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avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 2 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Lun 26 Jan 2009 - 9:47
Merci pour tes encouragements, Mina.
Les nouveaux programmes sont plus classiques et en un sens plus concrets, ils permettent aussi de séparer sur certaines séances ponctuelles la grammaire de l'étude des textes, et du reste emploient l'expression "leçon de grammaire", ce qui n'est pas sans importance (la leçon, cest tout de même assez loin des théories IUFM). Mais au nom de la liberté pédagogique, et pour faire des économies, ils n'éditeront pas les documents d'accompagnements ! Or, vus les avez vus comme moi, ces programmes, il n'y a quand même pas beaucoup d'explications !
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Abraxas
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avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 2 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Abraxas le Lun 26 Jan 2009 - 10:22
Je n'irai pas jusqu'à dire que ce n'est pas compliqué de faire cours… Bien sûr que c'est le chaos, et qu'il faut l'organiser pour en tirer finalement un ordre.
Passer de Dionysos à Apollon. C'est ça, la ligne générale.

Quitte à me faire écharper, je conseillerai de procéder comme en entreprise :
- évaluation fine des besoins ;
- séquençage de l'action : du très complexe et du très simple — simultanément : à chacun selon ses capacités ;
- oublier les programmes, surtout en français — on les garde en arrière-plan, comme un souvenir vague — une nostalgie.
Quel que soit le niveau des élèves, il faut les faire passer de A (leur point de départ) à B — puis on verra. Déjà beau parfois quand ils arrivent à B.
Bien sûr, le collège unique, qui implique des disparités fortes, n'aide pas. Il ne faut pas hésiter à fabriquer des groupes de niveau, et leur donner des travaux différents, notés de façon différente.
En fait, assez curieusement, il se crée souvent une émulation : les élèves entrent en concurrence pour entrer dans le groupe des plus sacqués.
Si on ne fait pas ça, personne n'a envie (tout aussi curieusement) d'entrer dans le groupe des mieux notés.
Le plus difficile, parfois, c'est de convaincre les meilleurs qu'ils vont être sous-notés — et sabrés pour leur bien. Et d'en convaincre leurs parents.
Les enfants en difficulté n'ont pas spontanément envie d'entrer en concurrence avec les "intellos", comme ils disent. Il faut leur montrer qu'on a repéré leurs points faibles (et certains n'ont que des points faibles), et qu'en même temps on ne leur fera aucun cadeau — ni à eux, ni à personne. Main de fer dans gant de fer — et sourires en même temps, inutile de leur laisser penser qu'ils sont de la merde.
Au passage, repérer dès le début de l'année le leader (il y en a toujours un), et jouer avec lui (ou elle). Le prendre au sérieux, et ne rien lui passer en même temps.
Ne pas élever la voix — ou très rarement. D'abord, ça crève, et ça ne sert à rien. Ne pas virer d'élèves, sauf point de non-retour : les déplacer dans la classe, afin d'éviter la formation de sous-groupes. Ne pas donner d'heures de colle (qu'est-ce que c'est qu'une école qui fait une punition du fait d'aller à l'école ?). Ne pas chercher, sauf très gros problème, l'appui d'une administration qui, sauf hasard, ne vous le donnera pas. Pour les élèves, en référer à une CPE ou une direction quelconque, c'est s'adresser aux flics. Vous êtes dans la cage aux fauves, c'est à vous de vous faire obéir.
Et il faut donc entrer en classe en étant persuadé(e) de sa légitimité et de sa capacité. C'est vous le Maître (je m'amuse depuis longtemps, quand j'arrive, de lancer aux élèves qui immanquablement attendent dans le couloir : "Allez, esclaves, en classe…"). C'est vous le Savoir — et un Savoir qu'ils ne maîtrisent pas.
Quant à leur faire désirer ce Savoir… Voir http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2008/11/24/art-de-la-drague.html
Bien sûr, mes élèves sont (actuellement) grands. Mais il faut adapter : pas moyen de faire passer un savoir non désiré.
Et le désir ne passe pas (ou rarement) par un objectif professionnel, mais par la libido (c'est bien le sens de "désir", en latin, non ?).
