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Doyen

Défense et illustration du commentaire qui suit le mouvement du texte Empty Défense et illustration du commentaire qui suit le mouvement du texte

par NLM76 Jeu 23 Juin - 12:55
Il semble que le sujet où j'évoquais précédemment cette affaire posait problème : il a dû être verrouillé parce que j'y évoquais trop précisément tel document. Maintenant, j'aimerais vraiment reprendre un peu cette question.
Pour commencer, un point qu'a repris Hannibal, et que j'ai déjà entendu : suivre le mouvement du texte, cela obligerait à se répéter indûment. La réponse me paraît évidente : d'une part, personne n'a jamais dit qu'il fallait commenter chaque mot dans l'ordre du texte ; d'autre part, il peut arriver qu'on commente une expression, une manière de dire deux fois, en s'intéressant à ce qui change entre ces deux fois.
Bon, mais, pour y voir un peu plus clair, j'ai essayé de mettre mon corrigé (du commentaire à composer sur le texte de Germain) à un format au moins théoriquement atteignable par un excellent élève, dans le temps imparti. En fait, j'ai réduit mon commentaire, de sorte qu'il puisse passer pour une explication de texte à l'oral du bac. Je me suis dit que je pourrais le donner comme l'un des textes du parcours associé à la lecture de Sido. Il est ici.
Je reviendrai plus tard sur la question du projet de lecture — en somme sur ce qu'on appelle aujourd'hui indûment "problématique". C'est en effet une question importante, mais qui implique une comparaison avec d'autres propositions, ce que je m'interdis pour l'instant.

J'écris, en tête de ma première partie, "L’idée générale du premier paragraphe de notre texte est évidemment, en elle-même, tout à fait poétique". Il y a ici les éléments d'une méthode d'analyse en réalité très précise et très cadrée dans mon esprit. En effet, je demande à mes élèves que le titre de leur première partie, s'ils suivent le mouvement du texte dise quel est l'intérêt a priori de la première partie du texte. Il s'agit d'énoncer quel est l'effet produit sur le lecteur de ce que raconte la première partie du texte. Alors, c'est vrai, pour pouvoir énoncer une telle chose, il faut obligatoirement s'appuyer sur la sensibilité, l'intelligence, la culture : des habitudes de lecteur. Eh oui : sans ces qualités, à mon avis, ce n'est pas la peine de commenter un texte littéraire. Certes, il ne s'agit pas que ces qualités aient déjà atteint leur plénitude ; mais il faut que celui qui s'essaye au commentaire d'un texte littéraire doit avoir commencé à travailler ces qualités. Alors, c'est vrai aussi, énoncer un tel "sentiment" (en latin, une sententia) vous expose au désaccord. Mais je pense que si on ne s'expose pas au désaccord, on ne s'expose pas non plus à la pensée. C'est en partie parce que cette idée en fait n'est pas évidente pour tous qu'il va me falloir la développer, l'expliciter autant que possible. Alors, c'est vrai aussi, je n'aurai pas eu le temps de la développer suffisamment pour répondre aux objections que me semble tenir Sylvain : il manque une mineure à ma conclusion. Ma première prémisse était "elle raconte des trucs un peu étranges, inventés, irréels". Il manquait la mineure "or la poésie, par définition est l'art des poètes, des ποιηταί, c'est-à-dire ceux qui fabriquent, inventent au-delà du réel". C'est une imperfection de mon commentaire ; mais il me semble qu'un commentaire littéraire ne peut se tisser d'autre chose que d'imperfections, surtout quand il est écrit, et qu'il n'est pas nourri de l'échange avec une classe.

En somme, ce que j'arrive à cerner à travers cette première étape de la réflexion, c'est que développer la capacité d'analyse chez nos élèves c'est d'abord apprendre à entendre qu'un tel texte fait des héros quasiment des arbres ; et pour cela, il faut lire, et être habitué aux comparaisons, aux images. Il faut ensuite être capable de s'étonner, de s'émerveiller devant une comparaison stimulante, originale. Et pour cela il faut lire, apprendre à lire en ouvrant les écoutilles, en acceptant d'être étonné. Il faut lire en se demandant ce que m'apportent les textes, les livres : qu'ajoute ce livre à ma pensée ? Pourquoi me dérange-t-il ? Et là il y a un élément essentiel, relativement au "sentiment" que j'évoquais. C'est qu'il est fondamental au plan scientifique, pour ce qui est de la littérature, de prendre en compte le lien entre le texte et le lecteur — lequel lecteur doit être considéré pour ce qu'il est, c'est-à-dire pour un être humain. Il est scientifique de s'occuper du sentiment du lecteur — sans quoi on rate l'objet de la science que prétend être l'analyse littéraire.


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«Boas ne renonça jamais à la question-clé : quelle est, du point de vue de l'information, la différence entre les procédés grammaticaux observés ? Il n'entendait pas accepter une théorie non sémantique de la structure grammaticale et toute allusion défaitiste à la prétendue obscurité de la notion de sens lui paraissait elle-même obscure et dépourvue de sens.» [Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, "La notion de signification grammaticale selon Boas" (1959)]
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