Voir le sujet précédentAller en basVoir le sujet suivant
Robin
Robin
Fidèle du forum

Bac Philo 2012 : Toute croyance est-elle contraire à la raison ? Empty Bac Philo 2012 : Toute croyance est-elle contraire à la raison ?

par Robin Jeu 9 Aoû 2012 - 13:31
"Moi, je ne crois qu'à ce que je vois" proclame celui qui refuse la croyance au nom de la raison. "Croyance" vient du latin credere, "croire" : disposition de l'esprit qui admet quelque chose, qui adhère à une opinion, une doctrine, une idéologie, etc.

D'un point de vue philosophique, la croyance est une adhésion incertaine, par opposition au savoir et même à la foi. Les philosophes voient dans la raison le propre de l'homme, la faculté supérieure qui commande le langage, la pensée, la connaissance et la conduite. En tant que pouvoir de bien juger, la raison s'oppose à la folie et à la passion, mais aussi à la croyance. "Toute croyance est-elle contraire à la raison ?", la question rappelle l'existence d'un combat entre la raison et la croyance.

Le sujet s'applique à des domaines divers : religieux, épistémologique, politique, domaine où la croyance (l'idéologie) joue un grand rôle et psychologique : dans le combat entre la croyance et la raison, la croyance l'emporte bien souvent sur la raison ; d'où vient la puissance de nos croyances et la faiblesse de notre raison ?

Nous verrons dans une première partie que la croyance est incompatible avec la raison, puis nous ferons une distinction entre la croyance et la foi et nous essayerons de montrer enfin que, contrairement à la croyance, la foi ne renie pas la raison.

Nous nous demanderons enfin dans quelle mesure la croyance en la suprématie absolue de la raison comme horizon indépassable de tout savoir (le rationalisme) n'est pas, à son tour, une forme de croyance.

D'une façon générale, la croyance est l'adhésion à une idée, une affirmation, une théorie, un dogme... En ce sens, la naïveté, le préjugé, l'erreur, l'opinion... sont des modalités différentes de croyances.

Selon Descartes (Quatrième Méditation métaphysique), la croyance est un effet de la volonté : l'entendement conçoit les idées, la volonté y adhère, les refuse ou les met en doute. Toutefois, la notion de croyance est le plus souvent utilisée par opposition à la raison et au savoir véritable. La croyance est alors surtout considérée comme une adhésion hasardeuse, contraire à la raison.

Dans le Dom Juan de Molière, Sganarelle essaye de faire partager à son maître sa croyance dans l'existence du "moine bourru" (un fantôme qui vient tourmenter les vivants). Don Juan a beau jeu de lui répliquer que le moine bourru est une superstition ridicule, contraire à la raison. Pendant des siècles, les hommes ont cru que la Terre était plate, immobile et au centre de l'univers ; Ambroise Paré, le plus grand chirurgien du XVIème siècle croyait dans les vertus de la pierre philosophale et expliquait l'existence des "monstres" par des raisons qui nous paraissent aujourd'hui contraires à la raison : les "monstres" naîtraient, selon lui, de relations sexuelles désordonnées ou constitueraient des présages, des punitions ou des avertissements divins.

Certains continuent à croire à des phénomènes que l'expérience, l'observation et la raison ont pourtant réfuté : comment peut-on encore croire, par exemple, que les "canaux" que l'on aperçoit à la surface de la planète Mars "prouvent" l'existence des Martiens, ou adhérer aveuglément à des croyances invérifiables qui séduisent l'imagination au détriment de la raison et relèvent, dans le meilleur des cas, d'un "peut-être" ou d'un "pourquoi pas" amusé ? En tout état de cause, de ce que les sceptiques grecs appelaient la "suspension du jugement".

On peut s'interroger sur la faiblesse de la raison par rapport à la force des croyances. Sigmund Freud, dans l'Avenir d'une illusion a montré que si nos croyances sont si puissantes et résistent au démenti de la réalité, c'est qu'elles s'enracinent dans le désir et non dans la raison.

