le pape Pie XI minute, contrôle et valide chaque terme de l'encyclique.

P.S. gloups...Mille excuses à Czar qui a fort bien dit la même chose, mais dont la communication m'avait échappé !


Dernière édition par Delia le Ven 15 Mai 2020 - 16:04, édité 1 fois

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Question sur Pie XII Empty Re: Question sur Pie XII

par Oudemia le Ven 15 Mai 2020 - 15:43
@Delia a écrit:Soyons  précis : cette encyclique ( Mit brennender Sorge), ratifiée et signée par Pie XI, n'a pas eu qu'un seul rédacteur :
Wikpedia
Cette persécution de l'Église allemande amène le cardinal Pacelli6 à réunir Mgr Adolf Bertram, cardinal-archevêque de Breslau, président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Joseph Schulte, cardinal-archevêque de Cologne, et trois autres prélats, les futurs cardinaux — Michael von Faulhaber, archevêque de Munich et Clemens August von Galen, évêque de Münster, ainsi que Konrad von Preysing, évêque de Berlin — afin de préparer un texte contre le nazisme. De cette réunion sort l'encyclique Mit brennender Sorge. Faulhaber est le rédacteur de la partie dogmatique présentant l'incompatibilité du nazisme et du catholicisme, le cardinal Pacelli de la partie diplomatique développant l'attitude à adopter en face du péril nazi. Celui-ci, futur pape Pie XII, devant le peu de soutien qu'il recevra des deux grands pays catholiques d'Europe, l'Italie mussolinienne et la France républicaine, rentrera à Rome découragé. Le pape Pie XI minute, contrôle et valide chaque terme de l'encyclique.

Une biographie de cet homme remarquable
https://livre.fnac.com/a11155530/Jerome-Fehrenbach-Von-Galen-Un-eveque-contre-Hitler
Delia
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Question sur Pie XII Empty Re: Question sur Pie XII

par Delia le Ven 15 Mai 2020 - 16:06
Le procès en canonisation de Mgr Von Galen vient de s'ouvrir.

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par MUTIS le Ven 15 Mai 2020 - 16:15
@Oudemia a écrit:Le résumé d'Elaina est fort bien développé par Czar et par Geohistoire.

On sait assez peu le grand rabbin de Rome est devenu catholique après la guerre, et a choisi le prénom d'Eugène, celui du pape ; et la légende de "Juste parmi les Nations" vient d'une remarque de Golda Meir, qui disait qu'il avait été un grand serviteur de la paix...

L'atteinte à sa mémoire vient de la pièce de Rolf Hochhuth, qui est mort hier, dont on prétend qu'elle avait été écrite avec l'aide du KGB  Suspect

Je mets directement ci- dessous  la copie d'un long article, avec bibliographie, où la mise en page (gras et italique) est perdue, mais vous la retrouverez sur la source :
https://fr.aleteia.org/2015/01/27/pie-xii-a-t-il-abandonne-les-juifs-pendant-la-seconde-guerre-mondiale/
Spoiler:

