Partagez
Voir le sujet précédentAller en basVoir le sujet suivant
sand
Guide spirituel

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par sand le Mar 27 Jan - 21:10
Point de sarcasme, au contraire, j'ai laissé échappé mon admiration justement. J'admire l'assurance, l'orgueil (s'il n'est pas démesuré), et la force qui conduit à publier ce que l'on pense. Je suis une mouche, à côté. Je l'admets avec humilité. Aujourd'hui, avec mes 4°, j'ai étudié Mignonne, allons voir... de Ronsard. Eh bien la peur au ventre pendant dix minutes au moins : si je les dégoûte, c'est foutu pour la poésie ! J'aurais voulu entrer en classe avec la certitude qu'ils boiraient mes paroles et qu'en rentrant chez eux, ce soir, ils se jetteraient sur internet pour lire d'autres poèmes de Ronsard.
avatar
Abraxas
Doyen

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Abraxas le Mar 27 Jan - 21:19
Allez savoir, peut-être l'ont-ils fait. Et quoi que dise John de l'aspect aléatoire de notre métier, "quand vous serez bien vieille, assise au coin du feu…" et qu'un ancien élève vous dira qu'il a convaincu la femme de sa vie en adaptant "Mignonne", vous vous sentirez — brièvement — utile. Un instant. Ce n'est pas mal. C'est enviable.
avatar
helbell
Niveau 3

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par helbell le Mar 27 Jan - 21:24
On n'est pas sérieux, mais très impressionnable quand on a 17 ans.

On l'est beaucoup moins quand on devient ministre, mais souvent bien trop présomptueux pour être vraiment sérieux...



Le charisme d'un prof n'a jamais formé personne. Séduit, charmé, si vous voulez, mais qu'en reste-t-il l'année suivante avec un autre prof ? Rien, que de la nostalgie, ou de l'amertume envers le nouveau bien moins sexy que l'autre. Si toutes les classes devaient ressembler au cercle des poètes disparus, autant démissionner tout de suite.



Rassure-toi Sand, la vraie littérature a aussi le pouvoir de se défendre toute seule, sans avoir forcément besoin d'un avocat de génie. Il suffit parfois de laisser parler les grands textes, et de savoir s'effacer un peu derrière leur voix.



(Quoique pour Ronsard, il y aurait plutôt du souci à se faire si l'on en croit le récent rapport de la HALDE... du racisme anti-vieux, à ce qu'ils disent...)
sand
sand
Guide spirituel

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par sand le Mar 27 Jan - 21:26
Comme je leur ai demandé une recherche sur la Pléiade, j'ai quelque espoir qu'ils liront au passage quelques vers. Quant à l'impact de ce que je leur aurai appris... les techniques de séduction évoluent si vite !
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Mar 27 Jan - 21:32
Le charisme, la séduction ne sont-ils pas tout simplement la conviction ? De même que l'autorité. Ca ne veut pas forcément dire qu'on est obligé d'être beau ou sexy, mais qu'on a la volonté, le désir de transmettre. On transmet sûrement mieux ce qu'on aime... Ensuite, on peut calculer plus ou moins autour de ça. C'est en ce sens que je comprends ce qu'a dit Abraxas.
Je VEUX retrouver ma conviction ! :boxe:
Leclochard
Leclochard
Empereur

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Leclochard le Mar 27 Jan - 21:56
Je trouve assez justes les conseils d'Abraxas. Même si je ne fais pas forcément tout ce qu'il dit, j'aime bien l'idée qu'on cherche à séduire, qu'on joue un rôle, et qu'à un certain degré, on peut faire de la provoc qui va créer ou souligner une complicité (excellente la phrase d'entrée en classe: "allez, esclaves !, au savoir "). D'accord aussi avec l'idée qu'on doit avoir une dose de confiance en soi ou du moins faire semblant d'en avoir!
Quand j'ai débuté un collègue d'histoire -vraiment le type brillant et cultivé- m'avait conseillé la lecture du Prince de Machiavel pour mieux comprendre les relations prof-élèves: je n'ai jamais regretté sa lecture, ses idées (comme le fait d'afficher des qualités sans les mettre en pratique car trop dangereuses), et certaines belles formules ("mieux vaut être craint qu'aimé...") Voilà un livre qu'un IUFM pertinent pourrait recommander Smile
John
John
Médiateur

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par John le Mar 27 Jan - 22:42
Y a un épisode comme celui évoqué par Abraxas au début de Un cheval qui fuit de Martin Walser. Le professeur qui retrouve l'un de ses anciens élèves.

