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Lefteris
Empereur

Re: Octobre 2007 - La Rubber Room : une solution pour se débarrasser des enseignants ?

par Lefteris le Sam 15 Fév 2014 - 12:51
@Paratge a écrit:Précision : le service public n'a pas l'apanage de ce genre de pratiques.

Des entreprises du type France Telecom, pour pousser les salariés vers la sortie, leur assignent une mission plus ou moins bidon et les affectent dans des locaux sans ligne téléphonique et sans ordinateurs où ils sont tenus d'exercer leur « travail ».

Ces gens ne voient plus personne de l'entreprise, n'ont plus de contact avec leurs collègues ou leur hiérarchie.
Le harcèlement moral fait partie intégrante du « management moderne ».
Dans l'Éduknat' où on adore copier ce qui se fait ailleurs, si possible sur le mode du grotesque, nul doute que ça donne des idées à nos « managers » maison.

Ca se fait partout: c'est la raison de mon arrivée dans l'EN. Après des années de carrière sans incident, j'ai eu la malencontreuse idée d'accepter un mandat syndical, et de l'exercer sans arrière-pensées, c'est-à-dire en faisant ce qu'on a théoriquement le droit de faire , affrontant au besoin la hiérarchie, publiant des articles pas toujours amènes, et gagnant des litiges.

La vengeance est arrivée  : dans un premier temps, on ne pouvait pas m'attaquer directement, on s'est donc contenté de m' "oublier" pour l'avancement.
Puis -comme je l'ai su après - il y avait des tractations avec les organes du syndicat au-dessus, où l'on jouait des intérêts individuels (avancements, mutations hors mouvement, octroi de jours de détachement "hors-quota", etc.) , lesquels se trouvaient mis en péril par mon attitude (notamment ne pas céder sur le droit , ce qui ne permettait plus les discussions "entre deux portes") .

Donc, conflit interne, dissolution autocratique du syndicat régional par asphyxie : ceux qui ne connaissent pas le monde syndical, cela consiste à retirer les décharges des délégués , qui se voient ainsi livrés à l'administration. Et là, j'en arrive aux pratiques :

- déplacé d'office sur la circonscription administrative , au lieu d'être reversé dans mon service
- mis dans un placard ou j'exerçais un "travail" tout au plus de catégorie C débutant( j'étais cadre A, spécialisé dans  deux domaines assez pointus)
- refus d'inscription au tableau d'avancement (non-proposition systématique)
- consigne de rétrograder ma notation (ce qui fut fait) , pour me barrer définitivement puisque j'étais promouvable.
- impossibilité d'être muté , en raison du pourrissement de mon dossier par la baisse de note et la "placardisation"
- impossibilité d'avancer, puisque je n'occupais plus un poste ad hoc
- refus de la hiérarchie de me recevoir, impossible d'avoir un interlocuteur,

Bref un cercle vicieux, avec un verrouillage total  , qui m'a amené à passer le  capes en catimini (pour en arriver là, hein ...  Rolling Eyes je l'avais déjà eu  dans le passé et j'avais laissé tomber, tellement ça vaut la peine...  )  pendant des congés pour les prendre de court, et me soustraire à ces agissements en cas de réussite grâce au détachement d'office.

Et après, ça a été la guerre du reclassement : refus de fournir mon dossier, refus passif de répondre aux courriers pour des pièces justificatives pour que je perde mon ancienneté, états de services incomplets. D'où plusieurs années de recours...
La technique est simple  en fait : c'est isoler la personne, provoquer des actes illégaux, mais dont personne n'est responsable directement, amener la victime à n'avoir plus aucun interlocuteur, à se battre seul  contre une machine, comme si justement il était dans une pièce capitonnée, à s'épuiser en recours , courriers.
C'est pour faire lâcher prise, chaque action pour se débattre ressemblant à un collet étrangleur : plus on tire, plus ça serre. C'est aussi pour faire des exemples: du jour au lendemain , quelqu'un qui avait une carrière, qui était reconnu, n'a plus rien, est mis à l'index, broyé...
Ca terrorise vraiment les autres , et je peux dire que le stress que ça engendre est terrible : je ne dépassais pas deux heures de sommeil par nuit, j'avais pris dix kilos , et ma tension -parfaite normalement, de sportif -  était montée à 16 ...
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fandorine
Niveau 9

Re: Octobre 2007 - La Rubber Room : une solution pour se débarrasser des enseignants ?

par fandorine le Sam 15 Fév 2014 - 13:50
@Lefteris, une vraie question: tu n'as pété la gueule de personne? jamais attendu un de tes bourreaux à l'écart d'un lampadaire et de tout témoin afin de dresser un juste bilan des comptes? Ton histoire glace le sang, dans la lignée des romans de Kafka et de Koestler. pale
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Lefteris
Empereur

Re: Octobre 2007 - La Rubber Room : une solution pour se débarrasser des enseignants ?

par Lefteris le Sam 15 Fév 2014 - 15:16
@fandorine a écrit:@Lefteris, une vraie question: tu n'as pété la gueule de personne? jamais attendu un de tes bourreaux à l'écart d'un lampadaire et de tout témoin afin de dresser un juste bilan des comptes? Ton histoire glace le sang, dans la lignée des romans de Kafka et de Koestler. pale
Je me suis vengé partiellement, mais différemment ...  Hélas pas de tous , le pire étant au sein du syndicat lui-même, et désormais en retraite (c'est d'ailleurs sa collusion avec l'administration qui lui a permis de terminer au grade sommital de son corps). Je n'en dis pas trop, je serais reconnu immédiatement, l'histoire ayant fait un peu de bruit dans son petit Landerneau.
Ce qui m'a fait tenir c'est, il faut bien le dire la haine, la certitude de mon droit , le mépris de ces bandes de rats d'égout...

Mais ce que j'évoque, plus que pour raconter des anecdotes, c'est pour mettre en garde l'EN contre tout système qui deviendrait managérial,  comme le veulent les syndicats "souples" ( concours selon les besoins de l'employeur , avec dossier, avancements au mérite et uniquement sur proposition de la hiérarchie -comme c'st le cas dans pas mal d'administrations et comme je  l'ai connu, absences de garanties quant au poste puisque ce serait "au profil").
Là, je pousse un grand cri d'alarme, et j'appelle à une lutte contre les deux "syndicats de l’administration ", qui en sont les officines quel que soit le régime.
 Le dernier avantage qui reste dans l'EN, c'est un réel anonymat dans les concours (je l'ai vérifié au capes que j'ai eu deux fois  humhum , à l'agreg interne que j'ai ratée deux fois   Sad   à l'agreg externe que j'ai eue une fois Smile ) , et la possibilité de s'extraire du marigot si on le souhaite (à moins d'être un viandard pleurnichant pour une HS, une salle, un EDT aux petits oignons).

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"La réforme [...] c'est un ensemble de décrets qui s'emboîtent les uns dans les autres, qui ne prennent leur sens que quand on les voit tous ensemble".
(F. Robine , penseure moderne,  dans son cours sur sa réforme, expliquant comment le piège s'est progressivement mis en place depuis 2013, par la stratégie du puzzle).

« Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, le genre humain restera partagé en deux classes : celles des hommes qui raisonnent et celles des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves ».Condorcet (autre penseur, mais ancien et périmé)
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Kimberlite
Fidèle du forum

Re: Octobre 2007 - La Rubber Room : une solution pour se débarrasser des enseignants ?

par Kimberlite le Sam 15 Fév 2014 - 15:33
Ok, on se comprend...
Un  autre truc qui fait hésiter les entreprises à licencier: l'effet sur les autres salariés (ça fait un choc, ça fait peur...). Ceci amène beaucoup d'entreprises à essayer de faire craquer et démissionner les salariés, ou a minima faire une rupture conventionnelle, non seulement pour une question de coût, mais aussi pour pouvoir n'être pas considérées comme responsables du départ du salarié (beaucoup de DRH et de patrons considèrent ça comme un échec, car ça signifie aussi s'être planté lors d'un recrutement; or, personne n'aimer avoir tort).

Je suis d'accord aussi avec toi sur le fait que la situation dont nous parlions au départ est différente.

Quand aux "grandes entreprises" ayant une administration aussi absurde qu'un ministère, ça peut commencer très tôt, à quelque chose comme une centaine de salariés. Procédure absurdes pour les remboursements de frais (arrivant à faire perdre de l'argent à la boîte par rapport à un forfait repas/hôtel... mais quand la direction est obnubilée par les "méchants salariés qui cherchent toujours à tricher", difficile de faire simple et logique), systèmes de logiciel de gestion de projet ubuesque, hiérarchie pesante, etc...

J'ai même vu dans une entreprise de moins de 20 salariés mettre en place un système d'objectifs et de notation digne d'une multinationale (j'aurais bien aimé savoir combien ont été payés les bouffons qui avaient fait un audit et conseillé la boîte).

Les angoisses (légitimes) de nombreux patrons et chefs sont malheureusement le terreau du n'importe quoi en terme de management. Les salariés trinquent, mais aussi les dirigeants, qui parfois ne comprennent plus les réactions de leurs subordonnés (ce qui peut entraîner un sale cercle vicieux de paranoïa).

Le malheur, c'est que, dans beaucoup d'entreprises, il y a certes toujours un petit lot de profiteurs, de feignants... mais au final on tape sur la majorité, en trahissant la bonne volonté et le dévouement des salariés qui essaient de faire remonter des informations (mais, particulièrement en France, oser "critiquer" quelque chose n 'est pris que pour de la "râlerie pour le plaisir"), qui cherchent à faire des économies pour leur boîte (les salariés sont aussi conscients que, s'ils veulent une part du  gâteau, il faut que la boîte tourne bien). Ceci se termine (vu autour de moi, vu de l'intérieur...) souvent par une amertume, une envie d'en faire le moins possible (rarement appliquée, de ce que j'ai pu voir: trop de salariés ont en fait une grande conscience professionnelle, et aussi une solidarité par rapport à leurs collègues à qui ils ne veulent pas refiler le boulot qu'ils ont à faire).
Evidemment, ce que j'ai vu et que je relaie n'est peut-être pas valable pour toutes les boîtes et tous les types d'activités....

K.
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egomet
Grand sage

Re: Octobre 2007 - La Rubber Room : une solution pour se débarrasser des enseignants ?

par egomet le Sam 15 Fév 2014 - 17:43
Oui, tout à fait.

Le malheur en France, c'est que la paranoïa est souvent à double sens.

Les employés qui s'imaginent que le patron licencie par pure cupidité, ça n'aide pas à trouver des solutions. La séquestration des patrons non plus. Sans parler de certains syndicats qui sont restés dans la lutte des classes. Ils sont peu nombreux, mais redoutables dans certains secteurs.

Ça devient rapidement un cercle vicieux.

Il faut bien se dire qu'il y a une très grande variété d'organisations et d'objectifs, y compris dans les grandes sociétés. Les abus constatés quelque part ne justifient pas qu'on rejette en bloc le patronat ou le management. Les méthodes de management ne constituent nullement des règles intangibles. Chaque compagnie est libre de choisir les siennes.
En revanche la loi s'applique partout, qu'elle soit bonne ou mauvaise.

_________________
Primum non nocere.
Sapientia vero ubi invenitur et quis est locus intellegentiae? Non est in me, non est mecum.


Mes livres, mes poèmes, quelques réflexions pédagogiques assez terre-à-terre: http://egomet.sanqualis.com/
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Re: Octobre 2007 - La Rubber Room : une solution pour se débarrasser des enseignants ?

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