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Patate
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Cécile réveret, lecture et double casquette Empty Cécile réveret, lecture et double casquette

par Patate Dim 27 Déc 2009, 14:34
Bonjour tout le monde et Joyeux Noël!

Le père Noël m'a bien gâtée cette année et m'a apporté entre autre le livre de Cécile Réveret, La Sagesse du professeur de français. Je l'ai lu en une soirée.

1) Cette dame a mis par écrit tout ce que je pensais. Son chapitre sur la lecture est exactement ce que je pense; elle souligne qu'on est plusieurs à penser comme ça et je trouve ça dingue que les choses ne changent pas. D'ailleurs je voulais faire un test avec mes classes et demander aux élèves de lire le mot "rassasiés": je suis sûre que plus de la moitié des élèves ne peuvent déchiffrer ce mot.
Il me semble pourtant que les réformes récentes de l'enseignement en primaire demandent aux instit d'abandonner tout méthode globale ou semi-globale, mais les instits continuent de pratiquer la méthode semi-globale, qui, je pense, a créé toute une génération de dyslexiques.
La méthode "miracle" du monde des alphas, dont les médias ont fait la pub, est strictement syllabique il me semble, et certains élèves qui butaient sur les mots depuis des années sont débloqués grâce à cette méthode. E
Et puis, j'ai lu que le dr Mamour de Grey's anatomy ( Cécile réveret, lecture et double casquette Icon_biggrin ) est un grand dyslexique. Mais depuis son succès dans la série, il a décidé de tout reprendre à la base et il réapprend à lire, en décortiquant chaque lettre, chaque son, chaque syllabe.

2) Bref, je me pose plein de questions et j'espère que vous (en particulier Double casquette) pourrez me répondre. Déjà j'aimerais bien écrire à Cécile Réveret... a-t-elle un mail où son "public" peut lui écrire?

3) Dans mes classes, comme C.Réveret, j'ai constaté quand même qu'il y a toujours deux voire trois élèves qui arrivent à bien lire. Comment ont-ils appris? Pourquoi eux ont-il réussi et pas les autres? Je leur ai toujours demandé mais ils n'ont jamais su me répondre. C.Réveret dit dans son livre que ces élèves là ont appris avant le CP, avec de vieilles méthodes, et avec les parents, et que c'est ça qui les a "sauvés".

Bon alors je me suis demandée: moi, j'ai appris à lire en 1986, en CP, avec l'instit. J'ai entendu une cassette où j'étais en CE1; tout orgueil mis à part, j'ai trouvé que je lisais mille fois mieux que mes élèves de 6èmes, 5èmes. Quelle est donc la méthode avec laquelle j'ai appris à lire? J'ai demandé à une ancienne instit qui m'affirme que c'était la méthode semi-globale: un livre où il y avait Julie, Roméo et le chat Bigoudi. etait-ce bien la méthode semi-globale? Je me souviens pourtant être passée très tôt par les sons, les syllabes... je ne me souviens pas avoir "lu" un texte en le récitant par coeur mais mes souvenirs sont peut-être erronés??
Bref si c'est bien la méthode semi-globale c'est qu'elle marche, et qu'elle n'est pas la cause de ce qu'on trouve en classe au collège???? Double Casquette suarais-tu me répondre et connais-tu le livre de lecture qui parle de Julie, Roméo et Bigoudi?

4) Je me demande si les filles de C.Réveret ont appris à lire à l'école, ou avec C.Réveret. Je me demande aussi ce que vous faites avec vos enfants (apprentissage en CP avec méthode semi-globale, ou apprentissage avant s'il est demandeur).


