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soniechka
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[Compte rendu] Yves Michaud et Sébastien Clerc, Face à la classe Empty [Compte rendu] Yves Michaud et Sébastien Clerc, Face à la classe

par soniechka Dim 2 Jan 2011 - 15:37
Compte-rendu de Face à la classe de Yves Michaud et Sébastien Clerc, Folio actuel,
n°142

Si l’enthousiasme qui s’est emparé de moi à la lecture des premières pages de ce nouvel essai sur l’enseignement aujourd’hui, s’est quelque peu émoussé au fil des pages, je reste convaincue que ce petit ouvrage a son intérêt... En effet, si les propos tenus et les exemples donnés n’ont rien de révolutionnaire, ils ont le mérite de rappeler un certain nombre d’évidences, pleines de bon sens, que de jeunes enseignants auront tout intérêt à assimiler, et de moins jeunes à relire avec rafraîchissement.

Mais venons-en aux faits : ce petit opus est écrit à deux plumes, celle du philosophe Yves Michaud et celle de Sébastien Clerc, enseignant de français et d’histoire. Ainsi sont abordées treize notions-clés du métier d’enseignant, à savoir
- l’autorité
- le dialogue
- la discipline
- l’acte même d’enseigner
- l’estime de soi et la sollicitude
- l’évaluation, la notation et le mérite
- la dimension humaine
- l’interdisciplinarité et la collaboration pédagogique
- le multiculturalisme des élèves
- le respect
- les sanctions
- les nouvelles technologies
- le territoire

Chacune de ces notions fait l’objet d’une double approche, théorique (prise en charge par Yves Michaud) et pratique (prise en charge par Sébastien Clerc). Si le choix d’un tel mode de présentation peut paraître offrir une opportune complémentarité, force est de constater que les deux voix qui se font entendre successivement sont, non dissonantes certes - nulle contradiction flagrante n’est à signaler - , mais peu résonantes entre elles. C’est pourquoi nous séparerons à nouveau l’une et l’autre approche dans cette analyse.

Le travail théorique d’Yves Michaud se révèle souvent fort instructif : n’ayant pas la prétention, dans l’espace qui lui est imparti, d’aborder en profondeur des questions aussi complexes que celles du multiculturalisme par exemple, ou même de la notion de respect, le philosophe s’efforce au moins de jeter les bases d’une réflexion sur chacune de ces notions, et ce notamment en repartant des définitions (parfois étymologiques) et de l’histoire de ces notions afin de rappeler le cadre par rapport auquel nous devons nous positionner. Charge ensuite à chacun d’entre nous de poursuivre ce cheminement intellectuel, seul moyen d’ailleurs de se l’approprier pleinement. D’aucuns lui reprocheront peut-être une certaine tendance à abonder dans le sens du discours dominant, celui qui prône le travail interdisciplinaire (qu’il distingue d’ailleurs d’un projet multidisciplinaire) ou la pédagogie par compétences ; mais, encore une fois, le bon sens qui préside à son propos et la franchise qui l’accompagne le plus souvent (il reconnaît que certaines tâches, théoriquement efficaces, demeurent dans les faits quasi impossibles à mettre en oeuvre) le rend digne d’écoute : au moins a-t-il le mérite de poser un horizon.

L’approche plus pragmatique de Sébastien Clerc reprend les idées que l’auteur a déjà défendues par ailleurs et sur lesquelles il ne nous paraît pas utiles de revenir ici en détails. Insistons davantage sur le fait que son propos est essentiellement nourri de son expérience personnelle, ce qui a le mérite de l’authenticité, mais la limite de la subjectivité.
Il n’en reste pas moins que, là aussi, le bon sens guide la plupart de ses remarques, de l’utilité du plan de classe au nécessaire respect exigé entre élèves et professeurs en passant par l’importance de la rigueur de l’enseignant lui-même face à ceux auxquels il prétend enseigner... méthode et rigueur. Si certains enseignants n’y verront que redites et évidences, rappelons encore une fois que l’ouvrage s’adresse d’abord et avant tout à de jeunes enseignants pour qui certains de ces petits «trucs» ne sont pas encore assimilés. De fait, le message que Sébastien Clerc s’efforce de faire passer n’est-il pas qu’enseigner ça s’apprend ? Or, contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette idée est loin d’être partagée par tous, les tenants du «charisme» et de la «vocation» étant encore nombreux parmi les enseignants. C’est cet optimisme affiché de l’ouvrage qui, bien que peut-être un peu naïf, a le mérite d’être rafraîchissant.

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Pour entrer dans le secret des choses, il faut d'abord se donner à elles. Simone de Beauvoir.
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