Cela dit, c'est une belle illustration de la théorie des mèmes que vous nous donnez là. Abraxas, vous connaissez les mèmes ? Ca explique pratiquement tout : les IUFM, l'Instruction publique, l'Education Nationale, les séquences, les modules... presque tout. Y compris, dans le désordre, la presse quotidienne, les blogs, les forums, internet en général... Belle théorie, vraiment.

_________________
En achetant des articles au lien ci-dessous, vous nous aidez, sans frais, à gérer le forum. Merci !


"Celui qui ne participe pas à la lutte participe à la défaite" (Brecht)
"La nostalgie, c'est plus ce que c'était" (Simone Signoret)
"Les médias participent à la falsification permanente de l'information" (Umberto Eco)
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Mer 28 Jan - 9:14
Je ne connais pas : tu peux nous l'expliquer ?
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Mer 28 Jan - 9:15
@Leclochard a écrit:Je trouve assez justes les conseils d'Abraxas. Même si je ne fais pas forcément tout ce qu'il dit, j'aime bien l'idée qu'on cherche à séduire, qu'on joue un rôle, et qu'à un certain degré, on peut faire de la provoc qui va créer ou souligner une complicité (excellente la phrase d'entrée en classe: "allez, esclaves !, au savoir "). D'accord aussi avec l'idée qu'on doit avoir une dose de confiance en soi ou du moins faire semblant d'en avoir!
Quand j'ai débuté un collègue d'histoire -vraiment le type brillant et cultivé- m'avait conseillé la lecture du Prince de Machiavel pour mieux comprendre les relations prof-élèves: je n'ai jamais regretté sa lecture, ses idées (comme le fait d'afficher des qualités sans les mettre en pratique car trop dangereuses), et certaines belles formules ("mieux vaut être craint qu'aimé...") Voilà un livre qu'un IUFM pertinent pourrait recommander Smile

Je retiens l'idée : c'est judicieux. C'est de la politique après tout : ne devons-nous pas gouverner une classe comme une mini-cité ?
Je pense souvent aussi à lire Propos sur l'éducation d'Alain.
avatar
retraitée
Doyen

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par retraitée le Mer 28 Jan - 17:07
@lulamae a écrit:
@Leclochard a écrit:Je trouve assez justes les conseils d'Abraxas. Même si je ne fais pas forcément tout ce qu'il dit, j'aime bien l'idée qu'on cherche à séduire, qu'on joue un rôle, et qu'à un certain degré, on peut faire de la provoc qui va créer ou souligner une complicité (excellente la phrase d'entrée en classe: "allez, esclaves !, au savoir "). D'accord aussi avec l'idée qu'on doit avoir une dose de confiance en soi ou du moins faire semblant d'en avoir!
Quand j'ai débuté un collègue d'histoire -vraiment le type brillant et cultivé- m'avait conseillé la lecture du Prince de Machiavel pour mieux comprendre les relations prof-élèves: je n'ai jamais regretté sa lecture, ses idées (comme le fait d'afficher des qualités sans les mettre en pratique car trop dangereuses), et certaines belles formules ("mieux vaut être craint qu'aimé...") Voilà un livre qu'un IUFM pertinent pourrait recommander Smile

Je retiens l'idée : c'est judicieux. C'est de la politique après tout : ne devons-nous pas gouverner une classe comme une mini-cité ?
Je pense souvent aussi à lire Propos sur l'éducation d'Alain.
La lecture d'Alain devrait te ravir! c'est sain et sensé, et surtout fort clair, loin des fumeuses ifumisteries!
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Mer 28 Jan - 18:42
Merci retraitée !
Reine Margot
Reine Margot
Demi-dieu

