Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Saphyr le Lun 16 Nov 2015 - 22:21

Cripure, je ne suis pas à Saint-Pierre et Miquelon, mais dans un DOM...

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"Ecoutez, mon vieux, peu importe qu'un homme vive trente ou cent ans, dans la mesure où il fait quelque chose qui en vaut la peine avant de casser sa pipe", Etats d'urgence, André Brink.
“I'm right and you're wrong, I'm big and you're small, and there's nothing you can do about it.”, Matilda, Roald Dahl

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Sara621 le Lun 16 Nov 2015 - 22:22

Moi j'ai été choquée par ce que m'a raconté une classe de première. Je les ai eu ce matin à 10h et ils avaient visiblement besoin d'en parler. Il m'ont dit que leur prof d'histoire qui les avait eu une heure en EMC aurait refuseé d'aborder le sujet et leur aurait même clairement dit "je m'en fou", je trouve ça scandalisant qu'un collègue puisse réagir comme ça. heu Evil or Very Mad

_________________
"La compagnie avait formé, il y a quarante ans, le projet d'un dictionnaire orthographique pour fixer l'orthographe française ; ce projet fut bientôt abandonné" (D’Alembert)

Sara621
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par badaboum le Lun 16 Nov 2015 - 22:24

maîtresse a écrit: En revanche, le sujet n'a pas été abordé en maternelle et c'est très bien comme ça.

D'après ma fille (en CP) toute l'école a participé à la minute de silence, même les maternelles. Je ne vois pas l’intérêt.

badaboum
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Olympias le Lun 16 Nov 2015 - 22:24

@Sara621 a écrit:Moi j'ai été choquée par ce que m'a raconté une classe de première. Je les ai eu ce matin à 10h et ils avaient visiblement besoin d'en parler. Il m'ont dit que leur prof d'histoire qui les avait eu une heure en EMC aurait refuseé d'aborder le sujet et leur aurait même clairement dit "je m'en fou", je trouve ça scandalisant qu'un collègue puisse réagir comme ça. heu Evil or Very Mad
Mes gamins de 1ère sont arrivés à 15h et n'avaient pu en parler avec aucun autre prof. Shocked

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par linedeloc le Lun 16 Nov 2015 - 22:25

idem avec mes 5e.

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de jolis bijoux faits main et personnalisés: http://lesbijouxdeline.canalblog.com/
https://www.facebook.com/line.bijoux.5

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Ma'am le Lun 16 Nov 2015 - 22:28

@badaboum, moi non plus...

Les comportements de vos collègues sont curieux. Même en première, ça reste des enfants, enfin des adolescents !

Ma'am
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par C'est pas faux le Lun 16 Nov 2015 - 22:28

J'ai été un peu surpris d'être le seul à arriver avec des billes ce matin (les Quotidiens grand et petit, un questions/réponses, le poème d'Eluard ...
En revanche, j'ai été bien pillé, c'est l'essentiel.

C'est pas faux
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Eleven le Lun 16 Nov 2015 - 22:29

De mon côté même chose, j'ai eu 6 heures de cours et durant ces 6 heures (sauf interrogation que je n'ai pas annulé pour un niveau) j'ai parlé des attentats, les élèves avaient besoin d'en parler. Je demandais à chaque fois si ils en avaient parlé et à chaque fois la réponse était négative !

_________________
2015-2016 : Première année contractuelle : trois classes de cinquièmes, trois classes de sixièmes.
2016-2017 : Deuxième année contractuelle : deux classes de troisièmes, une classe de quatrièmes, trois classes de cinquièmes.

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Sphinx le Lun 16 Nov 2015 - 22:33

Cripure a écrit:

No man is an island,
Entire of itself.
Each is a piece of the continent,
A part of the main.
If a clod be washed away by the sea,
Europe is the less.
As well as if a promontory were.
As well as if a manor of thine own
Or of thine friend's were.
Each man's death diminishes me,
For I am involved in mankind.
Therefore, send not to know
For whom the bell tolls,
It tolls for thee.

C'est de John Donne, ça a presque 400 ans.
Et ça me parle.

C'est très beau. Puis-je vous demander la référence exacte ?