Le Pape a fait tout ce qu’il a pu, et ce de bien des manières, pour les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une pièce de théâtre, des articles de presse, des histoires, des légendes… Pie XII est souvent accusé d’avoir abandonné les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale car il n’aurait pas condamné la shoah de façon explicite. Certains disent que Pie XII était le Pape d’Hitler… antisémite. Qu’en est-il en réalité ?
Pie XII s’est rendu compte rapidement que les protestations contre le nazisme entraînaient de très lourdes répercussions pour les populations et pouvaient se révéler des dénonciations contre-productives pour les juifs.
En Hollande, par exemple, lorsque l’évêque d’Utrecht a protesté contre le nazisme, la répression a été immédiate et terrible. Après la lettre des évêques des Pays-Bas condamnant « le traitement injuste et sans merci réservé aux juifs », lue dans les églises en juillet 1942, les nazis ont déporté des multitudes de juifs et de chrétiens, dont Édith Stein. La Hollande détient, à cause de ces protestations, le triste record de l’extermination de la communauté juive (85%).
En Pologne, l’archevêque Sapiéha de Cracovie et deux autres évêques polonais ont demandé au Pape de ne pas publier de lettre sur ce qui se passait en Pologne, vu la férocité des représailles. De même, les évêques allemands ont dissuadé  Pie XII de parler trop fort. Il faut dire qu’Hitler surveillait l’Église de très près. Le Pape lui-même confia à ses émissaires la charge de parcourir l’Europe pour recueillir des informations sur les persécutions : « Dites-leur que le Pape souffre avec eux, il souffre avec les persécutés (…). Si par moments il n’élève pas davantage la voix, c’est pour ne pas causer de pires maux » (cf. Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale : 20 volumes rassemblés pendant 15 ans par trois jésuites.)
Robert Kempner, magistrat juif d’origine allemande, procureur adjoint au procès de Nuremberg, écrit à ce sujet en 1964 : « Toute prise de position à caractère propagandiste de l’Eglise contre le gouvernement de Hitler aurait non seulement été un suicide prémédité, mais elle aurait accéléré l’assassinat d’un nombre bien plus grand de juifs et de prêtres ». Survivant de l’Holocauste, le grand rabbin du Danemark explique quant à lui que « si le Pape avait été plus explicite, Hitler aurait sans doute massacré beaucoup plus que six millions de juifs, et peut-être dix millions de catholiques ». De fait, une proportion très élevée du clergé européen a elle aussi été tuée dans des camps.
Le Pape a alors mis en place une politique d’actions secrètes, contribuant à sauver en Italie et dans le monde entier des centaines de milliers de juifs. Cette politique efficace d’actions secrètes s’inscrivait dans la continuité de son action personnelle dès ses débuts comme prêtre, puis comme nonce, et enfin comme Pape.
Dans sa jeunesse, un des grands amis du jeune Pacelli, Guido Mendez, était juif. Ils ont célébré le shabbat ensemble et Mendez a enseigné l’hébreu au futur Pape. Pie XII l’a ensuite aidé à se sauver en Palestine au début de la guerre. Il a agi en tant que nonce apostolique en Allemagne de 1917 à 1929, d’abord à Munich puis à Berlin. Sur 44 discours prononcés pendant ces 12 ans, 40 dénoncent un aspect ou un autre de l’idéologie nazie. En 1917, il intervient pour protéger les juifs de Palestine contre les Turcs ottomans. En 1926, il aide le chef de l’Organisation sioniste mondiale à rencontrer les autorités du Vatican pour promouvoir un foyer juif en Palestine.
En juillet 1933, il est l’acteur principal d’un concordat avec le Reich d’Hitler, pour sauvegarder un minimum d’institutions et de libertés en faveur des catholiques allemands, et pour donner une base juridique à d’éventuelles protestations. Il le signe malgré son dégoût pour le comportement inique du gouvernement allemand qui fait pression en jetant en prison plus de 90 prêtres et en fermant neuf journaux catholiques. En mars 1935, dans une lettre ouverte à l’évêque de Cologne, il traite les nazis de « faux prophètes, orgueilleux tel Lucifer ». Toujours en 1935, devant des milliers de pèlerins à Lourdes, il accable les idéologies « possédées par la superstition de la race et du sang ». Des centaines de documents attestant de l’opposition de Mgr Pacelli au nazisme peuvent être vus sur le site de la fondation Pave the way.
Il est ensuite secrétaire d’État et travaille activement (on détient des brouillons de sa main) à l’écriture de la grande encyclique de condamnation du nazisme de Pie XI, Mit brennender Sorge, qui est diffusée, cachée et lue par surprise, en allemand, le 14 mars 1937, dans toutes les églises d’Allemagne, car il n’existe déjà plus de liberté de la presse. Durant son mandat, le secrétaire d’État proteste dans pas moins de 55 lettres officielles au gouvernement allemand. Ribbentrop et Steengracht, ministre et sous-secrétaire aux Affaires étrangères du IIIe Reich, déclarent à Nuremberg : « Nous avions des tiroirs pleins des protestations du Vatican ».