Dernière édition par Patate le Dim 27 Déc 2009, 22:38, édité 1 fois
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Demi-dieu

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par Pseudo Dim 27 Déc 2009, 15:02
Je n'ai pas un avis d'expert, mais à la lecture de ton post je me dit qu'il manque aussi quelque chose à ces gosses : l'entrainement.
Sans entrainement régulier et conséquent, quelque soit la méthode, on ne peut apprendre à lire couramment (ni apprendre grand chose d'ailleurs)
Les exercices répétitifs ont été banis de l'école, me semble-t-il. Et ce n'est pas entre la télé, la console et l'ordi que du temps se dégage pour lire.
Ainsi demander à un élève de 6eme (et même plus tard) de lire, seul, une consigne relève assez vite de l'exploit : il ne lisent pas (et attendent qu'on leur explique), ou comprennent de façon alléatoire. Enfin, tout ça vous le savez. Sans parler de ceux qui s'exclament : "ah ! mais il faut lire ?!"
La lecture n'est tout simplement pas leur premier réflexe, et encore moins une habitude, face à une suite de mots. Stupéfiant...
Carabas
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par Carabas Dim 27 Déc 2009, 15:23
J'étais en CP en 1987 et je me rends compte avec le recul que mes instits étaient tous "à l'ancienne". Je suis sûre d'avoir appris avec la méthode syllabique à l'école : je me souviens du b-a ba. Je me souviens qu'on faisait des lignes d'écriture pour mémoriser un son. Je me souviens d'une phrase débile : "Ecriture a tué la tulipe", par exemple. Tous les soirs, on avait de la lecture, des lignes de lettres à écrire.

Dans les classes supérieures, on faisait beaucoup de lecture à haute voix, on reprenait depuis le début de la phrase dés qu'on s'était trompés, et oui, on lisait globalement mieux que pas mal de collégiens, voire lycéens actuels. On avait des devoirs (truc quasi absent des agendas de primaire!!), de la conjugaison. En classe, on a commencé à faire des petites rédactions en CE1. A partir du CE2, on avait une rédaction (10-20 lignes), une dictée (non préparée et extraite de textes littéraires), un contrôle de grammaire par semaine (et aussi en maths, histoire géo...). En CM2, nos rédactions faisaient une copie double (petit format). Il n'y a pas à dire, ça forme. On apprenait aussi des poèmes classiques, pas du Maurice Carême...

Je sais que le "cétait mieux avant" a un côté lassant, fatigant. Mais pourquoi les enfants d'aujourd'hui ne seraient pas capables de faire ce que nous, on a fait? Savoir lire, écrire sans faute, ce n'est quand même pas si exigeant que cela...
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Empereur

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par lulucastagnette Dim 27 Déc 2009, 15:29
J'étais au CP en 1986 et je me souviens très bien de la méthode syllabique (je revois encore les p-o = po au mur).
J'ai appris avec Mylène et Bruno, Mimi, Coco, Capi... (très très démodé car je me souviens d'une leçon où Mylène achetait du tapioca et un gâteau au moka et je ne savais pas du tout ce que c'était...)
Nous lisions tous les jours, en fait nous ne faisions que du français et des maths (et encore, en maths que du calcul, presque jamais de géométrie), très rarement de l'histoire.
Nous avions tous les jours des listes de verbe à conjuguer, le Bled était notre bible, chaque jour un problème en maths où il fallait rédiger toutes les étapes.
Chaque samedi une dictée (difficile).
Et franchement, en sortant du CM2, nous maîtrisions à fond les conjugaisons, les tables, les principales règles d'ortho (même les moins bons). Je me souviens qu'en 6ème, j'avais été effarée de constater que certains de mes camarades (venant d'autres écoles) lisaient très mal.
Carabas
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par Carabas Dim 27 Déc 2009, 15:34
Le Bled et le Besherelle étaient nos meilleurs amis, j'oubliais. Smile

lulucastagnette a écrit:Je me souviens qu'en 6ème, j'avais été effarée de constater que certains de mes camarades (venant d'autres écoles) lisaient très mal.
+1
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Demi-dieu

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par Pseudo Dim 27 Déc 2009, 15:46
J'étais en CP en... 1973 Razz
Et mon instit était déjà démodée !

Ce fût méthode syllabique, lecture à haute voix très régulière, dictée avec coups de règle sur les doigts en cas de fautes...