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Reine Margot le Mer 28 Jan - 19:10
je serais ravie de passer abraxas mais je suis assez loin hélas de la région PACA. même si je regrette de ne pas voir lke cours sur les liaisons!
en ce qui concerne la question de savoir qui on est, effectivement, comme il a été dit, j'ai passé le CAPES à 22 ans et parce que j'étais littéraire, j'aimais lire (j'aime toujours) et je voulais faire ça. mais comme vous l'avez dit on fait cours avec ses qualités et ses défauts. il n'est pas donné à tout le monde d'avoir un sens de la répartie infaillible, par exemple, ni de faire de l'ironie tout en signifiant des limites à des gamins qui ont besoin d'une autorité claire. surtout au collège où ils ont souvent du mal à la percevoir...si je fais de l'ironie ils me trouvent marrante, bon voila, ça doit être ma tête, je ne fais pas peur aux élève, je dois passer par autre chose: clarté des exigences, recettes comme attendre le silence etc...parfois ça passe, parfois non, c'est comme ça.

_________________
Que le cul leur pèle, et que les bras leur raccourcissent!
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Mer 28 Jan - 20:09
Oui, c'est vrai Marquise, et le fait de miser beaucoup sur le jeu, la séduction (même si ça procure de bons moments, une sorte de sentiment d'invincibilité) n'est pas exempt d'un certain danger : le jour où tu n'as pas bien dormi, tu n'es pas en forme, tu es moins bon... Ben tu peux te planter. Moi, j'aime bien le risque, à condition que ça marche.
avatar
Abraxas
Doyen

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Abraxas le Mer 28 Jan - 23:22
Ah non — la beauté du risque, c'est que justement, parfois (souvent) ça ne marche pas. À quoi croyez-vous que marchent les joueurs ? Pas seulement à l'espoir du succès — ils savent bien qu'ils sont là aussi pour perdre.
parfois on se plante en cours — mais si vous avez assuré les bases, les gosses ne vous en veulent pas — pourvu que ça ne devienne pas chronique.
Enfin, plaire / déplaire a un avantage : vous ne laissez personne indifférent, vous créez des conflits (pour / contre), vous avez des groupies et des adversaires acharnés, c'est vivant, ça bouge — et c'est vous qui les faites bouger. Ajoutez effectivement un peu de répartie (cinglante, si possible), et beaucoup de savoirs diversifiés — le "par cœur" les impressionne colossalement, c'est la seconde génération à laquelle on n'a pas demandé grand chose —, et vous tiendrez votre classe à bout de bras, à bout de lèvres.
John
John
Médiateur

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par John le Mer 28 Jan - 23:52
La lecture d'Alain devrait te ravir! c'est sain et sensé, et surtout fort clair, loin des fumeuses ifumisteries!

Ah oui, Alain c'est très bien. Dans l'ensemble, il a selon moi largement surestimé les capacités du libre-arbitre humain, mais on les sous-estime tellement que cela forme finalement un équilibre.

Et c'est effectivement tout à fait sensé sans être simpliste.

_________________
En achetant des articles au lien ci-dessous, vous nous aidez, sans frais, à gérer le forum. Merci !


"Celui qui ne participe pas à la lutte participe à la défaite" (Brecht)
"La nostalgie, c'est plus ce que c'était" (Simone Signoret)
"Les médias participent à la falsification permanente de l'information" (Umberto Eco)
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Jeu 29 Jan - 9:15
@Abraxas a écrit:Ah non — la beauté du risque, c'est que justement, parfois (souvent) ça ne marche pas. À quoi croyez-vous que marchent les joueurs ? Pas seulement à l'espoir du succès — ils savent bien qu'ils sont là aussi pour perdre.
parfois on se plante en cours — mais si vous avez assuré les bases, les gosses ne vous en veulent pas — pourvu que ça ne devienne pas chronique.
Enfin, plaire / déplaire a un avantage : vous ne laissez personne indifférent, vous créez des conflits (pour / contre), vous avez des groupies et des adversaires acharnés, c'est vivant, ça bouge — et c'est vous qui les faites bouger. Ajoutez effectivement un peu de répartie (cinglante, si possible), et beaucoup de savoirs diversifiés — le "par cœur" les impressionne colossalement, c'est la seconde génération à laquelle on n'a pas demandé grand chose —, et vous tiendrez votre classe à bout de bras, à bout de lèvres.