Devenu Pape le 2 mars 1939, il est dans les tous premiers à parler, dans son radio message de Noël 1942, de « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ». Sa première encyclique en tant que pape, Summi pontificatus de 1939, était si clairement anti-raciste que les avions alliés en lâchèrent des milliers de copies sur l’Allemagne. Lorsque, le 20 septembre 1943, les Allemands qui avaient investi Rome 10 jours plus tôt exigent des juifs de la ville 50 kg d’or sous peine d’être déportés, la communauté juive ne pouvant en réunir que 35 kg, le grand rabbin de Rome, Zolli, fait appel à Pie XII qui sans hésiter fait fondre les vases sacrés des paroisses de Rome et apporte les 15 kg manquants.
Des bateaux étaient spécialement affrétés par le Vatican pour évacuer des juifs deux fois par an, de 1939 à 1945, vers la République dominicaine, le Canada, le Mexique et Cuba. Comme de nombreux pays n’acceptaient pas les juifs, Rome leur fournissait de faux certificats de baptême. Le Pape arrêta personnellement la déportation de dizaine de milliers de Hongrois quand il en appela au Régent de Hongrie. Il arrêta également personnellement la déportation de juifs romains le 16 octobre 1943. En un jour, le Vatican parvint à cacher, nourrir et soutenir plus de 7 000 juifs, malgré les fusils allemands sous ses fenêtres. La quasi-totalité des basiliques, églises, séminaires et couvents ont hébergé et aidé des juifs. Sœur Pascalina Reynart, la secrétaire de Pie XII, amenait de la nourriture aux couvents qui cachaient les juifs de Rome, parfois dans des monastères de clôture, ce qui suppose forcément une dispense papale. En 1943, 3 500 juifs sont logés à Castel Gandolfo et 400 sont enrôlés dans la Garde pontificale, soit près de la moitié de la communauté juive de Rome. Plus de 7 000 juifs de Rome environ ont été sauvés par l’Église. Pendant le procès Eichmann de 1961, le Pape a fait l’objet d’un jugement qu’il vaut la peine de relire, par Gideon Hausner, procureur général d’État à Jérusalem : « À Rome, le 16 octobre 1943, une grande rafle a été organisée dans le vieux quartier juif. Le clergé italien a participé à l’opération de sauvetage, les monastères ont ouvert leurs portes aux juifs, le Pape est intervenu personnellement en faveur des juifs arrêtés à Rome ».
Lorsqu’on a remis au cardinal Palazzani la médaille des « justes » pour avoir sauvé des juifs au séminaire romain, il affirma : « Le mérite en revient entièrement à Pie XII qui a ordonné de faire tout ce qui était possible pour sauver des juifs de la persécution ».
On sait aussi que Pie XII était régulièrement informé des tentatives d’assassinat contre Hitler entre 1939 et 1940. Sir d’Arcy Osborne, le chargé d’affaire britannique qui était en contact à ce sujet avec Pie XII note dans son carnet : « Jamais, dans l’histoire, un Pape n’a été engagé d’une façon si délicate dans une conspiration tendant à renverser un tyran par la force ». Et après la guerre, c’est encore le pape Pie XII qui décida l’abstention du Vatican qui permit la création de l’État d’Israël à l’ONU en 1948. Il est reconnu que l’action de l’Église a sauvé plus d’un demi million de juifs et Pie XII a toujours encouragé cela. Il a, à lui seul, sauvé plus de juifs que tous les autres responsables religieux du monde réunis.
Entre 1943 et 1945, à Rome, le Général Karl Wolff menaça à plusieurs reprises d’enlever et de tuer le Pape, d’exterminer toute la Curie, ou d’occuper le Vatican, tout en prétendant parallèlement à Hitler que le Pape coopérait.
Le général en chef nazi à Rome a confirmé ces choses de nombreuses fois avant sa mort et une interview de lui est disponible sur le site de la fondation Pave the way. La déportation du Pape devait se faire au Lichtenstein mais le général, pensant que ce serait un désastre pour l’Allemagne qui aurait risqué la désertion des soldats catholiques de l’armée, assurait sans cesse Hitler de la coopération du Pape. Ces rapports, qui font croire que le Pape penche parfois pour les positions allemandes, sont les seuls documents qui auraient pu faire penser à une certaine compromission, mais il faut bien analyser le contexte de leur rédaction.