Mais il ne faut pas non plus idéaliser une méthode. J'ai eu (j'ai toujours) des problèmes avec l'orthographe. J'étais abonnée au 0 (et même quelques fois au - 22 ou -23... quand il en prenait le plaisir sadique à l'instit) et aux "attention à l'orthographe", "orthograqhe : lamentable !" durant toute ma scolarité (sans parler des fautes corrigées en rouge sur mes affiches en salle des profs, enfin bref).

J'ai toujours aimé la lecture, mais j'ai oralisé longtemps, je ne savais pas "lire avec les yeux". J'ai perdu cette vilaine habitude en préparant le.... capes de doc. Parce qu'il fallait lire vite, et donc ne pas oraliser, et je me suis entraînée.
John
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par John Dim 27 Déc 2009, 15:59
Patate, je t'ai posé une question en MP, pense à regarder tes messages Wink

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par jehanne Dim 27 Déc 2009, 16:11
Patate a écrit:B
4) Je me demande si les filles de C.Réveret ont appris à lire à l'école, ou avec C.Réveret. Je me demande aussi ce que vous faites avec vos enfants (apprentissage en CP avec méthode semi-globale, ou apprentissage avant s'il est demandeur).

Apprentissage durant les grandes vacances précédant le CP. Méthode: celle qui m'a paru la meilleure, parmi celles qu'il y avait à la Fnac! Il faut dire qu'à l'époque je n'étais pas au courant des différences entre les méthodes.... (pas bien finaude...) Je me rappelle que c'était avec des animaux: marmotte, entre autres... Mais ça a marché: savait lire en arrivant au CP (sauf peut-être des combinaisons comme -gn-, -gu-...). Plaisir immense que de faire un peu de leçon chaque jour!
Là où je n'ai pas du tout fait attention, pensant que c'était "inné", c'est sur la tenue du crayon/stylo. Résultat: une de mes filles tient son stylo de manière aberrante, et c'est bien trop tard pour corriger.
C'est là que je me suis rendu compte à quel point j'avais été bien formée par des institutrices extraordinaires, avec la plume l'encrier, les pleins et déliés... Tout cela avant mai 68, las... Laudatrix temporis acti!
DH
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par DH Dim 27 Déc 2009, 16:29
CP en 1984 avec une instit à deux doigts de la retraite. Méthode syllabique sans aucun doute. Je me rappelle des affiches sur les trois murs. J'aurais adoré savoir quel était le livre utilisé. quand je vais chez Emmaüs, je le cherche. La couverture et les dessins me feront avoir le déclic.

C'était avec Caroline (je crois) et Lola la Tortue (ça c'est sûr).
Carabas
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par Carabas Dim 27 Déc 2009, 16:48
Pseudo a écrit:Mais il ne faut pas non plus idéaliser une méthode. J'ai eu (j'ai toujours) des problèmes avec l'orthographe.
Oui, bien sûr. J'ai aussi appris les maths selon l'ancienne méthode... Ben chez moi, ça n'a pas marché du tout.


Pseudo a écrit:J'ai toujours aimé la lecture, mais j'ai oralisé longtemps, je ne savais pas "lire avec les yeux". J'ai perdu cette vilaine habitude en préparant le.... capes de doc. Parce qu'il fallait lire vite, et donc ne pas oraliser, et je me suis entraînée.
Qu'est-ce que tu appelles "oraliser"?
John
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par John Dim 27 Déc 2009, 16:52
Lire à voix haute ou dans sa tête, je pense.

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par Thalie Dim 27 Déc 2009, 16:54
Moi CP en 79 et je me souviens très bien de la couverture mais pas du tout du nom. Elle était composée de deux bandes verticales bleue et blanche avec un petit train sur la blanche il me semble. Méthode syllabique sans aucun doute.
Je me souviens également que nous avions énormément travaillé lors de la dernière année de maternelle avec la directrice. Nous avions fait un petit livre illustré avec des phrases qui apparemment étaient de notre composition et que nous savions déjà lire (cela c'était peut-être du global en fait). Je l'ai toujours.
Je me revois en moyenne section lorsque nous entraînions nos mains à se délier avec un stylo (les fameux gants de boxe de Double casquette) nous avions un énorme oeuf de Pâques vide qu'il fallait remplir de dizaines de frises différentes.
Pseudo
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Demi-dieu

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par Pseudo Dim 27 Déc 2009, 16:54
Carabas a écrit:
Pseudo a écrit:J'ai toujours aimé la lecture, mais j'ai oralisé longtemps, je ne savais pas "lire avec les yeux". J'ai perdu cette vilaine habitude en préparant le.... capes de doc. Parce qu'il fallait lire vite, et donc ne pas oraliser, et je me suis entraînée.
Qu'est-ce que tu appelles "oraliser"?

