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Finrod
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par Finrod le Dim 18 Mai 2014 - 11:36
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Pour résumer, la proposition revient à faire fonctionner le clg sur le modèle actuel de l'université - ce qui est à mon avis aberrant.  Certains auraient besoin de voir des enfants de temps en temps avant de prétendre savoir comment les instruire ou les éduquer.

(D'ailleurs, ça ressemble aux propositions de l'UNSA, mais pour le lycée cette fois - cf leur contribution à la refondation de l'école de Peillon)

Edit : Je n'ai pas vu de sujet similaire, je laisse la modération corriger si je me suis trompé.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Le chômage de masse des jeunes, diplômés ou pas, les difficultés dont se plaignent les entreprises, pour recruter de nouveaux employés conscients de leurs qualités et de leurs défauts, au fait du monde du travail dans lequel ils mettent les pieds, motivés par l'idée de participer à la construction de la société et de leur avenir, semblent le résultat d'une orientation scolaire défaillante, malgré les bonnes volontés et les belles énergies dépensées pour accomplir cette noble tâche. Ces problèmes dans l'orientation sont moins la faute des personnes, qui s'efforcent de faire au plus juste, que celle d'un système d'encadrement de la jeunesse à repenser dans son esprit. Il ne s'agit pas de se débarrasser de l'existant, mais de l'utiliser d'une autre manière.

Quels sont les besoins humains les plus criants ? Prise d'initiative des individus, capacité d'autonomie, adaptabilité et flexibilité des compétences, car l'on est amené, au cours d'une carrière, à endosser des responsabilités voire des métiers différents. Pourquoi ces nouvelles exigences ? Car l'on affronte une époque d'innovations telles qu'elles redéfinissent complètement les rapports de l'individu à la société, à l'économie, à la politique, à la connaissance. Nous nous trouvons dans une phase d'évolution de type darwinien.

Ceux qui ne s'y adapteront pas seront tout simplement éliminés selon le dogme cruel de la sélection naturelle. On a voulu le progrès matériel, maintenant on l'a, à tel point qu'on dématérialise, et que les individus, grâce au support numérique, se trouvent dans une situation de potentiel épanouissement inédite jusqu'alors. Mais on ne saisit pas encore cette chance.

On freine des quatre fers, car l'on a peur de modifier un système plus vieux que n'importe lequel de ses agents. En effet, nous sommes tous nés avec l'Éducation nationale, et vouloir la transformer serait comme d'aller faire la leçon à Mathusalem. On hésite toujours à contredire son grand-père au seuil du Grant Saut – après tout, laissons-le à ses vieilles convictions et ne lui procurons pas un sentiment de vertige, mais de sérénité après une vie bien remplie.

Le système actuel, s'il a été amendé à de nombreuses reprises par ce que l'on nomme avec sarcasme le mille-feuille des réformes, demeure d'un point de vue macro-organisationnel semblable à ce que voulait Jules Ferry lorsqu'il posa les fondations de son école laïque, gratuite et obligatoire à la fin du XIXe siècle : il s'agissait d'une part de forger la nation française, car n'oublions pas qu'en ce temps l'hexagone était une mosaïque de petits pays, flanqués de patois aussi variés qu'éloignés du français de Molière.

Nous n'irons pas jusqu'à dire que la France fut véritablement créée à cette époque dans la culture du peuple, toutefois on peut considérer que la culture française dont tout le monde regrette le soi-disant effacement ces derniers temps, date pour l'essentiel de cette époque d'unification scolaire nationale.

Autre aspect des choses : la conception de l'autorité, de l'encadrement des individus, du rapport des classes sociales entre elles étaient totalement différents. Époque de l'industrialisation, de l'émergence du socialisme et de manière corollaire de la peur des "classes dangereuses", apparition aussi de la République et du suffrage universel, dans une population encore en partie illettrée, l'État, dans l'élaboration de son école accessible à tous, n'était pas du tout confronté aux mêmes problématiques qu'à notre époque.