La répartie cinglante, j'y arrive (quand j'ai envie, parce que parfois ils l'attendent trop et ce n'est plus drôle), j'aime aussi les surprendre. Je n'ai jamais pensé à utiliser le par coeur (pour moi). Est-ce que vous leur récitez des poèmes ?
J'ai remarqué cette admiration lorsqu'en ATP j'ai appris un dialogue anglais avec une de mes élèves : elle était soufflée "vous avez appris déjà, madame ?" C'est vrai que ça fait du bien à l'ego...
Merci pour le conseil, j'y repenserai. Et vous avez cité une fois Cécile Ladjali : ce qu'elle a fait avec ses élèves m'intéresse beaucoup.
avatar
retraitée
Doyen

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par retraitée le Jeu 29 Jan - 10:57
@lulamae a écrit:
@Abraxas a écrit:Ah non — la beauté du risque, c'est que justement, parfois (souvent) ça ne marche pas. À quoi croyez-vous que marchent les joueurs ? Pas seulement à l'espoir du succès — ils savent bien qu'ils sont là aussi pour perdre.
parfois on se plante en cours — mais si vous avez assuré les bases, les gosses ne vous en veulent pas — pourvu que ça ne devienne pas chronique.
Enfin, plaire / déplaire a un avantage : vous ne laissez personne indifférent, vous créez des conflits (pour / contre), vous avez des groupies et des adversaires acharnés, c'est vivant, ça bouge — et c'est vous qui les faites bouger. Ajoutez effectivement un peu de répartie (cinglante, si possible), et beaucoup de savoirs diversifiés — le "par cœur" les impressionne colossalement, c'est la seconde génération à laquelle on n'a pas demandé grand chose —, et vous tiendrez votre classe à bout de bras, à bout de lèvres.

La répartie cinglante, j'y arrive (quand j'ai envie, parce que parfois ils l'attendent trop et ce n'est plus drôle), j'aime aussi les surprendre. Je n'ai jamais pensé à utiliser le par coeur (pour moi). Est-ce que vous leur récitez des poèmes ?
J'ai remarqué cette admiration lorsqu'en ATP j'ai appris un dialogue anglais avec une de mes élèves : elle était soufflée "vous avez appris déjà, madame ?" C'est vrai que ça fait du bien à l'ego...
Merci pour le conseil, j'y repenserai. Et vous avez cité une fois Cécile Ladjali : ce qu'elle a fait avec ses élèves m'intéresse beaucoup.
Je confirme que, quand on leur récite un poème, ou simplement quelques vers de mémoire, ils sont soufflés. Même chose quand on les fait réciter, et qu'on corrige leurs erreurs sans avoir le texte sous les yeux.
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Jeu 29 Jan - 11:02
Oui, mais dans ce que défend Abraxas, ne sommes-nous pas dans le cours magistral d'une certaine manière ? C'est quelque chose qu'il faut assumer. Je n'ai tellement pas été formée à ça que j'aurais vraiment du mal à "y revenir", même si j'estimais que cela peut redorer le blason du prof, lui redonner du prestige.
C'est là où je vois que cette histoire de formatage, c'est vraiment un problème de fond.
Violet
Violet
Esprit sacré

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Violet le Jeu 29 Jan - 18:32
@Abraxas a écrit:
Au passage, repérer dès le début de l'année le leader (il y en a toujours un), et jouer avec lui (ou elle). Le prendre au sérieux, et ne rien lui passer en même temps.
Ne pas élever la voix — ou très rarement. D'abord, ça crève, et ça ne sert à rien. Ne pas virer d'élèves, sauf point de non-retour : les déplacer dans la classe, afin d'éviter la formation de sous-groupes. Ne pas donner d'heures de colle (qu'est-ce que c'est qu'une école qui fait une punition du fait d'aller à l'école ?). Ne pas chercher, sauf très gros problème, l'appui d'une administration qui, sauf hasard, ne vous le donnera pas. Pour les élèves, en référer à une CPE ou une direction quelconque, c'est s'adresser aux flics. Vous êtes dans la cage aux fauves, c'est à vous de vous faire obéir.
Et il faut donc entrer en classe en étant persuadé(e) de sa légitimité et de sa capacité. C'est vous le Maître