_________________
An education was a bit like a communicable sexual disease. It made you unsuitable for a lot of jobs and then you had the urge to pass it on. - Terry Pratchett, Hogfather

             

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par kamasolou le Lun 16 Nov 2015 - 22:33

Bonsoir,

Avec quelques collègues, nous avions lancé une discussion sur pronote, demandé les consignes (avec le CDE en destinataire, qui n'a donné aucune réponse), nous nous sommes mis d'accord sur le fait de réserver un créneau pour échanger avec nos classes.
Ce matin, 8h : la cheffe nous annonce que nous regrouperons les élèves dans la cour pour la minute de silence et qu'il faut en discuter avec les élèves avant (sans déc' Rolling Eyes )

Emotions très variées chez les élèves : certains anxieux, d'autres indifférents (mais peu, quand même), d'autres en colère...
Toutes sortes de questions et de réactions, beaucoup de confusions et d'intox : "c'est vrai qu'on est en guerre ? Pourquoi les migrants ils ont tué des gens innocents ? C'est vrai que F. Hollande il savait ? Pourquoi on n'envoie pas une bombe nucléaire en Syrie ? Est-ce que le voyage en Angleterre aura lieu ? Pourquoi les policiers n'ont pas tué les terroristes tout de suite ? Heureusement que les terroristes n'ont pas pu rentrer dans le stade. Vous connaissez des gens qui sont morts, madame ? Les religions c'est nul, la tolérance c'est mieux. Les terroristes ils veulent nous faire peur et gagner plein d'argent.", etc.
J'ai du stopper pas mal de récits morbides lus ou vus sur les réseaux sociaux, aller à l'encontre du discours de certains parents sur l'islam...
En 1h, je n'ai pas pu tout reprendre ni tout clarifier, ça sera un travail de longue haleine, je vais y consacrer des heures de vie de classe et bosser avec leur prof d'HG.

Ce soir je me sens totalement vidée, amorphe, totalement déprimée. Je n'ai pas pleuré ce week-end malgré la douleur et la tristesse. Mais ce soir, après le boulot, une fois dans ma voiture, j'ai fondu en larmes.

kamasolou
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par snow le Lun 16 Nov 2015 - 22:37

Même besoin de parler pour mes secondes, que j avais en cours à 14h. Le collègue qui les avait en classe au moment de la minute de silence a refusé tout échange sur le sujet.
Or, ils avaient besoin de parler, de poser des questions. Ils étaient marqués par les images véhiculées sur les réseaux sociaux -qu ils avaient tous vues, sans exception.

snow
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par miss terious le Lun 16 Nov 2015 - 22:54

Je vide ma boîte mail et je trouve ceci :

Vous constaterez l'heure... Les cours ayant commencé à 8:25...
J'ouvre et je trouve... ça :

Pas un mot de mon CDE mais juste un transfert... TOP !

J'ai lu le doc transféré : les recommandations de Florence Chaix, Référent Mémoire et Citoyenneté, Référent Laïcité. Et le discours de mon CDE au moment de la minute de silence est un copié/collé...

_________________
"Ni ange, ni démon, juste sans nom." (Barbey d'AUREVILLY, in. Une histoire sans nom)
"Bien des choses ne sont impossibles que parce qu'on s'est accoutumé à les regarder comme telles." DUCLOS

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Tangleding le Lun 16 Nov 2015 - 22:57

Je viens de lire les pages depuis ce matin, et malheureusement mon expérience et mon ressenti sont loin de ce bel unanimisme. J'ai ressenti très fortement dans ma classe de 5e les divisions du pays. C'était triste. L'AVS présente, qui est super, était consternée.

Les gamins ont accepté de respecter tous la minute de silence. Mais le coeur n'y était pas, ils y étaient séparément.

Selon moi cela ne va pas mieux qu'en janvier dernier. La peur panique en plus. :/


Dernière édition par Tangleding le Lun 16 Nov 2015 - 23:11, édité 1 fois

_________________
Le projet de réforme du collège décodé :
www.reformeducollege.fr
-------
Nous non plus, nous n'oublions pas la réforme du collège, M. Hollande... (CLIC)
-------
"Never complain, just fight."

Tangleding
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Tangleding le Lun 16 Nov 2015 - 22:58

Ah autre chose : j'ai appris que le SNES avait demandé au MEN le report d'1h ou 2h du démarrage des cours pour permettre la concertation.


Le cabinet du MEN a refusé.

_________________
Le projet de réforme du collège décodé :
www.reformeducollege.fr
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Jenny le Lun 16 Nov 2015 - 23:04

miss terious : topela
Email envoyé après le début des cours... pour dire que les formations étaient annulées. Rolling Eyes

Tangleding : Tu n'es pas le seul, certains de mes élèves ont été infects. Je n'étais pas là lors de la minute de silence, je ne sais pas s'ils l'ont respectée ou non, mais une petite dizaine d'élèves sur mes deux classes étaient dans la provocation ou fascinés par les armes et les vidéos violentes qu'ils avaient pu voir. D'autres étaient énervés et voyaient dans les attentats une bonne occasion de ne pas travailler. pale

Dommage, ça aurait été une bonne idée... Neutral

Jenny
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par C'est pas faux le Lun 16 Nov 2015 - 23:07

@C'est pas faux a écrit:
Sinon, un petite de ma classe touchée. Elle avait une copine au Bataclan. La seule de l'école.
Dans le gros lycée de mes enfants, personne. Ouf.
Ben finalement, si, plein (indirectement). pale

C'est pas faux
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par kero le Lun 16 Nov 2015 - 23:10

J'ai une question à vous poser.