Aux problématiques d'apprentissage de l'autonomie, de l'esprit critique, de la gestion et sélection d'une offre informationnelle aujourd'hui si vaste que son tri intelligent constitue peut-être la compétence cardinale à maîtriser à notre époque, est-il rationnel de répondre par l'utilisation de méthodes apprenant principalement l'obéissance, la docilité, la foi aveugle dans la parole de l'autorité officielle (en l'espèce prof et administration), le goût du travail, non pas créatif, mais minutieux, spécifique ?

Je ne dis pas qu'il ne faut pas apprendre l'endurance, la régularité, l'abnégation, mais est-il raisonnable de n'apprendre que cela ? Car les moyens qu'on nous donne, les priorités qu'on nous impose, ne tendent pas à autre chose : tenir les élèves des heures durant en vastes groupes aux dynamiques divergentes, en lieux clos, à pratiquer des activités arides d'apprentissage.

Car la forme de la classe, malgré les meilleures initiatives, favorise le fonctionnement en troupeau de moutons ; c'est une question de survie pour le prof, de réussite pour les élèves, qui sont marginalisés rapidement s'ils ne se plient pas au grégarisme ambiant. Nous ne sommes pas à l'école de l'orientation, mais du conformisme, on ne détermine pas les personnalités, mais on cherche à en créer une seule pour tout le monde ; ce qu'on nomme le collège unique, censé donner sa chance à tout le monde, est en fait une école du conformisme le plus paralysant en termes de personnalité et de prises d'initiative qui soit. En conséquence, il reproduit les inégalités sociales et culturelles existantes, car comment s'élever (ou dégringoler) quand le système cherche à empêcher les individus de se distinguer ?

Pour autant, une masse de moyens déjà formidable est à la disposition des personnels : en termes de bâtiments, d'équipements, de financements, sans compter les corps de métier qui pourraient prendre une part plus active à une œuvre qui devrait être l'alpha et l'oméga de toutes les politiques de développement : l'éducation des générations futures de travailleurs, de citoyens, de décideurs. Pour peu qu'on y réfléchisse, ne serait-ce pas le programme politique le plus visionnaire, que celui qui proposerait de faire de l'éducation, à destination des enfants, des adolescents, des personnes tout au long de la vie, sa priorité principale, dans l'idée d'impulser de véritables changements ?

Les meilleures volontés auront toujours du mal, nonobstant la méthode révolutionnaire, à faire changer un système intrinsèquement ; ses participants, en raison de leur expérience, âge ou personnalité, s'ils accepteront de changer du bout des lèvres, ne transformeront effectivement rien dans leurs pratiques, non par mauvaise volonté, mais à cause de cette inertie antédiluvienne qui marque les systèmes trop bien construits. Car l'État français est un système admirablement construit, tellement admirablement qu'on n'arrive pas à le faire bouger d'un iota pour l'adapter à son temps – et ce, malgré la conscience universelle des nécessaires modifications à lui apporter.

Pensons l'école, au moins le collège – là où s'effectuent les premières orientations – comme la société que nous souhaitons voir se développer ; comme une reproduction aussi de l'univers quotidien du citoyen du XXIe, qui s'est singulièrement transformé depuis, allez, les années 50, 60, 70, 80, 90, 2000 ? Ou même 2010 avec la montée en puissance de Twitter par exemple ?

En somme, qui n'a cessé de se transformer de décennie en décennie depuis un bout de temps, alors que nous sommes restés arc-boutés sur un fonctionnement éducatif pensé avant ces époques ? J'inclus le collège unique là-dedans, car si ses valeurs se sont modifiées (donner accès aux mêmes bagages scolaires à tout le monde), ses méthodes d'encadrement, élitistes, collectivistes, discriminatoires, n'ont en rien changé.

Dans une école de l'orientation efficace, on n'aurait pas à modifier, augmenter (ou diminuer) les moyens actuels, mais à transformer leurs mises en œuvre, les manières dont on les utilise. Le collège du XXIe siècle serait une sorte de cité (au sens politique du terme), dont les différents quartiers constitueraient des parties de cursus, par discipline, par méthode d'apprentissage, par manière de passer le temps durant la journée. On orchestrerait une liberté des élèves, conçu comme une compétence de premier ordre dans la manière d'appréhender le monde à l'âge adulte.

Une telle liberté amènerait facilement à travailler les compétences d'autonomie, de responsabilité, d'appropriation du savoir, de prise d'initiative, remettrait en valeur la créativité, condition essentielle d'adaptation à une société neuve et qui présente un horizon infini de transformations, en raison de la mondialisation, des NTIC, des nécessités de reconversion énergétique, d'amendement du modèle économique... Les postures face à ces phénomènes sont à inventer, il faut pour cela faire confiance aux jeunes générations, qui, encadrées avec bienveillance et exigence dans un système où elles se reconnaissent, trouveront d'elles-mêmes les solutions d'adaptation.

La vraie cité scolaire dont je parle ouvrirait ses portes le matin, les fermerait le soir, comme n'importe quelle autre institution publique – la seule obligation de ses acteurs étant leur présence à l'entrée et à la sortie. Chaque élève serait doté d'un cahier des charges (qui existe déjà, le socle commun de connaissances et de compétences, à revoir profondément cependant), à valider progressivement au cours de l'année. Cette validation serait une obligation, mais elle s'opérerait selon les choix, les rythmes de chacun.

Les parents auraient un rôle à jouer en cadrant depuis la maison le parcours de leurs enfants ; les professeurs, de leur côté, seraient à disposition toute la journée, mais ne dispenseraient pas que d'épuisants cours en classe entière. Au maximum, ils en dispenseraient trois heures par jour, le reste du temps, ils offriraient des heures d'activité, de méthodologie, de découverte professionnelles, de coaching individuel, les effectifs variant à chaque fois selon les nécessités de chaque séquence.

On parviendrait à une variation harmonieuse des effectifs sur la base du volontariat : la participation se ferait par exemple sous forme d'inscriptions la veille, non exclusives de participations le jour même dans la limite des places restantes.

À ceux qui craignent une désaffection de certaines matières, de certains profs, je précise bien qu'il ne s'agirait pas d'une vraie liberté des élèves, au sens post-majorité, mais d'une mise en situation pédagogique qui impliquerait une obligation fondamentale, celle de valider son socle commun, assortie d'un profilage rendu possible par l'observation des choix de matières ou de méthodes de travail faits par chacun.

Celui-ci permettrait à l'élève de se comprendre et aux acteurs sociétaux, professionnels, post-enseignement secondaire, de saisir facilement à qui ils ont à faire et de quelle manière le mettre le mieux en valeur pour que tout le monde soit content : individus, société, entreprises.


Dernière édition par Finrod le Dim 18 Mai 2014 - 13:06, édité 1 fois
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Cath
Bon génie

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par Cath le Dim 18 Mai 2014 - 11:45
Faut appliquer ça dès la maternelle, hein, y a pas de temps à perdre pour acquérir son autonomie.
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par User17706 le Dim 18 Mai 2014 - 12:49
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: Pour résumer, la proposition revient à faire fonctionner le clg sur le modèle actuel de l'université - ce qui est à mon avis aberrant. Certains auraient besoin de voir des enfants de temps en temps avant de prétendre savoir comment les instruire ou les éduquer.
Même avis.


Dernière édition par PauvreYorick le Dim 18 Mai 2014 - 13:11, édité 1 fois
Finrod
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[Les Echos] À l'école de l'orientation efficace Empty Re: [Les Echos] À l'école de l'orientation efficace

par Finrod le Dim 18 Mai 2014 - 13:10
PauvreYorick a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: Pour résumer, la proposition revient à faire fonctionner le clg sur le modèle actuel de l'université - ce qui est à mon avis aberrant. Certains aurait besoin de voir des enfants de temps en temps avant de prétendre savoir comment les instruire ou les éduquer.
Même avis.

J'ai corrigé "certains auraient" dans mon premier commentaire !  (oups, décidément ça ne voudra jamais rentrer)

Faut appliquer ça dès la maternelle, hein, y a pas de temps à perdre pour acquérir son autonomie.

Feriez vous partie des tièdes chère camarade ? A mon avis, c'est dans l'utérus, lors des 3 premiers mois de grossesse que se trouve l'enjeu de l'apprentissage de l'autonomie  vache
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User17706
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par User17706 le Dim 18 Mai 2014 - 13:12
(Correction reportée!)
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
Faut appliquer ça dès la maternelle, hein, y a pas de temps à perdre pour acquérir son autonomie.

