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John
Médiateur

Grève générale des enseignants le 5 mai en Belgique : "Les profs, c’est comme les matières premières : à force de les exploiter, on crée la pénurie"

par John le Ven 29 Avr 2011 - 22:50
http://www.enseignons.be/actualites/2011/04/21/syndicats-attendent-geste-gouvernement/

Les syndicats attendent un geste du gouvernement

Le 31 mars dernier, la CGSP-Enseignement rejetait l’accord sectoriel négocié avec les ministres de l’Enseignement – obligatoire et supérieur – Marie-Dominique Simonet (CdH) et Jean-Claude Marcourt (PS). Quelques jours plus tard, le 6 avril, les autres syndicats retiraient à leur tour la prise et déposaient un préavis de grève pour le jeudi 5 mai. Le gouvernement avait alors un mois pour amender son texte. On sait aujourd’hui que rien n’a encore été proposé aux représentants des enseignants.

La ministre a d’ailleurs réaffirmé sa volonté d’appliquer l’accord sectoriel, quelle que soit l’ampleur du mouvement grogne du 5 mai. A deux semaines de la manifestation prévue, nous avons contacté Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC-Enseignement, pour faire le point.

M. Ernst, sans réaction du gouvernement, on va donc bien vers la grève?

Il n’y a eu, c’est vrai, aucun contact durant les vacances. Mais la porte est ouverte. Nous sommes dans une situation conflictuelle mais on peut en sortir. Nous ne sommes pas des va-t-en-guerre. L’erreur du gouvernement serait de ne pas entendre ce signal des enseignants. Nous, les syndicats, avons essayé de faire la synthèse de ce message collectif donné par les enseignants que nous représentons. Depuis, nous n’avons malheureusement pas avancé.

La grève était-elle la seule option possible? On a parlé, un temps, de la possibilité de mener une grève administrative.

Non, bien sûr. Mais elle sera déterminante. On peut presque dire que les enseignants ne sont plus sortis depuis 1996. Il y a eu le dépôt du préavis de grève… mais c’était aussi pour laisser le temps au gouvernement d’amender son texte et de nous inviter à nouveau autour de la table. Il faut laisser au partenaire le temps de réagir. Par ailleurs, on sait que faire grève peut être une démarche difficile. Mais c’est le seul moyen pour nous de prendre réellement la mesure de la mobilisation. Le problème des démarches alternatives, comme la grève administrative, c’est que les enseignants restent dans leurs écoles et qu’on ne sait pas dire si le mouvement est bien suivi ou non. Cela dit, après le 5 mai, on tirera des conclusions et on envisagera peut-être de nouvelles choses. On est aujourd’hui dans une logique avec plusieurs scénarios en tête… Ce sera lié au taux de mobilisation. Par ailleurs, si c’est un succès, je pense que le gouvernement devra se réjouir car cela prouvera que les enseignants sont attachés à leur métier.

Ce sera un succès?

Nous sommes très confiants et nous allons travailler pour que ce soit un succès. Il y a un vrai ras-le-bol sur le terrain. A la CSC, c’est près de 7.000 enseignants que nous avons consultés. Et le rejet a été massif. C’est tout un travail de démocratie sociale qui va s’exprimer.

On ne parle que des aménagements de fin de carrière (DPPR) et de la hausse de la prime de fin d’année : la retraite et les sous. C’est tout ce que défendent les syndicats?

Absolument pas. C’est le discours médiatique et politique qui veut que l’on se focalise sur les fins de carrière. C’est le dossier polémique ! Et on savait depuis 2009 que le gouvernement souhaitait revoir les DPPR. Les médias se sont naturellement focalisés de manière très claire sur cette problématique. Nos propositions – 200 exactement – sont essentiellement de type qualitatif, c’est-à-dire qu’elles cherchent à répondre aux difficultés que rencontrent les enseignants dans la pratique de leur métier. Il faut aller relire notre cahier de revendications. Et pour ce qui est du salaire, c’est un élément parmi d’autres mais tout le monde s’accorde à dire que c’est une reconnaissance de la fonction.
« Nos revendications s’accommodent mal des volontés autonomistes des P.O. »

Les directeurs du fondamental catholique n’ont pas attendu la grève du 5 mai pour manifester leur colère. Cela vous a déplu.

Ils ne mesurent pas la portée du geste qu’ils ont posé. Les enseignants et les directeurs avaient la possibilité d’exprimer quelque chose ensemble. Les directeurs ont déjà obtenu une revalorisation de leur salaire, un rattrapage. Ils souhaitent également recevoir une aide administrative et obtenir les DPPR à temps partiel. Sur cette dernière revendication, nous ne sommes pas d’accord. Nous ne voulons pas de chefs d’établissement à mi-temps dans l’enseignement. Pour le reste, leurs revendications sont tout à fait légitimes. Mais pourquoi être descendu dans la rue pour défendre leurs seuls intérêts? Cela laisse penser que cette catégorie du personnel de l’enseignement est plus importante que les autres. Et il ne faut pas se leurrer, si on accorde quelque chose à un groupe, ce sera au détriment d’un autre groupe. Ce qui est donné d’un côté sera pris de l’autre. De plus, l’attitude du Segec est singulière. Lundi, il soutient le projet d’accord sectoriel… mardi, les directeurs manifestent pour protester contre cet accord… et mercredi, il le signe.

Les relations avec les pouvoirs organisateurs n’ont pas été faciles durant les négociations.

Nous avons eu plus de mal à boucler un accord avec les P.O. autour de la table, c’est vrai. Nous travaillons à l’amélioration des conditions de travail des enseignants, nous cherchons à modifier les règles statutaires, à leur donner des droits supplémentaires. Mais ces revendications s’accommodent mal des volontés autonomistes des P.O. De plus, alors qu’il avait été prévu qu’ils ne déposeraient aucun cahier de revendications, ils l’ont tout de même fait et le gouvernement en a tenu compte. On a modifié les règles en cours de partie et ce n’est pas correct.
« On avait une opportunité… mais on est passé à côté »

Les profs craignent que cette grève soit mal comprise par la population qui pourrait penser qu’ils ne manifestent que pour se mettre un peu plus d’argent en poche.

Ce serait bien mal connaitre les enseignants. Et puis, ce n’est pas la SNCB tout de même ! Cela fait 15 ans qu’il n’y a pas eu un tel mouvement d’humeur. Et j’ai envie de dire : « Les profs, c’est comme les matières premières : à force de les exploiter, on crée la pénurie ». Si le métier d’enseignant est si cool, pourquoi y a-t-il si peu de candidats? Pourquoi tant de jeunes abandonnent-ils le métier? Pourquoi tant de départs chez les plus expérimentés? On avait vraiment une opportunité de donner un signal aux profs et à ceux qui envisagent de se lancer dans le métier. Et on est passé à côté.

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