En quoi il faut être en un sens exemplaire. Il est bon que quelques-uns, au moins, aient envie d'être comme vous. Qu'ils aient le désir de vous (à tous les sens du terme). Ce n'est pas par l'autorité que l'on communique. C'est par la séduction.
90% du cours, au fond, c'est ça. Bref, c'est comme dans la vie : il n'y a rien d'anormal ou d'exceptionnel à une situation pédagogique.
D'où la nécessité de leur raconter des histoires. Du saignant. Du spectaculaire. Mieux que les jeux vidéos, le cours de français ! Mieux que la télé !
Ce qui nous amène à "comment les faire lire". Pareil : le désir. Leur montrer ce qu'il y a vraiment dans les textes. Les amener à traquer les images, les sous-entendus (y compris égrillards). Et en même temps ne rien lâcher au niveau technique. Un poème n'est pas de l'émotion, c'est de la technique (voir ce qu'a écrit Cécile Ladjali sur le sujet). L'expression, c'est aussi de la technique. Ne pas hésiter à balancer parfois (pas systématiquement — rien ne doit être systématique ou attendu dans votre attitude) des vannes sanglantes. Vous avez quand même plus de sens de la réplique qu'eux, non ?
Leur faire comprendre (d'où l'appel non formulé au leader) qu'on risque de ne pas sortir indemne de la classe. "Putain, la prof, comment qu'elle l'a cassé…" Il faut que l'on parle de vous bien en dehors de la classe. Provocation et gentillesse — à doses presque égales.
C'est un dosage qui me convient - et c'est le plus important : pas de recettes en dehors de vous. Vous. On doit adapter son enseignement à ce que l'on est — pas de recettes miracle en dehors de soi, de l'envie que l'on a, de son caractère. Il y a des gens qui ne sont pas faits pour ce métier, par manque d'ego. Plus vous aurez de caractère, plus vous ferez comprendre aux mômes le lien qui existe entre le Savoir et la capacité à parler, à s'imposer. Ne pas faire de cadeaux aux timides. Ni aux hâbleurs.
Et se dire qu'il est essentiel d'en savoir énormément pour en faire passer un peu. En savoir dans des domaines très variés — être capable, deux minutes, d'expédier le supporter de foot ou le rappeur, parce que vous en saurez dans ces deux domaines (j'ai à Marseille des supporters de l'OM, on n'y échappe pas : ils sont les premiers servis…).
Se faire haïr, c'est parfois plus efficace que se faire aimer. Expliquer aux élèves, en début d'année, qu'ils n'ont pas de chance d'être tombés sur vous. Que vous allez leur en faire baver.
Et le faire effectivement. Par le travail et par l'attitude. Rappelez-vous : vous vous souvenez souvent mieux des peaux de vache que des pédagogues coulants (comme le camembert…). Dans les devoirs, être très exigeant — mais ne pas noter forcément à coups de sabre : l'exigence, c'est dans les attentes, pas dans la notation.
C'est un jeu — ils verront assez rapidement que c'est un jeu, et que l'année scolaire consiste aussi à en décoder et maîtriser les règles.

Je note ça dans le désordre, parce qu'il y a urgence, visiblement, pour certains.
Reine Margot
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par Reine Margot le Lun 26 Jan 2009 - 11:43
sur les groupes de niveau: ceux qui seront dans le groupe "faible" justement ne risquent-t-ils pas de se dire "bah de toute façon je ne serai jamais dans le groupe des intellos"? je me souviens que ça avait été fait quand j'étais élève en 6e, je faisais partie des "bons", le groupe A, et ceux qui étaient dans le dernier groupe, le D? s'appelaient eux-mêmes les "débiles". je trouve intéressante une réflexion de qqn (je ne sais plus qui) qui en lycée, face à des classes hétérogènes, faisait chercher chaque groupe des choses différentes dans le texte, et la LA ne pouvait se faire qu'avec l'apport de tous les groupes, les forts ayant aussi besoin du travail des "faibles". comment fais-tu, abraxas, pour que les "faibles" aient envie de se faire "sacquer" autant que les forts?
je me souviens qu'en prépa le système était à peu près le même, basé sur la compétition, on rendait les copies par ordre de notes, par ex, et le classement de la classe était affiché en cours. certains ont baissé les bras (dont moi) et se sont retouvés en fac, seuls les plus forts ont survécu. en prépa c'est pas grave car on a d'autres possibilités, mais en collège où on est obligé d'accuiellir tout le monde?