Feriez vous partie des tièdes chère camarade ? A mon avis, c'est dans l'utérus, lors des 3 premiers mois de grossesse que se trouve l'enjeu de l'apprentissage de l'autonomie  vache
Qui sait si quelques exercices du périnée ne permettraient pas de reculer encore cet apprentissage à la période antérieure à la conception ?
falblabla
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par falblabla le Dim 18 Mai 2014 - 13:21
"...par manière de passer le temps durant la journée."
Voilà. Au cas ou les élèves n'auraient rien d'autre à faire...D'accord avec vous, qu'ils viennent dans nos bahuts avant de nous expliquer ce que doit être l'école du futur.
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User17706
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par User17706 le Dim 18 Mai 2014 - 13:25
Non mais tout y est. « Phase d'évolution de type darwinien. »
falblabla
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Niveau 7

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par falblabla le Dim 18 Mai 2014 - 13:44
De la naissance à l'usine, on a trouvé le chainon manquant ! Chouette.
Gryphe
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par Gryphe le Dim 18 Mai 2014 - 15:27
C’est le genre de choses qu'on avait travaillées aussi pour le collège modulaire et c'est impossible en collège pour au moins une raison : les enfants dont on parle ont 11 ans lorsqu'ils arrivent au collège. Les cours "à la carte", ça veut dire qu'on arrête les appels, et qu'on ne sait pas qui est où et quand. Quid du contrôle de l'assiduité ?
Dans un bahut, on est responsable des élèves qui nous sont confiés, moi je ne prends pas la responsabilité d'une "zone de vie" dans laquelle les enfants entrent le matin à 8h et... ben après je ne sais pas où ils sont et ce qu'ils travaillent.
Je suis peut-être un peu trop pour le flicage, mais n'empêche, ce genre de trucs me paraît complètement irréaliste.
Même à la fac c'est davantage cadré que ce qui est décrit ci-dessus.

 Rolling Eyes
Primura
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Niveau 9

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par Primura le Dim 18 Mai 2014 - 16:05
Je trouve ça ironique, on cadre de plus en plus à la fac, et faudrait cadrer de moins en moins à l'école primaire / secondaire.

En gros, on demande qu'à 10 ans les enfants en aient 20, et qu'à 20 ans ils en aient 10.  Laughing 
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Cath
Bon génie

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par Cath le Dim 18 Mai 2014 - 17:15
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
Faut appliquer ça dès la maternelle, hein, y a pas de temps à perdre pour acquérir son autonomie.

Feriez vous partie des tièdes chère camarade ? A mon avis, c'est dans l'utérus, lors des 3 premiers mois de grossesse que se trouve l'enjeu de l'apprentissage de l'autonomie  vache

Honte à moi, j'ai oublié d'étendre ce concept à la maison de retraite...
Zenxya
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Doyen

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par Zenxya le Dim 18 Mai 2014 - 17:35
PauvreYorick a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: Pour résumer, la proposition revient à faire fonctionner le clg sur le modèle actuel de l'université - ce qui est à mon avis aberrant. Certains auraient besoin de voir des enfants de temps en temps avant de prétendre savoir comment les instruire ou les éduquer.
Même avis.

Pourtant il doit en voir des enfants, enfin, il a au moins des élèves :
fiche Léon Belleville a écrit:
Activité enseignante (depuis 2009)

Professeur d'histoire-géographie en 6e, 5e, 4e, 3e. Professeur principal en 4e.
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User5899
Dieu de l'Olympe

[Les Echos] À l'école de l'orientation efficace Empty Re: [Les Echos] À l'école de l'orientation efficace

par User5899 le Dim 18 Mai 2014 - 17:50
PauvreYorick a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Faut appliquer ça dès la maternelle, hein, y a pas de temps à perdre pour acquérir son autonomie.
Feriez vous partie des tièdes chère camarade ? A mon avis, c'est dans l'utérus, lors des 3 premiers mois de grossesse que se trouve l'enjeu de l'apprentissage de l'autonomie  vache
Qui sait si quelques exercices du périnée ne permettraient pas de reculer encore cet apprentissage à la période antérieure à la conception ?
Je crains que cette suggestionne vous attire quelques foudres de la part des féministes Rolling Eyes
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