La conception que nous nous faisons de la raison survivra-t-elle aux paradoxes de la physique des particules ? "Les "vérités" de la conception scientifique moderne du monde, bien que démontrables en formules mathématiques et susceptibles de preuves technologiques, constate Hannah Arendt, ne se prêtent plus à une expression normale dans le langage et la pensée ". Nous nous accordons encore cependant sur quelques principes fondamentaux : identité, non contradiction, tiers exclu, le doute méthodique, la nécessité de recourir à la vérification et à l'expérimentation, le principe établi par Descartes dans Le Discours de la Méthode de "n'accepter aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle".

Michel Foucault a mis en évidence dans Les mots et les choses l'existence d'horizons de savoir qui expliquent qu'un grand chirurgien comme Ambroise ait pu croire aux vertus de la pierre philosophale. Les hommes pensent à l’intérieur d'une "épistémé", d'une "structure".

Le problème du rapport entre la raison et la croyance est lié à l'épistémé. Au XIIIème siècle, la raison philosophique était considérée comme l'auxiliaire de la croyance (plus exactement de la foi) : "Philosophia ancilla theologiae" (saint Thomas d'Aquin). Les théologiens croyaient dans la possibilité de concilier la foi et la raison. Les vérités de la foi n'étaient pas considérées comme contraires à la raison et il appartenait à la raison de les comprendre et de les éclairer.

Pour Pascal, la raison humaine est limitée. La raison doit accepter de reconnaître qu'il y a "une infinité de choses qui la surpassent", aussi bien naturelles que surnaturelles. Cette reconnaissance de ses limites par la raison est une force et non une faiblesse. La faiblesse de la raison serait de ne pas reconnaître ses limites.

N'admettre que la raison, c'est donc se montrer déraisonnable : "Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule (...) Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison. Il n'y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison."

Emmanuel Kant montrera de son côté dans la Critique de la raison pure que la raison ne peut pas connaître les "premiers principes" qu'il appelle les "noumènes", par opposition aux phénomènes, par exemple l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme... sont indémontrables car Dieu et l'âme ne sont pas des phénomènes accessibles à l'intuition sensible et aux catégories de l'entendement humain. Kant propose donc de sceller un "pacte" entre la raison et la foi : le domaine de la raison ne doit pas s'étendre au-delà des phénomènes, celui de la foi commence là où s'arrête celui de la raison : "J'ai borné la raison pour laisser une place à la foi."

Edmund Husserl réfléchit, vers la fin de sa vie au problème de la crise de la raison et de la culture européenne. Il voit dans la phénoménologie transcendantale une réponse à la crise généralisée du sens et un remède à la barbarie qui s'annonce.

" Galilée, dans le regard qu’il dirige sur le monde à partir de la géométrie et à partir de ce qui apparaît comme sensible et mathématisable, fait abstraction des sujets en tant que personnes, porteuses d’une vie personnelle, abstraction de ce qui appartient à l’esprit. Cet oubli du monde de la vie et des personnes, cette idée que le seul monde véritable est celui des mathématiques abstraites, cette élimination du sol d’expériences vécues, se trouve à l’origine de la crise moderne du sens et de la culture. "

Selon Édith Stein, élève de Husserl, cette critique de la conception moderne de la nature et la démonstration de ce qu'elle n'est pas tenable, mérite la plus grande attention. Cependant, ajoute-t-elle, les errances de la philosophie moderne ne résultent-ils pas d'une rupture d'avec l'attitude spirituelle médiévale, et la conception moderne de la nature n'est-elle pas tributaire de cette rupture ?

La croyance est bien souvent une adhésion hasardeuse, contraire à la raison. On peut s'étonner de la persistance de la croyance, malgré les démentis de la raison et du réel. Les croyances sont plus fortes que la raison car elles s'enracinent dans le désir. Loin de récuser la raison, les théologiens médiévaux ont cru à une conciliation entre la foi et la raison : il appartient à la raison de comprendre et d'éclairer les vérités de la foi. Pour Pascal, il existe deux excès : récuser la raison, n'admettre que la raison, tandis que Kant propose de sceller un pacte entre la raison et la foi. On peut se demander, en tout état de cause, si l'hypostase de la science et de la technique comme horizon indépassable de la vérité et du sens ne constitue pas une croyance dogmatique et une mutilation de la raison. "Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, que dans toute ta philosophie." (Shakespeare, Hamlet)
Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum