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John
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Une enseignante d'anglais, auteur du blog Pophour, raconte son année de stage 2013-2014 Empty Une enseignante d'anglais, auteur du blog Pophour, raconte son année de stage 2013-2014

par John le Mer 27 Aoû 2014 - 22:55
Extrait :
Avant de partir en formation, je contacte mon établissement. Je parviens à avoir la principale (que j’appellerai Big Sister…) qui me dit qu’elle n’a aucune information à me donner. Mes classes ? Mon emploi du temps ? La visite de l’établissement ? Non, elle n’en sait rien et n’en saura pas avant au moins une semaine. Je n’ai qu’à la rappeler en début de semaine suivante. Mais je suis en formation, dans la ville principale de l’académie à plus de 2h de train de là… Tant pis. Je suis contrainte de rester dans l’ignorance, sans pouvoir préparer quoi que ce soit pour la rentrée qui approche.

Ma semaine de formation quasiment finie, j’apprends que je ne pourrai pas rencontrer ma tutrice, qui a été prévenue trop tard de la rencontre organisée par le rectorat. On me donne quand même un moyen de la contacter, et première chose qu’elle me propose : lire des livres théoriques et regarder des DVDs sur la pratique de l’enseignement. Alors je veux bien qu’on soit passionné, mais moi, non. Désolée. Je viens de me taper un bac +5 et moults cours et formations qui restent théoriques, et je ne vois pas l’intérêt de continuer. Pourtant, je m’exécute et je fais ce qu’elle me demande, parce que je me sens coupable, et je me dis que je serai une mauvaise prof si je n’accepte pas cela. Parmi les choses incontournables, je tombe sur les îlots bonifiés, un système qui vise à faire travailler les élèves par petits groupes et à les amadouer avec un système de points rouges et de points verts. Apparemment, c’est miraculeux, et si cela ne marche pas, c’est que le prof l’a mal géré. Ma tutrice (que j’appellerai Mme T. dans l’article) me dit que je dois mettre ce système en place pour m’aider dès le départ.

Je la rencontre d’ailleurs le vendredi qui précède la pré-rentrée. Elle me retrouve dans mon collège : c’est en effet une prof qui exerce dans un autre établissement (un lycée tant qu’à faire dans le différent). La raison ? Aucun prof dans mon collège et dans les établissements voisins n’a voulu de stagiaire. Ce sera donc difficile de se voir, mais elle m’invite immédiatement à lui rendre visite régulièrement dans son établissement, qu’elle va d’ailleurs m’emmener voir juste après la rencontre avec la principale. Sauf que Big Sister n’est même pas au courant que la stagiaire est ici, alors qu’il était bien écrit sur mon emploi du temps que je devais me rendre dans mon établissement. Elle n’a pas le temps de faire autre chose que me serrer la main. Je passe quand même par le secrétariat. La secrétaire n’est pas là, mais le gestionnaire y est. Il n’a rien à me donner à part mon emploi du temps provisoire. C’est déjà ça !

M. G. me dit "Ah oui, Mme B. J’ai vu votre nom sur la liste des profs principaux". Là je passe en mode "WTF?!". Et oui, on nous l’a assez répété pendant notre année de préparation au CAPES, il est normalement impossible (interdit ?) qu’un prof stagiaire soit prof principal. Je surpasse ma panique et ma timidité pour le lui signaler gentiment. M. G. me dit "Mais j’en suis sûr, attendez, voilà la liste. Si si, Mme B., prof principal de 5ème B". À ce moment, je me laisse submerger par la panique et ne dis plus rien. Non seulement je n’ai aucun cours de prêt à l’approche de la rentrée, ni manuel, ni code photocopieuse, ni ressources, ni clés et j’en passe, mais en plus, voilà qu’on me met prof principale sans même me demander mon avis.

Mme T. s’insurge (heureusement) : "Ce n’est pas normal de mettre une jeune stagiaire prof principale, vous n’avez pas le droit. Il faudrait lui retirer cette charge". Mais (malheureusement) M. G. répond : "Écoutez, je ne suis que le gestionnaire. Je n’y peux rien." Autrement dit, il est trop tard pour y faire quelque chose jusqu’à la pré-rentrée (ça sent mauvais cette affaire !). Je me rends ensuite au CDI pour avoir des manuels. Mais le documentaliste (M. D.) n’a rien à part des vieux manuels. Il est nouveau, et il ne sait même pas lesquels seront utilisés parce qu’il manque lui aussi d’information. Je déchante d’ailleurs en voyant le manuel qu’on me donne (Step In pour les connaisseurs), un manuel que je déteste pour l’avoir eu lors de mon stage. Néanmoins, je n’aurai que ça pour m’aider à garder la tête hors de l’eau.

Arrivée dans l’établissement de Mme T., je rencontre l’administration (pourquoi pas ? De toute façon, je ne retiens plus vraiment les noms), et j’ai même droit aux clés de l’entrée et de la salle des profs de langue (alors que je n’ai toujours rien dans mon collège !). Ma tutrice me laisse un long moment seule pour parler avec quelqu’un de l’administration. Ce qui me laisse tout le loisir d’analyser mon emploi du temps provisoire. Soulagement : je n’ai que deux niveaux (deux classes de 5ème et trois classes de 4ème). Je ne sais pas trop quoi en penser. Je ne connais rien aux niveaux de toute façon. J’avais bien aimé les 6èmes pendant mon stage l’année précédente, mais peut-être est-ce plus sympa de me laisser les deux niveaux intermédiaires que les niveaux débutants ou au contraire de fin de cycle (aaaah l’insouciance : si j’avais su à ce moment ce qui m’attendait en 4ème…). En regardant ensuite le tableau des professeurs qu’on m’a donné avec l’emploi du temps, je vois qu’il y a une petite étoile sur la 5ème B, ma future classe. "Qu’est-ce que c’est que ça ?" me dis-je. Vite, un coup d’oeil à la petite étoile sous le tableau (c’est qu’on croirait presque un document d’avocat !), et horreur ! "Classe ULIS". Double panique ! Les souvenirs des cours studieusement appris pour le CAPES ne me laissent aucun doute : je suis prof principale d’une classe ULIS, soit une classe qui accueille des élèves handicapés. Autant vous dire que je suis dans un état d’agonie avancée à ce stade de la journée…

Mme T. ressort, et elle se lance alors dans un nouvel élan de propagande pour les îlots bonifiés, et elle s’étale sur 46 000 exercices possibles à faire avec les classes, si bien que je ne sais même plus de quoi on parlait au début de la conversation. Enfin, conversation est un bien grand mot tant je ne peux pas en placer une, même en luttant. Mme T. n’arrête pas de parler. Ce n’est pas méchant. Elle veut vraiment m’aider. Mais elle ne se rend pas compte qu’elle m’assomme d’informations en tout genre, que ça ne m’aide concrètement pas du tout, qu’elle n’écoute pas ce que j’essaie de dire, et que la communication est très mal engagée à partir de ce point. Je n’attends finalement qu’une chose : rentrer chez moi pour "profiter" tant bien que mal de mon dernier weekend à peu près libre, pendant lequel j’ai quand même griffonné des "trucs" sur mon bloc-note, prenant ça pour une préparation de cours convenable dans cette situation.
http://pophour.wordpress.com/2014/07/17/stagiaire-en/

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faer
Niveau 6

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par faer le Mer 27 Aoû 2014 - 23:31
Ce n'est pas gentil de publier ça maintenant. Une enseignante d'anglais, auteur du blog Pophour, raconte son année de stage 2013-2014 964035751

(mention spéciale au traitement réservé aux classes ULIS, quand même Suspect )
Catalunya
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Expert spécialisé

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par Catalunya le Jeu 28 Aoû 2014 - 0:02
Très intéressant, merci.
ylm
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Érudit

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par ylm le Jeu 28 Aoû 2014 - 0:09
A la lecture du billet, ce qui semble plomber l'année dans les classes, c'est d'être parti sur des îlots bonifiés dès le départ.

Quand on débute, il vaut mieux commencer par du "classique" quitte à expérimenter par la suite.
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eleonore69
Neoprof expérimenté

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par eleonore69 le Jeu 28 Aoû 2014 - 0:09
très intéressant... Et cette promotion des fameux îlots bonifiés par certains.. Dans mon lycée de l'année dernière, on connaissait facilement ceux qui utilisaient ce système : volume sonore terrible dans leurs classes !
ycombe
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par ycombe le Jeu 28 Aoû 2014 - 0:44
Ce qu'à fait cette tutrice est proprement scandaleux, si c'est vrai. Nier la nécessité d'une bonne gestion de classe et donner les îlots bonifiés comme solution miracle, à une débutante qui n'a aucune idée de ce que veut dire avoir la gestion d'une classe à faire, ça me laisse sans voix.

La CdE a été fidèle à ce que sont la plupart des CdE que j'ai connus. Renvoyer les problèmes sur les profs pour refuser d'endosser leur part de responsabilité dans l'ambiance de l'établissement.
Rabelais
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Vénérable

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par Rabelais le Jeu 28 Aoû 2014 - 19:52
Quel bon accueil ! De tous les emplois que j'ai occupés,il a fallu attendre d'avoir un concours à bac+5 pour se voir traiter comme un pauvre demeuré qu'on laisse sans infos ou à qui on impose des pratiques ingérables.

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COCOaine
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par COCOaine le Jeu 28 Aoû 2014 - 19:53
Ca fait bien flipper Sad
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