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par Carabas le Lun 26 Jan 2009 - 11:59
@Abraxas a écrit:Il y a des gens qui ne sont pas faits pour ce métier, par manque d'ego. Plus vous aurez de caractère, plus vous ferez comprendre aux mômes le lien qui existe entre le Savoir et la capacité à parler, à s'imposer.
Mouais. Je dois appartenir à cette catégorie.
J'aurais dû faire éleveuse de caniches.
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par Reine Margot le Lun 26 Jan 2009 - 12:04
moi pareil: le fait d'avoir plus de répartie que les élèves ça dépend. parfois je les 'casse", ça arrive, mais parfois je gueule aussi parce que la réplique ne vient pas toujours. les profs sont des gens comme les autres, certains ont plus de répartie que d'autres, mais bon il n'est pas indispensable d'être un acteur-né pour réussir face à une classe, du moins à faire un boulot honnête.
frachement, des profs ayant le talent que décrit abraxas il y en a combien?
heureusement, sans êre forcément comme ça certains sont de bons profs.

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Abraxas
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par Abraxas le Lun 26 Jan 2009 - 12:48
Marquise, je suis en vacances à partir du 19. Si vous êtes plus ou moins dans la région PACA, et que vos vacances soient dans les jours précédents (le mardi ou le jeudi), je vous invite en cours.
Bien sûr, ce n'est pas du collège (mais je crois que je faisais le même type de cours en collège — rural). Et puis je suis sûr que ce sera un plaisir.
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par Abraxas le Lun 26 Jan 2009 - 12:49
Je fais cours sur les Liaisons, en ce moment : ça ne vous dépaysera pas trop, Merteuil !
reinedesaba
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par reinedesaba le Lun 26 Jan 2009 - 12:54
@Carabas a écrit:
@Abraxas a écrit:Il y a des gens qui ne sont pas faits pour ce métier, par manque d'ego. Plus vous aurez de caractère, plus vous ferez comprendre aux mômes le lien qui existe entre le Savoir et la capacité à parler, à s'imposer.
Mouais. Je dois appartenir à cette catégorie.
J'aurais dû faire éleveuse de caniches.

Je pense que justement l'un des problèmes de l'iufm est de saper toute confiance en soi or c'est tout de même nécessaire : être certain qu'on a beaucoup à apporter aux élèves.
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par Invité le Lun 26 Jan 2009 - 13:02
Bien Abraxas, je médite je médite... Cela me paraît un peu excessif (mais c'est tout vous, non ? Smile ) sur l'usage de la séduction, la "killer-attitude", quoique ce ne soit pas faux du tout : une de mes collègues est actrice à côté et fait toujours son show en cours, parallèlement à ça, c'est la prof de latin, elle est exigeante et sévère, ils n'ont pas le droit de moufter avec elle. Je crois que les élèves la détestent parfois, mais qu'elle les fascine. Je me sens un peu en-dessous d'elle, disons que si j'avais le cran, une part de moi est comme ça, mais comme vous le dites, les filles, on n'est pas comme ça tout le temps non plus...
Je suis entièrement d'accord avec le fait que l'enseignement doit découler de nous, mais voilà, en ce qui me concerne, je dois justement "me trouver", et après, ça va dépoter ! Il ne faudrait pas trop attendre quand même... araignée


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par Abraxas le Lun 26 Jan 2009 - 13:14
Ce qui me sidère, c'est que ce soit maintenant que vous vous "cherchiez". On devrait faire naturellement ça avant de passer le CAPES — ou l'agreg… Savoir qui on est — ses défauts, ses failles, ses qualités. On joue autant avec ses défauts qu'avec ses qualités — il est essentiel de savoir que les failles peuvent être exploitées, quitte à les exploiter en simulant : il m'arrive ainsi de montrer aux élèves un aspect presque humain… lol!