Quand la seule méthode de vérification de "savoir lire" est la lecture à voix haute, on n'apprend pas à lire seulement "avec les yeux". J'avais donc besoin de "dire" ce que je lisais, à voix très basse, il est vrai, parfois même juste en remuant les lèvres, pour comprendre ce que je lisais. Cela ralenti considérablement le rytme de lecture ! Et peut être gênant pour les autres, accessoirement.


Dernière édition par Pseudo le Dim 27 Déc 2009, 17:07, édité 1 fois
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par Carabas Dim 27 Déc 2009, 17:04
Ah ok. Merci.

Oui, j'ai eu un élève qui faisait ça et je ne comprenais pas.
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par MS Dim 27 Déc 2009, 17:48
Je ne me souviens absolument pas de mon CP, je ne me revois pas en train d'apprendre à lire, j'ai l'impression d'avoir toujours su lire et ce n'est pas à la maison que j'ai appris, mes parents ne m'ont jamais aidée à faire mes devoirs. Je suis sûre néanmoins d'être passée par la bonne vieille méthode syllabique. Et j'ai toujours aimé la lecture, j'ai toujours lu, toute petite, je piquais les Tintin de mon frère.

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par doublecasquette Dim 27 Déc 2009, 18:12
Pas bien le temps de répondre ce soir, pour cause de MiniCasquette en vacances chez sa Mémette préférée !

Un "petit" texte pour débuter (c'est du réchauffé posté ailleurs sur le Net) :

Petits souvenirs personnels :

1) J’ai appris à lire pendant l’année scolaire 1962/1963, en GS, avec «Rémi et Colette » (méthode mixte à court départ global). Je ne garde que très peu de souvenirs de cet apprentissage.
Je revois juste un tableau noir sur lequel la maîtresse avait dessiné une dame, un petit garçon et une petite fille (très bien, d’ailleurs, si mes souvenirs sont bons) sous lesquels étaient écrits les trois mots « maman rémi colette ». La maîtresse se tient à côté de ce tableau, elle a une baguette à la main et elle fait lire à chacun des quarante petits bambins l’un ou l’autre de ces trois mots.
Je revois aussi le même petit garçon tenant à la main une tulipe rouge qu’il tend à sa mère. A côté, il y a écrit « rémi a coupé la tulipe rouge » et plus loin, l’un en dessous de l’autre « rémi, tulipe » puis « mi, li » et enfin i, i (en script et en cursive).

Rien d’autre si ce n’est ce souvenir marquant :
En fin d’année, mon institutrice étant absente, j’étais accueillie dans la classe des tout-petits. On m’avait installée au fond de la classe et je feuilletais un livre que l’on m’avait prêté. La femme de service s’est approchée de moi et m’a demandé si je savais lire.
Pour ne pas passer pour une idiote dans cette classe de bébés, j’ai courageusement répondu par l’affirmative, tout en espérant très fort que l’on ne me demanderait pas de prouver ce que je disais.
Ce fut hélas ce qui arriva et, à ma très grande surprise, je me rendis compte qu’en effet, je savais lire !

L’année suivante, je fis quand même un CP, « à cause » du calcul et de l’écriture au porte-plume. La première leçon du manuel de lecture était : « irène a soufflé la bougie. i i i »

J’ai donc bien appris à lire avec une méthode mixte. Mais, me direz-vous, bon milieu… parents attentifs… grands lecteurs eux-mêmes… peut-être y a-t-il eu à la maison d’autres influences. Je ne peux le dire.

2) A cette époque, nous passions toutes nos grandes vacances dans un petit village de la Drôme. Nous vivions tout l’été en compagnie des enfants de ce village et nous les connaissions très bien. Ceux-ci n’allaient pas en maternelle et rentraient à l’école du village (classe unique regroupant sans doute une trentaine d’enfants de cinq à douze ans, peut-être même quatorze en ce début des années 60 ?) l’année de leurs cinq ans.
La maîtresse les inscrivait en « section enfantine » mais, peut-être pour des raisons de commodités, elle les faisait suivre dès le premier jour avec les quelques rares élèves de CP inscrits dans cette classe.
Leur livre de lecture s’intitulait « Poucet et l’écureuil » (méthode mixte à départ global un peu plus long que Rémi et Colette).
La plupart d’entre eux passaient dès la rentrée suivante au CE1, lisant et écrivant couramment, d’où le faible nombre d’élèves de CP de cette classe. Ils continuaient donc leur scolarité avec un an d’avance sur nos petits camarades de ville qui n’avaient pas sauté le CE1 comme nous.
Certains conservaient cette avance jusqu’au collège, pour d’autres, l’institutrice préférait faire redoubler le CM2 avant le départ à la bourgade voisine.

Des enfants de tous milieux (certains étaient ce que l’on appelait alors « des gosses de l’Assistance) apprenaient donc à lire, à cinq ans, avec des méthodes mixtes à départ global.

3) J’ai été embauchée en novembre 1975 et ai débuté par deux semaines de stage dans un CP de ce que nous appellerions aujourd’hui une école de ZEP.
L’institutrice, qui était aussi directrice de l’école, était une dame à quelques années de la retraite, très bien notée par l’IDEN, grand adepte des techniques Freinet.
Elle récupérait dans sa classe des élèves ayant fait une GS « textes libres et imprimerie à l’école ».

Le jour de mon arrivée, elle rassembla ses élèves autour du tableau noir, entouré de nombreuses affiches portant toutes une ou deux phrases, écrites en gros caractères de minuscules scriptes.
Elle me présenta et amena petit à petit les élèves à dire oralement à peu près ceci : « Une dame est venue dans notre classe. Elle va apprendre à être maîtresse. »
Lorsque ceux-ci y réussirent tous, elle leur fit à nouveau prononcer cet énoncé lentement, mot à mot. Pour chacun des mots prononcés, elle traçait au tableau un trait horizontal plus ou moins long.
Les élèves durent ensuite « relire » ces traits en prononçant pour chacun d’entre eux le mot auquel il correspondait.
Déjà, une forêt de doigts se levait. Les enfants appelés venaient alors montrer sur les affiches qui entouraient le tableau les mots qu’ils connaissaient déjà et indiquaient alors à la maîtresse le trait sur lequel chacun devait être recopié.
A la fin de cet exercice, il ne restait plus que trois traits « vides » (notre, apprendre, maîtresse).
Les élèves, très impatients, poussaient ces petits cris de souris si caractéristiques de l’enfant qui sait en levant leur doigt le plus haut possible.
Les réponses fusaient : «nnnnooo, comme dans Jean-Nnnnnoooooël ! », « ttttrrrreee, comme dans contttrrre ! », « mai, comme dans mai-son ! »
Les heureux élus venaient alors au tableau, pointaient les graphèmes correspondants, très lentement, en épelant phonétiquement, sur les affiches et montraient à la maîtresse où elle devait les transcrire.
A la fin, il ne restait plus que le son « esse » de maîtresse, encore totalement inconnu. L’institutrice l’écrivit sous les yeux des élèves en l’épelant phonétiquement au fur et à mesure.

Ensuite, les élèves recopièrent les deux phrases sur un cahier et l’illustrèrent. L’après-midi, le texte recopié sur une affiche fut relu ; on donna aux élèves une bandelette de papier qu’ils relurent aussi puis découpèrent mot par mot.
Leur travail fut de recomposer la phrase, puis d’en extraire l’un ou l’autre des mots, puis enfin « d’écrire » sous la dictée de nouvelles phrases composées de certains de ces mots (une dame va apprendre. elle est venue dans notre classe. la maîtresse est venue. etc.)

