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John
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"Sauver les prépas" : un blog pour défendre les classes préparatoires et les grandes écoles Empty "Sauver les prépas" : un blog pour défendre les classes préparatoires et les grandes écoles

par John Lun 25 Nov 2013 - 13:33
Qui sommes-nous ?

Professeurs en CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles), nous avons à coeur de protéger les formations d excellence que constituent ces classes, fleuron de notre système éducatif.

Nous estimons que la réflexion sur l’école doit nécessairement passer par la reconnaissance de la compétence professionnelle de ceux qui la font, à tous les niveaux d’exercice du métier, de la maternelle au supérieur, et non par la suspicion ou le mépris.

Nous pensons qu’il est urgent de défendre les classes préparatoires et les
grandes écoles contre les tentatives d’agression dont elles font actuellement l’objet et que nous voyons comme une menace de démantèlement à plus ou moins long terme. Notre site est un espace dédié à cette urgence et au débat que, sans doute, elle appelle.
http://sauverlesprepas.wordpress.com/

VINCENT PEILLON DÉCLARE LA GUERRE AUX CLASSES PRÉPARATOIRES

Depuis quelques jours on comprend mieux pourquoi les médias qualifiaient d’explosif le chantier du métier d’enseignant ouvert par Vincent Peillon. La révision annoncée du décret de 1950 vient de désigner son bouc émissaire idéal : les classes préparatoires aux grandes écoles. Au centre du nouveau dispositif, la revalorisation des enseignants en zone d’éducation prioritaire (ZEP) par un allégement d’heures apparaissait comme un projet louable ; mais à moyens constants, le ministre n’a pas trouvé mieux pour le financer que de retirer aux professeurs de CPGE leurs propres décharges horaires. Une mesure qui amputerait leurs salaires de 10 à 15%, soit plusieurs milliers d’euros par an.

Le public doit comprendre ce que signifient ces décharges. Elles ne sont pas «obsolètes» – le terme est de la Cour des comptes – comme l’entretien des cabinets d’histoire-géographie, une curiosité très «Troisième République» que nous abandonnons volontiers à ses détracteurs. En CPGE, les obligations réglementaires de service (ORS) sont réduites à 8 ou 9 heures de cours en fonction de la nature des effectifs : classes de concours ou à plus de 35 élèves. Ce dernier chiffre n’a rien d’exceptionnel, mais il n’est pas rare de trouver des classes à 50, voire 60 élèves ! Le projet prévoit de remettre tout le monde à 10 heures sans plus tenir compte de ces contraintes.

La levée de boucliers ne s’est pas fait attendre, et l’on peut lire déjà plusieurs réactions dans la presse ou sur la toile dénonçant le caractère provocateur, voire insultant, de cette mesure. Le ministre l’avait prévu dès lundi : «Les conservatismes sont en train de s’organiser, en ce moment même», marquant avec une affectation de lassitude le mépris dans lequel il tient ces filières d’excellence. Mais peut-être est-ce un piège qu’il tend aux intéressés, en excitant à dessein leur indignation pourvu qu’ils trahissent leur obsession des privilèges et de l’argent qu’ils gagnent, de leur soif d’heures supplémentaires. Ne comptent-ils pas parmi les 10% des Français les plus riches, avec les artistes et les footballeurs ? Claude Allègre les voyait comme «des pilotes d’Air France», comparaison plutôt flatteuse, du reste.

On peut défendre ses avantages pied à pied sur ce terrain des salaires et des horaires, avalanches de chiffres à l’appui. On peut développer des pages entières d’arguments pour démontrer l’injustice du projet : comparer les revenus de chaires supérieures à ceux des hauts fonctionnaires, des politiques (eh oui…), des inspecteurs de tous ordres ; opposer les ORS en CPGE à celles des enseignants en université (un Prag doit actuellement l’équivalent de 7h de cours magistral par semaine) ; faire valoir à n’en plus finir que le niveau d’études et de compétences, sans parler de la charge de travail, est en réalité bien mal rémunéré et qu’un «normalien agrégé docteur» français gagne à peine plus qu’un instituteur allemand…

Ces données quantifiables sont précieuses, objectives. Pourtant, l’essentiel est ailleurs. M. Peillon, qui proposait le 3 février 2010 dans Libération de «supprimer les grandes écoles», n’a jamais fait mystère de son aversion pour un système qu’il voit, malgré son succès, comme une survivance d’un autre âge. En portant ce premier coup, le ministre, de manière froide et déloyale, jette en pâture à l’opinion l’image mensongère de professeurs à l’abri du besoin, profiteurs d’une sorte de régime spécial qui, à l’instar des niches fiscales, fonctionnerait sur le mode de l’opacité, de l’entre-soi, d’une endogamie culturelle ennemie du bien commun. Pire, M. Peillon veut diviser pour mieux régner, opposer les enseignants entre eux, éveiller des jalousies par la divulgation de prétendus avantages, laissant accroire qu’il faudrait réparer une injustice ici alors qu’il n’existe là aucun ressentiment des personnels. On trouve, sur les forums, des certifiés pour dire la honte qu’ils auraient de voir leur travail allégé par la chute de revenus de leurs collègues plus titrés.

Surtout, M. Peillon devrait savoir que les professeurs de CPGE ne comptent pas leur temps. Ce sont des serviteurs de l’État entièrement dévoués à leur mission et dont la générosité même est offusquée par ces économies de bouts de chandelles. Sait-on que ces professeurs se plaignent parfois de n’avoir pas… plus d’heures ! pour finir le programme, ou laisser respirer un cours parfois trop dense ? Sait-on que de très nombreuses colles se terminent dans la nuit hivernale, où les conseils prodigués à la manière d’un cours particulier de la République se prolongent bien au-delà, voire jusqu’au double, de l’«heure forfaitaire», la seule rémunérée, et que çà et là les «derniers» dans leurs lycées se font ouvrir la porte par les gardiens ? Sait-on que nombre de tâches complémentaires – journées portes ouvertes, entretiens blancs, sélection des dossiers de candidature – (dont certaines sont d’ailleurs purement bénévoles) suscitent une véritable émulation de présence dans les établissements ? Enfin, pour être tout à fait complet, faut-il répondre au refrain éculé du «public choisi», des élèves triés sur le volet et faciles qu’il n’y aurait qu’à mener jusqu’aux concours ? On oublie qu’en dépit d’inégalités toujours plus fortes le public de ces classes a changé, s’est diversifié, ouvert autant qu’il est possible (bourses, CPES) et que leurs professeurs, qui prennent les élèves comme ils sont, les accueillent avec leurs acquis, leurs talents, mais aussi – y compris chez les plus favorisés – leurs retards, qu’ils ont accumulés au cours d’une scolarité marquée par des erreurs systémiques, des aberrations pédagogiques, nécessitant ces vigoureuses remises à niveau qu’on appelle «le choc de la prépa».

Nous touchons là au cœur de la démarche du ministre : le reproche d’élitisme, ce qu’on pourrait appeler son élitophobie. Ce mystique de l’école de la République, hanté à juste titre par «la réussite de tous les élèves» mais révulsé par toute forme de sélection, refuse que dans l’Éducation nationale ce qui marche le mieux, mais seulement pour un petit nombre, puisse éclairer, corriger ou transformer ce qui marche, disons, moins bien pour le grand nombre. Il conteste que la méritocratie, sur le chemin qui mène aux grandes écoles, s’obstine à figurer en haut lieu un modèle pour une amélioration de l’école pour tous. Et pourtant, c’est bien ce modèle-là qui marche : parce qu’il se réfère aux meilleures traditions de l’apprentissage, à des méthodes qui ont fait leurs preuves depuis des décennies, parce qu’il maintient un niveau d’exigence proportionnel aux ambitions de réussite affichées. Comme le disait Jean-Paul Brighelli en 2010 dans Tireurs d’élites, «les classes prépas devraient donner à penser au système scolaire et à ceux qui le gèrent – l’aval doit être le modèle de l’amont, et non plus se contenter d’en récolter l’écume».

L’Université au moins commence à le comprendre. La spécialisation précoce recule ; des dispositifs intelligents de tutorat s’installent… N’oublions pas que beaucoup d’entre nous se sont vu fermer la porte des facultés à cause d’un profil trop généraliste (parfois revendiqué comme tel), tandis que les enseignants-chercheurs désertaient largement les premiers cycles, sous-traités à d’autres, pour se replier sur l’aire d’excellence qui leur est propre (master, doctorat). Mais pour les bien-pensants de la terreur égalitaire, les «élites» auront toujours l’excuse de la minorité ; elles auront toujours mauvaise presse pour ceux qui croient, par un affreux sophisme, que si l’excellence n’est pas pour tout le monde, elle ne doit être pour personne.

Fabien VASSEUR, professeur en classes préparatoires ECS (culture générale, lettres) – Lycée Hélène Boucher, Paris 20e
http://sauverlesprepas.wordpress.com/

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par sacrecharlemagne Lun 25 Nov 2013 - 13:59
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