A propos, dans votre message, ce n'&était pas "mais qu'elle les fascine", par hasard ? Si oui, comment expliquez-vous un tel lapsus ?
C'est vous qui devez les fasciner, pas le contraire !
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par Invité le Lun 26 Jan 2009 - 14:04
@Abraxas a écrit:Ce qui me sidère, c'est que ce soit maintenant que vous vous "cherchiez". On devrait faire naturellement ça avant de passer le CAPES — ou l'agreg… Savoir qui on est — ses défauts, ses failles, ses qualités. On joue autant avec ses défauts qu'avec ses qualités — il est essentiel de savoir que les failles peuvent être exploitées, quitte à les exploiter en simulant : il m'arrive ainsi de montrer aux élèves un aspect presque humain… lol!

Je suis venue au CAPES sur un coup de tête, donc je n'ai pas analysé à ce moment-là. Ensuite j'ai bossé, bossé, parfois pour le lendemain, en essayant aussi de vivre à côté : c'est donc finalement après quinze ans d'ancienneté que je peux m'offrir le luxe du recul et d'une réflexion plus détachée. Mais des doutes et des questionnement, j'en ai eu.

A propos, dans votre message, ce n'&était pas "mais qu'elle les fascine", par hasard ? Si oui, comment expliquez-vous un tel lapsus ?
C'est vous qui devez les fasciner, pas le contraire !

Bien joué ! C'est pas mal... En fait, je ne sais pas comment l'expliquer, mais à la limite, je voulais plutôt dire "elle me fascine". Sinon, est-ce l'effet "groupe" qui me fascine ou m'hypnotise ? C'est un fait que, quand le groupe n'est pas avec moi de tous ses yeux et de toutes ses oreilles, je ne sais pas toujours bien réagir. Je suis plus à l'aise quand je les sens captivés, c'est vrai. Mais encore une fois, ce n'est pas tout le temps, et le pire, c'est que même quand ça marche bien, je ne saurais pas toujours dire pourquoi ! Sinon, j'aurais la clé en main.
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Mina
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par Mina le Lun 26 Jan 2009 - 14:10
@Abraxas a écrit:Ce qui me sidère, c'est que ce soit maintenant que vous vous "cherchiez". On devrait faire naturellement ça avant de passer le CAPES — ou l'agreg… Savoir qui on est — ses défauts, ses failles, ses qualités.
Peut-être parce qu'à 20 ans, on est jeune, on se sent libre, plein d'idéaux, tout semble possible, on est plongé dans ses bouquins, on vit à la bibliothèque, on prépare les concours. Puis, un jour, on se retrouve devant des ados boutonneux, à lunettes, les hormones en pleine activité, pleins d'arrogance, de mépris, de haine pour certains. Et là, on se demande si on n'a pas laissé passer quelque chose. Et on se cherche, et on se remet en cause...
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par Carabas le Lun 26 Jan 2009 - 14:15
Au 13h sur France 2, ils ont montré un cours pour les jeunes profs, où il était question de donner quelques pistes pour avoir un minimum d'autorité en cours.
Conseil 1 : avoir un plan de classe devant les yeux.
Conseil 2 : avoir son cours prêt
Conseil 3 : regarder l'élève à qui l'on fait une réflexion.

D'une part, j'ai envie de dire "non, sans blague?" De l'autre, j'ai appliqué tout cela dés le début de mon 1er stage. Or, j'ai eu le bazar dés le 2e cours. Enfin, des bavardages diffus que je n'ai pas su maîtriser et qui ont dérivé en bazar.

Ca m'énerve, ces soit-disant recettes qui marchent à tous les coups...

En même temps, si rien n'a marché avec moi, c'est sûrement la preuve que je ne suis décidément pas faite pour ce métier et que j'ai eu raison de laisser tomber...

@Mina a écrit:
@Abraxas a écrit:Ce qui me sidère, c'est que ce soit maintenant que vous vous "cherchiez". On devrait faire naturellement ça avant de passer le CAPES — ou l'agreg… Savoir qui on est — ses défauts, ses failles, ses qualités.
Peut-être parce qu'à 20 ans, on est jeune, on se sent libre, plein d'idéaux, tout semble possible, on est plongé dans ses bouquins, on vit à la bibliothèque, on prépare les concours. Puis, un jour, on se retrouve devant des ados boutonneux, à lunettes, les hormones en pleine activité, pleins d'arrogance, de mépris, de haine pour certains. Et là, on se demande si on n'a pas laissé passer quelque chose. Et on se cherche, et on se remet en cause...
En effet, Mina, il y a aussi de ça. Quand je tentais les concours, je me disais que si d'autres y arrivaient, il n'y avait pas de raison pour que moi, je n'y arrive pas. Maintenant, je me dis que je suis plus nulle que les autres, tout simplement.


Dernière édition par Carabas le Lun 26 Jan 2009 - 14:32, édité 1 fois
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par Invité le Lun 26 Jan 2009 - 14:29
Enfin, tu ne fais pas TOUT dans une classe non plus : quels élèves as-tu eus en face de toi ? :mitrailler:
Je dis que certaines "ficelles" sont utiles, mais rien que si tu demandes sur le forum "qu'est-ce que vous faites pour avoir plus d'autorité ?" tu obtiens quinze mille réponses, personne n'est d'accord. Or tu ne peux pas essayer tout ce qu'on te propose, c'est contradictoire. Remarque, quand on ne te propose rien, comme à l'IUFM, c'est vite réglé !
La remarque d'Abraxas suppose qu'il pense qu'on nous a donné des conseils, montré des cours, et qu'on pouvait y faire le tri, mais pour moi, rien, que dalle ! Mon tuteur en responsabilité est venu deux fois me voir et moi j'ai dû le voir une à deux fois maxi, il n'avait que des BTS. Ma tutrice en collège a été mieux et m'a montré quelque chose, et je n'ai eu que ça comme maigre bagage pour démarrer mes cours. Ca n'a duré qu'un mois. Et voilà, je ne savais rien, c'est simple. R.I.E.N.
La première chose importante qui m'a fait garder courage, c'est à la quatrième année : j'ai eu des 4e qui ont été plus tard les meilleurs copains de mon frère. J'ai appris incidemment qu'ils aimaient bien mes cours, que je les faisais bosser (j'étais "chiante", bon, j'ai plutôt pris ça comme un compliment !). Mais si je m'étais arrêtée à leurs expressions en classe, je ne l'aurais jamais cru.
Et ce n'est pas toujours dans le boulot qu'on échange beaucoup plus !
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par Invité le Lun 26 Jan 2009 - 14:31
Abraxas, tu te bats contre les IUFM, mais c'est pire que ce que tu crois !
Même si nous sommes peut-être aussi de pauvres gourdes ?
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Abraxas
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par Abraxas le Lun 26 Jan 2009 - 16:50
A vingt ans, je commençais à préparer l'agrèg, que j'ai passée l'année suivante. Et je savais exactement ce que je faisais (la plupart de mes condisciples, qui passaient l'agrèg avec en tête de passer l'ENA, le savaient aussi — dans un autre genre).
La seule chose qui m'a un peu surpris, c'est le décalage entre mon stage (en prépas à Louis-le-Grand) et mon premier poste, dans un collège rural de Normandie. Mais je me suis fait la main avec des élèves qui n'étaient pas trop difficiles, mais qui n'étaient pas des flèches non plus — l'idéal, je pense, pour commencer.
Je crois qu'il faut quatre ou cinq ans pour savoir à peu près faire cours. Encore qu'il m'arrive de sortir de classe en me disant que j'ai raté — comme on rate une cible. Ça me donne de l'allant pour le prochain — et ça fait 35 ans que ça dure. Je crois que j'ai la transmission dans le sang.
Pierre_au_carré
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par Pierre_au_carré le Lun 26 Jan 2009 - 16:59
@Abraxas a écrit: Je crois que j'ai la transmission dans le sang.

des gènes ? :Oups:
eauderose
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par eauderose le Lun 26 Jan 2009 - 18:02
Abraxas, j'apprécie que vous preniez le temps de répondre à nos interrogations. Comme Lulamae, j'enseigne depuis qq années (10 ans), j'y suis heureuse, ça se passe bien avec mes élèves (j'ai un public "facile" : pas des flèches, mais sympas, ça aide !) et comme elle je me pose pourtant un tas de questions "professionnellement existentielles " !!! pourquoi ça marche parfois, pourquoi ça plante le lendemain, progressent-ils vraiment ???? question la plus douloureuse pour moi ! J'ai l'impression que les bons restent bons et les mauvais ... mauvais !... et l'IUFM, ça me semblait tellement vrai y'a 10 ans ... tellement dépassé aujourd'hui, y'a de quoi être déstabilisée ! Je vous lis toujours avec intérêt et ça m'aide à me positionner (même si je ne suis pas toujours d'accord). Bref, ce métier c'est vraiment un bel os à ronger !!! ( j'ai bien conscience que je ne fais pas avancer le débat !) Very Happy
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par Invité le Lun 26 Jan 2009 - 18:20
Si Eauderose, merci, j'apprécie ta contribution. Very Happy
De même que celle d'Abraxas me fait réfléchir.
Tu as raison, cela ne me paraît pas si facile de savoir ce qu'il reste de nos cours et de nos méthodes longtemps après. Tu peux évaluer dans un contrôle ou au brevet, mais les bons élèves ne réussiraient-ils même pas sans nous ?
eauderose
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par eauderose le Lun 26 Jan 2009 - 18:45
Je me fais la même réflexion et elle me donne le vertige !!!! Je préfèrerais avoir un métier plus "quantifiable" du point de vue des résultats parfois ! Quand je vois mon mari, qui a une entreprise, je me dis que c'est plus "simple" d'une certaine façon (c'est pourtant infiniment plus complexe dans le fonctionnement !) : il produit quelque chose (d'une certaine manière puisqu'il est prof libéral), il doit le vendre et gagner de l'argent avec pour faire vivre sa société et ses salariés . Point ! Il travaille sur des dossiers, dans un monde de concurrence et ce sont les chiffres qui parle à la fin de l'année. Nous, on a du mal à évaluer nos élèves, leurs résultats, nos pratiques et du mal à savoir même ce qu'ils doivent savoir ! Un comble ! Rolling Eyes
Aloysa
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par Aloysa le Lun 26 Jan 2009 - 18:50
Je suis assez d'accord avec l'essentiel du contenu du long message d'abraxas. L'IUFM, pour ma part, a complètement détruit la confiance que j'avais en moi, et effectivement je me suis immédiatement sentie une grosse nulasse, incapable de faire un cours à des 6e, j'ai mis des années à m'en remettre. A vrai dire il n'y a que depuis que j'ai réussi à être admissible à l'agreg que j'ai commencé à me dire que je valais ptet quelque chose dans ce métier, ce qui est très bête.
En revanche, l'attitude que tu décris Abraxas, ne marche pas forcément à tous les coups et pour tous les publics. Etre convaincu de sa légitimité, oui, mais cela ne peut pas toujours suffire, maheureusement, sinon ce serait trop simple...
sand
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Guide spirituel

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par sand le Lun 26 Jan 2009 - 21:14
Abraxas déborde de confiance en lui. Il est bon parce qu'il a conscience qu'il l'est. Il a atteint le nirvana du prof. La preuve, il publie le fruit de ses pensées. Il a du génie !
(Personne ne soupçonne ma jalousie, j'espère... Si vous saviez, j'ai toujours cru que j'étais faite pour enseigner. Et j'y crois encore...)
Albertine
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par Albertine le Mar 27 Jan 2009 - 16:54
C'est pendant l'année de stage à l'IUFM que je me suis mise à douter de moi...
J'ai enseigné après une maîtrise, me suis retouvée du jour au lendemain devant une classe et j'ai appris sur le tas.
J'ai fait des erreurs la 1e année, je me suis fait déborder certaines fois mais j'ai su que j'étais faire pour ça: enseigner.
J'ai dans la tête ce à quoi je veux mener mes élèves en fin de séquence, et j'improvise quasiment à chaque cours, s'il me vient une idée pour faire passer un contenu à 7h45 en allant au collège et bien à 8 heures je mets en pratique ce que les embouteillages m'ont permis de "préparer". Je n'ai connu que des remplacements: vacataire, contractuelle, TZR.
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par Abraxas le Mar 27 Jan 2009 - 20:44
Sand, on fait dans le sarcasme ?
Pour enseigner, comme pour pas mal d'autres choses qui sont de l'ordre de la séduction, il faut avoir confiance en soi — ou l'afficher, ce qui, au fond, revient au même. On finit par y croire soi-même — brièvement.

Quant à savoir ce qui reste d'un cours…
Quand vous croisez un ancien élève, dix-quinze ans après (vous ne le reconnaissez pas, parce qu'il a fichtrement changé, mais lui vous reconnaît — vous, vous avez juste vieilli), et qu'il / elle vus rappelle, les larmes aux yeux ou juste hilare, ce que vus avez dit ou fait dix-quinze ans avant, là, vous saisissez que vous avez fait quelque chose.
Darcos me disait un jour que l'embêtant, dans le métier de ministre de l'Education, c'est qu'on n'est plus là pour saisir les résultats réels d'une réforme — dix-quinze ans plus tard. Il en est de même pour nous — nous enseignons pour qu'il en reste quelque chose — plus tard. Nous sommes là pour l'ailleurs.
John
John
Médiateur

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par John le Mar 27 Jan 2009 - 20:53
Quand vous croisez un ancien élève, dix-quinze ans après (vous ne le reconnaissez pas, parce qu'il a fichtrement changé, mais lui vous reconnaît — vous, vous avez juste vieilli), et qu'il / elle vus rappelle, les larmes aux yeux ou juste hilare, ce que vus avez dit ou fait dix-quinze ans avant, là, vous saisissez que vous avez fait quelque chose.

Oui, mais il ne faut pas idéaliser non plus. Il y a des professeurs dont je ne me souviens pas, ou dont j'ai un mauvais souvenir. Ils n'avaient rien de plus mauvais que les autres, mais ils ne me convenaient pas à moi, c'est tout. Et on peut apporter des choses aux élèves en leur étant tout à fait indifférents. En y repensant des années plus tard, il y a des professeurs que j'ai détestés parce qu'ils avaient refusé de mettre une video dans un bus, ou parce qu'ils avaient une interprétation d'un livre opposée à la mienne. Le souvenir, la popularité et les larmes aux yeux, ca tient à pas grand chose, et c'est très aléatoire.

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par sand le Mar 27 Jan 2009 - 21:10
Point de sarcasme, au contraire, j'ai laissé échappé mon admiration justement. J'admire l'assurance, l'orgueil (s'il n'est pas démesuré), et la force qui conduit à publier ce que l'on pense. Je suis une mouche, à côté. Je l'admets avec humilité. Aujourd'hui, avec mes 4°, j'ai étudié Mignonne, allons voir... de Ronsard. Eh bien la peur au ventre pendant dix minutes au moins : si je les dégoûte, c'est foutu pour la poésie ! J'aurais voulu entrer en classe avec la certitude qu'ils boiraient mes paroles et qu'en rentrant chez eux, ce soir, ils se jetteraient sur internet pour lire d'autres poèmes de Ronsard.
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