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User5899
Dieu de l'Olympe

Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par User5899 le Dim 19 Mai 2013 - 23:49
"Le temps s'en va, le temps s'en va Madame.
-Las, le temps non.Mais nous nous en allons"
Nita
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Empereur

Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par Nita le Lun 20 Mai 2013 - 0:25
Je veux éviter les redites...

alors :

Mais surtout, quand la brise
Me touche en voltigeant,
La nuit j'aime être assise,
Etre assise en songeant,
L'oeil sur la mer profonde,
Tandis que, pâle et blonde,
La lune ouvre dans l'onde
Son éventail d'argent.

Hugo, La captive, in Les Orientales

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Aranel53
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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par Aranel53 le Lun 20 Mai 2013 - 0:30
Mes amours de lycée... j'avais découvert Victor Hugo :

"Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L'ombre qui fuit sur l'eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert"
Les rayons et les ombres.

"O moment solennel ! les monts, la mer farouche,
Les vents, faisaient silence et cessaient leur clameur.
Le vieillard regardait le soleil qui se couche ;
Le soleil regardait le vieillard qui se meurt."
Les quatre vents de l'esprit.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
[...]
Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.
La légende des siècles, Booz endormi.


"Le jour naît, le combat continue à grand bruit ;
La pâle nuit revient, ils combattent ; l'aurore
Reparaît dans les cieux, ils combattent encore.
Nul repos. Seulement, vers le troisième soir,
Sous un arbre, en causant, ils sont allés s'asseoir ;
Puis ont recommencé.
Le vieux Gérard dans Vienne
Attend depuis trois jours que son enfant revienne.
Il envoie un devin regarder sur les tours ;
Le devin dit : Seigneur, ils combattent toujours."
La légende des siècles, Le mariage de Roland.

Allez, une de Brel qui m'a toujours beaucoup touché :

Je ne sais pas pourquoi ces rues
S'ouvrent devant moi une à une
Vierges et froides froides et nues
Rien que mes pas et pas de lune

_________________
« Comme le feu de la pierre ne sort, Sans la frapper du fer par violence : Semblablement sans faire grand effort, La Vérité ne sort en évidence. »
Guillaume De La Perrière, 1553.
Nita
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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par Nita le Lun 20 Mai 2013 - 0:32
Et celui-là aussi (je ne sais plus s'il a été cité)
Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... et dont je me souviens !
(Nerval !)

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par JPhMM le Lun 20 Mai 2013 - 0:48
"Plus ne suis ce que j'ai été,
Et plus ne saurais jamais l'être."

Clément Marot.

_________________
Labyrinthe où l'admiration des ignorants et des idiots qui prennent pour savoir profond tout ce qu'ils n'entendent pas, les a retenus, bon gré malgré qu'ils en eussent. D'ailleurs, il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux , et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde. — John Locke

Je crois que je ne crois en rien. Mais j'ai des doutes. — Jacques Goimard
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par adelaideaugusta le Lun 20 Mai 2013 - 14:32
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Celui qui a marqué mon jeune âge :

« Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige » (Baudelaire)
La beauté absolue !
Je le connais encore par coeur ! Harmonie du soir, la beauté absolue !

"Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir"
albertine02
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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par albertine02 le Lun 20 Mai 2013 - 14:36
"le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir"
René Char
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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par adelaideaugusta le Mar 21 Mai 2013 - 9:25
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Après avoir hésité, j'apporte ma pierre à l'édifice :

Charles d'Orléans :
[quote]Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau !

Christine de Pisan :
Seulette suis et seulette veux être

Deux vers d'Aragon que j'aime beaucoup (ce doit être une satisfaction de médiéviste) :
Dans l'étrange Paris de Philippe le Bel
Le roi même faisait de la fausse monnaie
Du même, la Rose et le Réséda, mais il faudrait choisir un passage...

Le dernier vers d'un poème de Paul Eluard :
Et le jour se leva pour lui

Max Jacob :
Adieu muse, va dire aux hommes
Ce soir de fête en la cité
Que dans les prisons où nous sommes
On meurt de les avoir aimés

Et... un vers de Jacques Brel que je trouve superbe :
Et au-dessous du pont l'eau est douce et profonde
[/quote]

De vent, de froidure et de pluie
Et s'est vêtu de broderie
De soleil luisant, clair et gai.
adelaideaugusta
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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par adelaideaugusta le Mar 21 Mai 2013 - 9:38
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Mes amours de lycée... j'avais découvert Victor Hugo :

"Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L'ombre qui fuit sur l'eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert"
Les rayons et les ombres.

"O moment solennel ! les monts, la mer farouche,
Les vents, faisaient silence et cessaient leur clameur.
Le vieillard regardait le soleil qui se couche ;
Le soleil regardait le vieillard qui se meurt."
Les quatre vents de l'esprit.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
[...]
Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.
La légende des siècles, Booz endormi.


"Le jour naît, le combat continue à grand bruit ;
La pâle nuit revient, ils combattent ; l'aurore
Reparaît dans les cieux, ils combattent encore.
Nul repos. Seulement, vers le troisième soir,
Sous un arbre, en causant, ils sont allés s'asseoir ;
Puis ont recommencé.
Le vieux Gérard dans Vienne
Attend depuis trois jours que son enfant revienne.
Il envoie un devin regarder sur les tours ;
Le devin dit : Seigneur, ils combattent toujours."
La légende des siècles, Le mariage de Roland.

Allez, une de Brel qui m'a toujours beaucoup touché :

Je ne sais pas pourquoi ces rues
S'ouvrent devant moi une à une
Vierges et froides froides et nues
Rien que mes pas et pas de lune

Je n'aime pas tout dans Booz :
Et je courbe, ô mon Dieu, mon âme vers la tombe,
Comme un bœuf ayant soif penche son front sur l'eau.
Mais :
Tout reposait dans Ur et dans Jerimadeth.
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre.
Le croissant fin et clair, parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à demi sous ses voiles
Quel Dieu, quel moissonneur de l'éternel été
Avait en s'en allant négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
terrygato
terrygato
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par terrygato le Mar 21 Mai 2013 - 10:02
(appris en CE1, jamais oublié, merci Mme Mainvielle)

J'entends, j'entends



J’en ai tant vu qui s’en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère

J’entends leurs pas j’entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit sur le journal
Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu’on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m’arrache l’âme

Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond

Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J’y crois aussi moi par moments
Comme l’alouette au miroir

J’y crois parfois je vous l’avoue
A n’en pas croire mes oreilles
Ah je suis bien votre pareil
Ah je suis bien pareil à vous

A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable

J’aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu’au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez

Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir que ce que dit ma bouche

Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il
J’aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile

C’est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d’un trou

Louis Aragon
adelaideaugusta
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par adelaideaugusta le Mar 21 Mai 2013 - 10:10
J'ai relu tout le fil : que de beauté !
En voici encore un, de Paul -Jean Toulet.

Les Alyscamps.

Dans Arles où sont les Alyscamps,
Quand l'ombre est rouge sous les roses
Et clair le temps,
Ecoute la douceur des choses
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd.
Et quand se taisent les colombes
Parle tout bas si c'est d'amour
Au bord des tombes.

(Les Alyscamps, c'est un cimetière gallo-romain tout près d'Arles, avec des dizaines de grands cercueils en granit, c'est un lieu magique.)

adelaideaugusta
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par adelaideaugusta le Mar 21 Mai 2013 - 10:19
Terrygato, en CE1 ! Pas facile.

Ce qui vous hante toute votre vie :

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure.

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà delà pareil à la
Feuille morte.
terrygato
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Niveau 5

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par terrygato le Mar 21 Mai 2013 - 10:21
En CE1 mais au club poésie du mardi soir, facultatif. En cours on ne voyait pas ça!
Mama
Mama
Esprit sacré

Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par Mama le Mer 22 Mai 2013 - 21:27
Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeuré la grande voix du temps

Je t'attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuilles sur mon cou

Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau
Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

René-Guy Cadou, Hélène ou le règne végétal

Les 8 derniers vers, surtout bisous bisous

edit : avec les strophes, c'est mieux ? étrange, je les trouve tantôt, et tantôt non...


Dernière édition par mamamanette le Mer 22 Mai 2013 - 22:43, édité 1 fois
adelaideaugusta
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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par adelaideaugusta le Mer 22 Mai 2013 - 22:42
Que c'est beau, tout cela !
Mamamanette, je crois que je vais essayer de l'apprendre.
Mama
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Esprit sacré

Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par Mama le Mer 22 Mai 2013 - 22:43
Je suis en train Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 2252222100
Le grincheux
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Sage

Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par Le grincheux le Mer 22 Mai 2013 - 22:51
Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort les yeux baissés les mains vides
Et la mer dont j'entends le bruit est une mer qui ne rend jamais ses noyés
Et l'on va disperser mon âme après moi vendre à l'encan mes rêves broyés
Voilà déjà que mes paroles sèchent comme une feuille à ma lèvre humide

J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon cœur quatre fois y battre
Quitte à en en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

J'ai choisi de donner à mes vers cette envergure de crucifixion
Et qu'en tombe au hasard la chance n'importe où sur moi le couteau des césures
Il me faut bien à la fin des fins atteindre une mesure à ma démesure
Pour à la taille de la réalité faire un manteau de mes fictions

Cette vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée
Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on ne peut plus baisser la herse

Dans cette demeure en tout cas anciens ou nouveaux nous ne sommes pas chez nous
Personne à coup sûr ne sait ce qui le mène ici tout peut-être n'est qu'un songe
Certains ont froid d'autres ont faim la plupart des gens ont un secret qui les ronge
De temps en temps passent des rois sans visage On se met devant eux à genoux

Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qui l'en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

Ils s'interrogent sur l'essentiel sur ce qui vaut encore qu'on s'y voue
Ils voient le peu qu'ils ont fait parcourant ce chantier monstrueux qu'ils abandonnent
L'ombre préférée à la proie ô pauvre gens l'avenir qui n'est à personne
Petits qui jouez dans la rue enfants quelle pitié sans borne j'ai de vous

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
Je vois se plier votre épaule À votre front je vois le plis des habitudes

Bien sûr vous me direz que c'est toujours comme cela mais justement
Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l'engrenage
Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage
Est-ce qu'on peut avoir le droit au désespoir le droit de s'arrêter un moment

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire
Rappelez-vous que nous avons aussi connu cela que d'autres sont montés
Arracher le drapeau de servitude à l'Acropole et qu'on les a jetés
Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l'histoire

Songez qu'on arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien
Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable
Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d'épouvantables
Car il n'est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

Vous passerez par où nous passâmes naguère en vous je lis à livre ouvert
J'entends ce cœur qui bat en vous comme un cœur me semble-t-il en moi battait
Vous l'userez je sais comment et comment cette chose en vous s'éteint se tait
Comment l'automne se défarde et le silence autour d'une rose d'hiver

Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
En face pour savoir en triompher Le chant n'est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu'une voix se taise
Sachez-le toujours le chœur profond reprend la phrase interrompue
Du moment que jusqu'au bout de lui-même le chanteur a fait ce qu'il a pu
Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

Je vous laisse à mon tour comme le danseur qui se lève une dernière fois
Ne lui reprochez pas dans ses yeux s'il trahit déjà ce qu'il porte en lui d'ombre
Je ne peux plus vous faire d'autres cadeaux que ceux de cette lumière sombre
Hommes de demain soufflez sur les charbons
À vous de dire ce que je vois




Dernière édition par Le grincheux le Mer 22 Mai 2013 - 23:04, édité 1 fois

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par Le grincheux le Mer 22 Mai 2013 - 22:52
Toujours quand aux matins obscènes
Entre les jambes de la Seine
Comme une noyée aux yeux fous
De la brume de vos poèmes
L'Île Saint-Louis se lève blême
Baudelaire je pense à vous

Lorsque j'appris à voir les choses
O lenteur des métamorphoses
C'est votre Paris que je vis
Il fallait pour que Paris change
Comme bleuissent les oranges
Toute la longueur de ma vie

Mais pour courir ses aventures
La ville a jeté sa ceinture
De murs d'herbe verte et de vent
Elle a fardé son paysage
Comme une fille son visage
Pour séduire un nouvel amant

Rien n'est plus à la même place
Et l'eau des fontaines Wallace
Pleure après le marchand d'oublies
Qui criait le Plaisir Mesdames
Quand les pianos faisaient des gammes
Dans les salons à panoplies

Où sont les grandes tapissières
Les mirlitons dans la poussière
Où sont les noces en chansons
Où sont les mules de Réjane
On ne s'en va plus à dos d'âne
Dîner dans l'herbe à Robinson

Qu'est-ce que cela peut te faire
On ne choisit pas son enfer
En arrière à quoi bon chercher
Qu'autrefois sans toi se consume
C'est ici que ton sort s'allume
On ne choisit pas son bûcher

A tes pas les nuages bougent
Va-t'en dans la rue à l'oeil rouge
Le monde saigne devant toi
Tu marches dans un jour barbare
Le temps présent brûle aux Snack-bars
Son aube pourpre est sur les toits

Au diable la beauté lunaire
Et les ténèbres millénaires
Plein feu dans les Champs-Elysées
Voici le nouveau carnaval
Où l'électricité ravale
Les édifices embrasés

Plein feu sur l'homme et sur la femme
Sur le Louvre et sur Notre-Dame
Du Sacré-Coeur au Panthéon
Plein feu de la Concorde aux Ternes
Plein feu sur l'univers moderne
Plein feu sur notre âme au néon

Plein feu sur la noirceur des songes
Plein feu sur les arts du mensonge
Flambe perpétuel été
Flambe de notre flamme humaine
Et que partout nos mains ramènent
Le soleil de la vérité


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par Le grincheux le Mer 22 Mai 2013 - 22:56
Dans les nacelles de l´enclume
Vit le poète solitaire,
Grande brouette des marécages.

Spoiler:

Dans certains contextes, la virgule remplace le mot « acétylsalicylique »... Razz
Vous vous demandez qui a pu écrire un tel haiku. Le coupable est
Spoiler:

René Char

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par Mama le Mer 22 Mai 2013 - 23:00
Aragon, Aragon... J'en ai la chair de poule, tiens.
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par Le grincheux le Mer 22 Mai 2013 - 23:06
mamamanette a écrit:Aragon, Aragon... J'en ai la chair de poule, tiens.
C'est sûr, ce n'est pas du Totor.

Je hais Totor, ce qui m'a permis de me réconcilier avec Gide qui déclarait que "Victor Hugo est l'un des plus grand poètes français... Hélas !" Razz

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par Le grincheux le Mer 22 Mai 2013 - 23:08
Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration

Coucher avec elle
Pour l’ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude

Coucher avec elle
Pour l’aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes

Coucher coucher avec elle
Pour l’amour absolu
Pour le vice, pour le vice
Pour les baisers de toute espèce

Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n’a pesé sur l’âme et le corps des amants
Le mensonge d’une tache originelle

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par A.vanWorden le Mer 29 Mai 2013 - 22:54
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
mamamanette a écrit:Aragon, Aragon... J'en ai la chair de poule, tiens.
C'est sûr, ce n'est pas du Totor.

Je hais Totor, ce qui m'a permis de me réconcilier avec Gide qui déclarait que "Victor Hugo est l'un des plus grand poètes français... Hélas !" Razz
C'est amusant : en ce qui me concerne, je porte un goût assez commun (pour ainsi dire) à Hugo et Aragon. Non seulement ce sontdeux auteurs que j'apprécie particulièrement, et dirais-je même de plus en plus depuis quelques temps, mais je perçois une sorte de parenté, de solidarité entre eux. Je reconnais toutefois que je serais bien en peine de l'expliquer...

En revanche, je supporte de moins en moins Gide. Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 248604097

Pour en revenir au sujet, il existe une Anthologie du vers unique qu'avait composé le poète libanais francophone Georges Schehadé dans les années 70 et qui est ressortie en 2011 chez Bartillat :

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Cela faisait quelques temps que je la cherchais et j'ai pu enfin mettre la main dessus tout récemment. Coupés de tout contexte (les auteurs ne sont mentionnés que dans la table finale, les œuvres pas du tout), ces deux cent et quelques vers, qu'ils soient connus ou inconnus, soudain rendus "autonomes", rendent une musique singulière et ouvrent d'autant plus la porte à la rêverie et à l'imagination.


Petit "florilège instantané" en feuilletant, là, tout de suite :

Mille oiseaux qui s'enfuient n'en font un qui se pose

Le grand sommeil inconsolable des voyages !

Et çà et là aux confins du monde où le travail de la création s'achève, les nébuleuses

Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon

En vain vous gazouillez, bijoux, à mes oreilles

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans

J'ay monstré ma blessure aux deux Mers d'Italie

Et la rose dans un verre bleu entouré de larmes

Un bras de balançoire encense le silence

Les étoiles tremblant de froid dans les citernes

Les rumeurs du jardin disent qu'il va pleuvoir


Spoiler:
Supervielle, Bataille, Claudel, Baudelaire, Radiguet, Baudelaire encore, Maynard, Jouve, Fargue, Audiberti, Desbordes-Valmore

(J'en profite aussi pour recommander la lecture de l'œuvre poétique de Schehadé lui-même, qui tient en un volume en Poésie/Gallimard, peu épais mais plein de beautés. Wink )

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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par Le grincheux le Mer 29 Mai 2013 - 23:16
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu´eux deux
La pluie les a soudés,
Semble-t-il, l´un à l´autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu´eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire « Je t´aime! »
Elle doit lui dire « Je t´aime! »
Je crois qu´ils sont en train
De ne rien se promettre
Ces deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu´eux deux
Et brusquement, il pleure
Il pleure à gros bouillons
Tout entourés qu´ils sont
D´adipeux en sueur
Et de bouffeurs d´espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L´exploit de les juger

La vie ne fait pas de cadeau
Et nom de Dieu c’est triste
Orly, le dimanche,
Avec ou sans Bécaud!

Et maintenant, ils pleurent
Je veux dire tous les deux
Tout à l´heure c´était lui
Lorsque je disais "il"
Tout encastrés qu´ils sont
Ils n´entendent plus rien
Que les sanglots de l´autre
Et puis
Et puis infiniment
Comme deux corps qui prient
Infiniment, lentement,
Ces deux corps se séparent
Et en se séparant
Ces deux corps se déchirent
Et je vous jure qu´ils crient
Et puis, ils se reprennent
Redeviennent un seul
Redeviennent le feu
Et puis, se redéchirent
Se tiennent par les yeux
Et puis, en reculant
Comme la mer se retire,
Il consomme l´adieu
Il bave quelques mots
Agite une vague main
Et brusquement, il fuit
Fuit sans se retourner
Et puis, il disparaît
Bouffé par l´escalier

La vie ne fait pas de cadeau
Et nom de Dieu c´est triste
Orly, le dimanche,
Avec ou sans Bécaud!

Et puis, il disparaît
Bouffé par l´escalier
Et elle, elle reste là
Cœur en croix, bouche ouverte
Sans un cri, sans un mot
Elle connaît sa mort
Elle vient de la croiser
Voilà qu´elle se retourne
Et se retourne encore
Ses bras vont jusqu´à terre
Ça y est! Elle a mille ans
La porte est refermée
La voilà sans lumière
Elle tourne sur elle-même
Et déjà elle sait
Qu´elle tournera toujours
Elle a perdu des hommes
Mais là, elle perd l´amour
L´amour le lui a dit
Revoilà l´inutile
Elle vivra de projets
Qui ne feront qu´attendre
La revoilà fragile
Avant que d´être à vendre

Je suis là, je la suis
Je n´ose rien pour elle
Que la foule grignote
Comme un quelconque fruit

Spoiler:

Encore un truc que Totor n'aurait pas pu écrire
Spoiler:

Parce qu'évoquer Bécaud au XIXe siècle, ça aurait été faire preuve de tellement d'avant-gardisme que la bataille d'Hernani aurait été à côté une aimable promenade de santé.

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Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 Empty Re: Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française

par User5899 le Jeu 30 Mai 2013 - 0:31
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:je porte un goût assez commun (pour ainsi dire) à Hugo et Aragon. Non seulement ce sontdeux auteurs que j'apprécie particulièrement, et dirais-je même de plus en plus depuis quelques temps, mais je perçois une sorte de parenté, de solidarité entre eux. Je reconnais toutefois que je serais bien en peine de l'expliquer...

En revanche, je supporte de moins en moins Gide. Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 248604097
Tout pareil Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 2252222100 Pour Aragon et Totor, cela ne viendrait-il pas, au moins en partie, d'une utilisation finalement très proche de l'alexandrin, très rhétorique chez l'un et l'autre, et du "souffle" que l'on perçoit chez eux deux ?
Merci pour votre anthologie, je vais me la commander.
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par Le grincheux le Jeu 30 Mai 2013 - 8:06
Cripure a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:je porte un goût assez commun (pour ainsi dire) à Hugo et Aragon. Non seulement ce sontdeux auteurs que j'apprécie particulièrement, et dirais-je même de plus en plus depuis quelques temps, mais je perçois une sorte de parenté, de solidarité entre eux. Je reconnais toutefois que je serais bien en peine de l'expliquer...

En revanche, je supporte de moins en moins Gide. Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 248604097
Tout pareil Le plus beau/les plus beaux vers de la poésie française - Page 5 2252222100 Pour Aragon et Totor, cela ne viendrait-il pas, au moins en partie, d'une utilisation finalement très proche de l'alexandrin,
Suspect
Où donc avez-vous trouvé une utilisation semblable des alexandrins chez Totor et Aragon ? D'un côté, il se trouve une envergure de crucifixion avec force enjambements (ou des vers beaucoup plus courts) et de l'autre, on est tout de même plus académique, poussant le vice jusqu'à utiliser la ponctuation.

très rhétorique chez l'un et l'autre, et du "souffle" que l'on perçoit chez eux deux ?
Bon, va falloir que j'aille m'asseoir sur ma chaise dans l'ombre... Je vais peut-être éviter les foudres de Cripure Razz

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