Le lendemain, les mêmes exercices furent refaits, cette fois-ci sur l’ardoise en copiant directement au tableau les mots dictés. Pour certains l’exercice était encore difficile et la maîtresse les renvoyait au tableau pointer le mot à recopier puis restait près d’eux pendant la copie et l’accompagnant d’épellation phonétique.
Le soir, les phrases dictées furent données à relire à la maison après avoir été relues encore une fois en classe.
Nous étions au début novembre et, à l’époque, la rentrée avait lieu aux alentours du 15 septembre. Les élèves n’avaient donc qu’un mois et demi de CP derrière eux.
En deux semaines dans cette classe, je n’ai pas vu de « mots-outils » à apprendre à la maison.

4) Cette même année, j’ai été nommée en remplacement dans un CP de ville (zone HLM) pour tout le troisième trimestre. La méthode de lecture employée dans cette classe était « Daniel et Valérie » (méthode mixte à court départ global).
Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de l’utiliser puisque, à mon arrivée, le second manuel était quasiment fini, que tous les élèves de la classe, sauf une, lisaient couramment ou du moins déchiffraient très rapidement.
La seule élève non-lectrice était une enfant dont les trois frères et sœurs étaient inscrits en « classe de perfectionnement » et pour laquelle la famille demandait aussi une inscription dans cette classe.
Une élève avait huit ans, c’était une petite Yougoslave, arrivée au mois de septembre. Elle déchiffrait très facilement mais avaient encore souvent besoin qu’on lui explique le sens de certains mots. Un passage au CE2 était programmé pour la rentrée de septembre car elle s’ennuyait beaucoup en mathématiques dans ce CP « maths modernes » de 1976 !

5) Les années suivantes, comme toute bonne débutante entrée par la « petite porte, je fis un nombre incalculable de remplacements dans des CP ruraux, de ZEP ou équivalent, de centre-ville.
Je n’ai jamais vu à l’époque d’autres méthodes que les éternels «Rémi et Colette », « Daniel et Valérie » et « Poucet et l’écureuil » détrônés de plus en plus par la « méthode naturelle » de Célestin Freinet.
La tâche des remplaçants était pourtant extrêmement simple :
- si nous arrivions au mois de novembre, nous savions que les élèves auraient autour du tableau une dizaine de phrases dont ils sauraient repérer tous les mots et qu’il était temps de décomposer ces mots en syllabes et en lettres, que la plupart y arriverait très rapidement et que nous pourrions commencer à leur faire lire des « mots nouveaux » composés de ces syllabes.
- si nous arrivions en janvier, nous savions que toutes les voyelles et toutes les consonnes « simples » auraient été vues et que notre rôle serait de passer aux « digraphes »
- si nous arrivions début avril, les élèves n’auraient plus à étudier que les petites difficultés du CP : ce, ci, ça, ço, çu ; ge, gi, gea, geo ; gue, gui ; ill, ail, ouil, euil ; oy, ay, uy…
- si nous arrivions fin mai, nous savions que tous les élèves liraient et que nous allions peut-être découvrir un nouveau « premier livre de lecture courante », à moins qu’il ne s’agisse d’un livre déjà connu (« Le livre des bêtes », « le château de Pompon », etc.)

6) Il m’est arrivé aussi d’effectuer des remplacements à l’année dans des écoles rurales avec classe enfantine. Je prenais alors exemple sur Mmes Pays et Cadier, intégrant les élèves de section enfantine au CP, comme la première, et utilisant la méthode naturelle comme la seconde.
En fin d’année, tout le monde lisait et écrivait couramment.

7) Mon premier échec date de l’année scolaire 1992/1993. J’accueillais cette année-là cinq élèves* de CP qui, en novembre, n’avaient toujours pas réalisé qu’il y avait quelque chose de commun dans « llllllla », « lllllle », « Émilllllllllie » ! Ils n’arrivaient d’ailleurs même pas à comprendre pourquoi je m’acharnais à écrire l’un en dessous de l’autre « Émilie » et « Émilien » !
Mauvaise fournée, ai-je pensé dans un premier temps et j’ai fait du « rentre dedans syllabique » jusqu’à qu’ils sachent déchiffrer.
Mais, l’année d’après, même problème avec trois élèves sur six !

Et, en 1994/1995, Borel-Maisonny faisait une entrée fracassante dans ma classe !
Puisque l’espèce humaine avait muté, je me devais d’adapter ma pédagogie à ces nouveaux êtres pour lesquels demain est un autre jour et sur lesquels l’expérience de la veille n’a aucun impact sur le jour présent.

* : ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé que ces cinq enfants étaient les premiers à avoir bénéficié de trois ou quatre années de maternelle entièrement consacrées aux « arts plastiques et aux séances de langage libres » et dont on avait totalement évacué le dessin représentatif, le chant, les comptines, les exercices rythmiques, les rondes et jeux dansés, l’orientation dans l’espace, le graphisme et l’écriture, le comptage et le calcul, l’observation d’objets et de gravures et la lecture magistrale page à page et même parfois mot à mot des grandes œuvres de la littérature enfantine, remplacée par la lecture cursive d’un album-jeunesse, lu une fois et commenté seulement en fin de lecture par les quelques deux ou trois élèves de la classe habitués chez eux à entendre raconter des histoires.

Voilà. C’est tout. Depuis, c’est Borel-Maisonny tous les ans. Aucun échec depuis.
En revanche, depuis que j’utilise la méthode de Thierry, pendant toute la durée des mois de septembre et d’octobre, je commence chaque journée de classe de mes GS/CP par la « découverte » d’un texte écrit au tableau d’une phrase ou deux.
Les élèves des deux sections viennent chacun à leur tour montrer une lettre, une syllabe, un mot qu’ils savent déchiffrer. Je complète parfois en leur disant « i, deux l, ça fait [j] » ou « a, i, n, ça fait (in). » et, vers la fin octobre ou le début novembre, j’arrête car les CP savent tous quasiment tout lire et les GS n’en tireraient plus aucun profit.
Ces derniers reconnaissent globalement à cette époque généralement tous les articles, tous les pronoms personnels sujets et les prépositions « dans », « sur », « avec », cette reconnaissance globale est bien sûr reprise par moi ou par un CP par une épellation phonétique la confirmant, certains commençant de plus à déchiffrer tous les mots simples de deux et parfois même trois syllabes.

Catherine Bonnet-Huby
Reine Margot
Reine Margot
Demi-dieu

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par Reine Margot Dim 27 Déc 2009, 18:17
Dr Housette a écrit:CP en 1984 avec une instit à deux doigts de la retraite. Méthode syllabique sans aucun doute. Je me rappelle des affiches sur les trois murs. J'aurais adoré savoir quel était le livre utilisé. quand je vais chez Emmaüs, je le cherche. La couverture et les dessins me feront avoir le déclic.

C'était avec Caroline (je crois) et Lola la Tortue (ça c'est sûr).

j'ai eu le même, il y avait aussi Nicolas et Boule le chat. Sinon méthode au moins semi-globale pour moi, avec des mots sur des étiquettes qu'il fallait repèrer globalement et assembler pour faire des phrases. j'ai appris à lire malgré tout, seule. je crois que pas mal d'enfants précoces, comme j'ai été, ont appris à déchiffrer seuls, je me souviens que je continuais à lire le bouquin de CP jusqu'à la fin alors que les autres en étaient au début, au 1er trimestre.

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mymoune
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par mymoune Dim 27 Déc 2009, 18:19
MS a écrit:Je ne me souviens absolument pas de mon CP, je ne me revois pas en train d'apprendre à lire, j'ai l'impression d'avoir toujours su lire et ce n'est pas à la maison que j'ai appris, mes parents ne m'ont jamais aidée à faire mes devoirs. Je suis sûre néanmoins d'être passée par la bonne vieille méthode syllabique. Et j'ai toujours aimé la lecture, j'ai toujours lu, toute petite, je piquais les Tintin de mon frère.

Idem, l'impression que tout cela a été inné !
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par doublecasquette Dim 27 Déc 2009, 18:27
Répertoire des méthodes (Minicasquette est au bain avec sa maman) :

Bigoudi et compagnie : méthode mixte à départ global court

Milène, Capi, Bruno (Mico, mon petit ours) : méthode "syllabique" à départ analytique

Caroline et Lola la tortue (A l'aube de l'école) : méthode mixte à court départ global (à mi-chemin entre "Bigoudi" et "Mico")

Celle du train sur fond bleu et blanc : je ne vois absolument pas. Je suis très vexée d'ailleurs. :lol!:
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Cath
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par Cath Dim 27 Déc 2009, 18:38
Moi aussi "Daniel et Valérie"!!!!
Avec les inoubliables "Daniel et Valérie jouent dans le pré. Bobi trotte. Trotte Bobi!"
Pas de souvenir de l'apprentissage lui-même, je me revois juste lisant à haute voix dans la classe de façon très fluide.
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par lulucastagnette Dim 27 Déc 2009, 18:44
Merci doublecasquette !
Je viens de retrouver l'illustration de couverture de "Mico mon petit ours", que de souvenirs... Cécile réveret, lecture et double casquette Icon_biggrin
sand
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par sand Dim 27 Déc 2009, 19:42
Je me souviens d'avoir appris à lire avec Daniel et Valérie, une méthode syllabique. Daniel allait pêcher avec papa pendant que valérie aidait maman à faire la vaisselle (je suis devenue une bonne épouse d'ailleurs). Mon frère, qui a "bénéficié" d'une méthode globale, en a bien bavé : longtemps il a fait des tonnes de fautes ! Mes parents, instits, lui ont fait bouffer du bled tous les mercredis, pauvre petit, mais ça l'a sauvé.
Adri
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par Adri Dim 27 Déc 2009, 20:18
J'ai appris pendant l'été précédant mon entrée au CP (avec une méthode syllabique et l'aide de ma Maman, sur les conseils de mon instit de maternelle).
Au CP - en 1980 -, mes petits camarades ont appris avec une méthode où il y avait une dénommée Béatrice, moi je passais mon temps à bouquiner au fond de la classe où à écouter les cours de CE1... J'ai refusé de passer directement en CE1 (on n'y donnait plus de bons points !).
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par doublecasquette Dim 27 Déc 2009, 20:40
Adri a écrit:J'ai appris pendant l'été précédant mon entrée au CP (avec une méthode syllabique et l'aide de ma Maman, sur les conseils de mon instit de maternelle).
Au CP - en 1980 -, mes petits camarades ont appris avec une méthode où il y avait une dénommée Béatrice, moi je passais mon temps à bouquiner au fond de la classe où à écouter les cours de CE1... J'ai refusé de passer directement en CE1 (on n'y donnait plus de bons points !).

Béatrice, c'était dans une méthode intitulée "Au fil des mots" (chez les "vieux instits" de l'époque, la grosse vanne, c'était de l'appeler "Aux mille défauts") : une des premières méthodes qui utilisaient l'API et faisait étudier les lettres en les regroupant par phonèmes (lors de la leçon sur le son [o], on faisait des tableaux avec les mots appris globalement depuis le début de l'année et on répertoriait "o", "au", "eau").
C'était aussi l'une des premières méthodes à introduire un nombre relativement important de "mots nouveaux" à chaque nouveau texte (depuis, on a vu bien pire).
Dernière chose, c'était une des premières méthodes à dissocier dans le temps analyse et synthèse et à faire confiance aux élèves pour opérer cette synthèse relativement seuls (depuis, on a vu bien, bien, bien pire).


Dernière édition par doublecasquette le Dim 27 Déc 2009, 22:26, édité 1 fois
Adri
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par Adri Dim 27 Déc 2009, 20:46
J'en déduis que mon instit de maternelle faisait partie des "vieux instits", elle avait conseillé à ma mère la méthode Boscher, effrayée par ce qui se faisait au CP !
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