Pie XII, de son côté, était en permanence tourmenté par l’alternative dramatique dans laquelle il se trouvait : agir le plus vite possible mais seulement en secret pour préserver les populations, au risque de sembler ne pas en faire assez, ou faire des déclarations publiques et passer pour un héros mais en déclenchant une répression terrible contre des multitudes d’innocents. Le Pape forma un gouvernement en exil pour se prémunir contre les menaces nazies et il fixa les dispositions du conclave qui devait élire le nouveau Pape, dans un pays libre, s’il venait à être arrêté.
Après la guerre, tous les juifs qui avaient vécu de près les événements célébraient avec admiration la politique d’action secrète du Pape en faveur des juifs. Mais en 1963 la pièce de théâtre Le Vicaire, écrite par deux communistes avec l’aide et des documents du KGB pour nuire à l’Église, fait naître une légende sur Pie XII, dépeint comme indifférent voire hostile à la cause des juifs. Cette action du KGB était due au fait que Pie XII était aussi un Pape anticommuniste. À compter de cette date, les pseudo-scandales se succèdent : l’ouvrage de John Cornwell, le film Amen de Costa-Gavras, la plaque contre Pie XII à Yad Vashem, etc. Les manipulations ont beau être dénoncées par des historiens sérieux, elles restent malheureusement inconnues du grand public…
Mais avant 1963, tous les responsables d’Israël ont sans cesse remercié le Pape et célébré ses efforts. Après la guerre, par exemple, l’ancien consul d’Israël à Milan, Pinhas Lapide, déclara : « L’Église catholique sous le pontificat de Pie XII fut l’instrument qui sauva 700 000, mais probablement jusqu’à 860 000 juifs d’une mort certaine de la main des nazis. Ces chiffres dépassent de très loin ceux de toutes les autres Églises, institutions religieuses et organisations de secours réunis » (Three Popes and the Jews, 1967). À la mort de Pie XII, Golda Meir, Premier ministre d’Israël, déclara à l’ONU en 1958 : « Pendant les 10 années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyr effroyable, la voix du Pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes. Nous perdons un grand Serviteur de la Paix »…
Albert Einstein lui-même, le 23 décembre 1940, dira au Time Magazine: « Seule l’Église s’est mise pleinement en travers de la campagne d’Hitler de supprimer la vérité. Je n’ai jamais eu d’intérêt particulier pour l’Église avant, mais maintenant je ressens une grande affection et admiration pour elle, car l’Église seule a eu le courage et la ténacité de se battre pour la vérité intellectuelle et la liberté morale. Je suis forcé de constater que ce que j’ai dédaigné un temps, je le loue aujourd’hui sans réserves ». Car, effectivement, tous les autres ont été silencieux ou hostiles : le grand mufti de Jérusalem se déplaça à Berlin pour faire allégeance à Hitler et une légion musulmane combattra au service des nazis en Bosnie, aux côtés de l’armée allemande. Roosevelt, Churchill, de Gaulle et Staline ne firent jamais aucune déclaration en faveur des juifs. Les résistants qui faisaient sauter des trains à travers l’Europe n’entreprirent jamais d’arrêter ou de saboter les convois de déportés. Les États-Unis ne sauvèrent en les accueillant que 22 000 juifs au total alors qu’ils auraient pu faire bien plus. À la fin de la guerre, les autorités britanniques refoulèrent les juifs sortis des camps qui voulaient entrer en Palestine.
Le rabbin David Dalin, de New York, a effectué en 2001 une précieuse étude historique qu’il conclut ainsi : « Pie XII ne fut pas le Pape de Hitler, loin de là. Il fut l’un des soutiens les plus fermes de la cause juive, à un moment où elle en avait le plus besoin…On peut lire dans le Talmud que "celui qui sauve une seule vie sauve l’humanité". Pie XII, plus qu’aucun autre homme d’État du XXe siècle, a accompli cela à l’heure où le destin des juifs européens était menacé. Aucun autre Pape n’avait été autant loué par les juifs avant lui, et ils ne se sont pas trompés. Leur gratitude ainsi que celle de tous les survivants de l’Holocauste prouve que Pie XII fut véritablement et profondément un Juste parmi les Nations ».