Ce matin, j'ai commencé les cours avec la 6eme dont je suis PP et dont je suis le prof d'Histoire-géo. Inévitablement, on a discuté de ça pendant une heure.

Dans l'ensemble j'ai eu les réactions que vous avez observé vous aussi. Des questions qui trahissaient de l'inquiétude. En même temps, pour la plupart des gamins, ça avait l'air d'aller. Je crois que pas mal d'entre eux extériorisaient en faisant un peu plus n'importe quoi que d'habitude. Sans excès non plus.

Dans tout ça, une gamine m'a paru avoir plus de mal à appréhender l'événement. Une réelle crainte qui transparaissait dans ses questions. De la peur. C'est aussi une fille plus mûre que ses camarades, du genre à se poser beaucoup de questions. Presque à tout intellectualiser.

En sortant de cours, face à ses questions et voyant qu'il y avait un certain stress, je lui ai proposé d'abord d'aller voir la cellule - improvisée - qui a été mis en place dans le collège, où l'infirmière est présente ainsi que la Copsy (je crois). Mais elle ne voulait pas, car elle ne la connaissait pas et voulait discuter avec moi. Exclusivement. Je lui ai alors proposé de venir me voir pour en rediscuter à 15h30 à la fin de mes cours, pour qu'on discute. Ce qu'elle a fait.

Je crois qu'elle était un peu calmée en repartant. J'ai essayé de faire du mieux que je pouvais, sans savoir exactement comment gérer la situation (quelles sont les bonnes attitudes face à un gamin en situation de stress ? Certaines choses paraissent évidentes, comme écouter sans juger, mais sans avoir les ficelles on n'est jamais certains d'avoir la bonne attitude).

Je réfléchis au fait que je devrais peut-être en dire un mot aux parents (je suis déjà en contact, par ailleurs, avec la mère). Mais en même temps, elle s'est confiée à moi, et en parler à sa mère me semble, en quelque sorte, une manière de trahir sa confiance.

Après réflexion, je suis arrivé à la conclusion que le mieux serait, demain, de lui reparler et lui demander si ça la gène que j'en touche un mot à sa mère sans entrer dans les détails. Manière de faire remarquer l'existence de la situation sans faire ça dans son dos.

Qu'en pensez-vous ?

kero
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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par RogerMartin le Lun 16 Nov 2015 - 23:14

@Sphinx a écrit:
Cripure a écrit:

No man is an island,
Entire of itself.
Each is a piece of the continent,
A part of the main.
If a clod be washed away by the sea,
Europe is the less.
As well as if a promontory were.
As well as if a manor of thine own
Or of thine friend's were.
Each man's death diminishes me,
For I am involved in mankind.
Therefore, send not to know
For whom the bell tolls,
It tolls for thee.

C'est de John Donne, ça a presque 400 ans.
Et ça me parle.

C'est très beau. Puis-je vous demander la référence exacte ?

Dans le recueil Devotions upon Emergent Occasions, la Meditation XVII. C'est le troisième paragraphe.
http://www.luminarium.org/sevenlit/donne/meditation17.php

C'est un des grands thèmes de prédication de Donne -- plus haut dans le même texte: "All mankinde is of one Author, and is one volume; when one Man dies, one Chapter is not torne out of the booke, but translated into a better language."
Donne  I love you

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par BritLéty le Lun 16 Nov 2015 - 23:27

Ouf, cette journée est passée, et c'est tant mieux. J'étais en, congé mater' lors des évènements de janvier et j'avais échappé à cette mascarade, mais là, je me suis sentie très nulle toute la matinée.

Déjà j'avais décidé que je ne ferais rien avant l'heure officielle. Comme on a fait la minute de silence à 11h, j'ai fait deux heures de cours normales. J'en aurais un peu parlé si un élève m'avait posé des questions, mais ça n'a pas été le cas, ouf.

Sauf qu'en 3ème heure de la matinée, j'ai ma pire classe. Et le cauchemar a commencé.
Je leur demande s'ils sont tous au courant. Ils me répondent tous oui rapidement. Bon, ok.
Je leur pose après la question sur leur sentiment, leur ressenti sur ce qui s'est passé. Et là... gros blanc. J'avais qu'une envie: leur dire de sortir leur cahier et faire cours normalement. Sauf que bizarrement, je me sentais en faute, tous les collègues étaient en train d'en parler ( et avaient déjà commencé pendant les deux premières heures pendant que moi je faisais cours normalement ), il y avait la minute de silence... donc il fallait les faire parler. Comme je ne pouvais rien leur faire sortir sur ce qu'ils avaient ressenti, j'ai enchaîné avec le pourquoi du comment. C'était horrible. Je crois que non seulement j'ai eu droit à tous les poncifs du genre, mais en plus ça ne m'a que confirmer que je n'étais pas à ma place pour parler de ces choses là, franchement je maîtrise pas assez le sujet pour pouvoir faire un vrai débat constructif, démonter les idées reçues ect....

Je me suis sentie comme une grosse bouffonne.

Le pire c'est quand ils ont commencé à parler de la 3ème guerre mondiale. Est-ce qu'on est en guerre, est-ce que c'est la 3ème guerre mondiale qui commence? Avec ce qu'ont dit Valls et Hollande et ce qui s'est passé cette nuit, ça aide pas à dire qu'on est assez loin d'une guerre. Ou peut être qu'on y est même si elle est à distance et surtout idéologique. Enfin pour vous dire la vérité, j'en sais rien.

La moitié de la classe n'en avait rien à faire du pseudo-débat.

Et la cerise: il y en a un qui a rigolé pendant la minute de silence. Je l'ai dégagé vite fait de la salle, mais vu la tournure des évènements, je me demande si c'est pas un peu de ma faute, franchement j'ai eu plus l'impression de faire du remplissage qu'autre chose, et peut être que quelque part j'ai pas assez bien expliqué pourquoi on faisait cette minute de silence. Mais clairement c'est pas mon truc. Je me suis sentie mal à l'aise pendant toute l'heure. Je suis prof, pas psy.


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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Olympias le Lun 16 Nov 2015 - 23:34

@Tangleding a écrit:Je viens de lire les pages depuis ce matin, et malheureusement mon expérience et mon ressenti sont loin de ce bel unanimisme. J'ai ressenti très fortement dans ma classe de 5e les divisions du pays. C'était triste. L'AVS présente, qui est super, était consternée.

Les gamins ont accepté de respecter tous la minute de silence. Mais le coeur n'y était pas, ils y étaient séparément.

Selon moi cela ne va pas mieux qu'en janvier dernier. La peur panique en plus. :/
Le problème c'est que d'un établissement à l'autre, en fonction de la population scolaire, des états d'esprit, des préoccupations, c'est très différent. Certains élèves sont très mûrs, d'autres ne sont pas habitués à faire preuve d'empathie. D'autres cachent leur hyper sensibilité car ils ne veulent pas passer pour des ceux qui pleurnichent... Il y a aussi ceux qui sont très gamins, égoïstes, incapables de se décentrer...et ceux qui tiennent un discours qui nous gêne. Tous les cas de figure.

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Rendash le Lun 16 Nov 2015 - 23:42

Quasi rien dormi de la nuit. J'ai eu une amie au téléphone, deux de ses amis sont morts vendredi, une troisième ne s'en tirera pas.

Lundi, grosse journée pour moi. Je commençais avec mes TS, qui étaient en DS en principe. Ils sont arrivés, m'ont dit bonjour, se sont installés et ont sorti leurs affaires pour le devoir ; mais j'ai bien compris qu'ils mouraient d'envie de parler. Alors on a parlé. Ils ont posé leurs questions, je les ai notées au tableau, puis j'ai essayé d'y répondre. On a partagé nos peurs, nos inquiétudes, mais aussi nos espoirs ; ce moment m'a sacrément secoué. Deux filles pleuraient discrètement, j'ai eu du mal à ne pas les imiter.
Les PS ensuite, cours normal, je me suis contenté de leur expliquer qu'une collègue en discuterait avec eux en EMC l'après-midi, elle m'avait mailé pour me proposer ça la veille. J'avoue avoir été soulagé, je ne me sentais pas de remettre ça avec eux après le moment très fort partagé avec mes term'.

Récré, explication du chef en salle des profs : minute de silence commune dans la cour à midi moins le quart, précédée d'une prise de parole des élus du CVL. Beaucoup de blabla du chef, des éléments de langage très...ministériels, mais je l'ai senti vraiment ému au fond. Une sorte de façade, probablement, ce discours convenu.

Heure suivante : mes secondes choupinous. Je comptais leur rendre leur DS, mais ils m'ont demandé s'ils pouvaient me poser quelques questions, en précisant qu'ils en avaient parlé avec le collègue de français juste avant. Ils ont fait court, moi aussi ; apparemment on avait tous surtout besoin d'un peu de légèreté, donc je suis passé au rendu de leur DS, en essayant de plaisanter un peu. J'ai réussi à les faire rire, ça m'a détendu un peu.
...j'ai su à 18h par ledit collègue de français qu'ils lui avaient expliqué avoir envie d'en parler uniquement avec lui et moi. Il y voit une énorme preuve de confiance de leur part, un feeling, un lien établi avec eux. J'ai fait mine de prendre ça avec détachement, mais ça m'a achevé. Ou plutôt, ça m'aurait achevé si les P STMG ne s'en étaient pas chargés avant.

Parce qu'à 14h, j'ai récupéré mes P STMG. Habituellement bien gentils, mais agités, souvent difficiles à canaliser à cette heure-ci. Ils se sont installés, et quand j'ai fait mine d'attaquer le cours, ils m'ont demandé s'ils pouvaient discuter un peu. J'ai râlé, en les accusant presque ouvertement de se servir de ça pour rater du cours alors qu'ils avaient dû en parler toute la matinée déjà ; sauf qu'en fait, non, ils n'en avaient pas parlé du tout. Je ne sais pas pourquoi ; je pense que les collègues ont dû, peut-être, réagir comme moi et se méfier de cette classe, et donc rester uniquement sur le cours.
Ils n'ont jamais été aussi calmes. Ils posaient leurs questions, écoutaient la réponse, écoutaient les interventions des autres, sans un chuchotement, sans une intervention intempestive. Ils ont fait preuve d'une vraie maturité, qui m'a scotché de leur part. Beaucoup d'inquiétude, sur les éventuelles suites, mais aussi sur le rejet des musulmans, avec la manifestation et la ratonnade de Pontivy, etc.
A la sonnerie, quatre ou cinq sont venus me voir, dont une casse-couillette qui m'a demandé "ça va, Monsieur? Vous avez pas l'air bien, vous connaissiez des gens?". J'ai cru que j'allais m'effondrer.

Les secondes dont je suis PP, puis les autres P STMG, ont souhaité échanger aussi ; ils avaient eu l'occasion de le faire le matin, et me l'ont dit, mais avaient surtout des questions de géopo pour les secondes, et des inquiétudes quant à une montée de l'expression de racisme pour les STMG. Une vraie peur, profonde, que je n'avais pas mesurée avant aujourd'hui. "Mais Monsieur, pourquoi y'a des gens y croivent ( pale ) qu'on peut être d'accord avec ces cinglés?!". Je n'ai pas réussi à rester neutre et objectif et à répondre froidement. Je ne pouvais pas, il fallait que j'essaie de faire disparaître cette tristesse et cette angoisse de leurs yeux, ça me fendait le coeur. Alors je suis parti sur le thème de "y'a pas plus de racistes, c'est juste qu'ils osent davantage le dire, et avec des propos de plus en plus affreux qu'ils ne se permettaient pas avant, parce qu'ils se servent de ces horreurs comme prétexte". J'ai dit aussi que plus les propos en question seraient outrés, plus ils susciteraient de réactions de rejet de la part de la majorité, et donc qu'ils n'avaient pas à s’inquiéter, qu'ils trouveraient toujours une majorité de gens à leurs côtés face à une poignée de demeurés de fachos et de cinglés de terroristes. J'y croyais, en le disant Rolling Eyes
J'ai sans doute eu tort, et je suis probablement sorti de mon rôle. Mais ça a eu l'effet escompté, en tout cas, ils ont paru rassurés, et me l'ont dit en partant, en me remerciant. J'ai fermé la porte, et j'ai pleuré.


Je suis épuisé. Vidé. Anesthésié. Aucune énergie, juste un profond abattement, doublé d'une espèce de torpeur, comme un brouillard. J'ai l'impression d'avoir rêvé ces trois derniers jours, et d'être sur le point de me réveiller.


Dernière édition par Rendash le Lun 16 Nov 2015 - 23:46, édité 1 fois

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Sphinx le Lun 16 Nov 2015 - 23:43

@RogerMartin a écrit:
@Sphinx a écrit:
Cripure a écrit:

No man is an island,
Entire of itself.
Each is a piece of the continent,
A part of the main.
If a clod be washed away by the sea,
Europe is the less.
As well as if a promontory were.
As well as if a manor of thine own
Or of thine friend's were.
Each man's death diminishes me,
For I am involved in mankind.
Therefore, send not to know
For whom the bell tolls,
It tolls for thee.

C'est de John Donne, ça a presque 400 ans.
Et ça me parle.

C'est très beau. Puis-je vous demander la référence exacte ?

Dans le recueil Devotions upon Emergent Occasions, la Meditation XVII. C'est le troisième paragraphe.
http://www.luminarium.org/sevenlit/donne/meditation17.php

C'est un des grands thèmes de prédication de Donne -- plus haut dans le même texte: "All mankinde is of one Author, and is one volume; when one Man dies, one Chapter is not torne out of the booke, but translated into a better language."
Donne  I love you

Ah, merci. Je vais placarder ça en salle des profs, je préférais avoir le titre du poème et celui du recueil que de mettre "Source : Cripure" Razz

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Olympias le Lun 16 Nov 2015 - 23:45

@Rendash a écrit:Quasi rien dormi de la nuit. J'ai eu une amie au téléphone, deux de ses amis sont morts vendredi, une troisième ne s'en tirera pas.

Lundi, grosse journée pour moi. Je commençais avec mes TS, qui étaient en DS en principe. Ils sont arrivés, m'ont dit bonjour, se sont installés et ont sorti leurs affaires pour le devoir ; mais j'ai bien compris qu'ils mouraient d'envie de parler. Alors on a parlé. Ils ont posé leurs questions, je les ai notées au tableau, puis j'ai essayé d'y répondre. On a partagé nos peurs, nos inquiétudes, mais aussi nos espoirs ; ce moment m'a sacrément secoué. Deux filles pleuraient discrètement, j'ai eu du mal à ne pas les imiter.
Les PS ensuite, cours normal, je me suis contenté de leur expliquer qu'une collègue en discuterait avec eux en EMC l'après-midi, elle m'avait mailé pour me proposer ça la veille. J'avoue avoir été soulagé, je ne me sentais pas de remettre ça avec eux après le moment très fort partagé avec mes term'.

Récré, explication du chef en salle des profs : minute de silence commune dans la cours à midi moins le quart, précédée d'une prise de parole des élus du CVL. Beaucoup de blabla du chef, des éléments de langage très...ministériels, mais je l'ai senti vraiment ému au fond. Une sorte de façade, probablement, ce discours convenu.

Heure suivante : mes secondes choupinous. Je comptais leur rendre leur DS, mais ils m'ont demandé s'ils pouvaient me poser quelques questions, en précisant qu'ils en avaient parlé avec le collègue de français juste avant. Ils ont fait court, moi aussi ; apparemment on avait tous surtout besoin d'un peu de légèreté, donc je suis passé au rendu de leur DS, en essayant de plaisanter un peu. J'ai réussi à les faire rire, ça m'a détendu un peu.
...j'ai su à 18h par ledit collègue de français qu'ils lui avaient expliqué avoir envie d'en parler uniquement avec lui et moi. Il y voit une énorme preuve de confiance de leur part, un feeling, un lien établi avec eux. J'ai fait mine de prendre ça avec détachement, mais ça m'a achevé. Ou plutôt, ça m'aurait achevé si les P STMG ne s'en étaient pas chargés avant.

Parce qu'à 14h, j'ai récupéré mes P STMG. Habituellement bien gentils, mais agités, souvent difficiles à canaliser à cette heure-ci. Ils se sont installés, et quand j'ai fait mine d'attaquer le cours, ils m'ont demandé s'ils pouvaient discuter un peu. J'ai râlé, en les accusant presque ouvertement de se servir de ça pour rater du cours alors qu'ils avaient dû en parler toute la matinée déjà ; sauf qu'en fait, non, ils n'en avaient pas parlé du tout. Je ne sais pas pourquoi ; je pense que les collègues ont dû, peut-être, réagir comme moi et se méfier de cette classe, et donc rester uniquement sur le cours.
Ils n'ont jamais été aussi calmes. Ils posaient leurs questions, écoutaient la réponse, écoutaient les interventions des autres, sans un chuchotement, sans une intervention intempestive. Ils ont fait preuve d'une vraie maturité, qui m'a scotché de leur part. Beaucoup d'inquiétude, sur les éventuelles suites, mais aussi sur le rejet des musulmans, avec la manifestation et la ratonnade de Pontivy, etc.
A la sonnerie, quatre ou cinq sont venus me voir, dont une casse-couillette qui m'a demandé "ça va, Monsieur? Vous avez pas l'air bien, vous connaissiez des gens?". J'ai cru que j'allais m'effondrer.

Les secondes dont je suis PP, puis les autres P STMG, ont souhaité échanger aussi ; ils avaient eu l'occasion de le faire le matin, et me l'ont dit, mais avaient surtout des questions de géopo pour les secondes, et des inquiétudes quant à une montée de l'expression de racisme pour les STMG. Une vraie peur, profonde, que je n'avais pas mesurée avant aujourd'hui. "Mais Monsieur, pourquoi y'a des gens y croivent ( pale ) qu'on peut être d'accord avec ces cinglés?!". Je n'ai pas réussi à rester neutre et objectif et à répondre froidement. Je ne pouvais pas, il fallait que j'essaie de faire disparaître cette tristesse et cette angoisse de leurs yeux, ça me fendait le coeur. Alors je suis parti sur le thème de "y'a pas plus de racistes, c'est juste qu'ils osent davantage le dire, et avec des propos de plus en plus affreux qu'ils ne se permettaient pas avant, parce qu'ils se servent de ces horreurs comme prétexte". J'ai dit aussi que plus les propos en question seraient outrés, plus ils susciteraient de réactions de rejet de la part de la majorité, et donc qu'ils n'avaient pas à s’inquiéter, qu'ils trouveraient toujours une majorité de gens à leurs côtés face à une poignée de demeurés de fachos et de cinglés de terroristes. J'y croyais, en le disant Rolling Eyes
J'ai sans doute eu tort, et je suis probablement sorti de mon rôle. Mais ça a eu l'effet escompté, en tout cas, ils ont paru rassurés, et me l'ont dit en partant, en me remerciant. J'ai fermé la porte, et j'ai pleuré.


Je suis épuisé. Vidé. Anesthésié. Aucune énergie, juste un profond abattement, doublé d'une espèce de torpeur, comme un brouillard. J'ai l'impression d'avoir rêvé ces trois derniers jours, et d'être sur le point de me réveiller.
🌺🌺🌺🌺 pour mon choupirenne

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par Tangleding le Lun 16 Nov 2015 - 23:47

@Olympias a écrit:Le problème c'est que d'un établissement  à l'autre, en fonction de la population scolaire, des états d'esprit, des préoccupations,  c'est très différent. Certains élèves sont très mûrs, d'autres ne sont pas habitués à faire preuve d'empathie. D'autres cachent leur hyper sensibilité car ils ne veulent pas passer pour des ceux qui pleurnichent... Il y a aussi ceux qui sont très gamins, égoïstes, incapables de se décentrer...et ceux qui tiennent un discours qui nous gêne. Tous les cas de figure.
Sans doute.

Pour la minute de silence, j'ai laissé le choix aux gamins, car cela avait sonné, ils pouvaient partir s'ils le souhaitaient, ils sont tous restés et se sont levés certes.

Ce n'était pas parti pour se passer ainsi au départ. Je leur ai dit aussi, que nul ne peut prétendre contrôler leurs pensées, que je pouvais seulement leur dire à qui, personnellement, je destinais ce temps de recueillement. Aux victimes de l'attentat, à toutes celles de Daesh, en Irak, en Syrie, depuis des années. Et aux migrants qui se sont noyés et se noient par centaines en fuyant cette terre gast.

J'ai du taire ce que je pense aussi, que les assassins eux-mêmes sont victimes de ceux qui les ont embrigadés dans la mort, la mort qu'ils ont répandue, la mort qu'ils se sont donnés.

Cela on n'a pas le droit de seulement le penser (même ici je suppose). Par contre parler de guerre pour qualifier la lutte légitime d'un état contre une mafia de criminels, cela on le peut, même en étant ministre de l'EN.

Il y a aussi des questions auxquelles je n'ai pas pu répondre. Ils s'inquiètent de leur sécurité au collège. C'est à l'institution d'assurer leur sécurité, j'en ai ma part. Mais je suis totalement démuni et je n'ai rien vu qui me rassure quant à la prise en compte réelle de cette mission par l'institution dans le contexte actuel.


Dernière édition par Tangleding le Lun 16 Nov 2015 - 23:50, édité 1 fois

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Re: Fusillades à Paris - Que fait-on lundi avec nos élèves, dans nos établissements ?

Message par florestan le Lun 16 Nov 2015 - 23:48

@Rendash a écrit:Quasi rien dormi de la nuit. J'ai eu une amie au téléphone, deux de ses amis sont morts vendredi, une troisième ne s'en tirera pas.

Lundi, grosse journée pour moi. Je commençais avec mes TS, qui étaient en DS en principe. Ils sont arrivés, m'ont dit bonjour, se sont installés et ont sorti leurs affaires pour le devoir ; mais j'ai bien compris qu'ils mouraient d'envie de parler. Alors on a parlé. Ils ont posé leurs questions, je les ai notées au tableau, puis j'ai essayé d'y répondre. On a partagé nos peurs, nos inquiétudes, mais aussi nos espoirs ; ce moment m'a sacrément secoué. Deux filles pleuraient discrètement, j'ai eu du mal à ne pas les imiter.
Les PS ensuite, cours normal, je me suis contenté de leur expliquer qu'une collègue en discuterait avec eux en EMC l'après-midi, elle m'avait mailé pour me proposer ça la veille. J'avoue avoir été soulagé, je ne me sentais pas de remettre ça avec eux après le moment très fort partagé avec mes term'.

Récré, explication du chef en salle des profs : minute de silence commune dans la cour à midi moins le quart, précédée d'une prise de parole des élus du CVL. Beaucoup de blabla du chef, des éléments de langage très...ministériels, mais je l'ai senti vraiment ému au fond. Une sorte de façade, probablement, ce discours convenu.

Heure suivante : mes secondes choupinous. Je comptais leur rendre leur DS, mais ils m'ont demandé s'ils pouvaient me poser quelques questions, en précisant qu'ils en avaient parlé avec le collègue de français juste avant. Ils ont fait court, moi aussi ; apparemment on avait tous surtout besoin d'un peu de légèreté, donc je suis passé au rendu de leur DS, en essayant de plaisanter un peu. J'ai réussi à les faire rire, ça m'a détendu un peu.
...j'ai su à 18h par ledit collègue de français qu'ils lui avaient expliqué avoir envie d'en parler uniquement avec lui et moi. Il y voit une énorme preuve de confiance de leur part, un feeling, un lien établi avec eux. J'ai fait mine de prendre ça avec détachement, mais ça m'a achevé. Ou plutôt, ça m'aurait achevé si les P STMG ne s'en étaient pas chargés avant.

Parce qu'à 14h, j'ai récupéré mes P STMG. Habituellement bien gentils, mais agités, souvent difficiles à canaliser à cette heure-ci. Ils se sont installés, et quand j'ai fait mine d'attaquer le cours, ils m'ont demandé s'ils pouvaient discuter un peu. J'ai râlé, en les accusant presque ouvertement de se servir de ça pour rater du cours alors qu'ils avaient dû en parler toute la matinée déjà ; sauf qu'en fait, non, ils n'en avaient pas parlé du tout. Je ne sais pas pourquoi ; je pense que les collègues ont dû, peut-être, réagir comme moi et se méfier de cette classe, et donc rester uniquement sur le cours.
Ils n'ont jamais été aussi calmes. Ils posaient leurs questions, écoutaient la réponse, écoutaient les interventions des autres, sans un chuchotement, sans une intervention intempestive. Ils ont fait preuve d'une vraie maturité, qui m'a scotché de leur part. Beaucoup d'inquiétude, sur les éventuelles suites, mais aussi sur le rejet des musulmans, avec la manifestation et la ratonnade de Pontivy, etc.
A la sonnerie, quatre ou cinq sont venus me voir, dont une casse-couillette qui m'a demandé "ça va, Monsieur? Vous avez pas l'air bien, vous connaissiez des gens?". J'ai cru que j'allais m'effondrer.

Les secondes dont je suis PP, puis les autres P STMG, ont souhaité échanger aussi ; ils avaient eu l'occasion de le faire le matin, et me l'ont dit, mais avaient surtout des questions de géopo pour les secondes, et des inquiétudes quant à une montée de l'expression de racisme pour les STMG. Une vraie peur, profonde, que je n'avais pas mesurée avant aujourd'hui. "Mais Monsieur, pourquoi y'a des gens y croivent ( pale ) qu'on peut être d'accord avec ces cinglés?!". Je n'ai pas réussi à rester neutre et objectif et à répondre froidement. Je ne pouvais pas, il fallait que j'essaie de faire disparaître cette tristesse et cette angoisse de leurs yeux, ça me fendait le coeur. Alors je suis parti sur le thème de "y'a pas plus de racistes, c'est juste qu'ils osent davantage le dire, et avec des propos de plus en plus affreux qu'ils ne se permettaient pas avant, parce qu'ils se servent de ces horreurs comme prétexte". J'ai dit aussi que plus les propos en question seraient outrés, plus ils susciteraient de réactions de rejet de la part de la majorité, et donc qu'ils n'avaient pas à s’inquiéter, qu'ils trouveraient toujours une majorité de gens à leurs côtés face à une poignée de demeurés de fachos et de cinglés de terroristes. J'y croyais, en le disant Rolling Eyes
J'ai sans doute eu tort, et je suis probablement sorti de mon rôle. Mais ça a eu l'effet escompté, en tout cas, ils ont paru rassurés, et me l'ont dit en partant, en me remerciant. J'ai fermé la porte, et j'ai pleuré.


Je suis épuisé. Vidé. Anesthésié. Aucune énergie, juste un profond abattement, doublé d'une espèce de torpeur, comme un brouillard. J'ai l'impression d'avoir rêvé ces trois derniers jours, et d'être sur le point de me réveiller.
 Rendash, merci pour ce texte qui n'est que sincérité et sensibilité  fleurs

florestan
Grand sage


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