ENA, Orwell, hommage du vice à la vertu?

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ENA, Orwell, hommage du vice à la vertu?

Message par egomet le Sam 17 Jan 2015 - 22:13

Les élèves de l’ENA baptisent leur promotion du nom de George Orwell

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/education/article/2015/01/17/les-eleves-de-l-ena-baptisent-leur-promotion-du-nom-de-georges-orwell_4558391_1473685.html#V5IBOUWVupyJxS7U.99


le monde a écrit:A la suite de l’attentat du 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo, qui a relancé le débat sur la liberté d’expression, les élèves de la promotion 2015-2016 de l’Ecole nationale d’administration (ENA) ont choisi de se donner comme nom celui de George Orwell. L’écrivain britannique (1903-1950), qui s’est engagé contre les totalitarismes nazi et soviétique, est l’auteur notamment de 1984, roman publié en 1949 dans lequel il décrit une société placée sous surveillance étroite d’un régime policier (« Big Brother »), dans laquelle la liberté d’expression n’existe plus.
En exergue du communiqué de la prestigieuse école, figure cette citation de l’écrivain : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux autres ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. » Selon ce communiqué, les élèves ont débattu de 23 heures à 6 h 30 du matin, dans la nuit du 16 au 17 janvier, avant de voter en faveur du nom de George Orwell.
« Fortement marqués par les attentats récents, les élèves avaient à cœur de réaffirmer leur attachement à la liberté d’expression et, de manière plus générale, aux libertés qu’il appartient avant tout aux pouvoirs publics de protéger », indique ce texte, qui souligne que l’œuvre de cet écrivain « appelle à une conciliation vigilante entre la préservation des libertés et les exigences liées à la sécurité des citoyens ».
« Journaliste et écrivain engagé, George Orwell a lutté contre l’embrigadement des esprits dans les mots comme dans les actes depuis son combat contre l’impérialisme jusqu’à sa participation à la guerre d’Espagne » est-il précisé. « Les élèves entendent quant à eux exercer leurs futures missions avec engagement, discernement et humilité », conclut ce communiqué.

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Primum non nocere.
Sapientia vero ubi invenitur et quis est locus intellegentiae? Non est in me, non est mecum.


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egomet
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Re: ENA, Orwell, hommage du vice à la vertu?

Message par Spartacus le Dim 18 Jan 2015 - 9:14

Un peu hors sujet, mais pas trop :

Lettre de Huxley à Orwell

21 Octobre 1949

Cher M. Orwell,



C’était fort aimable à vous que de demander à vos éditeurs de m’envoyer un exemplaire de votre livre. Il est arrivé alors que j’étais plongé dans un travail nécessitant beaucoup de lectures et de recherches ; et, puisque mes problèmes de vues m’obligent à limiter mes lectures, j’ai dû attendre un long moment avant de pouvoir entamer 1984. 

Je suis en parfait accord avec ce que les critiques ont écrit à son sujet, je n’ai donc pas besoin de vous dire, une fois de plus, à quel point votre livre est excellent et profondément important. Puis-je en revanche vous parler du sujet de votre livre : l’ultime révolution ? Les premiers signes d’une philosophie de l’ultime révolution (une révolution qui transcende l’économie et la politique, et dont le but est la soumission totale, psychologique et physique de l’individu), apparaissent chez le Marquis de Sade, qui se considérait comme le continuateur, l’héritier de Robespierre et de Babeuf. La philosophie de la minorité dirigeante de 1984 est un sadisme qui a été mené au-delà de sa conclusion logique en dépassant la notion de sexualité et en la niant. Quant à savoir si cette politique de  « la botte piétinant le visage de l’homme » pourrait fonctionner indéfiniment dans la réalité, cela semble peu probable. De mon point de vue, l’oligarchie régnante trouvera des moyens moins difficiles et moins coûteux de gouverner et satisfaire sa soif de pouvoir, et ces moyens ressembleront à ceux décrits dans Le Meilleur des Mondes. J’ai récemment eu l’occasion de m’intéresser à l’histoire du magnétisme animal et de l’hypnose et j’ai été extrêmement choqué par la façon dont le monde, depuis cent cinquante ans, a refusé de prendre sérieusement connaissance des découvertes de Mesmer, Esdaile, et des autres.
D’une part en raison d’un matérialisme dominant et de l’autre en raison de la respectabilité qui prévalait alors, les philosophes et les savants du XIXème siècle étaient peu enclins à enquêter sur les faits les plus bizarres de la psychologie pour des hommes pragmatiques, comme des politiciens, des soldats et des policiers, afin de les utiliser dans le domaine de la gouvernance. Grâce à l’ignorance volontaire de nos pères, l’arrivée de l’ultime révolution a été retardée de cinq ou six générations. Un autre de ces heureux hasards a été l’incapacité de Freud à hypnotiser avec succès et, en conséquence, son dénigrement de l’hypnose. Cela a retardé l’application généralisée de l’hypnose en psychiatrie pendant au moins 40 ans. Cependant, la psychanalyse est aujourd’hui associée à l’hypnose, et l’utilisation de cette pratique a été facilitée et indéfiniment étendue via l’utilisation de barbituriques qui provoquent un état hypnoïde et influençable même chez les sujets les plus récalcitrants.
D’ici à la prochaine génération, je pense que les leaders mondiaux découvriront que le conditionnement des enfants et que l’hypnose sous narcotiques sont plus efficaces, en tant qu’instruments de gouvernance, que les matraques et les prisons, et que la soif de pouvoir peut être tout aussi bien satisfaite en suggérant au peuple d’aimer sa servitude plutôt qu’en le frappant et en le flagellant pour qu’il obéisse. En d’autres mots, je sens que le cauchemar de 1984 est destiné à moduler le cauchemar d’un monde ressemblant plus à ce que j’ai imaginé dans Le meilleur des mondes. Ce changement sera amené comme le résultat d’un besoin grandissant d’efficacité. Parallèlement, bien sûr, il y aura peut-être une guerre atomique et biologique à grande échelle et, dans ce cas, nous aurons à vivre d’autres cauchemars d’un genre nouveau et à peine imaginable.
Merci encore pour le livre,

Bien à vous,

Aldous Huxley.


http://www.deslettres.fr/lettre-daldous-huxley-a-georges-orwell-la-soif-de-pouvoir-peut-etre-tout-aussi-bien-satisfaite-en-suggerant-au-peuple-daimer-sa-servitude/

Spartacus
Niveau 8


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