Tous les enquêteurs, y compris juifs, ont depuis lors confirmé la vérité historique connue dès la fin de la guerre, confortée par d’innombrables témoignages en faveur de Pie XII et des centaines de documents. Les accusateurs de Pie XII n’ont pu identifier aucun document probant contre lui.
La diffamation de Pie XII n’est pas juste et elle risque paradoxalement de renforcer les tentations négationnistes parce que les gens découvriront tôt ou tard la vérité, et le sentiment naturel de colère, d’autant plus fort que l’erreur aura été propagée plus fortement et plus longtemps, provoquera inévitablement des remises en cause qui pourraient viser injustement d’autres questions historiques beaucoup plus graves.
C’est d’ailleurs pour cela que parmi les plus actifs défenseurs de l’héroïcité des vertus de Pie XII se trouvent de nombreux juifs (cf. par exemple le site de la fondation Pave the Way de Gary Krupp.) Les archives du Vatican ont été ouvertes jusqu’en 1939 et certaines sections jusqu’en 1947, comme le demandaient les détracteurs de Pie XII. Mais il semblerait qu’aucun d’entre eux ne soit venu les consulter ces deux dernières années. Continuer à diffuser la légende née en 1963, contre la vérité historique, constitue un mensonge et une diffamation. Ce n’est un service à rendre ni aux juifs, ni à la vérité, ni à l’histoire.
Concluons sur un passage du livre de Benoît XVI dans Lumière du Monde qui offre une analyse synthétique : « Pie XII a fait tout son possible pour sauver des juifs. On peut toujours naturellement se demander : "Pourquoi il n’a pas protesté de manière plus explicite ?". Je crois qu’il a compris quelles auraient été les conséquences d’une protestation publique. Nous savons qu’il a personnellement beaucoup souffert de cette situation. Il savait qu’il aurait dû parler, mais que la situation le lui interdisait. Maintenant, les personnes raisonnables admettent que Pie XII a sauvé beaucoup de vies mais elles soutiennent qu’il avait des idées dépassées sur les juifs et qu’il n’était pas à la hauteur du Concile Vatican II. Le problème cependant n’est pas celui-ci. L’important est ce qu’il a fait et ce qu’il a tâché de faire, et je crois qu’il faut vraiment reconnaître qu’il a été un des grands justes et que, comme personne d’autre, il a sauvé de très nombreux juifs. »
POUR ALLER PLUS LOIN : Consultez le livre du P. Pierre Blet SJ.,
Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Paris, éditions Perrin.
Bibliographie :
Actu Apostolicae Sedis, XXXI-XXXVII (1939-1945), Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 1939-1945.
Documents pontificaux de Sa Sainteté Pie XII, Saint-Maurice, Saint-Augustin, 1939-1958, 20 vol.
Pierre Blet SJ, Robert A. Graham, Angelo Martini…, Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 1965-1981, 12 vol.
Pierre Blet SJ., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Paris, Perrin, 1997.
Owen Chadwick, Britain and the Vatican during the second World War, Cambridge University Press, 1986.
Jean Chélini et Joël-Benoît d’Onorio, Pie XII et la Cité, Paris-Aix-Marseille, Téqui, 1988.
Jean Chélini, L’Église sous Pie XII, Paris, Fayard, 1983-1985, 2 vol.
Paul Duclos, Le Vatican et la Seconde Guerre mondiale, Pedone, 1955.
André-François Poncet, Au Palais Farnèse. Souvenir d’une ambassade à Rome (1939-1940), Paris, 1961.
Jean-Baptiste Duroselle, La Décadence, 1932-1939, Paris, Le Seuil, 1983.
Roger Maria, De l’Accord de Munich au Pacte germano-soviétique du 23 août 39, Paris, L’Harmattan, 1995.
Jean-Marie Mayeur (dir.), « Histoire du christianisme, t. 12, Guerres mondiales et totalitarismes (1914-1958) », Paris, Desclée-Fayard, 1990.
Xavier de Montclos, Les Chrétiens face au nazisme et au stalinisme. L’épreuve totalitaire, Paris, Plon, 1983.
Jacques Nobécourt, Silence de Pie XII, dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994.
Charles Klein, Pie XII face aux nazis, Paris, S.O.S., 1975.
Saul Freidlander, Pie XII et le IIIe Reich. Documents, postface d’Alfred Grosser, Paris, Le Seuil, 1964.
Klarsfeld, M. Viot, G.Krupp, P. Chenaux, Pie XII et la Shoah. Le choix du silence ? Des juifs et des historiens témoignent, Paris, Ed. Téqui, 2011.
https://fr.aleteia.org/2015/01/27/pie-xii-a-t-il-abandonne-les-juifs-pendant-la-seconde-guerre-mondiale/


Les références que vous donnez sont celles d'un journal catholique.
Personnellement je préfère le travail d'un historien spécialiste des archives du Vatican aux commentaires d'un journaliste catholique engagé...
Von Galen est évoqué aussi par Godman (p. 29) et d'autres d'ailleurs...
" La persécution des Juifs ne fut pas non plus condamnée par l'évêque - qu'on salue souvent comme un courageux opposant des nazis, le "lion de Münster"- Clemens August von Galen, qui dénonça dans de célèbres sermons les abus de la Gestapo et les exécutions à des fins d'"euthanasie", mais sans évoquer la Shoah..."
Ça, c'est le commentaire d'un historien pas d'un catholique militant.
Que le Vatican ait pu cacher des criminels nazis et les aider à fuir après guerre, pour moi, cela suffit à montrer en appui à la thèse de Godman, de quel côté il penchait... Et ce n'est pas un hasard si Pie XII n'est pas "Juste parmi les Nations".
N'en déplaise au révisionnisme catholique qui a visiblement été efficace et taxe de propagande communiste toutes les critiques. Ces critiques, je vous invite à les lire chez des jésuites comme Jacques Sommet ou des anticléricaux fervents comme Mauriac...
Et toujours dans Godman on découvre un von Galen (p. 169) qui défend Hitler pensant que les attaques contre le catholicisme viennent de ses sbires mais ne peuvent pas venir de ce grand homme...Et ceci en 1936, soit après les lois de Nuremberg.

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par Oudemia le Ven 15 Mai 2020 - 16:29
@MUTIS a écrit:Les références que vous donnez sont celles d'un journal catholique.
Personnellement je préfère le travail d'un historien spécialiste des archives du Vatican aux commentaires d'un journaliste catholique engagé...

Oui, je l'avais remarqué et avais failli signaler que j'espérais que cela ne le discréditerait pas : raté...

Il y a quand même une bibliographie assez diverse...
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