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Maieu
Habitué du forum

A propos de nos débats sur les questions de grammaire

par Maieu le Jeu 23 Fév 2012 - 19:11

Quelques réflexions concernant les (dernières) discussions, parfois violentes, sur la grammaire et son enseignement. On tourne en rond, disait l’un(e) des intervenant(e)s.
J’en reviens à « objet », parce que c’est la question sur laquelle j’ai été interrogé de manière récurrente pendant douze ans dans des conditions que j’ai expliquées par ailleurs sous mon nom (Jean-Pierre Peyrard), nom que je n’ai pas réussi à réutiliser, malgré ma demande, pour des questions de mot de passe. Passons.

D’abord, ceci, qui n’est pas (un rappel) inutile :
Objet : « le complément d’objet énonce la personne ou la chose sur laquelle passe l’action du sujet » (Grévisse) « …sur laquelle passe ou vers laquelle est dirigée l’action. » (Steinberg) « … la personne ou la chose subissant une action faite par le sujet. » (Bonnard)
Spécialistes cités par Maurice Gross - Centre Universitaire de Vincennes - (voir, sur internet « remarque sur la notion d’objet direct en français »)
Maurice Gross conclut : « La conclusion qui s’impose à nous (…) est que les notions « transitif » et « objet direct » sont complètement inutiles pour les descriptions grammaticales, elles ne correspondent à aucun phénomène linguistique précis et la fixation aveugle de tels concepts a certainement beaucoup contribué à l’arrêt du progrès et à la régression dans la description des langues, sans parler des dégâts qu’elles continuent à occasionner dans l’enseignement. »
Quand je vois dans les manuels, les multiples définitions, l’incroyable panoplie des procédés mis au point pour tenter d’expliquer, de cerner, de coincer enfin une bonne fois pour toutes ce satané complément d’objet, je me dis que Maurice Gross n’a peut-être pas tout à fait tort.
Seulement voilà : notre travail consiste précisément à l’expliquer, cet « objet », à le faire entrer dans les têtes de nos élèves, à convaincre de la justesse indiscutable des notions d’ « objet direct » et de tout l’arsenal qui l’accompagne, les notions de transitif et d’intransitif, notamment.
Si je me demande « pour quoi ? »(en deux mots) il nous est demandé d’enseigner la grammaire, puis de faire réaliser des analyses grammaticales par les élèves, je répondrai, en allant à ce qui me semble essentiel : 1) Pour les aider à comprendre l’organisation de la langue, puis voir s’ils comprennent ce qu’ils lisent et s’ils parviennent à écrire. 2) Pour voir s’ils maîtrisent l’outil que nous leur enseignons, outil qui a précisément pour but de rendre possibles ces deux opérations.
Or, les multiples interventions, dans les nombreux forums, indiquent non seulement que les deux objectifs ne sont pas faciles à atteindre, mais qu’ils ne sont pas atteints, le plus souvent. Et non sans souffrances, des uns et des autres.
Est-ce que je peux rendre compréhensibles pour les élèves les définitions citées plus haut ?
Autrement dit, « une personne ou une chose sur laquelle passe ou vers laquelle est dirigée une action, ou encore qui la subit. » Quelle que soit la forme de mon discours, je constate que ça ne marche pas. (cf. les interventions)
Si je veux être rigoureux, je dois donc m’interroger sur la validité de ces notions : ce n’est pas parce qu’on me demande de les enseigner que je dois m’interdire de porter sur elles un regard critique. On a enseigné longtemps que nos ancêtres étaient les Gaulois. Sans parler de la colonisation et de ses bienfaits.
On dira que ce n’est pas la même chose, que la langue n’est pas affaire d’idéologie. Pas si sûr. Voyez par exemple l’usage des noms pédophilie et pédérastie.
Scène imaginaire.
J’ai écrit au tableau « J’achète un livre »
J’ai commencé par essayer d’expliquer aux élèves que si « livre » est appelé objet (donc, complément d’objet), ce n’est pas parce qu’il est un objet matériel (ils ont compris qu’objet peut avoir des significations différentes), mais parce qu’il est le destinataire de l’action (acheter). – J’ai vu, ici et là, des mines perplexes. Je comprends bien que «objet = destinataire de l’action » n’est pas forcément très facile à comprendre, mais je ne suis pas hostile à l’enseignement des concepts, bien au contraire. Donc, j’insiste.
Ensuite, j’ai écrit : « J’offre le livre à un ami » et j’explique que « livre » = destinataire de « offre » = objet, comme dans l’exemple précédent.
Puis j’explique : « ami = autre destinataire = autre objet (second) – j’observe de lents hochements de tête et des fronts plissés. J’insiste : « COD » pour « livre » et « COS » pour « ami ».
Il y a un doigt levé, là-bas.
- Monsieur, l’année dernière le prof m’a dit que « ami » est complément d’attribution.
- Oui, on peut le dire. Certaines grammaires le disent.
Deuxième doigt levé.
- Mais alors, monsieur, objet et attribution veulent dire la même chose ! Et s’ils veulent dire la même chose, pourquoi on ne dit pas que «livre » dans « j’achète un livre » est complément d’attribution ?
- Tu as bien noté que j’ai dit COD et COS.
- Oui, monsieur, mais il y a O dans les deux ! Et objet = destinataire, qu’il soit D ou S, non ?
Un troisième doigt levé.
- J’ai regardé dans le manuel de grammaire de mon frère. Ils ne sont pas d’accord pour attribution, parce qu’on peut dire que quand on enlève quelque chose à quelqu’un, c’est absurde de parler d’attribution. Il ne faut pas dire « attribution » mais COS.
Quatrième doigt.
- Et puis, monsieur, dans le premier exemple, « livre » indique ce que j’ai acheté. Dans le deuxième, « ami » ne m’indique pas ce que j’offre mais à qui je l’offre. Et ça veut dire quoi, exactement, second ? C’est parce qu’il y en a eu un premier ?
Questions
Ne nous engageons pas dans de faux débats : je ne prétends pas que cette scène est réelle, je ne prétends pas que l’enseignement qui y est dispensé est un modèle… Mon objectif n’est pas de donner une leçon de pédagogie.
Je l’ai imaginée pour dire :
- les difficultés des élèves sont révélatrices des différents discours des manuels et des profs. Je ne dis pas qu’elles en sont les conséquences mais le miroir.
- si nous discutons autant et avec autant de passion, ce n’est pas, au fond, des questions dont nous pensons discuter, mais… d’autre chose.
Je reviens à nos ancêtres les Gaulois : des profs d’histoire disputant de cette question disputeraient au fond de choix philosophiques, politiques, idéologiques... C’est encore plus vrai pour la colonisation.
Pour le langage, les difficultés d’enseignement de la grammaire, je n’ai pas la réponse.
J’ai seulement été frappé par le malaise que j’ai découvert chez les élèves que j’ai rencontrés (une vraie misère scolaire) et je le suis encore par celui que je constate dans notre débat sur ces questions d’enseignement de la grammaire.
Alors, je me dis qu’il faudrait peut-être remettre en cause les concepts, en inventer de nouveaux…
Je relis ce que dit Maurice Gross.
Ah, Vincennes !
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Clarinette
Guide spirituel

Re: A propos de nos débats sur les questions de grammaire

par Clarinette le Jeu 23 Fév 2012 - 19:28
D'où l'intérêt d'arrêter de parler de COS ET de complément d'attribution, tant qu'ils ne sont pas... je ne sais pas, moi, au lycée ? En fac ?
En tout cas, au primaire et au collège, il suffit qu'ils sachent faire la différence entre COD et COI, principalement pour des questions d'orthographe, ce me semble.

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