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Re: Le meurtre dans la littérature

par Invité le Mar 24 Fév 2009 - 8:24
Et au théâtre toujours, un trés beau meurtre à distance: celui d'Hedwig dans Canard sauvage d'Ibsen. Une production magnifique avec Judith Henri tourne dans toute la France et si elle arrive dans votre bourgade, je vous convie vraiment à y aller. Des acteurs de tout premier ordre..et on ne s'ennuie pas un instant.
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retraitée
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Re: Le meurtre dans la littérature

par retraitée le Mar 24 Fév 2009 - 10:22
@ysabel a écrit:ne pas oublier l'extrait de Une Vie quand Julien tue Jeanne et son amant enfermés dans une carriole.
Erreur, c'est monsieur de Fourville, mari de Gilberte, qui tue sa femme et Julien son amant dans la cabane de berger. maupassant reprend d'ailleurs dans ce chapitre une de ses nouvelles, en la modifiant (c'était l'abbé qui tuait dans la nouvelle, dans le roman, il pousse le mari au crime); Ce meurtre entraîne la fausse couche de Jeanne.
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ysabel
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Re: Le meurtre dans la littérature

par ysabel le Mar 24 Fév 2009 - 13:33
@retraitée a écrit:
@ysabel a écrit:ne pas oublier l'extrait de Une Vie quand Julien tue Jeanne et son amant enfermés dans une carriole.
Erreur, c'est monsieur de Fourville, mari de Gilberte, qui tue sa femme et Julien son amant dans la cabane de berger. maupassant reprend d'ailleurs dans ce chapitre une de ses nouvelles, en la modifiant (c'était l'abbé qui tuait dans la nouvelle, dans le roman, il pousse le mari au crime); Ce meurtre entraîne la fausse couche de Jeanne.

Mince je me suis emmêlée les pinceaux !! Embarassed moi et les noms !

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« vous qui entrez, laissez toute espérance ». Dante

« Il vaut mieux n’avoir rien promis que promettre sans accomplir » (L’Ecclésiaste)
lila
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Re: Le meurtre dans la littérature

par lila le Jeu 26 Fév 2009 - 18:40
C'est très très intéressant le GT que vous suggérez de post en post. Ca me donne envie de traiter ce thème l'année prochaine !
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lilith888
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Re: Le meurtre dans la littérature

par lilith888 le Jeu 26 Fév 2009 - 18:53
Il y a une scène de meurtre dans les Anges Noirs de François Mauriac, dans laquelle Gabriel Gradère tue une prostituée qui menace de le "balancer". Le réalisme froid de la scène peut se coupler par exemple au meurtre de Julien dans Le Rouge et le Noir
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Re: Le meurtre dans la littérature

par Invité le Jeu 26 Fév 2009 - 21:04
On peut lire aussi avec profit une merveille du dix neuvième siècle.. l'ensorcelée avec ce passage avec l'abbé de la Croix Jugan monstrueusement défiguré qui arrive pour la première fois à l'église sans son capuchon :

Pour la première fois, on jugeait dans toute sa splendeur foudroyée le désastre de cette tête, ordinairement à moitié cachée, mais déjà, par ce qu’on en voyait, terrifiante ! Les cheveux, coupés très courts, de l’abbé, envahis par les premiers flocons d’une neige prématurée, miroitaient sur ses tempes et découvraient les plans de ses joues livides, labourées par le fer. C’était tout un massacre, me dit Tainnebouy avec une poésie sauvage, mais ce massacre exprimait un si implacable défi au destin, que si les yeux s’en détournaient, c’était presque comme les yeux de Moïse se détournèrent du buisson ardent qui contenait Dieu ! Il y avait, en effet, à force d’âme comme un dieu en cet homme plus haut que la vie, et qui semblait avoir vaincu la mort en lui résistant. Quoiqu’il se disposât à offrir le Saint Sacrifice et qu’il s’avançât les yeux baissés, l’air recueilli et les mains jointes, ces mains qui avaient porté l’épée interdite aux prêtres, et dont le galbe nerveux et veiné révélait la puissance des éperviers dans leurs étreintes, il était toujours le chef fait pour commander et entraîner à sa suite. Avec sa grande taille, la blancheur flamboyante de sa chasuble lamée d’or, que le soleil, tombant par une des fenêtres du chœur, sembla tout à coup embraser, il ne paraissait plus un homme, mais la colonne de flammes qui marchait en avant d’Israël et qui le guidait au désert. La vieille comtesse de Montsurvent parlait encore de ce moment-là, du fond de ses cent ans, comme s’il eût été devant elle, quand Blanchelande agenouillé vit ce prêtre, colossal de physionomie, se placer au pied de l’autel et commencer cette messe fatale qu’il ne devait pas finir.
Nul, alors, ne pensa à ses crimes. Nul n’osa garder dans un repli de son âme subjuguée une Mauvaise pensée contre lui. Il était digne des pouvoirs que lui avait remis l’Église, et le calme de sa grandeur, quand il monta les marches de l’autel, répondit de son innocence. Impression éphémère, mais pour le moment toute-puissante ! On oublia Jeanne Le Hardouey. On oublia tout ce qu’on croyait il n’y avait qu’un moment encore.
Entrevu à l’autel à travers la fumée d’azur des encensoirs, qui vomissaient des langues de feu de leurs urnes d’argent balancées devant sa terrible face, sur laquelle le sentiment de la messe qu’il chantait commençait de jeter des éclairs inconnus qui s’y fixaient comme des rayons d’auréole et faisaient pâlir l’éclat des flambeaux, il était le point culminant et concentrique où l’attention fervente et respectueuse de la foule venait aboutir. Le timbre profond de sa voix retentissait dans toutes les poitrines. La lenteur de son geste, sa lèvre inspirée, la manière dont il se retournait, les bras ouverts, vers les fidèles, pour leur envoyer la paix du Seigneur, toutes ces sublimes attitudes du prêtre qui prie et qui va consacrer, et dans lesquelles le sublime de sa personne, à lui, s’incarnait avec une si magnifique harmonie, prenaient ces paysans hostiles et fondaient leur hostilité au point qu’il n’y paraissait plus...
La messe s’avançait cependant, au milieu des alleluia d’enthousiasme de ce grand jour... Il avait chanté la Préface. Les prêtres qui l’assistaient dirent plus tard que jamais ils n’avaient entendu sortir de tels accents d’une bouche de chair. Ce n’était pas le chant du cygne, de ce mol oiseau de la terre qui n’a point sa place dans le ciel chrétien, mais les derniers cris de l’aigle de l’Évangéliste, qui allait s’élever vers les Cimes Éternelles, puisqu’il allait mourir. Il consacra, dirent-ils encore, comme les Saints consacrent ; et vraiment, s’il avait jamais été coupable, ils le crurent plus que pardonné. Ils crurent que le charbon d’Isaïe avait tout consumé du vieil homme dans sa purification dévorante, quand, à genoux près de lui et tenant le bord de sa tunique de pontife, les diacres le virent élever l’hostie sans tache, de ses deux mains tendues vers Dieu. Toute la foule était prosternée dans une adoration muette. L’O salutaris hostia ! allait sortir, avec sa voix d’argent, de cet auguste et profond silence... Elle ne sortit pas... Un coup de fusil partit du portail ouvert, et l’abbé de La Croix-Jugan tomba la tête sur l’autel.
Il était mort.
Des cris d’effroi traversèrent la foule, aigus, brefs, et tout s’arrêta, même la cloche qui sonnait le sacrement de la messe et qui se tut, comme si le froid d’une terreur immense était monté jusque dans le clocher et l’eût saisie !
Ah ! qui pourrait raconter dignement cette scène unique dans les plus épouvantables spectacles ? L’abbé de La Croix-Jugan, abattu sur l’autel, arraché par les diacres de l’entablement sacré qu’il souillait de son sang, et couché sur les dernières marches, dans ses vêtements sacerdotaux, au milieu des prêtres éperdus et des flambeaux renversés ; la foule soulevée, toutes les têtes tournées, les uns voulant voir ce qui se passait à l’autel, les autres regardant d’où le coup de feu était parti ; le double reflux de cette foule, qui oscillait du chœur au portail, tout cela formait un inexprimable désordre, comme si l’incendie eût éclaté dans l’église ou que la foudre eût fondu les plombs du clocher !
« L’abbé de La Croix-Jugan vient d’être assassiné ! » Tel fut le mot qui vola de bouche en bouche. La comtesse de Montsurvent, qui avait le courage de ceux de sa maison, tenta de pénétrer jusqu’au chœur, mais ne put percer la foule amoncelée.
« Fermez les portes ! arrêtez l’assassin ! » criaient les voix. Mais on n’avait vu ni arme ni homme. Le coup de fusil avait été entendu. Il était parti du portail, tiré probablement par-dessus la tête des fidèles prosternés ; et celui qui l’avait tiré avait pu s’enfuir, grâce au premier moment de surprise et de confusion. On le cherchait, on s’interrogeait.
Le chaos s’emparait de cette église, qui résonnait, il n’y avait que quelques minutes, des chants joyeux d’alleluia... Il y avait deux scènes distinctes dans ce chaos : la foule qui se gonflait au portail ; et à la grille du sanctuaire, dans le chœur, les prêtres jetés hors de leurs stalles, et les chantres, pâles, épouvantés, entourant le corps inanimé, et les deux diacres, debout auprès, pâles comme des linceuls, en proie à l’indignation et à l’horreur ! Un crime affreux aboutissait à un sacrilège ! L’hostie, teinte du sang, était tombée à côté du calice. Le curé de Varenguebec la prit et communia.
Alors ce curé de Varanguebec, qui était un homme puissant, un robuste prêtre, commanda le silence, d’une voix tonnante, et, chose étrange, due, sans nul doute, à l’impression d’un tel spectacle, il l’obtint. Puis il dépouilla sa dalmatique, et n’ayant plus que son aube, tachée du sang qui avait jailli de tous côtés sur l’autel, il monta en chaire et dit :
« Mes frères, l’église est profanée. L’abbé de La Croix-Jugan vient d’être assassiné en offrant le divin sacrifice.

Et le déferlement de haine du village sur la Clotte, l'ancienne concubine du seigneur.

Appuyée sur son bâton d’épine, à pas de cette fosse entr’ouverte, elle jeta à Augé, le boucher, un de ces regards comme elle en avait dans sa jeunesse quand, posée sur la croupe du cheval de Sang-d’Aiglon de Haut-Mesnil, elle passait dans le bourg de Blanchelande, scandalisé et silencieux.
« Tais-toi, fils de bourreau, – dit-elle ; – cela n’a pas tant porté bonheur à ton père de toucher à la tête de Clotilde Mauduit !
– Ah ! j’achèverai l’œuvre de mon père ! – fit le boucher mis hors de lui par le mot de la Clotte. – Il ne t’a que rasée, vieille louve, mais moi, je te prendrai par la tignasse et je t’écalerai comme un mouton. »
Et, joignant le geste à la menace, il leva sa main épaisse, accoutumée à prendre le bœuf par les cornes pour le contenir sous le couteau. La tête menacée resta droite... Mais un coup la sauva de l’injure. Une pierre lancée du sein de cette foule, que l’inflexible dédain de la Clotte outrait, atteignit son front, d’où le sang jaillit, et la renversa.
Mais renversée, les yeux pleins du sang de son front ouvert, elle se releva sur ses poignets de toute la hauteur de son buste.
« Lâches ! » – cria-t-elle, quand une seconde pierre, sifflant d’un autre côté de la foule, la frappa de nouveau à la poitrine et marqua d’une large rosace de sang le mouchoir noir qui couvrait la place de son sein.
Ce sang eut, comme toujours, sa fascination cruelle. Au lieu de calmer cette foule, il l’enivra et lui donna la soif avec l’ivresse. Des cris : « À mort, la vieille sorcière ! » s’élevèrent et couvrirent bientôt les autres cris de ceux qui disaient : « Arrêtez ! non ! ne la tuez pas ! » Le vertige descendait et s’étendait, contagieux, dans ces têtes rapprochées, dans toutes ces poitrines qui se touchaient. Le flot de la foule remuait et ondulait, compacte à tout étouffer. Nulle fuite n’était possible qu’à ceux qui étaient placés au dernier rang de cette tassée d’hommes ; et ceux-là curieux, et qui discernaient mal ce qui se passait au bord de la fosse, regardaient par-dessus les épaules des autres et augmentaient la poussée. Le curé et les prêtres, qui entendirent les cris de cette foule en émeute, sortirent de l’église et voulurent pénétrer jusqu’à la tombe, théâtre d’un drame qui devenait sanglant. Ils ne le purent. « Rentrez, monsieur le curé, – disaient des voix ; vous n’avez que faire là ! C’est la sorcière de la Clotte, C’est cette profaneuse dont on fait justice ! je vous rendrons demain votre cimetière purifié. »
Et, en disant cela, chacun jetait son caillou du côté de la Clotte, au risque de blesser ceux qui étaient rangés près d’elle. La seconde pierre, qui avait brisé sa poitrine, l’avait roulée dans la poussière, abattue aux pieds d’Augé, mais non évanouie. Impatient de se mêler à ce martyre, mais trop près d’elle pour la lapider, le boucher poussa du pied ce corps terrassé.
Alors, comme la tête coupée de Charlotte Corday qui rouvrit les yeux quand le soufflet du bourreau souilla sa joue virginale, la Clotte rouvrit ses yeux pleins de sang à l’outrage d’Augé, et d’une voix défaillante :
« Augé, – dit-elle, – je vais mourir ; mais je te pardonne si tu veux me traîner jusqu’à la fosse de Mlle de Feuardent et m’y jeter avec elle, pour que la vassale dorme avec les maîtres qu’elle a tant aimés !
– I’ g’n’a pus de maîtres ni de demoiselles de Feuardent, – répondit Augé, redevenu Bleu tout à coup et brûlant des passions de son père. – Non ! tu ne seras pas enterrée avec celle que tu as envoûtée par tes sortilèges, fille maudite du diable, et je te donnerai à mes chiens ! »
Et il la refrappa de son soulier ferré au-dessus du cœur. Puis, avec une voix éclatante :
« La v’là écrasée dans son venin, la vipère ! – fit-il. – Allons, garçons ! qui a une claie que je puissions traîner sa carcasse dessus ? »
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Re: Le meurtre dans la littérature

par retraitée le Jeu 26 Fév 2009 - 21:14
Tu as aussi La Condition humaine, de Malraux, Les Justes de Camus, La Bête humaine de Zola (et le film de Renoir).
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Re: Le meurtre dans la littérature

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