le désir ne passe pas (ou rarement) par un objectif professionnel, mais par la libido (c'est bien le sens de "désir", en latin, non ?).
En quoi il faut être en un sens exemplaire. Il est bon que quelques-uns, au moins, aient envie d'être comme vous. Qu'ils aient le désir de vous (à tous les sens du terme). Ce n'est pas par l'autorité que l'on communique. C'est par la séduction.
90% du cours, au fond, c'est ça. Bref, c'est comme dans la vie : il n'y a rien d'anormal ou d'exceptionnel à une situation pédagogique.
D'où la nécessité de leur raconter des histoires. Du saignant. Du spectaculaire. Mieux que les jeux vidéos, le cours de français ! Mieux que la télé !
Ce qui nous amène à "comment les faire lire". Pareil : le désir. Leur montrer ce qu'il y a vraiment dans les textes. Les amener à traquer les images, les sous-entendus (y compris égrillards). Et en même temps ne rien lâcher au niveau technique. Un poème n'est pas de l'émotion, c'est de la technique (voir ce qu'a écrit Cécile Ladjali sur le sujet). L'expression, c'est aussi de la technique. Ne pas hésiter à balancer parfois (pas systématiquement — rien ne doit être systématique ou attendu dans votre attitude) des vannes sanglantes. Vous avez quand même plus de sens de la réplique qu'eux, non ?
Leur faire comprendre (d'où l'appel non formulé au leader) qu'on risque de ne pas sortir indemne de la classe. "Putain, la prof, comment qu'elle l'a cassé…" Il faut que l'on parle de vous bien en dehors de la classe. Provocation et gentillesse — à doses presque égales.
C'est un dosage qui me convient - et c'est le plus important : pas de recettes en dehors de vous. Vous. On doit adapter son enseignement à ce que l'on est — pas de recettes miracle en dehors de soi, de l'envie que l'on a, de son caractère. Il y a des gens qui ne sont pas faits pour ce métier, par manque d'ego. Plus vous aurez de caractère, plus vous ferez comprendre aux mômes le lien qui existe entre le Savoir et la capacité à parler, à s'imposer. Ne pas faire de cadeaux aux timides. Ni aux hâbleurs.
Et se dire qu'il est essentiel d'en savoir énormément pour en faire passer un peu. En savoir dans des domaines très variés — être capable, deux minutes, d'expédier le supporter de foot ou le rappeur, parce que vous en saurez dans ces deux domaines (j'ai à Marseille des supporters de l'OM, on n'y échappe pas : ils sont les premiers servis…).
Se faire haïr, c'est parfois plus efficace que se faire aimer. Expliquer aux élèves, en début d'année, qu'ils n'ont pas de chance d'être tombés sur vous. Que vous allez leur en faire baver.
Et le faire effectivement. Par le travail et par l'attitude. Rappelez-vous : vous vous souvenez souvent mieux des peaux de vache que des pédagogues coulants (comme le camembert…). Dans les devoirs, être très exigeant

Merci Abraxas pour ce post.
Je n'ai pas votre talent pour écrire mais je m'y suis tout à fait retrouvée. J'applaudis à ce que vous dites et enseigner en collège ambition réussite ne fait que m'en convaincre un peu plus chaque jour.

Je suis en région PACA et si Marquise décline votre invitation, je serais pour ma part, ravie de venir assister à l'une de vos séances...

J'ai croisé récemment une ancienne élève que j'avais il y a 8 ans. Une classe terrifiante, peuplée en majorité de garçons délinquants... j'y ai forgé mes premières armes car je débutais en ZEP. Elle est donc venue récemment me voir au collège.
Pour me remercier.
Elle avait compris maintenant l'intérêt des études et de l'école. S'est excusée de m'avoir "fait la misère" mais elle a ajouté qu'elle se souvenait de mes cours, et de l'avare ! ( un grand moment de traduction français du XVII - français des quartiers nord de marseille ... moment d'anthologie. Et c'était avant le film "l'esquive". )
J'en ai pleuré d'émotion en rentrant en salle des profs ensuite. Une rencontre qui m'a beaucoup marquée.

Je me rends compte chaque jour que la "séduction" fonctionne très bien avec les élèves difficiles... ce n'est pas une histoire de physique. (Je ne suis pas Adjani ou Monica Bellucci) mais les collègues plan plan qui ont autant de charisme qu'un bigorneau et autant d'entrain qu'une huître accrochée à son rocher, ne bouleversent pas les foules de leurs classes...
Remuer les élèves, montrer qu'on les comprend mais qu'on ne s'abaisse pas à leur niveau, que c'est à eux de monter au nôtre... savoir plaisanter et les faire rire mais ne pas baisser ses exigences...
Les "séduire", n'est-ce pas un verbe qui, étymologiquement, vient de ducere (conduire) ?
Lequel d'entre nous n'a pas travaillé pour un prof qu'il aimait bien et respectait ?
Et les années d'après, il en reste quelque chose. Pas tout. Nous n'avons pas une baguette magique... mais quelque chose...
Les élèves ne s'y trompent pas.

Certains viennent régulièrement au fond de ma salle même quand j'ai cours avec d'autres classes. Pour ne pas aller en perm par exemple ; ok, je me doute bien que le climat de la perm y est pour quelque chose...
Mais il y en a un qui , cette année, est venu assister à un cours en me disant que sa prof était malade. Je n'ai pas vérifié. Je l'ai accepté. Elle était là. J'ai ensuite "grondé" l'élève mais j'ai trouvé sa "faute" significative....

C'est aussi pour cela que nos cours sont difficilement transposables d'un collègue à l'autre car la personnalité compte beaucoup, je trouve, et peut-être ne saurais-je pas faire passer efficacement un de vos cours, ou vous un des miens.

Merci pour ce fil, très intéressant. Very Happy
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Jeu 29 Jan - 18:42
Merci à toi aussi, violet, même si je ne me retrouve pas totalement dans ton témoignage - non que je ne sois pas capable d'enthousiasme, mais je ne suis pas aussi sûre de moi que vous l'êtes, toi ou Abraxas. Serait-ce "inné" ?
Pseudo
Pseudo
Demi-dieu

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Pseudo le Jeu 29 Jan - 19:42
Il est certain que pour que les élèves vous suivent il faut bien leur donner envie de la faire. C'est dans ce sens là que j'entends le mot séduction.

Cela passe, je pense, par une très grande sincérité.

Si on est cabotin et acteur dans l'âme, et bien cela sera notre façon de séduire. Mais on peut aussi très vite dériver vers la démagogie et la suffisance avec ce type de méthode, ce me semble. J'en veux pour preuve mon prof de français au lycée : charismatique, à la réputation sulfureuse (il avait épousé en troisièmes noces une de ses élèves), artiste incompris (il éditait à compte d'auteur des opuscules coquines et peignait de sombres croûtes qu'il exposait partout y compris dans sa salle de classe), il s'écoutait parler de longues heures, l'écharpe blanche moussant sur son cou de tortue, son éternelle gitane au bec (c'était avant la loi Evin, donc...). Il ne résistait pas à un bon mot : certains de mes condisciples doivent encore se sentir marqués au fer rouge.
Si je fais le bilan, je me souviens, plus de 20 ans après, de son cours sur Montaigne ou Rabelais. En révisant pour le capes j'entends parfois sa voix me souffler telle ou telle remarque. Mais c'est aussi en partie à cause de lui que j'ai eu des notes en français plus que moyenne, alors que je brillais chez lui : il ne nous a fourni aucune méthode, aucun entraînement au bac. Et c'est à cause de ces notes très insatisfaisantes (et complètement incompréhensibles pour moi à ce moment là) que je ne me suis pas inscrite en lettres modernes à la fac.

Je disais donc que "la séduction" passe par la sincérité. Et si on n'est pas théâtreux dans l'âme, il y a des chances pour que cela sonne faux si l'on tente cette voie. Et on peut tout à fait "entraîner" les élèves avec soi en utilisant d'autres cordes.
Quand je suis en forme, je fais le clown. C'est une forme de mise en scène, mais très courte, du genre sketch. Je couine, je fais des grimaces, je me gratte la tête ostensiblement avec des yeux en points d'interrogation, j'utilise des "mots du sud" ("mais madaaaaame, vous êtes marseillaise ?!" Pour un Orléanais, le sud, c'est Marseille) ou des mots rares (pour eux), des honomatopées sorties de BD... Ca les fait marrer. Ils aiment bien, et se souviennent de ce que je raconte à ce moment-là.
Mais je suis comme toi Lulamae : pas tous les jours en forme. Pas toujours sûre de remporter le morceau. Alors je suis l'aiguillon, le tuteur. Je m'efface et c'est eux qui ont le premier rôle. Je ne suis plus devant, je suis derrière, ou à coté. Et ils aiment aussi beaucoup.

Evidemment, je fonctionne ainsi au CDI. La différence avec une classe plus traditionnelle c'est le lieu et les outils dont on dispose. Les quelques fois où je me suis retrouvée face à des élèves dans une classe traditionnelle (avec seulement chaises et tables, installées de façon frontale) il y a deux choses qui m'ont semblées différentes. On se sent effectivement beaucoup plus en représentation : le prof est vraiment le point focal, surtout en début d'heure. Mais d'un autre coté le public est beaucoup plus captif qu'au CDI. C'est donc à la fois plus intimidant et plus confortable.
Hervé Hervé
Hervé Hervé
Fidèle du forum

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Hervé Hervé le Ven 30 Jan - 16:43
"ne sommes-nous pas dans le cours magistral d'une certaine manière ?"

C'est une forme de cours qu'il faut réhabiliter dans certaines circonstances (j'ai dit certaines, pas toutes).

Je trouve que le plus terrible c'est la culpabilisation que certains "formateurs" et inspecteurs provoquent chez beaucoup de nous.

Ca fait vingt ans que j'enseigne et ce n'est que récemment que j'ai réussi à ne plus avoir trop peur des "remarques" de l'inspecteur en me rendant compte que comme mon cours était - au minimum - correct; ses conseils de faire construire la problématique du cours par une confrontation "libre"des représentations en début de cours et autres billevesées pédagogistes me sont enfin apparues comme ce qu'elles sont: du pur idéalisme.
Sa remarque comme quoi mon cours était un peu trop scolaire m'a fait l'effet d'un compliment.

Vingt ans c'est long.
sand
sand
Guide spirituel

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par sand le Ven 30 Jan - 21:09
Du théâtre, oui. Chaque classe impose un nouveau jeu. C'est souvent enthousiasmant, c'est vrai. Jouer la teigne pour avoir le dessus, je sais faire. Mais pratiquer l'ironie cinglante contre des gamins qui peinent à lire et à écrire, je m'en voudrais.
avatar
Invité
Invité

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Invité le Sam 31 Jan - 8:02
Oui, moi c'est pareil, quand je "casse" ce n'est jamais sur un handicap (peiner à apprendre en est un, quand on essaie en tout cas), ni un défaut physique. Par contre, il peut m'arriver de dire au meilleur élève de la classe qui ne s'est pas mis au boulot avec assez de mauvaise foi "c'est le petit dernier de la 3e 1, il est mignon mais il faut tout lui expliquer". Les autres rigolent, mais ça ne peut pas se retourner contre lui.
Pseudo
Pseudo
Demi-dieu

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par Pseudo le Sam 31 Jan - 8:26
@sand a écrit:Mais pratiquer l'ironie cinglante contre des gamins qui peinent à lire et à écrire, je m'en voudrais.

Mais les prendre au pied de la lettre, c'est pourtant parfois drôle. Quand il s'agit des meneurs ou des enquiquineurs de service, ça les remet en place.
sand
sand
Guide spirituel

avons-nous été si formatés par l'IUFM ? - Page 3 Empty Re: avons-nous été si formatés par l'IUFM ?

par sand le Sam 31 Jan - 14:15
Les meneurs je les broie. Je les pèle. Je les détruit.
Les gentils, je les rassure.
Trop forte. Merci de ne pas me contredire.
Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum